1 Après deux mois de grèves auxquelles participèrent deux millions de travailleurs, la classe ouvrière polonaise a remporté une grande, une magnifique victoire. Pour la première fois depuis l'établissement de la dictature bureaucratique en URSS, et de son extension ultérieure à l'Europe orientale, la classe ouvrière a arraché par un combat direct, organisé par elle-même, le droit à l'existence d'organisations ouvrières autonomes, le droit de greve, la levée partielle de la censure, l'acces des travailleurs aux mass media, une liberté religieuse plus grande, la libération des prisosonniers politiques de l'intelligentsia réprimés pour avoir manifesté leur solidarité avec les grévistes, la reconnaissance par la bureaucratie de l'existence de privilèges matériels exorbitants et leur mise en question partielle. Il s'agit là d'une victoire d'ampleur véritablement historique de la classe ouvrière polonaise et internationale.
Malgré tous les efforts de la bureaucratie pour fragmenter, diviser et étouffer les grèves, en accordant dès le départ des concessions économiques aux travailleurs des premières usines entrées en grève, en faisant le black-out des informations, en donnant aux uns ce qui était refusé aux autres, en cherchant désespérément à empêcher toute centralisation des grèves, les travailleurs polonais ont fait preuve, par vagues successives, d'une solidarité et d'un d'organisation de classe remarquable.
La grève a débuté dans l'usine URSUS qui avait déjà été à la pointe du combat en 1976. Aidé d'abord par un réseau de correspondants mis en place depuis les grèves de 1970 et 1976 et reliés au journal Robotnik -qui se limitait cependant à transmettre les informations sur les succès obtenus par les premiers grévistes puis par des comités ouvriers de mobilisation semi-clandestins, semi-tolérés, surgis spontanément dans plusieurs entreprises, le mouvement s'étendit progressivement d'un bassin industriel à l'autre.
Dès le 17 juillet, la grève des cheminots de Lublin - à 60 km de la frontière soviétique ! - prenait l'ampleur d'une grève quasi générale, entraînant 17 entreprises et paralysant toute la vie économique.
Lorsque le mouvement de grèves
Le prolétariat polonais
entraîna les ports de la Baltique, c'est-à-dire le secteur de la classe ouvrière le plus expérimenté depuis les grèves de 1970 et de 1976, il atteignit un niveau supérieur d'organisation et de politisation. Des comités de grève inter-entreprises (MKS) firent leur apparition. Celui de la région de Gdansk-Gdynia-Sopot regroupa quelque 800 délégués de 500 entreprises, se réunissant en permanence au chantier naval Lénine. Par son degré d'organisation et de contrôle sur la zone urbaine, il arriva au seuil d'un véritable conseil ouvrier. L'exemple des MKS se répandit dans de nombreuses régions. En Haute-Silésie, entrés plus tard dans la lutte, les grévistes, forts de la place décisive des mineurs dans la vie économique de la Pologne (les exportations de charbon rapportent le gros des devises au pays), constituèrent un MKS regroupant 72 entreprises et remportèrent le 4 septembre une victoire encore plus éclatante que celle de Gdansk. Les 21 points du cahier de revendications du MKS de Gdansk-Gdynia-Sopot servirent de modèle aux plates-formes revendicatives de nombreuses régions. La centralisation de tous les MKS du pays en seul et unique comité central de grève était sans doute possible.
Par ailleurs, les grévistes et leurs dirigeants firent preuve d'un admirable sens tactique, d'une évaluation réaliste des rapports de forces et de la nature même de la bureaucratie. Ils ne se laissèrent prendre à aucune provocation. Ils transformèrent les usines en de véritables bastions ouvriers, refusant de négocier ailleurs que dans les entreprises, refusant les affrontements de rue ou les négociations aux sièges du parti ou de l'administration étatique. L'auto-organisation, le souffle de démocratie de masse et le sens tactique se complétèrent d'ailleurs logiquement. La négociation se faisait sous le contrôle des grévistes entrecoupée de larges assemblées de masse où chaque démarche fut examinée de manière critique, dans un débat démocratique sans exclusive aucune.
Les grévistes se refusèrent par ailleurs à maintenir les revendications que la bureaucratie n'aurait pas pu accorder sans commettre un suicide ouverte avec le Kremlin. Cette tactique la sympathie envers la grève était
Pologne universelle, la participation directe et active ne regroupait encore qu'une minorité de la classe ouvrière. Il s'agissait de consolider la possibilité d'auto-organisation de masse par une victoire qu'on pouvait arracher à la bureaucratie, sans précipiter l'affrontement décisif. Les chiffres sont d'ailleurs éloquents quant aux résultats de cette tactique. Alors que le nombre total des grévistes ne fut pas supérieur à deux millions, le nombre des membres des syndicats autonomes et autogérés Solidarnose (Solidarité) a déjà atteint le double. Ainsi, grâce à son combat exemplaire de juilletaoût 1980, la classe ouvrière polonaise a acquis un niveau d'organisation largement supérieur à celui atteint pendant la grève elle-même. 2 Cette victoire s'explique fondamentalement: a) par la modification des rapports de forces sociaux en Pologne, avec l'émergence de la classe ouvrière comme classe sociale largement majoritaire dans le pays, la forte réduction du poids de la paysannerie et de la petite bourgeoisie par rapport à ce qu'il était encore en 1956, l'extension de l'industrialisation et de l'urbanisation, l'élévation du niveau de culture et de qualification du prolél'apparition au sein de la classe ouvrière d'une couche de militants d'avant-garde expérimentés et aguerris dans les luttes anti-bureaucratiques de 1970, 1976 et ayant perdu une grande partie des illusions dans les possibilités d'autoréforme de la bureaucratie, illusions encore fortement présentes en 1956 (expérience Gomulka) et 1970 (expépar l'impasse économique dans laquelle se trouve la bureaucratie qui a fortement limité ses capacités de manœuvres. Après la crise de 1970, le régime a d'abord provoqué un boom économique, alimenté par un endettement croissant à l'égard des pays capitalistes, de façon à utiliser la hausse du niveau de vie ouvrier comme base pour une reprise en main des institutions et organisations sociales, avant tout les syndicats, c'est-à-dire pour le rétablissement d'un contrôle stable sur la classe ouvrière ;
se les bases économiques de l'Etat de manière continue et massive la d) par l'échec des manœuvres bureaucratiques pour diviser l'opposition anti-bureaucratique et l'absence de solution politique de rechange, présentée par une fraction du POUP crédible aux yeux des masses. En 1968, l'opposition étudiante et intellectuelle se solidarisant avec le «Printemps de Prague» était restée largement isolée de la classe ouvrière. Réciproquement, en 1970-1971, la révolte ouvrière n'avait pratiquement trouvé aucun écho dans l'intelligentsia. Entre 1976 et 1979, le prestige de Gierek ayant été miné par les grèves de 1976 et les concessions qu'il fut obligé de faire aux travailleurs, une opposition politique s'était reconstituée, conquérant de fait le droit à l'expression semi-légale (KOR, Robotnik, DIP, intellectuels catholiques, groupe tionaliste, etc.). Au sein du POUP lui-même et à sa marge réapparurent de timides tendances d'opposition, incapables cependant de présenter une plate-forme ou des dirigeants ayant un prestige aux yeux des mas-
Alors que de nombreuses tendances d'opposition intellectuelle et l'Eglise étaient prêtes à éviter tout affrontement direct avec la bureaucratie, toute lutte de masse, se contentant d'une politique d'avertissements et de pressions sur la bureaucratie, l'énorme bague de luttes ouvrières de l'été 1980 a qualitativement modifié la situation. Elle a en fait unifié l'immense majorité des masses populaires de la ville et de la campagne dans le soutien à la grève pratiquement tout le pays a conscience de la crise profonde qui ébranle la société, c'est la classe ouvrière qui a conquis de haute lutte l'hégémonie sociale de fait au sein de l'opposition anti-bureaucratique. Si l'on fait abstraction des premières semaines qui suivirent l'invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques en novembre 1956, c'est la première fois qu'un phénomène d'une telle ampleur et d'une telle durée se produit dans un Etat ouvrier bureaucratisé. Cela présage bien de la révolution politique future en URSS où les rapports de forces sociaux sont à peu près comparables à ceux de la Pologne, si ce n'est meilleurs. Ce qui est à l'ordre du jour dans ces pays, ce n'est pas la contre-révolution sociale, la restauration du capitalisme qui n'a plus que des bases minuscules ou inexistantes dans ces pays. Ce qui est à l'ordre du jour, c'est le remplacement de la dictature totalitaire de la bureaucratie par une prise en main de la gestion de l'Etat et de l'économie par la classe ouvrière elle-même, unifiée sur la base de l'auto-organisation démocratique, c'est-à-dire de la démocratie socialiste et ne remettant pas en cauouvrier, comme cela a été admirablement reconfirmé (après la Hongrie et la Tchécoslovaquie) par le comportement des grévistes polonais tout au long de l'été 1980. L'objectif des travailleurs polonais, c'est la démocratie ouvrière et le socialisme.
La conjonction de la crise aggravée du capitalisme et du stalinisme, la résistance farouche que la classe ouvrière d'Europe capitaliste manifeste à l'égard de l'offensive d'austérité du Capital, la chute des dictatures du chah et de Somoza sous les coups de boutoir de gigantesques mobilisations les divisions inter-bureaucratiques internationales croissantes, les critiques eurocommunistes à l'égard du Kremlin, les répercussions à long terme de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, l'enlisement de l'intervention soviétique en Afghanistan, bref, l'ensemble de facteurs qui marquent la modification des rapports de forces internationaux au détriment de l'impérialisme et du cade la révolution mondiale. rendent plus difficile une intervention soviétique en Pologne. Même s'il est irresponsable d'exclure la possibilité d'une telle intervention, elle est beaucoup plus difficile que par le passé et la bureaucratie la payerait d'un prix beaucoup plus élevé, y compris en Union soviétique elleinternational a encouragé l'action de masse des travailleurs polonais et leur volonté d'arracher à la bureaucratie
3 Mais si les travailleurs polonais
Sont remporté une grande victoire, ils sont loin d'avoir obtenu une victoire finale et totale sur la bureaucratie. Celle-ci reste maîtresse de l'appareil d'Etat. Elle continue à contrôler le surproduit social et, à travers lui, tous les secteurs décisifs de l'activité sociale. Le pouvoir de la bureaucratie n'a pas été renversé ébranlé, obligé à faire des concessions qui, il y a peu de temps encore, étaient inimaginables. Mais il reste réel et puissant.
Or ces concessions arrachées par la classe ouvrière polonaise sont à la longue incompatibles avec le La bureaucratie n'est pas une nouvel. le classe dominante. Elle ne joue aucun rôle économiquement nécessaire ou irremplacable dans la société. La classe ouvrière est parfaitement capable d'exereer les fonctions de direction qu'elle a usurpées. La dictature bureaucratique ne peut s'exercer durablement que sur la base de la passivité et de l'atomisation politique de la classe ouvrière. Si celle-ci conteste gestion bureaucratique, cette dictature bureaucratique sera condamnée à s'effondrer.
C'est pourquoi l'apparition d'un mouvement ouvrier autonome de la sé, englobant des millions de travailleurs, constitue une menace de mort pour la dictature bureaucratique. Les deux ne peuvent cohabiter pendant longtemps. Ou bien la classe ouvrière autonome, à travers une série d'affrontements abolira le pouvoir politique de la bureaucratie et réalisera une révolution politique anti-bureaucratique victorieuse, établissant le pouvoir politique de conseils ouvriers démocratiquement élus et centralisés; ou bien la bureaucratie polonaise, puissamment épaulée et éperonnée dans ce sens par la bureaucratie soviétique et celle de la plupart des autres «pays-frères», résorbera, éliminera, liquidera une par une toutes les concessions essentielles arrachées par les travailleurs le 31 août 1980
Prévoyant un tel affrontement futur, des courants au sein de l'opposition politique en Pologne, au sein de la classe ouvrère et même parmi l'avant-garde qui a dirigé la grève, s'efforcent de l'éviter en cherchant à cantonner l'activité du syndicat auautogéré dans les strictes limites de la défense des intérêts économiques immédiats. La bureaucratie de son côté, au moment même où elle commence déjà ses tentatives de corruption, d'intégration, de limitation et de liquidation des principales conquêtes d'août 1980, concentre ses efforts politiques dans le même sens: le syndicat autonome serait un organisme exclusivement destiné à la défense des intérêts particuliers de secteurs de la classe ouvrière dans le domaine de la consommation, sans plus.
Dans une société fondée sur des principaux moyens de production et d'échange, toute question économique se transforme automatiquement en une question politique. Toute revendication de classe dans le domaine de la consommation soulève immédiatement des questions de réorganisation de la production, de remise en question de la politique économique, du plan, de répartition modifiée du revenu national et du produit national entre grands agrégats (fonds de sement; fonds de consommation productif et fonds de consommation improductif; fonds d'investissements dans l'industrie et dans l'agriculture, dans la production et dans les services - distribution, transports, ete. -; fonds de consommation individuelle et fonds de consommation sociale,
Les travailleurs polonais sont
parfaitement conscients des disproportions criantes introduites dans l'économie par des décisions d'investissements incohérentes et absurdes, c'est-à-dire par la gabegie, l'incurie, la corruption et l'arbitraire de le planification bureaucratique soustraite au contrôle des masses. A l'argument selon lequel «Toute augmentation des salaires non accompagnée d'une augmentation de la production conduit automatiquement à l'inflation, c'est-à-dire n'accroît guère le niveau de vie des masses», ils ont donné deux réponses pertinentes.
D'abord, il n'y a pas que les ouvriers qui consomment, mais aussi les bureaucrates et les petits bourgeois cossus. En réduisant la part de ceux-ci, en frappant les privileges, en augmentant l'égalité, on peut accroitre la consommation ouvrière, même sans augmentation de la production.
Ensuite, l'augmentation de la production n'est pas nécessairement subordonnée à une nouvelle augmentation des investissements payée par la réduction de la consommation ouvrière. Elle peut être assurée par une meilleure utilisation des ressources productives notoirement sous-utilisées, par un meilleur équilibre entre la production agricole et la production industrielle, par l'élimination des abus de la gestion bureaucratique qui entraîne l'indifférence des travailleurs par rapport à la production.
Cette manière de poser la question des causes de la crise économique qui secoue la Pologne pousse la classe ouvrière dans la voie du conrevendication qui déjà commencé à être soulevée dans de nombreuses villes et entreprises. En d'autres termes, dans le cadre d'un Etat ouvrier comme la Pologne, toute revendication économique imclasse débouche sur la formulation d'une politique économique de rechange par rapport à celle de la bureaucratie. C'était d'ailleurs déjà clairement exprimé dans les 21 revendications initiales du MKS de
Il est sans doute trop tôt pour savoir si la formulation de telles propositions pour une politique économique alternative passera par l'intermédiaire du syndicat ou par d'autres organes comme les conseils d'entreprise dont l'existence «légale » reste acquise en Pologne grâce à la législation de 1945 et de 1956, bien que ces conseils en tant qu'organes autonomes de la classe ouvrière n'existent guère. Dans le cadre de tels organes, la pluralité de propositions de politique économique et sociale débouche inévitablement sur la pluralité des tendances et partis politiques. Mais quel que soit l'organe qui prend en charge et exprime la volonté ouvrière d'une autre politique économique et sociale que celle suivie par la bureaucratie, c'est cette exigence, en elle-même, et non le choix de l'organe spécifique, qui est incompatible avec le pouvoir de la bureaucratie. Dans un Etat ouvrier, toute organisation ouvrière autonome de masse est inévitablement portée à formuler cette exigence. C'est pourquoi le conflit entre les structures nées du mouvement d'août 1980 et la dictature bureaucratique est inévitable. L'une est acculée à éliminer l'autre.
Dès le lendemain des accords des 31 août-4 septembre, la bureaucratie a cherché à grignoter les acquis de la grève. Elle a fait de l'obstruction systématique à la constitution nouveaux syndicats autonomes autogérés ailleurs que dans les ports de la Baltique. Partout — y compris à Gdansk - elle a cherché à entraver, sinon à empêcher, la parution d'une travailleurs eux-mêmes. Elle a multiplié les manœuvres de division et les tentatives d'intégration des nouveaux syndicats, tantôt faisant pression sur les travailleurs, en les menaçant de la perte d'avantages sociaux en cas de désaffiliation des syndicats «officiels », tantôt cherchant à transformer ceux-ci, coiffés de leurs anciens dirigeants nommés d'en haut, en partie intégrante des nouveaux syndicats
Il ne s'agit là que des premières ments, bien plus durs, se produiront, y compris l'utilisation de la répres-
Les travailleurs ont jusqu'ici riposté du tac au tac, n'hésitant pas menacer de faire grève ou de se remettre carrément en grève, pour imposer le respect des accords de fin août-début septembre.
4 Ce qui rend plus lent et plus compliqué le processus d'attaque contre le pouvoir politique de la bureaucratie, c'est la contradiction entre la force de frappe, la conscience en elle-même, la capacité d'organisation de la classe ouvrière d'une part, et l'inégalité et l'insuffisance de sa conscience de classe d'autre part. Le développement inégal de la montée ouvrière en Europe orientale joue dans le même sens. Il s'agit là sans doute des contradictions principales de la crise actuelle en Pologne, sans laquelle le pouvoir de la bureaucratie aurait été balayé d'un seul coup.
Cette contradiction se manifeste à deux niveaux. Tout d'abord, au sein du syndicat autonome autogéré lui-même, il faut distinguer au moins trois groupes de travailleurs: ceux qui ont passé en août-septembre par les formes de lutte et d'auto-organisation les plus avancées (avant tout les travailleurs des ports de la Baltique et de la Haute-Silésie, mais sans doute aussi ceux d'URSUS et de quelques autres usines de pointe); ceux qui ont participé au mouvement de greve de juillet-septembre sans pour autant atteindre les formes les plus avancées d'auto-organisation; et ceux qui n'ont pas fait grève en été 1980 tout en rejoignant après le nouveau syndicat, notamment le gros des travailleurs de Varsovie et de Lodz, les deux principaux bassins industriels du pays. Le poids de l'avant-garde ouvrière, et notamment celui des dirigeants ouvriers reconnus comme tels par les larges masses, est sensiblement différent pour ces trois catégories.
Ensuite, pour la grande majorité des travailleurs polonais, il y a un contraste frappant entre un instinet de classe et une conscience élémentaire de classe qui sont remarquables et une conscience politique fort basse. En d'autres termes, une partie importante du prolétariat polonais est encore marquée par une confusion politico-idéologique prononcée. Cela se manifeste par l'influence très forte de la religion et du clergé catholiques auprès les travailleurs, par la présence de courants nationalistes petits-bourgeois, par l'influence prononcée de tendances anarcho-syndicalistes à la gauche du mouvement ouvrier autonome en voie de reconstitution.
La cause fondamentale de cette confusion politico-idéologique ne réside nullement dans la pression du milieu petit-bourgeois (paysan) en Pologne ni même dans la pression du milieu capitaliste ambiant. Bien au contraire, avant la Seconde Guerre mondiale, lorsque ces pressions furent autrement plus fortes qu'à présent, la classe ouvrière polonaise était une des plus avancées d'Europe du point de vue du niveau de conscience politique.
La tradition politique de classe du mouvement ouvrier polonais est des plus impressionnantes et des plus glorieuses. C'est parmi les ouvriers juifs de Pologne qu'est née la première organisation socialiste en Russie tsariste qui a donné naissance au POSDR et donc, par ce baiais, au bolchevisme. A l'époque de la Ile Internationale, le PSDRPL de Rosa Luxemburg a formé des cadres socialistes-révolutionnaires qui ont propagé et enrichi par la suite le communisme dans au moins trois pays. Avec les bolcheviks russes et les spartakistes allemands, les internationalistes polonais étaient à l'avant-garde de Zimmerwald et de la lutte contre le social-patriotisme. Dans la période 1918-1925, le PC polonais était un des partis communistes les plus influents d'Europe.
La cause fondamentale de l'é.
norme confusion idéologique-politi- qui en accompagne et en accompaque qui règne aujourd'hui au sein de la classe ouvrière polonaise, réside dans les effets désastreux du stalinisme sur le mouvement ouvrier polonais au cours des quarante dernières années. Le stalinisme a commencé par détruire l'intégrité morale et politique du PC par l'appui accordé au coup d'Etat de Pilsudski en 1925, poursuivant cette œuvre de destruction par un sectarisme fractionnel aveugle qui isola le parti de manière croissante de la classe ouvrière. Il a ensuite formellement dissout le PC et exterminé physiquement la presque totalité de ses cadres dirigeants dans la période 1937-1941. Puis il a placé au pouvoir des bureaucrates médiocres, corrompus et inconditionnels par rapport au Kremlin, la plupart venus dans le girons d'une armée étrangère et identifiés par les larges masses avec des agents de l'étranger. Finalement, il a systématiquement, au cours des trente dernières années, « éduqué » le prolétariat effaçant la véritable tradition internationaliste ouvrier polonais, étouffant toute manifestation d'autonomie ou d'action critique de la part des travailleurs, élevant depuis 1956 l'activité de la hiérarchie catholique au niveau de seule forme d'opposition quasi légale de masse dans le pays, tout en soumettant l'Eglise à mille tracasseries mesquines.
Quoi d'étonnant à ce que, dans ces conditions où le marxisme reste identifié avec un dogme d'Etat, la religion apparaisse comme plus attrayante aux yeux des masses que toute idéologie qui semble conformiste par rapport à la dictature bureaucratique détestée ?
Fondamentalement, cette confusion idéologique implique que, si la classe ouvrère a d'ores et déjà conquis l'hégémonie sociale au sein de l'opposition anti-bureaucratique, qui englobe l'immense majorité de la nation polonaise, elle n'a pas encore conquis l'hégémonie politique de classe au sein de cette opposition. L'évolution politique du pays dans les mois et les années à venir, l'issue de l'affrontement avec la bureaucratie, les chances de succès de la révolution politique anti-bureaucratique qui se prépare, dépendent dans une large mesure de la capacité de la classe ouvrière à conquérir, après son indépendance organisationnelle, son indépendance politique de classe, c'est-à-dire une conception claire de l'alternative de démocratie socialiste par rapport à la dictature bureaucratique.
Cette reconquête puisera d'immenses ressources dans l'organisation autonome de masse en train de se constituer, dans l'expérience de lutte gnera chaque phase. Mais elle ne pourra pas être un processus purement spontané. La présence d'un courant marxiste-révolutionnaire, enraciné dans la classe ouvrière, capable d'engager le dialogue avec les masses appuyant toutes leurs revendications et toutes leurs luttes, en restant ferme sur le programme fondamental, jouera sans aucun doute un rôle important dans ce contexte.
Pour fluence néfaste d'idéologies catholique et petite-bourgeoise au sein de la classe ouvrière, les marxistes révolutionnaires devront avant tout comprendre les conditions spécifiques dans lesquelles s'effectue le réveil politique du prolétariat polonais. Cela donne une importance particulière à la prise en charge par tous ceux qui se réclament du socialisme révolutionnaire, du marxisme, du communisme authentique, de la défense intransigeante des droits démocratiques les plus larges pour les masses laborieuses. Ils défendront non seulement le droit de grève et la liberté d'organisation, y compris d'organisation politique, mais encore la liberté de réunion, de presse, de religion sans entrave de critiquer l'accès de l'Eglise à la radio-télévision, imposée par les grévistes de Gdansk, ou de s'y opposer, ils le salueront comme un pas en avant dans la voie de la suppression du monopole de la bureaucratie sur les mass media. Mais ils réclameront que ce qui est accordé à juste titre au L'entrée du chantier naval Lenine à Gdansk courant catholique, le soit également à l'ensemble des courants présents au sein de la classe ouvrière et de l'opposition: aux syndicats autonomes, au KOR, aux courants syndicalistes. aux différents courants socialistes et communistes oppositionnels.
Combattre la religion et le clergé répressifs est totalement contreproductif et ne fait que renforcer leur poids au sein des masses. La seule lutte efficace contre ces idéologies réactionnaires se mène par le débat idéologique et politique ouvert, en obligeant la hiérarchie à se prononcer sur les grands problèmes politiques de l'heure, où ses prises de position -comme l'appel à l'ordre et à la reprise du travail du cardinal Wyszyinski au mois d'août; comme les prises de position du clergé contre l'avortement et le contrôle des naissances - finiront par réduire son influence au sein du prolétariat et de la jeunesse, pourvu qu'il y ait d'autres alternatives de masse par rapport au stalinisme. cernant le rôle de l'Eglise ou d'autres petites-bourgeoises en œuvre parmi les grévistes et l'opposition anti-bureaucratique sont d'autant plus hypocrites qu'elles viennent de porte-parole ou d'apologistes ouverts ou honteux de la dictature bureaucratique, qui, elle, trouve facilement langage politique commun avec un ces forces-là. Paradoxalement, c'est l'appel à l'intérêt national, voire au nationalisme, c'est le refus de s'ap-
puyer sur des critères de classe clairs et précis, qui a permit à l'aile la plus souple de la bureaucratie d'avoir un écho tant dans l'intelligentsia et dans la hiérarchie catholique que parmi une partie des grévistes en août 1980. Mais plus l'organisation autonome et la confiance en elle-même de la classe ouvrière progresseront, plus cette base de « dialogue» se décomposera au sein des travailleurs.
5 Deux autres classes sociales tiennent un poids dans la société polonaise post-capitaliste, bien que fort réduit par rapport à celui du prolétariat: la paysannerie et la petite-bourgeoisie urbaine.
paysannerie polonaise est de petits paysans problèmes les plus urgents d'approvisionnement des villes vivres et des paysans pauvres en produits industriels.
La collaboration au niveau des organisations autogérées autonomes, dans l'immédiat, préparerait le terrain à une alliance ouvrière et paysanne solide au mie, au lendemain de la victoire de la révolution politique, par la création de coopératives paysannes fondées sur l'adhésion libre sans contrainte aucune, stimulée par l'introduction massive de machines agricoles modernes dans les coopératives, assurant à leurs membres dès le départ un niveau de vie et de culture sensiblement supérieur à leur misère
Aliens à tisser dans autonomes et syndicats de paysans autonomes déboucheraient sur l'intégration de conseils ouvriers et de conseils de paysans pauvres dans la Pologne socialiste et démocratique de demain. La présence à la derne, dustrialisation, Pologne une couche petite-bourgeoise intellectuelle beaucoup plus large que par le passé, à laquelle il faut ajouter surtout depuis les réformes de 1956 et de 1970-1971, une couche de mini-entrepreneurs indépendants dans le secteur des services, qui s'est rapidement enrichie comme les paysans cossus.
Tandis que cette dernière se trouve en symbiose avec la bureaucratie, sur la base avant tout de la corruption et du trafic d'influence, la première connaît des rapports plus contradictoires avec la dictature. Si elle a manifesté à plusieurs reprises (en 1956, en 1968, en 1970-1971, en 1976) un esprit de fronde ou d'oppocritique plus violente qui a trouvé une expression particulièrement nette dans le domaine de l'art (cinéma, théâtre, affiches, littérature) et de certaines sciences sociales, elle spécialement gumentation nationaliste du pouvoir, n'ayant plus que des attaches ténues avec le marxisme. Aussi cette couche politiques de la bureaucratie, même si elle eut tendance entre 1980 à considérer comme inévitable une politique d'austérité anti-ouvrière, et si elle a cédé volontiers au chantage à «l'intervention sovietique ». Son influence s'est fait sentir jusqu'au sein du KOR lui-même. Mais l'expérience tonifiante de la grande grève ouvrière de l'été 1980 et de son succès - l'une plus imprévue que l'autre - provoquera sans doute une nouvelle différenciation au sein de l'intelligentsia. La tradition glorieuse du marxisme polonais, détruite par le stalinisme, resurgira puissamment, nous pouvons en être certains.
6 La bureaucratie polonaise a été vague de grèves et de plus en plus divisée sur la réponse à lui apporter.
division s'est transformée en panique lorsque le spectre grève générale nationale a fait son apparition. La capitulation des 31 août-4 septembre ne s'explique que par cette panique.
Arrêter à n'importe quel prix un mouvement qu'on ne pouvait plus ni réprimer, ni contenir, ni diviser, quitte à reprendre par la suite la majeure lorsaue l mouvement sera en reflux : telle a été la tactique pour laquelle a finalement opté la bureaucratie, non sans procéder à un profond remaniement au
Gierek sommet (remplacement de par le pâle Kania). Les problèmes tactiques de plus en plus complexes que posera à la bureaucratie
Run mouvement ouvrier masse nullement el autonome de reflux mais plutôt en pleine expansion causent de multiples nouvelles divisions et de multiples reclassements au sein de la direction du
La bureaucratie soviétique a été d'abord irritée par l'incapacité manifeste de son alliée polonaise à rétablir son contrôle sur la classe ouvrière, puis profondément inquiétée par l'ampleur des concessions que le pouvoir polonais a dû accorder aux grévistes. Elle craint à juste titre les répercussions internationales de ces concessions dans les autres « démocraties populaires», voire en URSS
Aussi a-t-elle réagi sur plusieurs plans à la fois: passant sous silence et les grèves et l'ampleur qu'elles ont prise et les revendications des grévistes, et le contenu des accords des 31 août-4 septembre; calomniant grossièrement les grévistes, les MKS et autogérés comme manipulés par les «éléments anti-socialistes infiltrés», ce qui constitue en même temps une calomnie à l'égard de la classe ouvrière polonaise elle-même (4 millions de travailleurs, en pleine démocratie ouvrière, se laissant «manipuler» par l'ennemi !); faisant un chantage ouvert à l'aide économique et un chan tage a peine voilé à l'intervention
militaire; cherchant à « rassembler» l'ensemble des bureaucraties d'Europe orientale derrière une ligne commune faisant barrage au « virus polopoints dans ce sens. Malgré quelques velléités d'« indépendance » de la part du régime Kadar en Hongrie, les bureaucraties des « démocraties populaires», toutes menacées par un réveil de leur propre classe ouvrière par l'exemple polonais, alignées sur le Kremlin. Elles exercent une pression conjointe sur Varsovie en faveur d'une «normalide la situation. Il est vrai que la bureaucratie de la ments de Pologne grâce à l'acces a la radio-télévision de l'Allemagne de lOuest, n'a pas pu cacher l'étendue polonais au prolétariat est-allemand ni l'ampleur de la victoire qu'ils ont arrachée. Mais cela ne l'empêche pas d'élever le ton contre les «éléments anti-socialistes téléguident le MKS », de même que les bureaucrates de Prague, de Sofia et de Bucarest.
Seule la bureaucratie chinoise a eu un comportement différent, comptant sans doute à tort une intervention militaire à court terme du Kremlin en Pologne et voulant préparer la population chinoise à une large mobilisation contre cette agression. Cette erreur d'estimation a déjà fait boomerang, les travailleurs chinois ont réclamé dans de nombreuses usines des droits analogues à ceux que les grévistes polonais viennent d'obtenir.
Pour le moment, le Kremlin joue encore la carte de la reprise en main «par étapes» de la classe ouvrière polonaise par la bureaucratie de Varsovie, tout en préparant le terrain pour une solution plus radicale. Plus la bureaucratie polonaise s'avèrera impuissante à arrêter l'auto-organisation et la politisation de la classe ouvrière de Pologne, plus cette montée aura des répercussions dans d'autres Etats ouvriers bureaucratisés, et plus forte sera la tentation d'une intervention militaire. Celle-ci reste techniquement et politiquement possible, aussi longtemps que la révolution politique ne monte pas dans plusieurs « démocraties populaires» simultanément et que le réveil de l'activité politique le masse ne touche pas le prolétaiat soviétique lui-même.
Mais c'est justement dans ce sens qu'œuvre toute la logique de la crise du stalinisme, de la crise de la dictature bureaucratique qui secoue tous ces pays. Les premières répercussions directes des grèves polonaises restent modestes: grève des ouvriers de la Reichsbahn de la RDA (habitant cependant à Berlin-Ouest); les mouve-
Szezecin, après la signature de l'accord ments de solidarité parmi des groupes d'opposants et quelques noyaux de jeunes dans plusieurs pays d'Europe orientale. Mais plus l'existence, le fonctionnement légal, le programme, le rôle effectif des syndicats autonomes autogérés polonais seront connus, plus leur force d'attraction s'exercera sur des secteurs de la claslaires» et d'URSS. C'est pourquoi le temps joue en faveur de la classe ouvrière polonaise, aussi longtemps que son mouvement et son activité de masse ne refluent pas. L'extension internationale de ce mouvement est la seule garantie contre une intervention militaire du Kremlin. C'est pourquoi l'internationalisme exigence politique évidente pour la classe ouvrière polonaise, dont nous devons sans cesse souligner l'impor-
La bourgeoisie d'Europe capitaliste, et l'impérialisme dans son ensemble, n'ont pas été moins effrayés par la montée impétueuse de la classe ouvrière polonaise que ne le furent les bureaucrates d'URSS et des « dé populaires». Ils craignent la force de l'exemple polonais sur la classe ouvrière de leurs propres pays, que les travailleurs d'Euoccidentale, Nord et du Japon ne répondent « à la polonaise » aux mesures d'austérité du Capital. Cette crainte se combine avec celle des bureaucrates caux, des PS et des PC, que les travailleurs des pays capitalistes ne réd'autogestion, c'est-à-dire la cratie syndicale et des comités de grève démocratiquement élus dans des assemblées générales des grévistes. C'est pourquoi, tout en accordant un «appui» verbal aux grévistes polonais et tout en cherchant à exploiter les grèves polonaises à des fins de propagande anti-communiste, toutes ces forces conservatrices - y compris les dirigeants des partis dits « eurocommunistes » - ont salué avee soulagement la fin des grèves et la «sagesse » des dirigeants de vie qui ont évité un affrontement
Mais l'appui de fait apporté par la bourgeoisie internationale au régime de Varsovie ne s'est pas limité à des déclarations platoniques. Il a pris la forme de plus d'un milliard accordés à la bureaucratie polonaise afin de lui permettre de passer outre les difficultés immédiates du paiement du service de sa dette étrangère qui est énorme et de lui fournir une petite marge de ma nœuvre, autant face aux travailleur: polonais que face à la pression di
C'est que la bourgeoisie autant que la bureaucratie craignent comme une menace de mort une révolution politique anti-bureaucratique rieuse en Pologne, qui serait un stimulant puissant pour la révolution socialiste en Europe occidentale, de même que pour l'extension de la révo-
lution politique en Europe orientale et en URSS. Tout l'édifice de fragmentation du prolétariat européen, créé à Yalta et à Potsdam, serait menacé
A ceux qui disent qu'un renversement du pouvoir de la bureaucratie à Varsovie menacerait l'Europe et troisième guerre mondiale nous répondons qu'il s'agit d'un mensonge éhonté. Plus forte et active est là classe ouvrière en Europe de l'Est et de l'Ouest ou dans n'importe quelle autre partie du monde, et plus le spectre d'une troisième guerre mondiale recule. Des prolétariats mobilisés par millions, comme celui de France en mai 1968 ou de Pologne en été 1980: voilà le meilleur barrage contre la folie suicidaire d'une guerre mondiale. Des victoires du prolétariat en Europe de l'Est ou de l'Ouest auront des répercussions profondes au sein des prolétariats américain et soviétique. Ceux engagent la marche vers la guerre, ce sont ceux qui alimentent, encouragent ou tolèrent la course armements nucléaires, ceux qui démoralisent, divisent et condamnent à la passivité le prolétariat ou donnent un appui ouvert aux préparatifs de non ceux qui avancent sur la voie de la prise et de l'exercice direct du pouvoir par la
7 La grève et la victoire de deux millions d'ouvriers polonais souligne l'importance croissante prend la révolution politique anti-bureaucratique dans le processus d'ensemble de la révolution mondiale. Elles confirment le poids de plus en plus déterminant que le prolétariat occupe dorénavant dans les trois secteurs de la révolution mondiale - la révolution permanente dans les pays semi-coloniaux; la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes; la révolution politique dans les Etats ouvriers totalitaires. Elles infligent un nouvel et cruel démenti à idéologues qui, mesurant l'histoire à l'aune de leurs déceptions personnelles, sont tentés de «adieu au prolétariat», parce que le rythme inégal de la révolution mon-
One respecte pas un horaire ou des schémas arbitrairement préconçus. Après mai 68, après plus de dix années de combativité exemplaire du prolétariat italien, après la magnifique remontée du prolétariat brésilien, après les spectaculaires insurrections urbaines en Iran et au Nicaragua, les grèves de Pologne confirment une fois de plus les capacités d'autoorganisation exemplaires, irrésistible de millions de travailleurs en lutte unie et collective.
Spontanément, la classe ouvriere des pays capitalistes a suivi avec une sympathie et un enthousiasme croissants le combat exemplaire frères de classe polonais. Au fur et à mesure que le syndicat autonome autogéré s'organise, s'affirme, défend les acquis d'août-septembre 1980 et s'efforce de traduire dans les faits la capacité de la classe ouvrière de formuler une politique économique et par rapport à celle de la bureaucratie, cette sympathie sera accompagnée d'une flexion, d'une prise de conscience véritable visage nature du socialisme en pitalisme, comme ce fut le cas lors du «printemps de Prague». Les adversaires irréconciliables de l'impérialisme et du capitalisme que nous sommes ne pourront que s'en réjouir, car cette prise de conscience croissante alimentera de plus en plus la lutte anti-impérialiste anti-capitaliste dans les pays où règne le capital.
Mais justement parce que la menace principale qui pèse sur polonais » reste celle d'une répression appuyée sur une intervention militaire soviétique; précisément parce que «l'été polonais» fait partie intégrante de la montée mondiale du prolétariat, il s'agit de traduire sympathie universelle en un véritable mouvement de solidarité active qui modifie les rapports de forces internationaux au profit de la classe ouvriere de Pologne. Plus fort sera ce mouvement de solidarité, plus difficile deviendra l'intervention répressive de la bureaucratie. C'est au niveau international que l'issue de la bataille se décidera. C'est au niveau internaque le mouvement ouvrier que la classe peuvent des maintenant modifier les rapports de forces en faveur de leurs frères de classe polonais. ment syndical, il est possible de tisser tout de suite des liens de solidarité avec le mouvement ouvrier autonome de Pologne. Il faut réclamer des syndicats des pays capitalistes et des syndicats des Etats ouvriers, partout où avant tout en Yougoslavie, en Chine, à Cuba - qu'ils envoient des délégade la réalité syndicale en Pologne, pour informer honnêtement leurs propres membres de ce que sont réellement les syndicats autonomes autogérés de Pologne, pour combattre les déformations de donnent la bureaucratie et la bourgeoisie chacune de leur côté. formation doit déboucher sur le soutien: les syndicalistes polonais ont besoin d'aide sous forme de conseils, d'aide technique et financière, de construction d'une presse indépendante. Le soutien peut conduire au jumelage de sections syndicales et à l'engagement de larges campagnes d'information dans la classe ouvrière sur ce que représente réellement l'auto-organisation du prolétariat polonais.
C'est surtout au sein des confédérations syndicales à large influence des PC (CGIL italienne, CGT française, CCOO espagnole, CGTP portugaise, diverses confédérations syndicales dans les pays semi-coloniaux) que de telles campagnes de solidarité systématiques revêtent une importance particulière pour contrebalancer les pressions du Kremlin. Un des buts à poursuivre, c'est l'établissement de liens officiels, de confédération à confédération, entre les confédérations syndicales d'un nombre croissant de pays et la confédération polonaise Solidarnose
En même temps, il est important de continuer la lutte contre les menaces de guerre impérialistes, l'OTAN, l'introduction des missiles Cruise en Europe occidentale, etc. contexte, il faut s'opposer aux manœuvres anti-communistes des chefs du Département international de la bureaucratie syndicale américaine AFL-CIO, boycottage réactionnaire marchandises les dirigeants du syndicat des dockers sur la côte Est des Etats-Unis, et actions pro-impérialistes, qui ne peuvent que nuire à la cause des ouvriers polonais.
Les militants de la IVe Internationale ont une responsabilité particulière dans le développement de ce mouvement de solidarité. La IVe Internationale s'identifie totalement avec les objectifs que poursuivent les travailleurs polonais. Le développement de la solidarité avec les travailleurs polonais est partie intégrante de la construction de la IVe Internatio-
Vive la solidarité ouvrière internationale avec les travailleurs polonais !
Vive le mouvement ouvrier autonome de Pologne !
A bas la dictature bureaucratique !
Vive la République ouvrière polonaise socialiste Kremlin, bas les pattes de la nation polonaise !
A bas la bureaucratie stalinienne !
Pour une révolution politique victorieuse en Europe de l'Est
Get en URSS! A bas l'impérialisme et le capitalisme ! de la révolution socialiste dans tous les pays capitalistes !
Le 28 septembre 1980 Secrétariat unitié de la IVe Internationale