Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

OUGANDA

Famine naturelle ou chaos néocolonial ?

· Inprecor n° 86, 14 octobre 1980 · p. 18-21 · 3 257 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Grande-Bretagne Afrique

Prialistes que le sart des peuples ougandais et centrafricains? Voilà deux tutions était tel que les intérêts impérialistes y étaient de moins en moins satisfaits. Dans les deux cas, l'impérialisme entreprit de vouloir chasser des dietateurs. A grand renfort de publicité et de déclarations ronflantes sur la «libération» de ces peuples, on vit alors tomber Amin Dada en Ouganda, puis Bokassa en Centrafrique. La presse occidentale se remplit d'analyses péremptoires sur la fin des dictatures africaines et sur le retour à la démocratie. Giscard pays. Et la similitude des situations est terriblement frappante. Dans les deux pays, ce sont des troupes étrangères qui ont chassé les régimes défaillants: les troupes françaises en Centrafrique, celles de Tanzanie en Ouganda. Dans les deux pays, le fonctionnement «normal» de l'Etat et de l'administration n'est toujours pas rétabli et le chaos y est parfois plus grave qu'auparavant. Dans les deux cas, les droits démocratiques élémentaires n'ont toujours pas été rétablis. Dans les deux cas, la troupe étrangère se maintient et régente ces pays. Enfin, dans les deux cas, la gabegie est telle que la désorganisation politique et économique aboutit à la famine. C'est le cas dans certaines régions et Carter poussèrent leurs couplets sur l'indépendance des peuples. de Centrafrique. Et c'est le cas du Karamoja en Ouganda. Claude GABRIEL

Le régime du président Obote était fort mal accepté par l'impérialisme. Favorable à une diplomatie «neutraliste positive», Obote passait pour pro-soviétique. En réalité, les intérêts britanniques conservaient leur prérogative en Ouganda. Mais, dans cette région extrêmement convoitée - l'Afrique de l'Est -, l'impérialisme craignait une perte rapide de son influence politique. Déjà, la Tanzanie voisine se targuait de vouloir instaurer un socialisme «à l'africaine» et les choses allaient au plus mal pour la Communauté de l'Afrique de l'Est, regroupant l'Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, dont la création devait, en principe, servir d'abord ce dernier pays dans lequel les Britanniques plaçaient le gros de leurs espoirs. Obote dérangeait sans vraiment être ce président progressiste et anti-impérialiste comme certains le présentent aujourd'hui. Ce n'était, de toute manière, pas l'absence de liberté démocratique en Ouganda, à cette époque, qui gênait les capitales occidentales.

En 1971, alors qu'Obote est à la conférence du Commonwealth, son chef d'état-major, un certain Amin Dada, prend le pouvoir. Les liens entre ce putsch et la politique impérialiste sont peu connus. La prise du pouvoir par Amin fut saluée par certains comme un moyen d'éviter

EUT-IL y avoir de meilleur exemple de la démagogie des puissances impépays où régnaient deux despotes. Voilà deux pays où le chaos des instiOr, voilà que l'actualité récente ramène sur le devant de la scène ces deux l'arrivée en force des Soviétiques dans ce pays. Mais plus généralement, les capitalistes espéraient surtout pouvoir accélérer le pillage du pays par une ouverture plus franche vers

Amin Dada se débarrassa rapidement des notables de l'ancien régime. Il liquida une soixantaine d'officiers, centaines de quelques milliers de partisans d'Obote. Ayant fait place nette, il lança le mot d'ordre de «gouvernement par l'action» et prétendit qu'«il ne pouvait y avoir de gouvernement sans sécurité». Il reconstitua son armée à partir des sous-officiers, fit accéder à des postes supérieurs de la hiérarchie des sergents et des caporaux, garde prétorienne personnelle et mit en place une poliparallèle omnipotente, la Public Safety Unit.

Pendant huit années, le régime Dada va se faire une renommée ingrâce à la terreur qu'il dans le pays et par les hauts en couleur de son président. En 1972, il expulse 55000 Indiens établis dans le commerce pour tenter de favoriser la petite bourgeoisie ougandaise les dignitaires du régime à s'enrichir. Il se tourna vers la Libye et obtint une aide financière et militaire.

Ouganda sombrer dans la faillite économique. Alors que l'Ouganda est un pays riche en ressources, le régime dilapider ces potentialités. La production du café, qui représente 90 pour cent des ressources d'exdéclin. La contrebande va voir s'envoler vers le Kenya près de 10000 tonnes d'arabica par an. La production sucrière décroît de 30 pour cent des plantations sont laisferment. La production est six fois inférieure à celle de 1970. Les campagnes aux cultures vivrières, se repliant sur

Le pays entre alors dans une période de chaos. Les investisseurs occidentaux se détournent de l'Ouganda. Certaines fractions impérialistes cherchent une solution de rechange pour faire cesser lopérette ougandaise qui les coupe d'importants profits et qui peut déstabiliser la région.

C'est d'ailleurs ce qui va se une question de revendication terriritoriale, va attaquer la Tanzanie. Il est fort probable que le sort de scelle à cette époque. L'impérialisme ne pouvait accepter que cette région, coincée entre la révolution éthiopienne, le Zaïre en crise et l'Afrique australe, soit mise à feu et à sang. Restabiliser l'Afrique de l'Est, y restaurer une économie intégrée, tels étaient les objectifs pour les multinationales et les capitales occidentales. Si certaines fractions impérialistes pouvaient esdans le camp d'Amin il ne fait pas de doute que ni Washington ni Londres ne pouvaient plus longtemps laisser l'Ouganda à la dérive.

L'armée tanzanienne fit donc la décision.

Il est toujours possible de spéculer pour savoir quel fut le degré relatif d'indépendance l'impérialisme de la décision tanzanienne. On peut cependant sans

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crainte d'erreur dire que l'offensive militaire contre le régime Dada a été décidée dans l'espoir d'en recevoir plus tard les fruits, sous forme d'aides financières et politiques.

L'IMPERIALISME ET LA

«RECONSTRUCTION» DU PAYS

A la chute d'Amin, le pays est exsangue et le nouveau régime fait appel à l'aide internationale pour redonner vigueur à une économie dévastée. La Communauté économique européenne, trois jours après l'arrivée des troupes tanzaniennes à Kampala, promet une aide alimentaire d'urgence millions de dollars par l'intermédiaire de la Convention de Lomé, pour des projets que la Communauté européenavait suspendus sous le régime précédent.

D'autre part, les églises américaines, regroupées au sein de l'organisation MAP International, ont proposé une aide de 5 millions de dollars en nourriture et médicaments. La Grande-Bretagne, de son côté, s'est engagée pour une aide de 2 millions de dollars. l'Ouganda ne pouvait aider le pays à remonter la pente. Elle ne pouvait servir les populations, particulièrement la majorité paysanne, n'était pas mis fin aux rapports sociaux traditionnels du néo-colonialisme. Or l'armée tanzanienne amenait dans ses fourgons des centaines politiciens, Elle favorisait la rentrée brutale des milliers de réfugiés qui s'étaient regroupés en Tanzanie parmi bourgeoisie bureaucratique qu'avait expropriée le régime militaire et ses dignitaires. Enfin, la chute d'Amin donnait vigueur à une petite bourgeoisie commerçante que les élucubrations du précédent régime avait souvent contrainte à l'absence d'approvisionnements et de débouchés. Pour toutes ces couches sociales, le civil devait signifier la fin des vaches maigres.

Le nouveau regime va donc représenter, le plus clairement du monde, cette frénésie spéculative de la petite bourgeoisie ougandaise. Les fractions politiques vont s'entredéchirer pour le partage du gâteau sous l'œil paternaliste d'une armée tanzanienne omniprésente (12000 hommes).

LE FRONT DU CLIENTELISME

A la prise de Kampala, le 11 avril 1979, par l'armée tanzanienne, le

Front de libération nationale (UNLF)

L'UNFL avait été fondé à Moshi, en mars 1979. Il groupait les représentants d'une vingtaine de mouvements d'opposition au régime Amin. Le président de son conseil exécutif, M. Youssouf Lule, ancien vice-chancelier de l'Université Makerere, devenait chef de l'Etat. Il était assisté consultatif composé des représentants des moul'UNFL. Un gouvernement provisoire était cons-

M. Lule ne devait pas rester longtemps au pouvoir. Il s'efforça d'asseoir son autorité sur un pays à l'économie ruinée, parcouru par des bandes armées incontrôlées et où les soldats tanzaniens faisaient la loi. En même temps, il essaya de se rapprocher du Kenya pour diminuer la dépendance de l'Ouganda à l'égard de il entra en conflit avec le Conseil national consultatif (NCC) qui, le 20 juin 1979, décida sa révocation et son remplacement par M. Godfrey Lukongwa Binaisa. Le 25 juin, un nouveau gouvernement était constitué. L'ancien président Lule fut conduit contre son gré à Dar es Salam (Tanzanie) où pendant quinze jours on s'efforça de lui faire signer une démission qu'il se refusa énergiquement à donner. Finalement, on dut lui rendre la liberté et il put gagner devait s'installer à Nairobi (Kenya)

Uses amis politiques rent un mouvement d'opposition.

Mais la situation restait très grave en Ouganda. L'insécurité était géassassinait les médecins dans les hôpitaux et les missionnaires à la campagne. Le corps diplomatique dut faire, le 29 août, une démarche collective afin que la sécurité de ses membres soit assurée. L'inflation atteignit le taux de 200%, les produits de première nécessité faisaient défaut, des grèves incessantes paralysaient la vie économique et les ser-

Succédant à M. Lule qui était un libéral, le président Binaisa se proclama « socialiste volontariste ». Il négocia avec la Tanzanie le retrait de la moitié du contingent d'occupation et l'envoi en contrepartie d'un important effectif de policiers. Enfin, il annonça que les élecpour l'installation du régime définitif auraient lieu en juin 1981.

Depuis le départ d'Amin, l'Ouganda vit dans la perspective du retour l'ancien président Milton Oboté, renversé en 1971.

président renversé en

1971 avait d'ailleurs non seulement des partisans mais une armée puisqu'il pouvait compter sur l'appui d'une douzaine de milliers d'hommes (Acholi et Lango) commandés par le brigadier général David Oyite Ojok, chef d'état-major, et le major général Tito Okello, commandant en chef, ainsi que sur un homme politique influent, M. Paul Muwanga, ministre de T'Intérieur.

Le président Binaisa réussit pendant onze mois à se maintenir au milieu de ces divers groupes qui étaient tous représentés au sein du NCC.

gouvernementales en conflits avec l'armée, Binaisa se heurte de plus en plus au clan Obote et à son protecteur tanzanien. Aussi, en décembre 1979, il doit accepter le maintien des troupes étrangères jusqu'à la fin 1981 et le paiement par l'Ouganda des frais d'occupation d'un montant de cent dix millions de

Binaisa est à la merci de l'armée tanzanienne. C'est sans doute pour s'en libérer qu'il envisagea publiquement de faire appel, pour le maintien de l'ordre, au Nigeria, à l'Inde et même à la Grande-Bretagne.

Le 7 mai, M. Oboté, jusqu'alors resté en Tanzanie (qui lui a donné l'asile depuis 1971), annonçait son prochain retour en Ouganda. Sans doute pour ôter à son adversaire l'appui d'un de ses principaux partisans, Binaisa décida, le 10 mai, de révoquer le brigadier général Ojk.

Les chefs militaires et politiques décidèrent alors d'en finir. Le 13 mai la commission militaire de l'UNLF annonçait la destitution du président Binaisa, la dissolution du gouvernement et la mise en place de nouvelles institutions. Au sommet de celles-ci est placée la commission militaire de six membres dont le président est M Paul Muwanga, le vice-président M Museweni et les membres les géné raux Okello et Ojok et les colonels Maruru et Omaria.

LA GABEGIE POLITIQUE ET

LA FAMINE AU KARAMOJA

C'est dans ce contexte que l'opinion publique internationale apprend peu à peu la terrible famine qui sévit dans le nord-est du pays, au Karamoja. Ce sont les traditionnelles images d'une faim ravageuse et destructrice; des rassemblements d'êtres humains, des lambeaux d'hommes et de femmes. Sur ces images, la bonne conscience universelle se refait une santé. Pas un mot sur le régime qui sévit à Kampala, pas un mot sur l'histoire de ce pays. La famine ne semble avoir

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d'autre raison que la sécheresse dans un pays misérable où les paysans «n'ont toujours pas appris les techniques modernes». Les médias résument ainsi l'explication officielle de l'impérialisme: pauvre pays, pauvre gens. C'est ainsi que furent expliquées en leur temps la famine des populations du Sahel puis celle de l'Ethiopie en 1972-1973.

Et pourtant l'Ouganda est reconnu comme un pays aux multiples ressources. Il devrait être exportateur de céréales et nourrir sans problème sa population. Mais la gabegie qui s'est maintenue après la chute de Dada n'a fait qu'accentuer la crise structurelle de l'économie. Le chaos politique justifie encore plus qu'auparavant les réticences des investisseurs occidentaux et seuls les gouvernements et les fondations humanitaires fournissent une aide au coup par coup.

Pendant que la petite bourgeoisie de Kampala et des villes s'en met plein les poches, au Kamamoja, la sécheresse c'est-à-dire d'abord l'imprévision et l'improvisation a déjà probablement fait près de 20000

Comme souvent dans de pareils cas, la population touchée, c'est-à-dire la population laissée pour compte, dont on aimerait bien en haut lieu réduire le poids dans la vie politique. Ce fut le cas des Baloubas au Zaïre en 1963 et celui des Ibos dans la guerre du Biafra.

Mais cette famine est une aubaine pour l'impérialisme. Le chantage à l'aide alimentaire devient l'arme la plus redoutable pour dicter sa politique au régime de Kampala. Libération du 14 juin rapportait que les agences d'aide se livrent une concurrence incroyable tant elles représentent chacune des intérêts impérialistes divers: les Croix Rouge allemande et suisse, l'organisation Care, l'agence britannique Oxfam, les diverses missions catholiques, la Communauté europeenne, rONU, la FAO, etc.

Françoise Chipaux rapporte dans Le Monde du 30 août que «certaines de ces associations qui font toutes oeuvre utile, restent jalouses de leurs prérogatives et hésitent à mettre en commun leurs ressources. Elles refusent, par exemple, de révéler au PAM le contenu de leurs envois de viures si bien que des centres de distribution croulent sous les boîtes de biscuits protéinés mais manquent totalement de farine et de lait. A Kaabong trois infirmières britanniques se sont opposées à l'arrivée immédiate Yun médecin français préférant attendre « quelqu'un de la maison». Il les Britanniques voient pas toujours d'un "l'instrusion" notamment militaire sur une ancienne terre de la Couronne.»

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a dû réorganiser son intervention depuis qu'il s'est « aperçu » que Choundry, ministre adjoint ouganais de l'Education, s'était fait livrer des sacs de mais et de lait en poudre pour les faire distribuer ensuite aux populations, comme un geste gracieux de son leader politique, Oboté.

Le marché noir est devenu une institution, le trafic des dons, la spéculation sur les stocks sont maintenant de bons moyens d'enrichissement. Les camions sont attaqués et pillés. En quelques mois l'ONU a perdu plus de cinquante camions. Tout remplit les poches à commencer par les troupes tanzaniennes et les politiciens de Kam-

Pour les pays occidentaux, cette famine est aussi l'occasion de présenter sa politique impérialiste sous un jour humanitaire. Giscard envoie pour quelques semaines une escouade de militaires, à grand renfort de publicité, pour une becquée publi citaire faite à un peuple. Ainsi ces prospères aux investisseurs capitalistes.

Mais pas un mot, pas un geste responsabilités. Qu'importe régime de Kampala si celui-ci peut garantir demain les profits impérialistes. Qu'importe les responsabilités d'une colonisation britannique et du néo-colonialisme puisqu'il s'est agi tout bonnement de renverser Dada pour rationaliser le pillage. Qu'importe la corruption et la spéculation des politiciens ougandais puisque c'est sur eux que demain il faudra s'appuyer pour investir et faire régner l'ordre.

Le Monde du 21 août 1980 présente un reportage accablant contre ceux qui règnent à Kampala. Il décrit la tournée électorale d'Oboté dans le nord-est du pays, dans la zone touchée par la famine:

«Les administrateurs ougandais, qui considèrent souvent l'affectation dans la province du Nord-Est comme une punition suprême, ne se montrent pas très empressés à collaborer à la lutte contre le fléau... (La ville de) Moroto, pavoisée, veut visiblement oublier les milliers de fuyards qui sont venus expirer sur ses pelou-

Get accueille avec tous les honneurs qui lui sont dus M. Milton le président de l'UPC (...) comme le proclament à des milliers d'exemplaires les T-shirts rouges que portent ses partisans. La famine,

La essentiellement deux causes: la sécheresse contre laquelle on ne peut rien, l'insécurité contre laquelle on peut beaucoup... L'ancien chef de l'Etat (Obote) n'a pas de problème d'approvisionnement: au banquet de ses partisans, au Moroto Hotel, réquisitionné pour la circonstance, les plats de viande ne manquent pas et la bière amenée par camion de Soroti à cinq heures de piste coule à flots... (A Kotido), nouveau banquet, mais ici le tri a éte soigneusement fait dans les villages alentour et jusqu'à Kaabong. Seuls les biens portants ont eu droit au transport gratuit et à la bière. affamés resteront à l'écart des agapes... Après deux heures de discours enflammés et de chants, le cortège — brûlant allègrement l'essence qui fait tant défaut aux ambulances des organisations humanitaires - repartira... Le chef de l'UPC... aura visité la province martyre et réusse la prouesse de ne jamais rencontrer le regard vide concitoyens qui d'avoir été oubliés de tous.»

De même, le Monde du 30 août rapporte que la famine n'est pas même évoquée dans les deux hebdomadaires en langue anglaise de la capitale, tous deux consacrés à la campagne électorale.

De haut en bas de l'administration, le cynisme s'installe et les clas ses dominantes laissent le pays à la

C'est ainsi que de très nombreux petits dispensaires existent dans les campagnes mais les infirmiers, faute de salaire, ont abandonné leur poste et vendu les stocks de médicaments pour subsister.

LE BILAN DE

L'INTERVENTIONTANZANIENNE

ET LE «PROGRESSISME» AFRICAIN A LA LUMIERE DES FAITS La Tanzanie passe pour un pays hautement progressite. Son président, M. Nyerere, multiplie les professions de foi sur son « indépendance» et sa lutte anti-impérialiste. Le «socialisme » tanzanien a été pendant un temps la tarte à la crème de tous ceux qui défendaient l'idée d'un passage au socialisme sans rupture avec les lois du marché capitaliste.

L'intervention de la Tanzanie en Ouganda éclaire plus qu'il ne faut la réalité des choses. La troupe tanzanienne pille et raçonne le pays. Les

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soldats s'organisent parfois même en équipes de racketteurs. On dit même que les Tanzaniens qui ont la gardes prisons s'opposeraient toujours à la libération de certains détenus par crainte de voir se reconstituer une opposition au pouvoir actuel dominé par les partisans d'Oboté.

Les élections générales viennent d'être reportées au 10 décembre 1980. La date prévue, le 30 septembre, n'a pu être respectée faute d'avoir prévu la fourniture des urnes, proclame la version officielle. En fait, la concurrence est telle entre les différentes cliques et la crise politique tellement avancée entre d'une part les militaires et d'autre part les ministres civils que les élections pourraient bien se transformer en guerre civile.

TCHAD

Ndele Bossangoa

REP. CENTRE

Berberati BANGUI

CONGO

Il semble en effet que plusieurs partis aient pris leurs dispositions, se faisant livrer des armes et organisant des milices...

L'Ouganda s'enfonce de plus en plus dans la misère. Le revenu réel a diminué de 80%. Le salaire minimum est de 240 shillings alors que la farine de maïs, nourriture de base, se vend à 120 shillings le sac de 2 kg. Le cours du shilling varie entre 1 et 18. Les produits de première nécessité sont introuvables. L'eau et l'électricité manquent parfois des journées entières dans la capitale. La Banque mondiale pousse le régime à dévaluer la monnaie. Mais les politiciens au pouvoir n'osent même plus prendre une telle décision, paralysés qu'ils

SOUDAN :

Brig

AFR.

• Bambari

ZAIRE sont par la préparation des élections et les pressions de leurs clientèles.

Le renversement d'Amin Dada a ouvert une nouvelle situation en Ouganda. Celle-ci pourrait déboucher à court terme sur une guerre civile. Les différentes fractions impérialistes se préparent à tirer leur épingle du jeu. Le chaos actuel, s'il fait mourir des milliers de paysans dans le Karamoja, représente pour limpérialisme la transition nécessaire pour un cours nouveau du néo-colonialisme dans ce pays.

Raison de plus pour que nous chassions de l'esprit des travailleurs dans les pays occidentaux l'idée que la famine est inévitable et indépendante de la politique de leur propre gouvernement. •

Centrafrique

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