VRIL 1980 : plus de 150000
A métallurgistes de la zone de
-l'ABC (1) se mettent en grève et réaffirment leur détermination au cours de nombreuses assemblées de masse réalisées dans le stade de Vila Euclides. Les usines s'arrêtent sans qu'il y ait le moindre piquet de grève ou la moindre violence. Les décisions qui sont prises, le sont à partir d'une claire évaluation des problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs aujourd'hui au
Après des années d'une exploitation effrénée, où l'arbitraire et une législation du travail archaïque vieille de 40 ans - se combinent avec les formes les plus modernes de surexploitation de la classe ouvrière, comme le FGTS (2), 150000 travailleurs décident d'arrêter le
Quel crime n'avons-nous pas commis en revendiquant pacifi-
15% d'augmentation de salaire, la sécurité de l'emploi, la réduction du temps de travail et le droit d'avoir des délégués syndicaux librement élus dans les usines ?
En réalité, notre crime a été d'oser exprimer ouvertement le désir profond de toute la classe ouvrière brésilienne. Nous avons revendiqué le droit le plus élémentaire, celui d'être considérés comme des êtres humains; c'est-à-dire avoir la liberté d'organisation et de parti cipation, la liberté de négociation, la liberté de décider de notre propre destin aux côtés et même dans le cadre d'une confrontation démocratique avec d'autres secteurs de la société brésilienne, ter la faim et la malnutrition de nos enfants quand ils ont la chance d'échapper à la mortalité infantile qui est très élevée; l'amélioration des
« Les revendications conditions d'éducation, de logement, de protection médicale élémentaire, et des transports; la terre à ceux qui la travaillent; enfin, la liberté de lutter contre toute cette misère qui étouffe la classe qui produit des richesses de ce pays.
riposte aux revendications des 150000 métallos a été immédiate : la région est investie militairement, le siège du syndicat est encerclé et envahi. Des travailleurs sont brutalement frappés. Nous sommes arrêtés et des milliers de travailleurs sont sommairement lock-outés.
Mais nous devons reconnaître que face à un crime si hardi, il n'é tait que temps pour les patrons -qui se disent libéraux - de serrer les rangs et de bloquer toute possibilité de négociation. Finalement, ne vivons-nous pas dans un pays ou tous les hommes politiques responsables de notre destin se disent démocrates ?
Combien de ministres ont-ils été mis devant leurs responsabilités ? Combien ont dû démis sionner ? Combien ont répondu de leurs actes devant les travailleurs ? Se seraient-ils par hasard comportés de manière à ce que ce soient créées, par le dialogue, les conditions d'une solution ? Comme nous sommes bien obligés de répondre par la négative à toutes ces questions, il ne nous reste plus qu'a nous demander si la liberté syndicale ne constituerait pas une revendication antidémocratique..
BRESIL-POLOGNE :
L'IRONIE DU DESTIN Août 1980 : plus de 150000 camarades polonais cessent le tra vail et se font représenter par un comité de grève qui élabore une
Polonais sont les mêmes que les nôtres ! » acio DA SILVA « LULA » plate-forme en 21 points destinée à être négociée. La principale revendication, défendue de toutes leurs forces par les grévistes, se trouve être le droit aux syndicats indépendants. ( Plus surprenant encore, ils occupent leurs usines, exigent de pouvoir manger de la viande tous les jours, chantent l'Internationale avec le même orgueil que chantions l'Hymne de l'Indépendance dans la zone de l'ABC. Ils ne demandent pas le rétablissement du capitalisme en Pologne, ils veulent la socialisme en ce qu'il est la possibilité d'assumer, pratiquement, la gestion de cet Etat dont on dit depuis longtemps qu'il est le leur.
Et, du moins jusqu'à présent, il n'y a pas eu la moindre violence exercée contre les travailleurs polonais. Plus, beaucoup plus : le Premier ministre et d'autres hauts responsables gouvernementaux ont dû démissionner. Les autorités reconnaissent que la situation actuelle est le produit de très sérieuses erreurs d'orientation économiques. Et Dieu me pardonne ! - les travailleurs exigent du gouvernement qu'il explique au peuple la véritable situation économique du pays.
Finalement, et au grand dépit de tous ceux qui par le monde manœuvrent contre la classe ouvrière, il paraît que la tenue d'élections syndicales immédiates, comme les camarades polonais l'ont demandé, est déjà garantie (3), à moins d'un retournement complet de la situation telle qu'elle se présente.
L'ironie du destin veut que, dans notre pays, certains secteurs qui ont critiqué tant et plus la grève de Sao Bernardo n'ont pas eu assez d'éloges pour parler des grèves en Pologne, prétendant démontrer par là que les travailleurs voulaient en revenir au capitalisme.
Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que, sous n'importe quel régime, une chose élémentaire doit être obtenue : que la classe ouvrière soit respectée, qu'elle puisse déterminer les règles du jeu tant dans le domaine social qu'économique politique.
Les revendications des Polonais sont les mêmes que les nôtres : ils revendiquent la liberté syndicale, le droit de grève, la participation aux choix économiques, et par là ils font ce qu'il faut pour que le gouvernement en vienne à la conclusion qui devrait s'imposer à tous : 150000 têtes pensent mieux qu'une seule. Qui a tort ? Les 150000 travailleurs polonais ou bien les autorités aujourd'hui écartées du pouvoir et qui s'imaginaient détenir à elles seules la vérité ? Qui a raison ? Les 150000 métallos de la zone de l'ABC ou le ministre de la Planification ? Qui a tort ? Les travailleurs ou le ministre du Travail qui s'est complètement insensible aux problèmes sociaux ?
Qui a raison ? Les travailleurs de la métallurgie ou bien le commandant de la Ile Armée qui voit
Luis Iniacio da Silva, «Lula», est l'ex-président du Syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo e Diadema et le président national du Parti
Nous avons publié, dans le numéro d'Inprecor du 10 juillet 1980, une interview de Lula au Guardian (Grande-Bretagne) et un article de Daniel Bensaid, Après la grève des métallos, le premier congrès du PT, et, dans le numéro 82/82 du 31 juillet 1980, deux documments : Derrière la controverse, PT «classiste» ou PT «de masse» : un parti ou un front ? et Après le congrès du PT, sur la
Brésil des communistes partout, en oubliant tout simplement que ce qui se passe aujourd'hui n'est pas le fait de l'action des communistes mais de l'incapacité de nos autorités à résoudre la question de la réforme agraire, de l'inflation, du chômage, enfin de la misère. Qui tient compte de notre peuple dans tout ça ?
Je veux croire que l'ensemble de la société brésilienne, à la lecture des nouvelles publiées sur la Pologne, fera - même inconsciemment une comparaison avec la grève de l'ABC et en arrivera à l'unique conclusion possible : le peuple ne se trompe jamais. Ceux qui se trompent sont une minorité qui refuse de se soumettre à la raison de la classe ouvrière.
D'autres grands mouvements sont à venir, au Brésil, en Pologne, aux Etats-Unis et partout dans le monde. Partout où existe l'exploi tation et des restrictions aux libertés de la classe ouvrière, la stabilité des régimes, quels qu'ils soient, va être mise à mal. Et cela sera pire encore au Brésil où nous sommes soumis au capitalisme sauvage. Folha Sao Paulo, 29 août 1980. O conception du parti et le mot d'ordre de Constituante.
ABC : triangle industriel de la banlieue de Sao Paulo composé de San Andres (A), Sao Bernardo (B) et Sao Caetano (C). (2) FGTS : Fonds «social» constitué par des prélèvements obligatoires sur les salaires. Les travailleurs n'ont aucun contrôle dessus et n'en bénéficient pas. (3) Ce texte a été écrit et publié avant la signature de l'accord de Gdansk.