Jacek Kuron, l'un des principaux animateurs du
Comité d'auto-défense social - KOR, est né en 1934.
Exclu du parti en 1953, il le rejoindra à nouveau pour une courte période en 1955. En 1956, il est l'un des organisateurs des « scouts rouges », formation qui cultive la tradition communiste et d'où sont sortis de nombreux militants de l'opposition d'aujourd'hui. Son activité d'oppositionnel commence réellement au lendemain de l'Octobre polonais de 1956. Animateur d'une opposition de gauche au sein de l'Union des jeunesses socialistes
(appellation polonaise des jeunesses représente à cette époque la lignée marxiste révolutionnaire. Il rédige en 1964 avec Karol Modzelewski la Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais, qui lui vaut d'être condamné à trois ans de réclusion. Libéré fin 1967, il s'engage dans le mouvement étudiant dont il devient la de proue. Emprisonné après l'écrasement du mouvement étudiant de mars 1968, il ne sera libéré les grèves de décembre 1970-janvier 1971.
Avec d'autres, il commence alors à reconstituer l'opposition polonaise défaite en 1968. Il participe, début
1976, au mouvement de protestation contre le projet de la nouvelle Constitution polonaise. Lors de la répression des grévistes de juin 1976, il s'engage dans une campagne de solidarité qui aboutira deux mois plus tard à la constitution du Comité de défense des ouvriers, le KOR.
En 1977, il publie une Réflexion sur le programme d'action, suivie de Principes idéologiques, dans lesquels il
Jacek KURON
ES événements dont nous som
→ mes les témoins ont ébranlé le fondements du système dans lequel nous vivons. Ainsi, le principe cardinal du fonctionnement de toutes les institutions de la vie sociale, le monopole de l'Etat sur l'organisation, l'information et la décision, a été remis en cause. Ce processus a été commencé par les ouvriers grévistes qui ont obligé le pouvoir à accepter l'organisation des syndicats indépendants et qui ont commencé à les mettre en place.
LA DESINTEGRATION
DU SYSTEME
Imaginez que, au sein des Chemins de fer polonais (PKP), où tout mouvement dépend d'un horaire décidé centralement, on introduise d'un coup un certain nombre de trains dont l'horaire a été démocratiquecommunistes), tion polonaise. té » de Gdansk. « Fixer des limites à la dynamique du ment décidé par les cheminots ou les passagers. Les syndicats indépendants sont justement de tels trains dans un système où toute la vie sociale est dirigée par une centrale du parti et de l'Etat. Bien sûr, un système social -même totalitaire - n'aura jamais la perfection d'un horaire de trains, mais, malgré cela, il ne peut fonctionner sur la base de deux logiques complètement contradictoires.
On comprend mieux ce problème en prenant l'exemple du plan économique. Chaque année, entre sep tembre et octobre, les directions et les travailleurs reçoivent, pour ce qu'on appelle « consultation », les directives du plan économique pour l'année suivante. En général, ces directives se voient plus ou moins durement critiquées, et, par la centrale envoit un plan dans lequel aucune de ces critiques n'est prise en compte. Cette année, une telle situation ne peut se répéter. Les gens sont forts car ils ont leur organisation. Dès maintenant, lors de diverses réunions dans les usines, on proposition du plan sera rejetée. Est-
POLOGNE trace une voie pour l'opposition polonaise en rupture complète avec celle de la Lettre ouverte.
l'impossibilité de changements révolutionnaires à cause de la situation géopolitique de la Pologne, il prône le développement d'institutions sociales indépendantes du pouvoir - syndicats libres, mouvement étudiant, mouvement paysan, mouvement des consommateurs, intellectuels, etc. - qui, par la pression qu'elles exercent sur les autorités, pourraient conduire à une démocratisatim nimité en Pole e Papean de la natemaleat pase lementaire » et de l'«indépendance nationale », refuse à avancer ces mots d'ordre, irréalisables selon lui en Pologne. Cette réflexion deviendra par la suite la trame programmatique d'une bonne partie de l'opposi-
En juillet 1980, avec les militants regroupés autour du KOR et du journal non officiel Robotnik (l'Ouvrier), il se jetera dans la popularisation des grèves et de leurs formes d'organisation les plus avancées. Il prédit alors pour l'automne 1980 d'autres mouvements, qui permettraient de s'orienter vers la constitution de syndicats libres. Arrêté avec d'autres opposants le 16 août, il ne sera libéré qu'après la signature de l'accord de Gdansk. Le texte que nous publions ci-dessous (1) a été écrit peu après cette libération. Jacek Kuron fait aujourd'hui partie de l'équipe des experts auprès du syndicat « Solidarimouvement» ce que, dans ces conditions, le pouvoir peut élaborer un plan qui soit effectif et en accord avec les volontés
Notons qu'il s'agit là de la question essentielle pour le système et que, plus d'une fois, on a essayé d'y apporter une réponse affirmative. En
1956 en Pologne, des économistes, des managers et le mouvement d'autogestion ouvrière y travaillaient. En pratique, cependant, ce problème n'a
, résolu ni alors ni depuis.
pas été
Maintenant, personne ne travaille plus la question ; mais le plan sera ou accepté par toute la société ou ne
Dans ce dernier les cas, trains obéissant à divers horaires vont
Le même phénomène apparaît dans d'autres secteurs, dans lesquels l'apparition des syndicats indépendants a libéré l'activité sociale. Je connais des coopératives de loge-
1. Cet article a été publié dans
Informacyjny numéro 6
(40) d'août-septembre 1980, paru à la mi-septembre.
Jacek Kuron (Photo D.R.) ments où les membres, s'appuyant sur les statuts, ont commencé à diriger réellement la coopérative. Des tentatives analogues ont eu lieu au sein des coopératives médicales, derrière lesquelles s'engouffrera bientôt tout le secteur coopératif, y compris les coopératives de consommateurs et de paysans, les coopératives d'achat et de vente, etc. Ces dernières constituent un maillon important de l'autogestion paysanne, dont le programme a d'ores et déjà été proposé par les organisations paysannes qui sont en train de se constituer. Le programme de l'autonomie de l'enseignement supérieur, et donc de la science, a été pris en main par les travailleurs scientifiques organisés dans les syndicats indépendants et par le nouveau mouvement étudiant qui est en gestation.
Chacun des mouvements cités — et je n'ai pas mentionné tous ceux qui existent déjà - tend à limiter les prérogatives de décision centrales.
Chacun aggrave ainsi la désintégration du système central de direction et donc celle de son appareil. Pour empêcher cette désintégration, l'appareil doit ou mettre sous sa botte les mouvements sociaux autogérés — en les vidant de leur contenu -, ou transformer le sytème dans le sens de la démocratie, et cela très, très
• La première solution n'est pas probable. La société est déjà organisée indépendamment d'Etat, elle peut donc assurer une réelle démocratisation et être le garant de cette démocratisation. la première fois depuis 35 ans que nous avons affaire à une telle situation d'auto-organisation de la société qui oblige le pouvoir à la réforme.
Face à la société organisée, le pouvoir ne peut rien. Il n'a pas de base sociale, il n'a pas de groupe sur lequel il puisse s'appuyer. Il ne peut utiliser que l'armée, et, dans la situation actuelle, . tte armée devrait être
Est-ce que la deuxième solution est envisageable alors? Est-ce l'appareil peut, d'une façon extrêmement rapide, changer de nature et changer le système ? J'ai bien peur que cela soit peu probable. Mais s'il n'y arrive pas, est-ce qu'il ne va pas tenter de manière suicidaire d'arrêter le mouvement par la force ? Une telle tentative peut très bien aboutir à une intervention soviétique. Le pouvoir a tendance à abuser de cette menace. Mais on ne peut, pour le moment, la considérer comme imaginaire. Est-ce qu'il ne faudrait pas, alors, freiner le mouvement pour repousser la mena-
Pour répondre à une telle question, il faut se rendre à l'évidence que tout mouvement social a sa propre dynamique et qu'on ne peut, ni de l'intérieur du mouvement (en tant que leader), ni a fortiori de l'extérieur (en tant que conseiller) le diriger sans en tenir compte.
LA DYNAMIQUE
DU MOUVEMENT SOCIAL
Les gens, qui depuis des années ont été privés de leurs droits, menacés et humiliés, sont aujourd'hui une force immense, mais ils n'en sont pas encore tout à crois pas qu'ils puissent réaliser leurs aspirations, d'autant plus sont pas encore parvenus à les exprimer. Ils se révoltent simplement contre les conditions dans lesquelles ils considèrent responsable. Nombreux sont ceux qui ne croient toujours pas qu'on peut obtenir quelque chose, bien qu'ils agissent déjà. Pour cela, au début, on peut avancer des revendications desquelles le mouvement va s'organiser. Si on avançait d'hui des mots d'ordre allant plus comme Indépendance nale ! et Démocratie parlementaire ! - ce qui est sans aucun doute en ac cord avec les aspirations des Polonais - ces mots d'ordre ne pourraient pas attirer les larges masses de la société. Autour d'un tel programme, le mouvement ne pourrait pas s'organiser, car, dans la conscience de tous, un tel programme est irréel. C'est pourquoi, au début, on ne peut avancer que des renvoient non pas tant à ce que les voudraient, mais à ce qu'ils considèrent comme indispensable. Si cependant les gens se regroupent autour d'objectifs définis - même mi-
-, et commencent à agir, alors un mouvement se que nouveau succès de à l'expression de tâches
de plus en plus en accord avec les as-
On peut le voir parfaitement en observant le développement du grand de grève de juillet et août. Combien de temps a-t-il fallu pour qu'il s'empare du mot d'ordre des syndicats indépendants ? Quelle chemin a-t-il parcouru entre la timide mise en place de la Commission ouvrière d'Ursus, où on n'osait même pas les appeler comme ça ouvertement, et l'expression claire des revendications en ce qui concerne l'organisation, le droit d'expression, la libération des prisonniers politi-
En juillet, durant la grève, les travailleurs de chemins de fer de Lublin ont dissout l'ancien conseil d'enélections. Il s'agissait à ce moment-là du programme exprimant le mieux les aspirations des travailleurs à une représentation propre et authentique. Les dirigeants de la grève, qui ont avancé cette revendication, ont été par la suite élus au nouveau conseil.
Si, par contre, durant la grève du Littoral, les comités de grève avaient reculé sur les positions de Lublin, ils auraient perdu la direction et auraient été défaits. Les élections - si elles avaient eu lieu - n'auraient pas porté ces dirigeants à la victoire. C'est justement pour cette raison que les dirigeants actuels des syndicats ne peuvent sous aucun prétexte avancer de programme limitant la démocratie à la question des salaires et des conditions de vie. Ils ne peuvent empêcher que la société polonaise ne s'empare du programme d'autogestion dans les coopératives, l'agriculture, mie, du programme de l'autonomie de la science et de la culture. Ils ne peuvent empêcher que les travailleurs ne rejettent les directives du plan. Cela signifie que, bien sûr, ils peuvent dire ce qu'ils veulent, mais s'ils le faisaient, ils ne seraient pas écoutés et perdraient une fois pour toutes leur
Se taire sur ce problème de la désintégration du pouvoir n'est pas une solution. Cette désintégration est un fait, et si le mouvement de démode la société n'en tient pas compte, il peut subir une défaite aux conséquences imprévisibles. Plus le pouvoir sera faible, et donc - ce qui est presque l'équivalent - moins il se montrera capable d'adapter sa politique à la situation, et plus le mouvement de démocratisation va se radicaliser. Dans cette situation, radicaliser signifie se tourner contre les autorités et contre les structures politiques.
Chaque nouveau pas en avant -malgré les menaces - affaiblit le sens du danger. Il est vrai que les Polonais sont conscients du danger d'intervention soviétique, mais le pouvoir (et avec lui également une partie de l'intelligentsia libérale) a abusé de cette
Durant la grève de Lublin, qui n'avait pas encore avancé de revendications politiques, cet argument été d'une certaine manière efficace. De nouvelles grèves ont éclaté et cets'est désavouée elle-même. Durant la grève du Littoral, le pouvoir a fait tout son possible pour diffuser des rumeurs selon lesquelles les chars russes arrivaient. Quand finalement les grévistes ont gagné, indépendamment du fait que le danger était réel ou non à un certain moment, il s'est en grande partie estompé dans la conscience sociale.
Peut-on fixer limites à la dynamique du mouvement? Oui, c'est possible et on doit le faire. Mais la seule manière de le faire, c'est par le biais d'un programme qui permette au mouvement de se développer tout
Il est temps de se rendre compte qu'on est entré dans l'étape du mouvement de masse, et seuls ceux qui précisent leurs buts et leurs craintes clairement, publiquement, peuvent agir avec des chances de succès. Tous les non-dits, les accords de cabinet, les pourparlers discrets ne peuvent avoir de réelle influence sur le mouvement et ne font que faciliter les rumeurs et les intrigues. Les rapports démocratiques par contre aident à faire apparaître les divergences et permettent de les dépasser. Le temps de la formulation publique des programmes de démocratisation et de leur discussion publique est également arrivé. Avant d'aboutir à un sans doute importe seulement que ces divergen-
La proposition d'une formulation claire des programmes et de leurs limites se heurtera sans doute à l'opposition de tous ceux qui pensent que certains mots - comme d'ailleurs les noms de ceux qui ont prononcé ces mots il y a déjà longtemps - peuvent être dangereux. Ils auraient raison si le diagnostic présenté plus haut était tout à fait faux. C'est-à-dire si on admettait que le processus de démocratisation peut aujourd'hui se limiter aux syndicats ne s'occupant que de questions de salaires et de conditions de travail et, en plus, que ces syndicats seront capables de freiner les revendications salariales malgré la baisse du niveau de vie, sans un programme réel d'amélioration de la situation économique ou plutôt avec un programme élaboré - et ce ne sera pas la première fois — par les autorités de l'Etat.
Je considère une telle idée comme utopique et donc aventuriste. Je ne pense pas que les autorités soviétiques puissent la prendre au sérieux. En conséquence, soit elles vont accepter, dans certaines limites, la démocratisation de la Pologne, soit elles enverront leurs troupes, et cela, sans La police en action à Gdansk en 1970 (Photo D.R.) se soucier des mots que nous pourrons employer.
NOS TACHES
J'ai écrit qu'il y a une chance d'orienter les mouvements sociaux de telle sorte qu'ils puissent maintenir leurs revendications dans les limites de la sécurité nationale. Cette chance, c'est. l'élaboration d'un programme de démocratisation en accord avec les aspirations des Polonais, et qui ne dépassent ces limites.
Le cadre d'un tel programme a été formulé depuis longtemps par les milieux qui coopérent avec le Comité d'autodéfense sociale-KOR pris au sens large : le groupe formé autour du journal Robotnik (L'Ouvrier), les syndicats libres du Littoral de Gdansk, les comités d'autodéfense paysanne, les comités étudiants de solidarité, ete.: c'est le programme de l'auto-organisation de la société. Il s'agit-là justement des syndicats in-
dépendants, de l'autogestion ouvrière et locale, de l'autonomie de la science et de la culture - en un mot de la création de la démocratie au niveau social le plus bas.
Un tel mouvement ne peut se proposer le renversement du pouvoir politique, mais par ses institutions et par son existence il imposera au pouvoir ses revendications. D'un autre côté - et c'est en ce moment la tâche la plus urgente — il aidera le pouvoir à satisfaire ces revendications. Je pense au mouvement des experts, des hommes de science, qui a entrepris la tâche d'élaboration d'un programme de réforme économique et qui va commencer à mettre en place diverses instances d'autogestion sur le plan économique. En perspective, ce mouvement devrait toucher toute l'administration de l'Etat. Mais, dès aujourd'hui, une large autogestion ouvrière peut se développer dans la discussion sur les projets de réforme économique et du plan, et ce sera la condition et le moteur d'une telle réforme d'ensemble.
Dans ce processus de démocratiStanislaw Kania (D.R.)
sation, la société prépare son avenir sans toucher aux limites de la sécurité nationale. Mais ces limites ne sont pas rigides, elles se déplacent au fur et à mesure que la situation internationale de l'URSS se dégrade, que se développent les forces centrifuges dans l'Etat soviétique et dans sphère d'inflence, que s'accroît la dépendance économique du bloc soviétique par rapport à l'Occident, etc. La démocratie parlementaire et l'indépendance nationale sont les deux principales aspirations des Polonais. Nous ne pouvons nous fixer aujourd'hui de telles tâches, mais en même temps elles sont la perspective de
Nous avons atteint un point de non-retour. Je pense qu'aujourd'hui l'URSS tolérera la démocratisation par en bas telle que je l'ai décrite, pour ne pas être obligée d'intervenir militairement. Demain, elle peut accepter des nouveaux progrès de cette démocratisation, en échange de la garantie de ses intérêts militaires. Après demain... Nous pouvons nous passer d'un tel prognostic. Ce qui importe, c'est que la societe polonaise soit prete a profiter de toutes les opportunités. Et, pour cela, elle doit s'organiser au sein de mouvements indépendants et autogérés.
LES TACHES IMMEDIATES
Quelles sont aujourd'hui, à la lumière d'un tel programme, les tâches immédiates ?
Premièrement : il faut clairement délimiter les tâches des syndicats en construction comme celles d'organisations de travailleurs constituées pour défendre leurs intérêts. Les syndicats ne doivent pas entrer dans la sphère de l'autogestion, ils ne doivent pas mettre en place les réformes économiques ni procéder à des changements structurels ou à des changements dans le fonctionnement de l'administration, bref, ils ne doivent pas se substituer à l'administration. Il est naturel qu'une forte pression s'exerce dans ce sens, car les syndicats indépendants sont aujourd'hui la tête de pont du processus d'organisation de la société et que la société veut décider de son avenir. On le voit clairement dans l'accord de Gdansk, un accord entre les autorités et la société qui concerne toutes les sphères de la vie sociale, ou presque.
Mais les militants doivent résister à cette pression. Sans la rejeter, car cela est impossible. Les syndicats ne peuvent prendre en charge qu'une partie de ces aspirations : la défense des intérêts ouvriers clairement précisés et de leurs revendications. Par ils devraient promouvoir d'autres formes de démocratie, c'est-à-dire des formes d'institutions sociales qui prendraient en main les tâches dont la société tend à s'emparer. Par exemple, divers conseils d'autogestion, en commençant par ceux qui s'occuperont de la gestion économique. De ce point de vue, deux initiatives des syndicalistes de Gdansk, militants des syndicats indépendants autogérés (2), me semblent particulière-
La première, c'est l'idée de conseils (3) de travailleurs, que les syndi-
2. Il s'agit de Solidarnose qui n'a adopté ce nom que plus tard pour se différencier des multiples « syndicats libres et autogérés » propulsés par la bureaucratie.
3. Le mot polonais utilisé, sejmik, signifie littéralement « petite Diète » ou « petit Parlement », et est issu du temps de la « République des nobles » polonaise, dans laquelle la noblesse avait réussi à limiter fortement le pouvoir de l'Etat central, allant jusqu'à élire le roi et gérer les affaires locales au sein de telles institutions.
cats doivent organiser, ou plus précisemment dont ils doivent impulser l'organisation. Dans de tels conseils, les travailleurs prendraient en main les diverses affaires en tant que copropriétaires de l'entreprise, ou même de la branche (un projet de Conseil du Bâtiment existe) (4). La responsabilité des décisions de tels conseils incomberait à leurs participants et aux autorités avec lesquelles ils négocieraient, et non aux syndicats.
La deuxième initiative, encore plus intéressante du point de vue institutionnel, consiste à garder les actuels conseils d'entreprise (5) et d'en faire d'authentiques représentations des travailleurs. Le fonds social (6) jusqu'ici contrôlé par les syndicats, qui de ce fait doivent remplir une série de tâches administratives, serait à la disposition de tels conseils. Ces conseils, élus par tous les salariés sur la base de listes proposées par les syndicats et d'autres organisations, seraient formellement indépendants des syndicats. Ils s'occuperaient de la gestion du fonds social et de la caisse de prêts et d'entraide. Les syndicats n'auraient pas à s'occuper de toute cette administation. Ils présenteraient des candidats aux élections, veilleraient au bon déroulement de celles-ci et pourraient ensuite, par leurs membres élus, avoir une influence sur le travail des conseils, les contrôler, les aider et les défendre mais en aucun cas ils ne se substitueraient à eux. L'intérêt immédiat est évident: on déchargerait de la sorte les jeunes militants syndicaux de nombreux problèmes administratifs. Les syndicats, ne pliant pas sous la charge de fonctions administratives, pourraient garder leur caractère ouvrier, et les militants syndicaux ne deviendraient pas des administrateurs.
De tels conseils seraient de plus une formidable école de démocratie et, en même temps, le noyau de l'autogestion. Cette dernière ne se confondrait à aucun moment avec les syndicats.
Deuxièmement : je considère la construction du mouvement de la réforme économique comme la tâche la plus urgente ; j'ai déjà parlé ici de ses tâches et de ceux qui doivent le mettre en œuvre.
Les syndicats doivent lutter pour les revendications sociales et les conditions de travail de manière conséquente et efficace dès maintenant, dès le début, au cours même de leur construction. Cependant il ne faut pas oublier que les syndicats ne représentent qu'un seul point de vue et que c'est seulement dans le cadre de la négociation que ce point de vue doit être discuté avec d'autres. On ne peut maintenant, dans l'action syndicale, adopter d'emblée le point de
IEBZYNARBD vue de l'Etat. Celui-ci ne peut se forger que par la discussion des divers intérêts qui peuvent être formulés aujourd'hui.
La domination de l'Etat sur le citoyen vient du fait que personne ne représente le point de vue du citoyen. En conséquence, tous représentent l'Etat et l'intérêt de l'Etat. Cela ne détruit pas seulement le citoyen mais également - et peut étre avant tout - l'Etat.
La discussion des divers intérêts, des divers points de vue, doit se faire au niveau des mouvements sociaux. En ce qui concerne le plan et la réforme économique, les négociations devraient avoir lieu entre le mouvement syndical, le mouvement de la réforme économique et les conseils de travailleurs. Mais on ne peut se limiter à cela.
Dès maintenant le mouvement d'autogestion paysanne se met en place. Il va mettre en œuvre le programme de réforme de l'économie rurale et il faut qu'il soit aidé par les scientifiques, les experts et les étudiants concernés. Il taut que ce mouvement détermine les intérêts spécifiques de l'économie rurale et des paysans avec les syndicats et le mouvement de la réforme économitache, que mentionnée, c'est l'activité indépendante dans tous les domaines de la vie sociale. A côté de l'autogestion de la science, de la culture, de l'économie, il faut créer l'autogestion dans l'enseignement et dans l'éducation, pas le moindre - le mouvement de défense des droits juridiques, en dé-
Les affrontements à Gdansk en 1970. (D.R.) fense de l'indépendance des tribunaux et des avocats.
Bien sûr, toutes les sphères de la vie sociale n'ont pu être citées ici. Sans aucun doute, toutes les activités possibles vont être entreprises, car l'activité sociale de développera et touchera sans cesse des problèmes nouveaux.
Devant un tel pluralisme de mouvements sociaux, toutes les tentatives de centralisation sont condamnées à l'avance. C'est un accord programmatique et non organisationnel qui est à l'ordre du jour. Pour cela, il faut que les militants des divers mouvements élaborent les programmes en commun, c'est-à-dire publiquement, se différencient, se divisent, puis se mettent d'accord et s'unifient. La tâche immense de construction de la démocratie est devant nous. Elle ne peut être menée à bien que démocratiquement.
Varsovie, septembre 1980. 4. Les deux initiatives citées n'ont toujours pas dépassé le stade de projet.
5. Il s'agit des conseils créés spontanément par les travailleurs en 1944-1945, à la Libération. Vidés de leur contenu par la gestion bureaucratique et par la mainmise sur les syndicats, ils ont été assimilés à une sorte d'instance de type syndical.
6. Une partie du salaire social, qui sert notamment à financer les cantines, les crêches d'entreprise, les maisons de repos, etc. Les anciens syndicats s'en étaient appropriés la gestion par le biais des conseils d'entreprise.