Kang Sheng, vice-président du Parti communiste chinois (PCC) au moment de sa mort en décembre 1975, idéologue de la Révolution culturelle et immuable chef des services secrets depuis 1938, exclu du parti à titre posthume. Xie Fuzhi, mort en 1972, ancien vice-Premier ministre, chef de la police au début de la Révolution culturelle, exclu du parti à titre posthume.
La « clique Lin Biao » en procès : cinq des principaux dirigeants de l'armée en 1971, proches de celui qui fut un temps le dauphin désigné par Mao lui-même, le ministre de la Défense Lin Biao, mort dans des circonstances mystérieuses. Huang Yongsheng, chef d'état-ma jor général de l'armée ; Wu Faxian, commandant de
Pierre ROUSSET
E procès à grand spectacle de
L Pékin sanctionne ne serie de vastes purges menées dans tout l'appareil, ainsi que la destitution intégrale de ce qui fut connu comme le
« Groupe central de la Révolution culturelle ». La majorité du Bureau politique de 1966 à 1971 — la fraction maoïste et ses principaux alliés durant une période cruciale -, sont condamnés ou en voie de l'être. Les proches de Mao — sa veuve, son neveu (Mao Yuanxin), son secrétaire politique, son garde du corps devenu membre du BP (Wang Dongxing)...sont parmi les accusés présents ou à venir. De nouvelles purges et de nouveaux procès se préparent. Les adversaires politiques de Mao sont réhabilités les uns après les autres. Non seulement ceux de la Révolution culturelle, tel Liu Shaoqi, le « Khrouchtchev chinois », dont la personne et l'œuvre ont été spectaculairement remises à l'honneur, mais aussi ceux des années
1950, tel le maréchal Peng Dehuai et ceux des tout premiers temps du Parti communiste chinois, tels Qu Qiubai et Li Lisan. Une « réévaluation » de plus en plus officielle du rôle his-
Zedong, avant après la prise du pouvoir, est en cours et devrait être ultimement mise au point lors du prochain congrès du Parti commu-
Une page se tourne, celle de près de deux décennies de luttes fractionnelles successives et intenses au sein l'appareil du parti et de l'Etat, de première grande crise ouverte et gédu régime issu de la victoire nérale de la révolution d'octobre 1949, marquée par un bouleversement des rapconjointement. 1976, au moment ports du PCC et des masses et par une dialectique explosive entre luttes d'appareil, luttes politiques et luttes sociales antibureaucratiques.
Un nouveau chapitre s'ouvre. Le procès de Pékin annonce tout autant de soubresauts et de luttes qu'il n'en clôt. Il manifeste avec éclat la profondeur et la violence des conflits socio-politiques sous-jacents. Il confirquel point la Révolution culturelle a introduit une rupture qualitative dans l'histoire de la Chine moderne.
CASSURE DE L'APPAREIL
BUREAUCRATIQUE Les conflits et règlements de comptes au sein de l'appareil dirigeant du parti et de l'Etat n'ont pas commencé avec la Révolution culturelle. Ils remontent à 1954 - cinq ans seulement après la prise du pouvoir - quand Gao Gang et Rao Shushi (tous deux vétérans du parti) et sept autres responsables sont limogés, faire de la Mandchourie une province me « pro-soviétique ». Mais c'est probablement dans les années 1956-1959 que l'appareil se scinde profondément sous les chocs successifs de la campagne des « Cent fleurs » et du « Mouvement de rectification », de la répression des milieux intellectuels
« Grand Bond avant » et de son échec économique qui a dû coûter cher à l'emprise du parti dans d'importants secteurs de la paysannerie.
de la Conférence de 1959, Mao se retrouve minoritaire de l'appareil effrayé des conséquences de sa ligne « gauchiste ». Il doit faire son autocritique et accepter la mise en œuvre d'une orientation plus «modérée ». Mais il obtient le
CHINE l'aviation ; Li Zuopeng, commissaire politique de la marine ; Qiu Huizuo, chef des services logistiques ; Jiang
Tengjiao qui fut à la tête du quartier général des forces aériennes; Chen Boda, ancien secrétaire particulier de
Mao, idéologue de la Révolution culturelle, jugés
La « Bande des Quatre », en procès : Jiang Qing, veuve de Mao ; Zhang Chungiao, Yao Wenyuan, Wang
Hongwen, le « Groupe de Shanghaï » monté « en hélicoptère » au faîte du pouvoir à l'occasion de la Révolution culturelle ; tous membres du Bureau politique en de la mort de Mao.
limogeage du général Peng Dehuai, le le plus ouvert du Grand critique
Bond en avant, et il conserve des positions qui lui permettront de préparer une contre-offensive qui débouchera finalement sur la Révolution culturelle.
Les clivages politiques et fractionnels au sein de l'appareil du parti et de l'Etat ont done précédé de près d'une décennie le déclenchement de la
Révolution culturelle en 1965-1966.
Mais ce n'est qu'alors que le PCC se brise sous le double coup de boutoir des luttes intestines et d'une vaste mobilisation de masse antibureaucratique. Les organes du parti et de l'administration sont presqu'intégralement détruits et devront être reconstitués à partir de 1967 ; seule l'armée échappe au naufrage et reste en mesure d'intervenir pour rétablir l'ordre bureaucratique.
politique et le gouvernement vont être à plusieurs reprises entièrement renouvelés, seules des personnalités comme Mao et Zhou Enlai assurant la continuité jusqu'à leur mort. La parti se modifie: aujourd'hui, même après les très nombreuses réhabilitations, plus de 50 % des membres du parti viendraient de la période 1966-1976. La très grande majorité du personnel dirigeant a été au moins une fois au cours des quinze dernières années publiquement condamnée et limogée de façon incertains par deux comme Deng Xiaoping. Ceux qui ont
(jusqu'à aujourd'hui) échappé à une telle mésaventure n'en ont pas moins été publiquement critiqué. Mao, Hua
Guofeng et même Zhou Enlai, l'intouchable durant la Révolution cul-
On est entré dans l'ère des règlements de comptes sans appel au sein de la bureaucratie. Très nombreux
Une nouvelle réecriture de l'histoire du PCC. (Wiaz) sont ceux qui ont payé de leur vie leur appartenance à une fraction momentanément défaite. Et la campagne menée contre la « Bande des Quatre » montre que rien n'a changé avec la mise en œuvre d'un nouveau Code criminel et de procédures légales : les membres de la « Bande des Quatre » ont été pêle-mêle accusés d'être des trotskystes infiltrés, agents du Guomintang de Tchang Kai-check, des anarchistes. Un procès fondamentalement politique est présenté comme un procès de droit commun qui n'offre aucune chance aux accusés de présenter leur défense en mettant directement en cause l'action propre de Mao Zedong ou celle de Hua Guofeng, par exemple, ministre de la Sécurité publique au moment de la répression de la manifestation de la place Tien Anmen en avril 1976. Et la campagne « de masse » poursuivie contre Jiang Qing en dit long sur le sexisme brutal de la
L'INTERVENTION
AUTONOME DES MASSES
L'éclatement au grand jour des contradictions qui minaient l'appareil et sa dislocation durant la Révolution culturelle ont eu des conséquences considérables du point de vue conscience du mouvement de masse, et ce, d'autant plus que l'intervention
HISTOIRE
COMMUNISTE PARTIE
CHINOIS
autonome des masses dans l'arène politique s'est progressivement renforcée jusqu'à prendre la forme d'un vaste mouvement antibureaucratique. prélude aux développements années 1965-1980. Durant la campagne des Cent fleurs, notamment, •un mouvement de libéralisation limitée de la vie intellectuelle, lancé d'en haut, débouche sur une remise en cause spontané et croissante de bien des aspects du fonctionnement du régime avant d'être étouffée par la.
Par ailleurs, bien des thèmes égalitaires du Grand Bond en avant et des communes populaires se retrouveront dans les revendications antibureaucratiques des gardes rouges de la Révolution culturelle.
Car la Révolution culturelle ne fut pas seulement une ère anarchique de conflits fractionnels violents. Ce fut aussi un vaste mouvement de débordement par des secteurs entiers des masses de toutes les fractions de la bureaucratie, à commencer par la fraction maoïste qui l'avait suscitée par ses mots d'ordre contre le « quartier général », la hiérarchie établie et le bureaucratisme. Si l'on ne prend pas en compte ce dynamisme populaire de la Révolution culturelle, on ne peut comprendre en quoi elle a profondément modifié les rapports du PCC aux masses, c'est-à-dire le régime lui-même.
La désaffection des secteurs les plus politisés des masses - en tout cas dans la jeunesse scolarisée et la classe ouvrière - fut à la mesure de l'enthousiasme avec lequel ces mêmes secteurs avaient répondu aux appels à la révolte contre les privilégiés et la « droite » lancés par Mao. Quand ce dernier fit donner l'armée pour écraser très durement les courants radicaux de gardes rouges et d'ouvriers révolutionnaires, au nom de la bureaucratie tout entière, il se coupa de couches au sein desquelles son influence était restée grande et qui lui avaient permis de briser son isolement dans l'appareil. Le d'après la Révolution culturelle ne sera jamais plus ce qu'il était avant : in-
Use nourrir à nouveau d'une mobilisation vivante des masses, les campagnes successives de la fraction maoïste, au début des années 1970, perdirent toute force et contribuèrent en fait à lasser toujours plus la population d'un jeu po-
One visait qu'à renforcer une aile de la bureaucratie contre
Sa face populiste épuisée, il ne restait que sa face répressive. Quant à l'appareil du parti l'Etat dans son ensemble, il s'est reconstitué, coupé des secteurs actifs
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DU
tions que la « Bande des Quatre » ait pu être arrêtée au lendemain même de la mort de Mao sans susciter d'autres résistances que locales. Les cadres du parti étaient, dans leur majorité, traumatisés par l'irresponsabilité dont Mao avait fait preuve par deux fois. Et, aux yeux des secteurs politisés des masses, la mort politique du Grand Timonier avait précédé de près d'une décennie sa mort physique. Le procès de Pékin doit permettre d'en finir une fois pour toutes avec les fractions maoïste et linbiaoiste de l'appareil : Deng Xiaoping et les siens ont su mettre à profit leur impopularité et leur isolement, et les actes d'accusation tendent en fait bel et bien à montrer à quel point, en 1976, au moment de la mort de Mao, le Groupe de Shanghai se trouvait déjà sur la défensive.
QUELLE VOIE
DE DEVELOPPEMENT ? Les luttes de fractions qui secouent le régime depuis le milieu des années 1950 touchent à des questions-clefs. La direction du Parti communiste s'est vite rendue compte de ce que le modèle stalinien des années 1930 était impraticable en Chine. Le développement industriel trop faible du pays, l'extrême fragilité des équilibres de la production alimentaire, compte tenu du rapport entre la population totale et les surfaces cultivables, la nature des relations tissées entre les masses paysannes et le PCC au sortir de la lutte révolutionnaire interdisaient de chercher à « éponger » le surproduit social produit dans l'agriculture au profit de l'industrialisation comme cela avait été fait en URSS avec la collectivisation forcée. Au fond, les luttes pour le pouvoir qui ont opposé les diverses fractions de la bureaucratie reflètent à la fois les conflits d'orientation que ce problème a fait naître au sein de l'appareil et le processus de bureaucratisation croissante dans lequel le régime s'est vu engagé dès sa naissance. Elles seront aiguisées par la rupture des relations sino-soviétiques en 1960 et l'isolement international dans lequel la Chine s'est tentant de maintenir liens tissés avec la population durant la guerre révolutionnaire, en faisant appel aux stimulants moraux et à la « ligne de masse », Mao a cherché à en dépit du bas niveau des forces productives nationales. Il a échoué, maldes expériences d'organisation sociale riches, non seulement parce qu'il a par trop ignore des donnees économiques élémentaires - comme on se plaît à le souligner aujourd'hui -, mais aussi parce qu'il a cru développement de la Chine pouvait se faire dans le seul cadre national et parce qu'il a voulu à la fois faire appel à la mobilisation de masse et maintenir strictement le monopole du pouvoir d'Etat entre les mains de l'appareil - c'est-à-dire de la bureaucratie. Le Grand Bond en avant combinait des orientations de développement tout à fait hétérodoxes au regard des canons staliniens avec un autoritarisme buraucratique qui fut pour beaucoup dans l'ampleur de l'échec.
La « voie maoïste » est aujourd'hui condamnée aux yeux des masses comme à ceux de la bureaucratie. Mais il est symptomatique de la situation qui prévaut dans le pays que Deng Xiaoping ne se tourne néanmoins pas vers une nouvelle ligne stalinienne classique et qu'il fasse de la Yougoslavie un modèle à étudier. L'objectif des « Quatre modernisations », que Zhou Enlai fut le premier à définir en ces termes, implique une profonde refonte de l'appareil de production et de l'appareil d'Etat, déformés par les luttes de fractions antérieures et pénétrés du « subjectivisme » maoïste. Pour ce
Deng Xiaoping veut combiner critères de la concurrence et des stimulants matériels avec le maintien de la planification centrale.
Il veut ouvrir le pays aux échanges internationaux et aux capitaux étrangers sans perdre le contrôle du commerce extérieur. Il veut former génération de cadres administratifs et techniques formés aux besoins d'une économie modertout en sachant qu'il lui faut tenir compte de l'appareil actuel, le plus souvent incompétent. Il veut tout à la fois renforcer le pouvoir des. directeurs d'entreprise et mettre en place des assemblées ouvrières dans les usines, de façon à forcer le renouvellement des cadres de production selon des critères d'efficacité. Il veut libéraliser suffisamment la vie intellectuelle et politique du pays pour faire pression sur une bureaucratie étouffante sans prendre le risque de relancer encore une dynamique de mobilisation de masse réellement antibureaucratique.
Dans cette entreprise, il se heurte à des obstacles socio-politiques de deux ordres. Il est d'une part probablement encore minoritaire au sein de l'appareil du parti et de l'Etat dans son ensemble, même s'il a apparemment partie gagnée dans la lutte fraction engagée dans les
Une personnalité comme Hua Guofeng peut toujours regrouper ceux qui - nombreux dans le parti, l'administration' ou l'armée — se sentent menacés par la tentative de rationalisation bureaucratique cours ; ceux aussi qui craignent qu'un « aventurisme de droite » ne soit en train de remplacer « l'aventurisme de gauche » d'antan, et qui préconisent une réorientation prudente et progressive. Le procès de Pékin semble bien préparer une nouvelle offensive de la fraction Deng Xiaoping contre les positions encore tenues par Hua Guo-feng, notamment à la présidence du parti.
Deng Xiaoping doit d'autre part faire face à la menace de nouvelles mobilisations de masse autonomes. Les obseures luttes de fractions qui ont suivi la Révolution culturelle et les coups de barre répressifs régulièrement assénés par Deng Xiaoping à l'encontre du Mouvement démocratique et des manifestations populaires ont fini par éloigner du parti les militants d'avant-garde formés à rude épreuve depuis 1965. L'émergence d'une couche militante ment éprouvée est d'autant plus dangereuse que les mobilisations de masse dans les usines, les campagnes, les universités, dans les rues des grandes villes, n'ont jamais durablement cessé, tournant même parfois ponctuellement à l'émeute. Les aspirations sociales et démocratiques des masses s'expriment toujours de façon vivace dans la Chine d'aujourd'hui. La Révolution culturelle, en modifiant comme elle l'a fait les rapports entre le parti et les masses et en initiant un lent mais profond processus de maturation politique d'une nouvelle génération de militants d'avant-garde, a mis à l'ordre du jour le combat pour une véritable révolution politique antibureaucratique. Seule une telle révolution pourrait offrir une voie de développement socialiste qui ne soit ni celle du subjectivisme autoritaire de Mao, ni celle du conservatisme d'appareil de Hua, ni celle du rationalisme bureaucratique de Deng. Le 2 décembre 1980.
Hua Quofeng (Wiaz)