Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

FIAT, un premier point pour le patronat

· Inprecor n° 87-88, 30 octobre 1980 · p. 4-6 · 2 630 mots

Italie Syndicalisme Stalinisme France

T'est un coup très grave qui vient dêtre porté par les directions bureaucratiques aux travailleurs de la FIAT. Rarement le terme de trahison n'a correspondu aussi parfaitement à la politique des réformistes. Lorsqu'Agnelli voulut licencier en masse, la mobilisation et la combativité de «ceux de la FIAT» atteignirent la puissance forts moments de lutte 1969. La détermination fut telle, que l'isolement dans lequel voulaient les confiner les dirigeants syndicaux a été brisé. Les masses laborieuses italiennes les ont clairement soutenus. Le gouvernement Cossiga tomba. Finalement, lorsque la bureaucratie a voulu imposer l'accord honteux passé avec le patronat, le gros des principaux bastions ouvriers de la FIAT a dit « NON ! ». Pourtant, les directions syndicales s'efforcent jourd'hui de faire croire que les accords ont reçu le soutien d'une grande majorité de travailleurs pour mieux couvrir leur

Le vendredi 10 octobre, environ 15 millions de salariés débrayent

Turin, dent dans la rue.

à l'appel de joints tion étudiante, à laquelle participent des plus de l'après avancent aussi à la porte numéro 5 de la Mirafiori, la principale entreprise du groupe, preuve est faite que la convergence entre mouvement mouvement ouvrier est possible dès que ce de mobilisation anticapitaliste.

au-

Après la

10, les directions renoncent à organiser des actions dépasssant le cadre capitulation. Elles les liens avec de larges secteurs de la population de Turin et d'autres durant quatre heures afin d'appuyer les travailleurs de la FIAT. A Milan et maintenus.

d'amples manifestations se

C'est déroulent. A Rome, plusieurs dizaines de milliers de personnes descen-

Le samedi 11 octobre, à Turin, les étudiants proclament leur solidarité. Les Conseils de fabrique (CDF)

vail payé.

de Lingotto et de Lancia se sont la manifestatoutes les forces politiques de la gauche. A cette occasion, les étudiants leurs revendications propres, centrées sur l'emploi et réduite.

l'extension des services sociaux. Près de 20 000 d'entre eux se rendent la police, la étudiant jaunes et dernier manifeste sa volonté grève générale du bureaucratiques des entreprises.

auraient permis de consolider prétexte

Italie villes. Seuls les piquets de grève sont dans ce contexte que la direction de la FIAT rassemble dans le Teatro Nuovo des employés et des cadres venus de toute l'Italie. Agnelli avait soigné ses supporters: indemnité de voyage et jour de tra-

La FLM s'est bien gardée de mobiliser les travailleurs face à cette contre-offensive de la direction, alors que la fraction des cadres et des employés effectivement décidée à faire le jeu de la FIAT est fort

Contrairement à ce que la presse a écrit, la manifestation dans les rues de Turin, protégée par

One réunit pas plus de 10 000 personnes. Aussitôt le meeting terminé, ce rassemblement de

Use volatilisa. Les pancartes soigneusement peintes dans les officines de la FIAT sont laissées pêle-mêle sur la place.

D'ACCORD POUR LES

LICENCIEMENTS ! Dans la nuit du mardi, la direction syndicale, à la recherche d'un pour justifier sa retraite,

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invoque la « mobilisation » des cadres et employés pour passer avec le patronat un accord qui revient en réalité à accepter des licenciements

Dans son premier point, l'accord indique que les lettres de ment, envoyées précédemment, sont annulées ; voilà la concession melle faite par le patronat ! Le point deux, par contre, stipule que du 6 oc23 000 travailleurs seront « cassa integrazione » renouvelable (chômage technique, avec 90% du

Jusque là, le syndicat refusait une telle mesure et proposait que soit mise en place une rotation des travailleurs au chômage technique. Il •voulait ainsi éviter la division entre les ouvriers ayant du travail et les autres. Dans ce cadre, il s'opposait à ce que ce soit le patronat qui établisse la liste des travailleurs mis au chômage technique, afin de protéger les cadres syndicaux et les militants. L'acceptation de l'accord actuel implique la renonciation à ces exigences.

Une série d'autres mesures complètent l'accord : incitation à la retraite anticipée et aux départs volontaires, blocage de l'embauche, mutations de travailleurs dans les établissements de la FIAT de toute la région piémontaise, cours de recyclage pour les travailleurs à la « cassa integrazione ». En date du 31 juin 1981, selon l'évolution de la production et des. ventes du groupe FIAT et en tenant compte du nombre de départs volontaires et de pré-rétraites, la direction dit envisager la réintégration de travailleurs au chômage technique. Au cours de rencontres trimestrielles e*tre les patrons, l'Office du travail

CISL Confédération italienne syndicale du travail (centrale catholique)

CGIL Contédération générale italienne du travail (pendant italien de la CGT)

UIL- Union italienne du tra-

Avail (direction PSI et PSDI

FIM Fédération italienne de la métallurgie (liée à la CISL)

FIOM Fédération italienne des ouvriers de la métallurgie (liée à la CGIL)

UILM (Union italienne des travailleurs de la métallurgie liée à l'UlL)

FLM Fédération des travailleurs de la métallurgie (syndicat unitaire)

régional et les syndicats, sera examinée la situation du marché de l'emploi. La FIAT affirme qu'elle envisagera, au 31 juin 1983, la réintégration des travailleurs qui se trouveront encore au chômage technique.

Face à la résistance ouvrière, il était impossible de faire accepter aux directions syndicales des mesures diimmédiates de licenciements. Néanmoins, l'accord doit permettre d'aboutir au même résultat, en créant préalablement les conditions d'une désorganisation et d'un affaiblissement de ces travailleurs qui, de plus, constituent depuis des années la pointe avancée de la lutte de classes en Italie.

LE CONSIGLIONE SE DRESSE

CONTRE LA BUREAUCRATIE

Le mercredi 15 octobre, le « consiglione » de la FIAT regroupant tous les délégués - se réunit. De nombreux travailleurs les ont rejoints. La bureaucratie syndicale met tout son poids dans la « bataille » et envoie ses principaux représentants: les trois dirigeants des confédérations syndicales — Lama de la CGIL, Carniti de la CISL et Benvenuto de l'UIL -, trois dirigeants de la FLM et trois de la CGIL, parmi lesquels Bruno Trentin. Les travailleurs manifestent immédiatement leur défiance en refusant d'octroyer à tous ces bonzes la parole à volonté, afin qu'ils ne puissent noyer le problème sous un flot de paroles. En présentant le résultat des négociations, les bureaucrates ne tentent même pas d'en défendre explicitement le contenu. Ils se contentent d'affirmer que le déclin de la participation aux

Get la manifestation des employés traduisent, des rapports de forces défavorables leur dictant ce genre d'accord. En fait, après avoir « chevauché le tigre » dans un premier moment, la bureaucratie se rendit compte de la dynamique sociale et politique, au plan national , de l'affrontement en elle va s'efforcer de désarmorcer le le talent qui le caractérise en ce domaine, d'élever un rideau de fumée et de justifier la capitulation au nom d'une savante stratégie. Un militant ouvrier, membre de la LCR, section italienne de la IVe Internationale, et délégué de la Spastura, s'appuyant sur l'expérience concrète de la lutte des dernières semaines, démonta les arguments trompeurs de Trentin. Les applaudissements prolongés de la salle traduisirent le refus massif des exl'appareil syndical. Ce sentiment s'est déjà exprimé lorsque Rocco Papandrea, délégué de la Mirafiori et membre de la LCR, présente une sorte de contre-rapport aux introductions de Galli (de la FLM et du PCI) et de Mattina (de la FLM). La contestation des accords par les délégués, dont certains sont membres du PCI, est sans ambiguïté. Lorsque Carniti (de la CISL) con-

Les secrétaires syndicaux quittent alors précipitamment la sans demander glione. Ils craignent que le refus des accords par cette instance ne conduise directement à leur rejet par les assemblées ouvrières d'entreprise.

Il s'agit d'une grossière vre de la bureaucratie à laquelle les délégués ne se laisseront pas prendre. Pour y faire pièce, Rocco Papandrea présente une motion au Consiglione. Elle reprend les objectifs initiaux de la FLM et s'oppose donc à la mise au chômage technique (cassa integrazione) total et à l'établissement par les patrons d'une liste de licenciés. grand. Mais des représentants de la gauche de la FLM prétextent alors que la réunion manquent de légitimité, vu la présence de nombreux ouvriers en plus des délégués. Dès lors, disent-ils, elle ne peut se prononcer valablement. Finalement, la motion est soumise à un vote indicatif. Elle est adoptée à une très large majorité. Dans la soirée, la section de la FLM de Mirafiori refuse de tirer un tract contenant cette motion et le résultat du vote. Elle veut cacher cette leurs de l'équipe du matin. L'appareil syndical freine des quatre fers. Cependant, de nombreaux militants s'efforcent de prendre directement en charge la distribution de la motion. Il est aussi significatif que l'Unita et le Manifesto aient fait silence sur cette bataille au sein du Consiglione. Seule la Stampa, le journal d'Agnelli à Turin, relate cet affrondans le conseil LE VOTE DANS

LES ASSEMBLEES OUVRIERES

Le jeudi 16 octobre, des assemblées se tiennent dans les principales entreprises du groupe FIAT. ciente de l'enjeu, la bureaucratie ne lésine pas et envoie les dirigeants confédéraux défendre l'accord à la Mirafiori. Lama se rend aux ateliers de carrosserie, Benvenuto à ceux des presses et Carniti à ceux de la mécanique. Partout, la contestation est forte. Mais la direction a bien fait les choses. Ainsi, à l'assemblée de la méquelques minutes avant le vote, en bon ordre, les employés et les cadres font leur apparition. Ils se prononceront pour les accords.

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Ceci explique largement que, à Mirafiori, les accords ont été approuvés à de faibles majorités durant la matinée. Après le vote, les controverses éclatent, des heurts se produisent ouvriers et employés. doit s'échapper par les couloirs souvent utilisés par les patrons et leurs représentants depuis 1969. Carniti finira son exposé à l'infirmerie et Benvenuto aura besoin de d'une voiture de police pour prendre congé des travailleurs de la FIAT. Dans d'autres usines, comme la Spastura, l'accord est rejeté par 70% des voix. A Lancia et à Rivalta, le CDF pas digne d'être soumis au L'après-midi, à la Mirafiori et à la Lingotto, les assemblées ouvrières rejettent les accords. Elles avaient, au préalable, pris soin que les employés et les cadres de la Mirafiori, qui n'avaient pas participé à la lutte, ne puissent interférer dans les décisions. Pár contre, l'équipe de l'après-midi à la Spastura appouve à 51 % des voix. Dans le Sud, des majorités très limitées acceptent l'accord. Le syndicat de les présenter comme En fin d'après-midi, un cortège de travailleurs part des ateliers de mécanique de Mirafiori pour se diriger vers la carrosserie puis vers la Lingotto. La manifestation avance vers le centre de la ville. La police l'en empèche. Les travailleurs retournent vers la Lingotto. Après cette journée, la confusion et la désorien-

UNE CRISE DE DIRECTION Les directions syndicales propagent avec insistance un thème sur les médias : la majorité des travailleurs ont accepté l'accord ! Elles établissent de subtils calculs sur l'importance numérique des équipes du matin par rapport à celles de l'après-midi. Lama ne se gène pas pour laisser entendre que ceux qui s'opposent aux propositions des syndicats ont quelques sympathies pour les terro-

Parmi ceux qui ont été à la tête de la lutte, existe le sentiment que la volonté réelle des travailleurs était de rejeter l'accord. La pression ouvrière est telle qu'au sein de la FLM cricule l'idée d'organiser un nouveau vote. La bureaucratie centrale, comprenant le risque que comporte' une telle décision pour sa politique, s'empresse de mettre fin à ce genre de velléités. Les syndicats retirent toute l'infrastructure qu'ils avaient mise au service de la grève ; le PCI fait de même. Conscient qu'aucune force ne pour organiser et centraliser la résistance ouvrière, ils escomptent que le vide laissé par ce brusque retrait déconcertera les travailleurs et conduira à la fragmentation du mouvement.

La rupture entre l'appareil syndical et les délégués, les militants syndicalistes, les travailleurs combatifs est complète. La bureaucratie a cherché appui, de fait, sur les couches d'employés et de cadres organisés par la direction et sur les secteurs les plus retardés des travailleurs. De plus, de travailleurs, après avoir été exploités durant de longues années, se sont laissés attirer par la solution de la pré-retraite, par le départ avec indemnité ou par les faux espoirs que permet la mise à la « cassa integrazione » sur une longue

Cette cassure entre une très large couche de travailleurs avancés et l'appareil bureaucratique se traduit avec force dans les rangs mêmes du PCI. Nombreux sont les militants communistes qui refusent tout simplement de distribuer les tracts du PCI présentant favorablement

UNE DEFAITE Le vendredi 17, dans certaines usines il y a encore des assemblées. Une grève éclate même à la Spastura. Mais l'obstacle décisif pour reprendre l'initiative reste la difficulté extrême de centraliser l'opposition. Les militants de la LCR, de nombreux délégués réclament une réunion du Consiglione, afin qu'il prenne directement en main la conduite de la lutte et des négociations, la preuve ayant été faite de la trahison brutale des directions. Une contradiction centrale apparaît dans cette phase de la lutte : d'un coté s'exprime un refus massif de la politique des appareils par l'essentiel des travailleurs qui forment la colonne vertébrale du syndicat des conseils de la FIAT, de l'autre côté, éclate l'inexistence d'une direction de rechange apte à cristalliser cette opposition, à lui offrir un dé-

Get à lui permettre de gagner à elle les rangs ouvriers. L'issue de ce combat des travailleurs de la FIAT n'est pas déterminée par leur manque de mobilisation combativité, mais par une crise de direction prolétarienne. L'absence d'une organisation assez forte, capable de structurer un courant sur le plan syndical, a permis à l'appareil national des syndicats et du PCI de peser de tout son poids. La capacité des militants de la LCR de battre en brèche ponctuellement les manœuvres des dirigeants syndicaux illustre les possibilités qui auraient existé pour une organisation quantitativement plus forte.

Quelle qu'ait pu être la résistance, l'impossibilité pour les travailleurs de trouver une autre voie scelle la victoire de l'appareil bureaucratique défaite, et ceci pour trois Tout d'abord, l'accord se résume à l'acceptation de licenciements massifs dans un des bastions de la classe ouvrière italienne, ce que les rapports de forces entre établis depuis 1969 en Italie avaient empêché dans les branches industrielles décisives. Ensuite, la mise au chômage technique de 23 000 travailleurs destructure l'organisation syndicale des Conseils et place hors de l'usine toute une couche de jeunes cadres ouvriers qui ont mis en échec offensives d'Agnelli. En outre, des mesures de représailles contre militants, qui ne sont pas inscrits sur liste des 23000, déjà ; le patron cherche à rétablir son sans partage Enfin, l'affrontement au sein même du syndicat, la cassure qui y est apparue porte un coup à la FLM, qui apparaissait comme ralliement de la résistance ouvrière depuis quelques années. Ceci peut stimuler de nouveaux courants antiparmi des franges de bourgeoisie et le patronat vont certainement pousser immédiatement l'avantage. Des mesures identiques se préparent dans la sidérurgie et la pétrochimie. Le nouveau gouvernement Forlani s'emprese de mettre à profit la situation provoquée par la couardise des directions bureaucratiques pour présenter un noud'austérité, que la bourgeoisie espére, cette fois, appliqua effectivement.Tout cela indique que, •péens, une deuxième phase de la politique d'austérité s'initie à l'ombre de la nouvelle récession. Gouvernement et patronat veulent tirer tout l'avantage possible du poids d'un chômage bien pesant qu'en 1974-1975. Ils visent à frapper les organisations syndicales et développent des stratégies précises pour affaiblir structurellement la classe ouvrière (redéploiement de la production, division entre un secteur stable de travailleurs et un secteur intérimaire, etc.). Cette nouvelle offensive du capital n'ira pas sans affrontements importants. Mais, de plus en plus directement, leurs résultats dépendront de l'existence concrète d'une solution et d'un instrument de rechange à la politique des réformistes, qui seront soumis eux-mêmes à une crise croissante. Les remous au sein du PCI en sont l'illustration. 20 octobre 1980

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