Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Après l'attentat de la rue Copernic

· Inprecor n° 87-88, 30 octobre 1980 · p. 7-9 · 2 937 mots

France Italie État espagnol

Christian PICQUET Lie septembre, une bonne ex. E 2 août, un attentat contre la

Le 26 septembre, une bombe explose à la Fête de la bière à Munich : 12 morts. Le 3 octobre, c'est une synagogue de la rue Copernic, à Paris, qui est visée : 4 morts. Bologne, Munich, Paris : trois attentats aux caractéristiques semblables. Chaque fois, le terrorisme est dirigé contre des concentrations de masse. Leurs auteurs se réclament ouvertement l'hitlérisme : Noyaux armés révolutionnaires en Italie, Groupe Hoffmann en Allemagne, Faisceaux nationalistes européens en France. Si l'on ajoute à cela les meurtres perpé. trés régulièrement en Espagne et qui sont l'œuvre de «Bataillons basques

You de commandos ATE (Anti-terrorisme ETA), on ne peut pas ne pas être frappé par la similitude.

Les réseaux européens du terro-• risme noir, on en parle depuis longtemps. Lorsqu'à la chute du fascisme en 1974, on eut accès aux archives de la PIDE, police politique portugaise, on découvrit l'existence d'une véritable centrale de la subversion fasciste, Aginter Press. On retrouve ses traces en Europe dans des situations marquées par la montée du mouvement des masses ouvrières : l'Italie du mai l'Espagne post-franquiste, le Portugal révolutionnaire.

En novembre 1968, un ment d'Aginter Press adressé à certains militants du nuovo définit les axes de ce qui deviendra la stratégie de la tension en Italie : «Nous pensons que la première partie de notre action politique doit être de favoriser l'installation du chaos dans toutes les structures du régime... A notre avis, la première action que nous devons déclencher, c'est la destruction des structures de l'Etat, sous couvert de l'action des communistes et des prochinois... Cela créera un sentiment d'antipathie envers ceux qui menacent la paix de chacun et de la nation. A partir de cet état de fait, nous deons entrer en action dans le cadre

Après l'attentat de la rue Copernic

de la magistrature, de l'Eglise, d'agir sur l'opinion publique, quer une solution et de montrer la carence et l'incapacité de l'appareil légal constitué et donc de nous faire apparaître comme étant les seuls à pouvoir fournir une solution sociale, politique et économique adaptée au moment...» En décembre 1969, l'explosion d'une bombe sur la Piazza Fontana à Milan faisait de nombreux morts et aboutissait à une gigantesque rafle dans les milieux d'extrême gauche, dont furent notamment victimes les anarchistes Pinelli et Valpreda.

Grâce à une autre citation d'Aginter Press, on peut faire le rapprochement avec la vague récente d'attentats. Voici comment était théorisée la terreur : «Terrorisme : le terrorisme casse la résistance, obtient la soumission et provoque la rupture entre la population et le pouvoir... Terrorisme aveugle : briser la confiance du peuple en désorganisant les masses pour mieux les manipuler.»

Les réseaux internationaux de l'extrême droite, quels que soient les noms qu'ils se donnent (Nouvel ordre européen, Union mondial des nationaux socialistes, Ligue mondiale anticommuniste, Aginter Press), même s'ils ne constituent pas une structure centralisée, existent bel et bien. A de nombreuses reprises, les cheis du terrorisme tasciste se sont réunis pour coordonner leurs actions. La presse italienne a récemment révélé qu'une réunion de ce type se serait tenue à Paris en août 1978 en présence de Stefano Della Chiaie (l'un des inspirateurs de la stratégie de la tension en Italie qui serait aussi le chef d'orchestre des attentats des NAR), d'Ernesto Milà, créateur en Espagne des Bade la mort anti-ETA et de fascistes français, dont Mare Fredriksen, le chef des FNE. Le résultat de cette réunion aurait été l'élaboration d'un plan terroriste européen.

AVEC L'APPAREIL D'ETAT

Ces hommes sont d'autant plus dangereux qu'ils bénéficient d'une totale impunité. Dans les trois cas où les bombes ont fait un massacre, il est clairement apparu que les fascistes disposaient de complicités au sein

Extrême droite des différents appareils d'Etat. L'enquête sur l'attentat de Bologne a mis de nouveau sur la sellette les services secrets et n'a abouti qu'à l'arrestation de comparses. Quoi d'étonnant à vrai dire? Déjà en 1969, les services secrets savaient à quoi s'en tenir sur les responsabilités des attentats et truction vers une fantômatique «piste rouge». Le complot de la Rose des

1974, mit en lumière que les activistes d'extrême droite étaient manipulés de l'intérieur même des services secrets. Les dirigeants de la Démocratie et Rumor notamment, couvrirent sciemment ces agissements, utilisant la stratégie de la tension pour renforcer l'appareil d'Etat italien. Toutes recherches judiciaires enterrées. Les fascistes continuent à s'abriter derrière le parti néo-fasciste de masse, le MSI (Moudernière analyse, comme ceux de Bologne servent les desseins de la Démocratie chrétienne. Le crime du 2 août aurait pu servir à créer l'union nationale autour du pouvoir en place et à renforcer l'arsenal répressif de la bourgeoisie. C'est la carte que tenta de jouer Cossiga, alors président du Conseil. L'exaspération ouvrière - particulièrement forte en cette période d'austérité - qui s'exprima avec toute sa force lors des obsèques des victimes et la tactique «dure» adoptée à ce moment par le PCI firent capoter cette

Ce sont des liaisons d'un autre type que mit en évidence le crime de Munich. La responsabilité de l'extréme droite n'apparut que parce qu'un membre du groupe paramilitaire Hoffmann fut tué avec l'explosion de sa propre bombe. Pendant des années, les membres de ce groupe ont pu organiser au grand jour en Bavière des parades en uniforme et équipés d'armes lourdes. Cela grâce à la mansuétude de parti de Strauss (CDU-CSU) qui est précisément au pouvoir dans ce Land. A diverses demandes de dissolution, les chrétiens démocrates répondirent que la groupe Hoffmann «n'était pas dangereux». Ce n'est que bien plus tard que le gouvernement fédéral de Schmidt, trop oceu-

Page 8

pé auparavant à appliquer les Berufverbote à la gauche et à l'extrême gauche, interdit cette organisation.

Lorsqu'eut lieu le massacre de Munich, Strauss était en campagne électorale, appuyé par une large fraction du patronat ouest-allemand. Il chercha bien à exploiter ce crime pour prôner la nécessité voir fort», mais la manœuvre échoua tant était évidente sa responsabilité dans la liberté d'action dont jouissait le groupe Hoffmann. La mort inopinée du poseur de bombe l'empêcha d'exploiter cette affaire l'aurait fait si le crime était resté anonyme et qu'il avait pu être attribué groupe terroriste d'extrême Depuis trois ans, les attentats On en a recensé 159 entre juin 1977 et septembre n'ont jamais été arrêtés. Pourtant, de l'assassinat du gardien de l'Amicale des Algériens en Europe, Laid Sebaï, à ceux de Pierre Goldman et Henri Curiel, ces actes ont fait de nombreux

En majorité des travailleurs immigrés. En six ans, 70 Algériens ont été victimes de crimes racistes. Lorsque les auteurs d'exactions racistes sont pris pratiquement en flagrant délit, ils ne se voient condamnés qu'à des peines de prison assorties du sursis. Ce fut le cas en maijuin de cette année quand les jeunes maghrébins de Bondy, dans la banlieue nord-est de Paris, mes pendant plusieurs semaines d'attaques de la part des groupes nazis.

Les groupuscules d'extrême droite ne comptent guère, en France, que quelques centaines de militants, toutes formations confondues. Les plus activistes (Fédération d'action nationale européenne, dissoute et devenue Faisceaux nationalistes européens qui ont revendiqué l'attentat rue Copernic - et le Mouvement nationaliste révolutionnaire...) clament ouvertement leurs opinions hitlérophiles. D'autres - les plus importantes numériquement - cherchent à se donner un visage respectable. C'est le cas du Front national et du Parti des forces nouvelles. Mais entre tous ces groupes existent des liens étroits. Les preuves en ont été données à plusieurs

L'impunité dont jouit l'action des groupes nazis a été confirmée par la possibilité qu'a eu la FANE se reconstituer immédiatement après sa dissolution en septembre et de continuer à fonctionner sans être le moins du monde inquiétée.

L'histoire de septennat de Valéry Giscard d'Estaing est celle de la lente pénétration des fascistes au sein de l'appareil d'Etat. Le parti du président de la République a fait appel de nombreuses fois à leurs services. Ce furent des membres du PFN qui assurèrent la protection de Giscard lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 1974. Et, lors des élec tions municipales de 1977, dans une dizaine de villes de France, des fasfigurerent sur les listes de la majorité. Certains furent même élus. Dans l'entourage même de Giscard, certains hommes ont un long passé de militants d'extrême droite. C'est le cas d'au moins trois députés giscardiens : Alain Madelin et Gérard Longuet qui firent leurs classes dans les groupes fascistes des années soixante et Hubert Bassot, ancien OAS et mêlé à la disparition du trésorier de celle-ci, Raymond Gorel dit «Cimeterces cas ne sont pas isolés. Plusieurs anciens fascistes se cachent dans divers cabinets d'hommes politiques de la droite giscardienne.

Cet état de fait vient de la tactique suivie après la victoire de Giscard • en 1974. Il fallait, en effet, giscardiens pour mettre en place leur projet politique, pourvoir au remplacement des membres de l'appareil gaulliste au sein des rouages de la Ve République. d'un appareil politique semblable à celui dont disposaient les gaullistes, il fit largement appel aux rescapés de lOAS et des groupes fascistes des années soixante. Et il utilisait abondamment les membres des groupes d'extrême droite comme hommes de main pour remplacer le SAC (Service d'action civique — réseau parallèle lié aux gaullistes).

DES NAZIS DANS LA POLICE

Mais le pénétration ne se limite pas au personnel politique. Elle touche aussi l'appareil répressif. avant l'attentat de la rue Copernic, deux syndicats de policiers, la Fédépolice (FASP) et le Syndicat national autonome des policiers en civil (SNAPC) avaient dénoncé le fait que 20% des effectifs de la FANE et des nationalistes européens étaient des policiers. Certains d'entre eux seraient même installés à des postes clés de la hiérarchie policière.

La complicité dont les fascistes bénéficient en haut lieu a été confirmée par une lettre d'un des magistrats instructeurs, le juge Joly, dont l'hebdomadaire le Canard enchaîné a révélé l'existence. Dans cette lettre, adressée au patron de la Brigade criminelle, le juge dénonce une enquête menée de telle façon qu'elle ne pouvait déboucher, le refus par la haute demandes faites par la magistrature concernant une surveillance étroite milieux d'extrême droite. plus, les listes découvertes au siège des organisations fascistes ne furent pas transmises au juge d'instruction qui, par exemple, n'a appris le rôle d'un policier, nommé Durand (membre de la FANE et fonctionnaire des Renseignements généraux), que parce que la presse internationale lui fit un large écho après l'affaire de Bologne. Le ministre de l'Intérieur, Christian Bonnet, a longtemps refusé d'ad mettre ces faits. Mais il fut obligé devant le Sénat de reconnaître la vérité qu'il avait toujours niée : la police avait eu connaissance d'une liste de policiers dont les noms figuraient dans les fichiers des organisations d'extrême droite. Il est clair qu'il a menti et couvert l'inaction de ses services face aux fascistes.

Dans l'enquête sur l'attentat de la rue Copernic, une certaine presse française a fait grand cas d'une nouvelle piste qui aboutirait au Proche-Orient. En fait, qu'en est-il ? La police aurait identifié le propriétaire de la moto carbonisée retrouvée sur les lieux. Il serait de nationalité chypriote, aurait acheté la Suzuki avec des dollars. Sa trace aurait été retrouvée dans un hôtel parisien d'où il avait disparu le 22 septembre. C'est tout. L'insistance mise par certains jour semble donc avoir pour but essentiel de détourner l'attention des responsabilités des groupes multiplication des attentats depuis deux ans et de l'impunité manifeste dont ils ont joui jusqu'à présent.

Il reste que la recrudescence des exactions et de la propagande raciste et antisémite est liée idéologique qui lui a été offert depuis quelques années. Celui-ci est le fait de la Nouvelle droite dont les tenants sont devenus un peu l'intelligentsia officielle du régime giscardien. Ses inspirateurs ont tous été membres du groupe fasciste des années soixante, Europe Action. Ils se présentent désormais comme des intellectuels de droite sans plus. Mais leurs théories reprennent a leur compte, sous une forme moins voyante et d'apparence moderniste, la vieille trilogie du fascisme : ordre, élite et race. L'un des projets avoués de cette Nouvelle droite est le noyautage des «centres de décisions». Et, de fait, on retrouve ces hommes dans nombre de cabinets ministériels. Ainsi, les groupes fascistes et nazis sont d'autant plus dangereux que certains professent jusque dans les allées du pouvoir de la sympathie pour leurs idées.

UNE STRATEGIE DE

LA TENSION ? La situation actuelle n'est pas assimilable à une montée du fascisme.

Page 9

Malgré l'ampleur de la crise économique, il n'existe aucune fraction de la petite bourgeoisie ou du lumpen-prolétariat susceptible, court terme, d'être polarisée par un parti fasciste. Il faut done rechercher ailleurs les explications de cette situation. On l'a sont utilisées par diverses fractions de

Dans certains cas, on est frappé par l'aspect complémentaire, sur certaines questions, politique gouvernementale et l'action des fascistes. C'est le cas de la quesl'immigration. a entrepris de bloquer l'immigration et de refouler certains travailleurs étrangers. Le secrétaire d'Etat aux Immigrés allait ainsi jusqu'à chevaunel de l'extrême droite lorsqu'il déclarait le 14 octobre à Metz : «Il n'est plus question d'accueillr un seul étranger en France. Quand on a 1,4 million de chômeurs sur le territoire national, on doit se montrer intransigeant. » La propagande des fascistes ne dit-elle pas : «Un million d'immigrés, c'est un million de chômeurs en trop »? Et, pendant que cette politique était appliquée, des groupes nazis semaient la terreur à Bondy, une banlieue à forte concentration immigrée.

Des groupes plus durs se sont développés ces derniers temps. La possibilité de mener des actions violentes en toute impunité leur permet de se présenter comme les «durs» de l'extrême droite et de gonfler leurs effectifs. C'est ainsi que la FANE est passée en quelques mois d'une dizaine de membres à plusieurs dizaines. La presse a largement mis en avant ce groupuscule. Mais le danger principal réside dans la pénétration de membres de tous les groupes fascistes au sein l'appareil d'Etat, dans la bienveillance du régime à leur égard. Pointer les tion, c'est aussi chercher à faire oublier une réalité qui met en cause toute l'équipe au pouvoir à quelques mois de l'élection présidentielle.

L'attentat contre la synagogue de la rue Copernic a mis en difficulté le régime en provoquant la colère au sein de la communauté juive de France. Alors qu'il gardait le silence lorsque les meurtres d'immigrés se multipliaient. le ministre de l'Intérieur. déclara au soir du massacre se sentir «un jeune israélite ». Dans le contexte pré-électoral actuel, l'attentat gêne le régime. Il s'agit de ce point de vue d'une «bavure». Encouragé par l'impunité dont ils jouissent, certains groupes ont pu vouloir aller au-delà du cadre que leur tolérait tacitement le pouvoir, et done entrer en contradiction avec ses intérêts électoraux. Et ce dernier ne peut aujourd'hui frapper durement l'extrême droite, tant il est vrai que des investigations

Paris dans la rue le 7 octobre un tant soit peu sérieuses pourraient ramener à la surface des ramifications gênantes pour lui. Cela explique l'apparente impuissance du gouvernement, ses atermoiements et son incapacité à répondre autrement que par des faux-fuyants et des mensonges à une situation qui risque finalement de lui faire perdre des centaines de milliers de voix dans la communauté juive en particulier. LA RIPOSTE ET SES FAIBLESSES

Dès l'annonce de l'attentat du 3 octobre, de puissantes manifestations ont été organisées partout en France. A Paris, le 7 octobre, plus de deux cent mille personnes ont défilé pendant plusieurs heures. Mais elles n'ont pas permis que soit franchi dans la mobilisation antiraciste des travailleurs. Elles auront peu de lendemain: une fois de plus les querelles entre le Parti communiste et le Parti socialiste, le centrales syndicales de s'asseoir à la même table ont limité l'impact de la réaction populaire. Alors que le régime se trouvait confronté aux dénonciations des organisations de policiers, que la majorité des organes de presse interrogeait le ministre de l'Intérieur sur la mansuétude de la police à l'égard des groupes fascistes, la division des rangs ouvriers a empêché que l'exaspération massive face à la complicité du gouvernement s'exprime avec toute sa force.

Au sein de la communauté juive, la colère fut portée à son comble. Le mot d'ordre «Gouvernement passif, gouvernement complice!» repris massivement dans les manifestations. Une organisation sioniste, le Renouveau juif, canalisa d'ailleurs

AURACISME "

DI FASCISME!

cette exaspération pour resserrer les rangs de la communauté autour de l'Etat d'Israël et tenter de faire pression sur la politique giscardienne au Moyen-Orient.

La LCR, pour sa part, joua un rôle actif dans la riposte. Le soir même de l'attentat de la rue Copernic, elle prit l'initiative d'une manifestation qui, partant de la synagogue, tra-

Paris pour se disperser tard dans la nuit. Elle participa ensuite à toutes les initiatives antifascistes. En province, elle impulsa souvent la mobilisation. Ses mots d'ordre mettaient l'accent sur la nécessité d'une riposte large et unitaire face aux crimes racistes et de l'autodéfense antifasciste. Inlassablement, elle dénonça les responsabilités non seulement de la police et de son ministre mais aussi de toute l'équipe au pouvoir, appelant à une mobilisation unitaire et centrale pour chasser Giscard et son régime. Après les manifestations du 7 octobre, les militants de la LCR ont avancé l'objectif d'un pacte d'autodéfense entre toutes les organisations ouvrières, seule riposte efficace pour mettre hors d'état de nuire la vermine hiltérienne. Ils appellent à la mise sur pied d'une commission d'enquête de ces organisations en liaison avec toutes les formations démocratiques pour faire la lumière sur les responsabilités gouvernementales.

Au bout du compte, le crime de la rue Copernic aura fait éclater un scandale qui rejoint la longue liste de ceux qui, depuis de longues années, éclaboussent la Ve République et le régime giscardien. •

Une erreur sur cette page ?