La grève d'avertissement d'une heure lancée à l'initiative du syndicat Solidarnosc, le vendredi 3 octobre, a été un succès total. Partout les travailleurs ont pris conscience de leur force.
Mais cette grève n'a pas réussi à faire céder la burreaucratie : Solidarnosc n'est toujours pas enregistré par le tribunal de Varsovie et l'accès des nouveaux syndicats aux médias n'est toujours effectif.
Dabrowa Gomicza, le Ter octobre
De notre correspondant,
U greve devele heure de vendredi est accrosur la porte principale de la plus importante aciérie gne. celle de Huta Katowice.
30000 travailleurs passent quotidiennement par cette porte. Parmi eux une dizaine de milliers d'ouvriers du bâtiment, car la construction de l'usine n'est pas complètement terminée. Le Comité de fondation inter-entreprises du Syndicat indéautogéré MKS arrive sur les lieux à 10 heures. Il y a là de ces de sécurité dont le travail est adhèrent au syndicat indépendant.
Malgré tout, il y a déjà 11000 travailleurs qui attendent sur les
19000 qui sont déjà rentrés dans
«PLUS DE PLANIFICATION SANS NOUS !»
Un délégué d'atelier du MKS estime que Hula Katowice aurait pu être construit pour moitié moins d'argent. Les syndicats indépendants autogérés viennent de mettre sur pied plusieurs commissions. Elles se proposent dans un premier temps de contrôler la politique d'investissement et de soumettre les conditions de travail des ouvriers à un examen très attentif. Au cours de la seule première phase de sa construction, jusqu'en 1960, ce sont 250 travailmesures de sécurité ont été négligées par la direction dans le but d'en finir au plus vite avec la construction de
Récits de grève en Pologne
dredi remporte l'adhésion complète de tout le personnel, même si le directeur général a répondu clairement aux demandes du MKS qu'il ne veut pas accepter le titre principal de la première page du bulletin d'information du syndicat libre. Selon lui, le mot «libre » doit être rayé et la feuille ne doit être distribuée qu'à 30000 exemplaires et à l'intérieur de l'usine seulement «selon les pratiques habituelles ». Cette exigence a été énergiquement repoussée par le MKS mais le combat pour la liberté d'expression ne fait que commencer.
Le MKS regroupe les délégués d'information l'existence et le fonctionnement d'un syndicat indépendant est impossible. Personne ne sait exactement ce qu'a coûté jusqu'aujourd'hui à la Pologne le complexe de Huta Katowice. De nombreux équipements payés prix d'or en devises étrangères sont aujourd'hui encore inutilisés. Ils ne sont même pas sortis de leur dé. pôt et leur achat a certainement été accompagné de pots-de-vin troyés par les sociétés occidentales fonctionnaires et autres dicette aciérie colossale. «A l'avenir, il n'y aura plus de planification indusni de planification plotkowski, président du MKS.
Après une discussion acharnée, les délégués du MKS ont décidé, peu avant midi, de ne pas ouvrir de négociation avec le premier secrétaire du parti de la voïvodie (circonscription administrative). C'est le gouvernement et non pas le parti qui a signé les accords de Gdansk, qu'il préalable à l'ouverture de né gociations avec le nouveau secrétaire passe par la satisfaction revendications décisives
Pologne
La réunion nationale des délégués des MKS qui s'est tenue le lundi 21 octobre dans la ville minière de Jastrzebie, à l'occasion de la triomphale tournée d'explication des animateurs des nouveaux syndicats dans le sud du pays, s'est déroulée dans une certaine confusion. Une nouvelle réunion nationale, le 27 octobre, doit discuter des moyens de lutte à mettre en œuvre pour obtenir la concrétisation des accords de Gdansk.
La grève d'avertissement de ven- que sont la disposition d'une machine à imprimer et l'accès à la presse, à la radio et à la télévision.
Quelques jours plus tard, la situation se pose exactement dans les mêmes termes dans le principal industriel du charbon.
Zdroj en Haute-Silésie près de la frontière tchécoslovaque, le comité local n'a obtenu aucune pour accéder aux colonnes de la presse locale.
SOLIDARITE A L'OUEST
«Que peut faire le mouvement de solidarité à l'Ouest pour les travailleurs polonais ?» La réponse est claire: «Envoyez des machines à imprimer et encore des machines à imprimer. Ou alors un magnétophone à cassettes comme le tien, nous ne pouvons pas en trouver ici.»
Le président du MKS Jaroslaw
Cieslewiez a obtenu pas plus tard qu'hier la possibilité de faire passer un article seulement dans la presse locale.
Au cours d'une interview avec la télé locale, il a pu, au moins cette région, répondre pour aux accusations du vice-Premier ministre
Bartoszewski, proférées sur les écrans télévision nationale polonaise.
A 12 heures 30, plusieurs centaines de délégués du MKS se réunissent pour prendre les décisions générale. Des dizaines et des dizaiinsister sur le soutien que recueille la grève d'avertissement dans leur entreprise. Ils sont prêts à se lancer dans une grève générale dans le cas où le gouvernement continuerait à saboter la mise en œuvre des accords.
LA SECURITE DANS LE TRAVAIL
Cinq travailleurs sont morts hier dans la mine à la suite d'un éboulement. Plusieurs douzaines ont été blessés. C'est demain que Miroslaw
enterrés. Cela apparaîtra comme une manifestation. Les mineurs, il est vrai, ont obtenu de ne plus travailler le dimanche, mais les galeries de mine continuent à s'effondrer sans que l'on se préoccupe de l'état des machines ni des mesures de sécurité, ni de l'état de santé des travailleurs, tout ça pour pouvoir exporter le plus de charbon possible. Walbrzych, le 3 octobre G dérouler la grève d'avertissement 'EST aujourd'hui que doit se d'une heure. Depuis l'aube, le local du MKS retentit de centaines de coups de téléphone : «Est-ce que la grève est maintenue? Est-il vrai que..?»
Des fonctionnaires, des agents de maîtrise et des cadres ont fait courir dans les entreprises des rumeurs, lancé des provocations et même distribué des tracts annonçant l'annulation de la grève et portant même la signature falsifiée de Walesa. Et inlassablement les membres du présidium du syndicat expliquent au téléphone : «La grève aura lieu de toutes les façons !»
Walesa n'est pas apparu hier à la télévision. « Voilà convenu: ne faire aucune déclaration qui donne prise à quelque provocation que ce soit. signal d'annulation aurait été consl'apparition de Walesa Entre-temps, un du présidium du syndicat était chargé d'écarter les possibilités de provocations et de discuter avec le personnel. Stanislaw Wrobel, vice-président du MKS et lui-même mineur de fond, se rend précipitamment à la mine Kopalnia Thorez. Il s'agit de dissuader le personnel de se lancer dans une grève illimitée. La pression les travailleurs exigent une véritable grève.
GREVE TOTALE
Peu avant midi, des travailleurs hissent le drapeau rouge et blanc de la Pologne sur le sommet des édifices. A 12 heures, les sirènes se mettent à hurler. Les monte-charge s'arrêtent de mètres sous terre, les cessent le travail et arrêtent les machines. Les conducteurs de bus se hâtent vers leur dépôt. Les véhicules blancs du service de santé, comme les services absolument indispensables, circuler, tandis que partout le drapeau national rouge et blanc est hissé.
Les mots d'ordre sont répétés: pas de dégâts matériels et reprise du
Certains directeurs ont falsifié les chiffres de production pour pouvoir reprocher aux travailleurs de ne pas avoir atteint les objectifs du plan. Ces pratiques vont bientôt connaître leur fin car les syndicats indépendants vont dans l'avenir contrôler la production et intervenir directement dans la planification à tous les niveaux. grave et disciplinée. A 13 heures précises, les sirènes des usines et des mines se remettent à hurler et pour la deuxième fois au cours de la même journée les travailleurs remettent en marche les machines.
A la suite de quoi, le bilan est rapidement tiré par le MKS. téléphone de Gdansk : la grève est un succès complet. Quelques délégués reviennent enfin d'une discussion avec le vice-président de la voïvodie, Nowak. La grève a déjà plusieurs résultats concrets : le MKS de Walbrzych obtient des autorités, et sans délai, une ronéo électrique, une voiture, des locaux supplémentaires et une tribune hebdomadaire dans le quotidien local. En plus de quoi l'assurance verbale anticipée que les cadeaux des syndicats occidentaux, et avant tout les machines à imprimer, pourront passer la fron-
UN PROCES POPULAIRE Deux jours plus tard, le dimanspectacle incroyable. Pour la première fois dans l'histoire des démopopulaires, population réunit pour un «procès laire » tout à fait particulier.
A 9 heures précises, on commence en présence et du vice-président de la voïvodie dans le local du syndicat indépendant. La cause est ouverte, les co-
Ancien directeur de la radio-télévision polonaise, Maciej Szczepanski avait réussi à mettre de côté une somme coquette dans une banque de Londres et dans une autre en Suède. Il possédait (Voir notre encart dans Inprecor numéro
En mars 1968, après l'interdiction d'une pièce de théâtre classique, mouvement étudiant s'est mobilisé sur des thèmes démocratiques : « Sans liberté, il n'y a pas de pain !», disait le slogan le plus repris. La bureaucratie, s'appuyant sur une campagne antisémite sans précédent, menée notamment par le général Mieczslaw quins sont rassemblés. Les travailleurs ont la parole, les travailleurs demandent que le représentant de la mine vienne au micro pour dévoiler les affaires dans lesquelles sont impliqués les plus hautes autorités . locales et des organisations du parti. Les points d'information se succèdent aussi contre les directeurs et les fonctionnaires des ministères. La réunion se transforme en forum politique au cours duquel le chaos dans lequel la bureaucratie a précipité la Pologne se fait chaque fois plus patent.
Au cours de la mise en accusation du premier secrétaire de Walbrzych Groczmalicki et du directeur de la radio-télévision polonaise Barlicki, successeur de Szczepanski (1), il a été mis en évidence que Barlicki, quand il était premier secrétaire de Walbrzych à l'époque des émeutes de mars 1968 (2), avait fait fabriquer dans plusieurs usines des matraques et des boucliers et qu'il avait été chercher les mineurs pour les lancer contre les étudiants de Wroclaw en révolte, ce pour quoi ils avaient d'ailleurs été payés. avait été impliqué dans plusieurs affaires de provocation. Les travailleurs exigérent sous des tonnerres d'applaudissements la destitution de ces deux représentants du pouvoir central.
Et pendant quatre heures, c'est en règle de douzaines de représentants du pouvoir local et central, de l'administration économique et de la justice.
Ce procès populaire, cette leçon de choses ne sera pas la dernière : la direction du mouvement des syndicats indépendants que la liste des 880 corrompus (3) établie par le NIK (la plus haute chambre de contrôle) à Varsovie ne constitue que le sommet de l'iceberg.
Le pouvoir bureaucratique vacille sous les coups qui lui sont portés d'en bas. Déjà huit millions de travailleurs, sur les douze millions de salariés que compte la Pologne, se sont organisés dans les nouveaux syndicats. Dans la plupart des grandes industries, les anciens syndicats sont condamnés à la disparition. Moezar, ministre de la Police de l'époque, et développant une démagogie ouvriériste, avait réussi à isoler les étudiants et à briser grévistes du chantier naval Lénine se sont rendus à l'école Polytechnique, s'excusant auprès des étudiants de leur passivité en mars 1968 et demandant leur appui, ce (3) Le NIK, instance suprême de contropar le général Moezar. La liste dont il est s'en prend principalement aux «corrompus» des fractions adverses. Elle n'a d'ailleurs pas été rendue publique, mais elle circule officieusement. Monsieur Barlicki, par exemple, n'y figure pas.