Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ENDETTEMENT

Le Tiers Monde face aux nouvelles canonnières

· Inprecor n° 94-95, 16 février 1981 · p. 28-35 · 7 044 mots

Économie mondiale

L'ENDETTEMENT DES PAYS DÉPENDANTS C. LEWIS

« Il n'est pas exagéré de dire que la croissance des pays industrialisés a été permise par le recyclage des pétrodollars et par l'endettement colossal (près de 400 milliards de dollars) de leurs clients, les pays en voie de développement, qui ont ainsi contribué à activer une économie défaillante. Cette période de sursis s'achève au moment où le degré d'endettement des pays en voie de développement devient intolérable. Si certains prévoient encore que le taux de croissance des pays industrialisés devrait être de l'ordre de 1 % en 1981, peut-être ne tiennent-ils pas suffisamment compte de l'effet boomerang des restrictions de crédit dont vont souffrir les pays en développement non pétroliers et, à travers eux, le commerce international. » Tel est, sous la signature de J. Petit-Laurent, le cri d'alarme que lance la revue Marchés tropicaux, publication spécialisée consacrée à l'Afrique (1), annonce: " Ainsi s'amorce, pour 1981, une récession qui pourrait, malgré les augures, être aussi sévère que celle de 1975 (2). » Une des caractéristiques de la nouvelle crise, toutefois, est la récession sans précédent qu'elle va déclencher dans les pays dominés par l'impérialisme. La « troisième décennie du développement » sera en fait une période de lutte acharnée des pays du Tiers Monde pour survivre et faire face aux nouvelles canonnières im-

LA FUITE EN AVANT L'endettement extérieur des pays dominés, que ce soit vis-à-vis des gouverne-

You des banques impérialistes, ne date pas de la crise des années 1970, même si le phénomène a changé de dimension avec la crise. Déjà estimé en 1970 par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) à 72,9 milliards de dollars, il est en fait une composante essentielle du modèle de « développement » correspondant aux intérêts économiques impérialistes. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, tous les Etats occidentaux ont mis au point des systèmes de financement des exportations facilitant la vente de biens d'équipement dans les pays dominés. D'où l'éclosion de multiples plans d'industrialisation inadaptés : achat de biens d'équipement ou d'usines complètes, achat de technologie et de contrats de service. Et — en l'absence de politiques d'éducation, de for-

Le Tiers Monde mation technique et scientifique -, ni la gestion, ni l'adaptation, sans parler de l'innovation, ne peuvent être assurés par le pays acheteur. Le prix de l'augmentation de la production industrielle et donc du produit national brut (PNB) est, dans très élevé : faible productivité, mobilisation des ressources locales d'infrastructures, exode rural, baisse de la production agril'exemple de la création d'une industrie d'assemblage automobile. Les capitaux et la technologie doivent venir des entreprises transnationales et des banques occidentales. dans des dépenses d'infrastructure routière très coûteuses, mobilisant une part considérable de l'épargne interne, généralement très faible et qui manque cruelle. ment à d'autres secteurs, notamment à l'agriculture, mais aussi aux transports publics. Si le pays, de plus, ne produit pas. ou peu de pétrole, le développement de la circulation automobile, même limité une fraction minoritaire de la population, accroît la facture pétrolière et done l'endettement extérieur. Le cas se répète avec d'autres biens de consommation durables réservés à une minorité (télévision ou réfrigérateurs) et des projets d'infrastructure de prestige ou au service d'une économie néocoloniale. Jusqu'au moment où, malgré le poids des importations (machines, composants), des transferts de ressources vers l'extérieur (dividendes des étrangers investis localement, royalties de toutes sortes) et malgré le poids de la dette extérieure, il n'est plus possible d'arrêter la machine sans casser l'activité économique et accroftre un taux de chômage déjà insupportable.

Il y a bien d'autres causes à l'endettement chronique des pays domines. L'une d'entre elles mérite d'être soulignée, d'autant plus que les chiffres officiels publiés sur les importations et la dette extérieure n'en rendent souvent pas compte : l'achat d'armement. Là aussi, les intérêts impérialistes y trouvent leur compte, doublement d'ailleurs : en terme de marché, et de contrôle de la politique intérieure et

Avec le quadruplement du prix du pétrole, les pays dépendants non producteurs de pétrole, dont la balance des paiements était déjà déficitaire chaque année d'une dizaine de milliards de dollars, ont vu leur déficit quadrupler en 1974, pour atteindre environ 70 milliards de dollars en 1980. Le total de la dette extérieure des pays dépendants non exportateurs de pétrole dépasse actuellement 330 milliards de dollars. L'octroi de tels montants s'explique pour trois raisons au

Premièrement, les bourgeoisies occidentales avaient besoin de maintenir la solvabilité de ces marchés, au moment où l'activité économique baissait partout. Au cours de la récession qui a suivi 1973, l'augmentation des exportations vers les pays en voie de développement a permis de préserver 3 millions d'emplois dans les pays de l'OCDE, explique le Rapport Brandt (3).

C'est pour des raisons identiques d'ailleurs que les banques et Etats occidentaux ont accéléré leurs octrois de crédits aux pays d'économie socialisée. L'encours des crédits qui leur ont été accordés est passé de 21,5 milliards de dollars à la fin 1975, à 47,5 milliards à la fin 1978. Et il a continué à croître depuis, notamment vers la Pologne dont l'endettement économies occidentales atL'explosion du crédit international est cohérente avec la politique néo-keynésienne menée tous azimuths par les bourgeoisies occidentales, politique de fuite en avant qui explique en partie la rechute récessionniste actuelle.

Deuxièmement, le déplacement de certaines activités productives vers les pays à bas coûts de main-d'œuvre est un impératif du capital pour redresser son taux de profit et relancer l'accumulation sur une base plus « saine ».

Troisièmement, les banques privées se sont trouvées en situation de surliquidité et donc à la recherche de clients. Les pays exportateurs de pétrole, malgré leurs achats considérables d'armement, le train de vie dispendieux de leurs « élites », et leur pseudo-programme d'industrialisation (sur le modèle de l'Iran), ont accumulé des excédents financiers considérables, jusqu'à 115 milliards de dollars en 1980. Or, le tiers de ces excédents a été déposé auprès des banques déclarantes à

1. Marchés tropicaux et méditerranéens, 7 2. Cf. Inprecor, numéro 67 du 16 janvier 1980, numéro spécial économique avec des articles d'André Gunder Frank, Ernest Mandel et autres, sur la nouvelle récession internationale, l'envolée de l'or, etc. : et Inprecor numéro du 10 juillet 1980, Ernest Mandel, « La conjoncture au printemps 1980 et la nouvelle récession ».

3. Rapport de la Commission indépendante pour les problèmes du développement international, remis au secrétaire général des Nations-Unies et présidée par Willy Brandt, dirigeant de l'Internationale socialiste.

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tuation du coupeur de canne du Pernam- courants à la fin 1986, soit un triplement la Banque des réglements internationaux (4), soit 120,3 milliards de dollars à la fin 1979. Bien que les dépôts des pays exportateurs de pétrole ne constituent qu'une part modeste du total des dépôts de ces banques, il s'agissait d'un afflux considérable d'argent frais, alors que les emprunteurs traditionnels de ces ressources financières - aujourd'hui improprement encore appelées eurodollars - à savoir les grandes sociétés transnationales et leurs filiales, avaient abandonné la plupart de leurs projets d'investissement et ne constituaient par conséquent pas une clientèle suffisante. Les pays dépendants non exportateurs de pétrole, par contre, avaient un besoin pressant de ces ressourfinancières s'ils voulaient, malgré l'augmentation de leur facture pétrolière, continuer à importer les mêmes biens qu'auparavant. Leur besoin de finance. ment était d'ailleurs d'autant plus grand que leurs exportations diminuaient (du fait de la baisse du cours des matières premières et du ralentissement général de l'expansion du commerce international) et que leurs importations, non seulement pétrolières mais aussi alimentaires, aug. mentaient (conséquence parmi d'autres du modèle de développement décrit plus haut). De 1974 à 1978, les 39 pays dits « à revenu faible » par la Banque Mondiale, c'est-à-dire dont le PNB par habitant est inférieur à 300 dollars par an, ont vu leurs recettes d'exportation baisser de 10% et leurs importations croître de 3% en termes réels (5).

Les pays dépendants importateurs de pétrole ont, d'après les statistiques de la Banque Mondiale, maintenu une croissance annuelle du PNB de 2,7 % par habitant sur la période 1970-1980, soit une croissance supérieure à celle des pays industrialisés (2,4 %). Mais ce chiffre n'indique qu'une croissance statistique moyenne (il ne nous dit rien sur l'évolution de la si-

1979 80 81 82 83 84 Current balance Déficit en compte courant de la balance des paiements en milliards de dollars Source : Euromoney, mars 1980, p. 119.

bouc dans le Nordeste brésilien, ni du mineur de Bolivie ou de l'éleveur du Sahel). De plus, cette « croissance » a été achetée à crédit.

AU BORD DU PRECIPICE De la même façon qu'ils n'ont pas compris — ou voulu comprendre - les causes et l'ampleur de la récession actuelle, les économistes et dirigeants bourgeois ont nié pendant longtemps la gravité du processus d'endettement des pays pauvres.

actuellement contre les prêts bancaires aux pays en voie de développement sont injustifiées et leurs auteurs font preuve d'aveuglement. Car ils ne tiennent pas compte du fait que les banques, en fonctionnant comme des intermédiaires financiers, ont joué un rôle éminemment utile », pouvait-on lire par exemple dans la Monthly Economic Letter de la First National City Bank de novembre 1976. Depuis le « second choc pétrolier », c'est-à-dire le doublement du prix du pétrole entre 1979 et 1980, ces mêmes analystes y regardent de plus près. L'occasion est bien choisie, puisqu'elle leur permet de faire porter sur les producteurs de pétrole la responsabilité de la situation des pays dominés. Au vu des perspectives d'endettement des années 1980, ils remettent en cause la capacité des pays emprunteurs à rembourser un jour l'ar-

Les différentes projections d'endettement des pays dominés non exportateurs de pétrole aboutissent en effet à des situations intenables. D'après l'une de ces projections, le « modèle d'évolution des marchés de capitaux privés » construit par l'Amex Bank (6), le total de leur dette vis-à-vis du système bancaire privé,. d'environ 150 milliards de dollars à la fin 1980, passerait à 800 milliards de dollars LES PROJECTIONS DE L'AMEX BANK - 1979-1986

85 86 USS 40 % bn 50 30 • ·100 — Debt service ratio 20 • $150 10 •$ 200 • 250 0 e- 1979 80 81 en termes réels. Le déficit commercial n'atteindrait cette année-là que 162 milliards de dollars, mais le déficit en compte courant atteindrait 208 milliards de doldifférence étant due au poids croissant du service de la dette (c'est-à-dire le paiement des intérets et du principal). Ce service de la dette croîtrait en effet de 16 % par an en termes réels, alors que le volume des exportations ne croitrait que de 5%. Dans ces conditions, le ratio du service de la dette, c'est-à-dire le rapport du service de la dette sur les revenus d'exportations de biens et de services monterait jusqu'à 36,4 % en 1986. Autrement dit, pour l'ensemble de ces pays, plus du tiers de leurs recettes serait absorbé par le service de leur dette.

Dans ces conditions, pour beaucoup d'entre eux, dont la situation est déjà alarmante, la croissance à crédit va s'arrêter très vite. Le modèle de l'Amex Bank d'ailleurs que, d'ici 1982, le marché du crédit international ne pourra plus suivre la demande.

La composition de la dette est un autre sujet de préoccupation, qui vient s'ajouter à celui de son montant. La part des crédits privés, par opposition à ceux du secteur public (prêts d'Etat à Etat, « aidéveloppement) a tendance à croître avec l'augmentation en terme absolu de l'endettement. Pour la seule dette extérieure publique ou garantie par l'Etat, la part des créances privées est passée de 32% à 49% entre 1970 et

4. Les deux tiers restants sont répartis entre l'acquisition de titres d'Etat (notamment Bons du Trésor américains), de valeurs mobilières privées. de biens réels. de métaux précieux, de prêts directs à des particuliers ou à

5. Bulletin du FMI (Fonds monétaire international), 20 octobre 1980, p. 312

6. Euromoney, mars 1980, p. 118. US Sbn -• 1000 -• 500 → 250 Total debt.commercial and official - 0

82 83 84 85 86 Ratio dû service de la dette (lecture en pourcentage à gauche) Dette totale (lecture en milliards de dollars à droite)

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laquelle fait référence ce tableau. Tel est le cas du Brésil, notamment, dont la dette prifonction du profil de celle-ci ; seul un calendrier des échéances du service de la dette peut exportations de biens et services, n'a de signification qu'au regard du potentiel d'exportation de chaque pays. La situation du Mexique par exemple, avec ses réserves pétrolières parmi les plus importantes du monde, est sous cet angle bien meilleure que celle de tous les

1978 (source FMI). Or, non seulement les crédits privés portent une rémunération plus élevée, mais leur taux d'intérêt a tendance depuis quelques années désordre monétaire oblige - à être flottant, c'est-à-dire à suivre l'évolution générale des taux d'intérêt. « Le passage du coût de l'argent aux Etats-Unis de 5 % à quelque 20% en 1980, note à ce propos le Rapport Pisani, entraîne pour ces pays des difficultés multiples pour le service de leur dette. Les banques occidentales pourraient ainsi mettre des debiteurs importants en défaut, ce qui provoquerait évidemment en retour des faillites retentissantes (7).»

Tout concourt à ce que le système bancaire privé ne puisse plus assurer le « recyclage ». M. Robert McNamara, en tant que président de la Banque Mondiale, dans son discours du 30 septembre 1980 devant le Conseil des gouverneurs de la Banque Mondiale, a dressé un tableau-testament de la situation dont quelques extraits méritent d'être cités.

« Voici la treizième et dernière fois que j'ai le privilège de prendre la parole à cette tribune. C'est une occasion qui entraîne certaines responsabilités et c'est pourquoi je me propose aujourd'hui d'être particulierement franc et direct... Au cours des 18 derniers mois, la conjoncture internationale s'est considérablement détériorée, assombrissant les perspectives de croissance économique et, par conséquent, de progrès social des pays en développement importateurs de pétrole.

« En premier lieu, la situation n'est pas du tout la même qu'en 1974-1978:

- Le coût réel du pétrole a en fait diminué de quelque 23 % entre 1974 et 1978. Depuis 1978, il a augmenté en flèche, et on pense que la hausse se poursuiura pendant les années 1980.

Entre 1974 et 1979, les banques commerciales ont rapidement accru leurs créances sur les pays en développement importateurs de pétroles, qui sont passées de 33 milliards de dollars à un montant estimatif de 133 milliards de dollars. Mais le rapport entre leur capital et leurs avoirs à risques s'est maintenant détérioré et, dans certains cas, elles estiment ne s'être déjà que trop exposées.

Certains pays en développement à revenu intermédiaire, qui se sont déjà fortement endettés, jouissent d'un crédit moindre qu'autrefois auprès des banques ment, prendront une marge supérieure sur leurs nouveaux prêts et augmenteront le de ceux-ci moins rapidement qu'auparavant.

— Pendant la période 1974-1978, les programmes d'aide bilatérale et les institutions financières internationales ont fourni des fonds considérables qui ont atténué les effets du renchérissement de l'énergie. Il est à craindre, malheureusement, que le volume de ce type d'assistance ne continue pas à s'accroître aussi rapidement que par le passé.

- Le fardeau du service de la dette a été considérablement allégé pendant les

LES PAYS Montant de la dette publique extérieur en milliards de dollars 1970 Mexique 3,2 Bolivie 0.5

Uruguay 0,3

Panama 0.2

Chili 2,1 Zaire 0.3

Pérou 0,8

Brésil 3,6 Argentine 1,9 Costa Rica 0,1 Egypte 1,6 Algérie 0,9 Zambie 0,6 Source : Rapport sur le développement tableaux p. 154-155 et 158-159.

vée est presqu'aussi importante que la dette publique.

donc rendre compte complètement de la situation précise d'un pays. 3. Le ratio autres pays cités dans ce tableau. années 1970 par le fait que les taux d'intérêts réels étaient négatifs ; mais, depuis peu, les pays en développement empruntent des montants élevés à des taux d'in-

- Nombre de pays en développement ont déjà tellement réduit leurs importations, leurs investissements et leur consommation, qu'ils n'ont plus guère de marge de manœuvre à cet égard.

- Les pays exportateurs de pétrole, qui accumulent actuellement des excédents, les conserveront vraisemblablement plus longtemps cette fois-ci - ce qui retardera le recyclage - étant donné que le volume de leurs importations et les envois d'argent des travailleurs immigrés n'augmenteront sans doute pas aussi rapidement que pendant la période antérieure.

Enfin, la récession prolongée qui s'annonce dan les pays industrialisés, surtout si elle s'accompagne de mesures restreignant les échanges commerciaux ou les flux de capitaux, rendra plus difficile cette fois-ci la reconversion des pays en voie de développement. »

Le deuxième point mérite d'être dé. taillé, car il montre à quel point une faillite bancaire pourrait intervenir à tout moment dès qu'un gros emprunteur fera défaut, ou qu'un gros déposant auprès des banques concernées décidera de déplacer ses capitaux (comme auraient pu le faire les dirigeants iraniens s'ils avaient décidé non pas de s'accomoder du système impérialiste, mais de le combattre). Le ratio de fonds propres des banques, c'est-à-dire le

EN VOIE DE DEVELOPPEMENT LES PLUS ENDETTES

Service de la dette en % des exportations de biens et services 1978 1970 1978 25,8 23,6 59,6

1,7 10.9 48,7

0,8 21,5 45,7

1,9 7,7 39.2

4,4 18,9 38,2

2,6 4,4 31,3

5,3 11,6 31,1 28,9 13,5 28,4

6,8 21,5 26,8

1,0 9,7 21,0

9,9 28,7 22,2 13,2 3,2 20,9

1,4 5,5 20,8 dans le monde, Banque Mondiale, août 1980, 1. La dette totale d'un pays dépasse souvent largement la seule dette publique à 2. Le service de la dette peut varier considérablement d'une année sur l'autre en d'endettement, c'est-à-dire le service de la dette en poucentage des rapport entre leur capital et leur actif

(crédit aux clients), tend à diminuer depuis plusieurs années. Le professeur Wallich, membre du Conseil des gouverneurs du Système de réserve fédéral des Etats-

Unis, a donné la mesure du problème lors d'un colloque réuni à Pérouse du 5 au 7 septembre 1980 : « Pour les grandes banques américaines, le ratio s'établit approximativement entre 3 et 4,5 %. »

Dans un document récent, M. Wilfried Guth, membre du directoire de la

Deutsche Bank, a chiffré à 3,93% les ratios « fonds propres/actifs » des trois plus

6,02% pour les quatre grandes banques de dépôt de Londres et 3,58 % pour quatre grands établissements bancaires des

Etats-Unis. Ces derniers figurent donc en queue, mais les banques des trois pays en questions seraient éclipsées par les grandes banques suisses. En revanche, les établissements français et italiens sans doute apparaître un ratio inférieur, de même que les principales banques japonaises. Dans le cas des neuf grandes banques américaines, le ratio moyen de fonds propres a fléchi de 5,38 % en 1970 à 3,90 % en 1979 (8).

Ces ratios sont d'autant plus faibles que les banques concernées font de la

7. Rapport au Sénat francais sur les perspectives des équilibres extérieurs de la France dans le nouvel environnement international, tome I, p. 108.

8. Revue de presse de la Banque des réglements internationaux (BRI), 12 septembre 1980.

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Une favella brésilienne, ou l'envers des « miracles économiques » fondés sur l'endettement extérieur et la surexploitation de la force de travail (DR). transformation de dépôts à court terme (venant des pays à excédents de capitaux exportateurs de pétrole pour une grande part) en crédits à long terme qui ont même dépassé 10 ans dans quelques cas. La certaines banques comme d'autant plus audacieuse et dangereuse, quand on sait de plus que les risEconomist de Londres du 17 mai 1980, sont très concentrés. D'après The vingt pays seulement ont effectué plus de 80% des emprunts sur l'euro-marché depuis 1974, cinq d'entre eux même 40% Neuf banques américaines auraient accordé à elles seules les deux tiers environ du total des prêts américains à des pays en voie de développement. Six banques, enfin, auraient prêté l'équivalent de leurs fonds propres à deux pays seulement : le Mexique et le Brésil.

Devant la menace d'un krach bancaire qui prendrait aujourd'hui des dimensions sans commune mesure avec l'effondrement de la banque Herstatt et de quelques autres en 1974 (9), les appels au contrôle des activités bancaires internationales se sont multipliés. C'est ainsi que Stewart Fleming écrivait dans le Financial Times du 31 juillet 1979 :

« L'importance croissante du rôle des banques internationales, dont le développement des euro-marchés donne une idée (les dépôts en euro-devises seraient passés en chiffres bruts, selon le Morgan Guaranty Trust, de 110 milliards de dollars en 1970 à 890 milliards à la fin de 1978), s'accompagne d'une instabilité également croissante du système financier international et d'une multiplication des risques pour les banques qui opèrent sur lesdits marchés. Il convient donc d'éviter que ces perturbations, nees a leffondrement du systeme des parites rixes (regime de Bretton Woods), le passage aux taux de change flottants, les problemes soulevés par les excédents de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), et l'ampleur de l'inflation, ne débouchent un jour ou l'autre sur une panique financière internationale à la suite de quelque faillite bancaire. »

Quant au Journal de Genève, institution aussi respectée par les banquiers que le Financial Times, il commentait ainsi la situation dans son édition 1980, sous la signature de Marian Step-

« Six ans après la faillite retentissante de la banque Herstatt, les banquiers reconnaissent enfin, officiellement, l'énormité du risque que fait planer sur nos têtes le mécanisme de l'euro-marconstruction financière sans doute la plus singulière jamais imaginée en Occident. Dilaté comme une immense bulle de savon par le "recyclage" de dizaines de milliards de dollars d'excédents financiers des pays de l'OPEP, ce marché entièrement libre multiplie des risques qu'aucun système de surveillance n'est à même aujourd'hui de prévenir ou d'endiguer, faute tout simplement d'exister. En langage moins diplomatique, un krach pareil à celui qui secoua la communauté financière ouest-allemande en 1974 pourrait fort bien se reproduire. Nul besoin pour cela de spéculations hasardeuses sur les taux de change : les volumes en cause, les risques d'insolvabilité de certains débiteurs, les rapports tendus entre taux d'intérêt, les blocages possibles de créances, suffiraient à terrasser le plus solide des instituts bancaires. Car les mécanismes concurrentiels, souverains sur le plan international, où l'absence de toute législation en matière d'obligation de couverture permet aux banques qui en ont l'audace de travailler avec un coefficient de réserves voisin de zéro, donnent de la sécurité une vision uniquement subordonnée à la réputation des établissements en

Les autorités monétaires américaines, devant la montée des dangers, ont mis en place une réglementation restrictive (ratio de division des risques, surveillance de la gestion bancaire par le Comptroller of the

9. Cf. Ernest Mandel, la Crise 1974-1978, Flammarion, collection Champs, Paris,

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pouvant jouer le rôle de prêteur de der- le groupe des pays de l'OPEP. Elle a at-

Currency). Parallèlement, les banques américaines ont cédé une part du marché aux banques japonaises mais surtout européennes à la suite de l'adoption, par Tokyo également, d'une réglementation restrictive à la fin 1979. Aujourd'hui, seulement les deux tiers des avoirs des banques déclarantes à la Banque des réglements internationaux (BRI) sont en dollars, le reste étant en marks allemands et en francs suisses et, dans une moindre mesure, en livres, en yens et en franes français.

Suite à leurs réunions de Bâle les 10 mars et 14 avril 1980, les gouverneurs des banques centrales des pays membres de la des réglements internationaux publiaient le communiqué suivant :

« Les gouverneurs reconnaissent la part importante prise par les banques dans le recyclage des excédents de la balance des paiements qui ont été enregistrés au cours des dernières années. constaté que le montant global des prêts bancaires internationaux s'est accru à un rythme annuel de quelque 25 %. En outre, pour l'avenir, la réapparition des excédents de l'OPEP paraît être de nature à entraîner une importante contribution du système bancaire international au recy-

« Etant donné le volume actuel des prêts bancaires internationaux et le rôle qu'ils seront sans doute appelés à jouer, les gouverneurs s'accordent à reconnaître que la solidité et la stabilité du système bancaire international doivent être préservées, et qu'il faut éviter que ces prêts conséquences tant du point de vue de la situation économique mondiale que pour la conduite de la politique économique dans les di-

« Compte tenu de ces considérations, les gouverneurs ont décidé de renforcer la surveillance périodique et systématique de l'évolution bancaire internationale, en vue de déterminer son incidence sur l'économie mondiale, sur la situation économique des divers pays ainsi que, plus spécialement, sur la conduite de leurs politiques monétaires internes et sur la solidité du système bancaire pris dans son ensemble. Un comité permanent sur les euro-marchés examinera les statistiques bancaires internationales élaborées par la BRI, ainsi que les autres informations utiles et rendra compte aux gouverneurs, au moins deux fois l'an, voire plus fréquemment en cas de besoin. Ce dispositif de surveillance plus strict pourra fournir un cadre permettant d'intensifier, s'il y a lieu, la coopération entre les divers pays de politique monétaire. « Reconnaissant que les banques prises séparément, et le système bancaire international dans son ensemble, pourraient être exposés à l'avenir à des risques plus grands que par le passé, les gouverneurs réaffirment l'importance capitale qu'ils attachent au maintien de critères sains en matière de gestion bancaire - en ce qui concerne, surtout, le niveau suffisant des fonds propres, la liquidité et la concentration des risques. A cet effet, ils accordent une grande priorité à la mise en application complète des initiatives déja prises par le comité, des règles et pratiques de contrôle des opérations bancaires en ce qui concerne la surveillance de l'activité internationale des banques sur une base de bilans consolidés, une meilleure évaluation des risques-pays encourus, ainsi que l'établissement de données plus complètes et plus cohérentes pour permettre de surveiller le degré de trans formation des échéances par les banques.

« Les gouverneurs notent que, d'une manière générale, les inégalités dans les conditions de concurrence entre les activités bancaires nationale et internationale favorisent la croissance des prêts bancaiconstatent, en outre, que les transactions effectuées par l'intermédiaire l'euro-marché peuvent poser des problèmes pour l'application efficace de la politique monétaire interne dans les pays où de telles différences sont particulièrement accusées. Les gouverneurs poursuivront les efforts déjà entrepris pour réduire ces inégalités des conditions de concurrence, tout en reconnaissant pleinement les difficultés dues aux différences existant dans les structures et les traditions des systèmes bancaires natio-

De fait, la concurrence que se livrent les différentes places bancaires, surtout depuis l'apparition de places dites off shore, où la réglementation est réduite au minimum, ôte toute garantie que l'activité bancaire internationale se déroule sans catastrophe majeure. Dans ce domaine comme dans tellement d'autres, l'accumulation privée démontre à quel point elle est devenue, au XXe siécle, l'obstacle principal au progrès de l'humanité.

L'ABSENCE D'ALTERNATIVE

Vu la multiplication des risques de défaillance, l'affaiblissement des réserves relatives des banques pour y faire face et l'absence d'une banque centrale mondiale nier recours, les autres sources de finance.• ment sont de plus en plus sollicitées..

Le président de la Chase Manhattan Bank, Willard C. Butcher, écrit par exemple : « Nous ne pouvons pas soutenir que les banques pourront - ou plutôt devraient - assurer tout le poids du recyclage. D'autres devront supporter une part plus grande, à savoir les institutions officielles internationales et les gouvernements, y compris ceux de l'OPEP (10). » Telle est également une des recommandations du Rapport Brandt.

Le jugement du marché ne s'est pas fait attendre. En 1980, l'indice Euromoney qui mesure la durée et la prime de risque des crédits internationaux (le Spread) s'est très nettement redressé, passant de 79,6 en janvier à 117,2 en octobre (11). Une telle remontée de l'indice, alors que les ressources sont plus abondantes que jamais, indique une remontée du risque-pays, c'est-à-dire une défiance croissante dans la capacité des emprunteurs à honorer leurs dettes. Les montants des crédits ont également, fait sans précédent depuis de nombreuses années, amorcé un net recul : entre janvier et août 1980, les crédits en euro-monnaie n'ont pas atteint 44 milliards de dollars courants, alors qu'ils dépassaient 53 milliards pour la même période en 1979 (12).

Il est cependant certain que les sources autres que le marché international des capitaux ne fourniront pas une alternative permettant de poursuivre dans les mêmes dimensions la croissance à crédit des pays dominés. Il y a trois sources de financement international vers le marché bancaire privé : les crédits dits d'aide publique au développement (APD), ceux des institutions financières internationales (groupe de la Banque Mondiale, FMI, banques régionales de développement) et les investissements directs.

Malgré les appels pressants des pays concernés, de la Commission Brandt et des institutions internationales, rien ne permet de penser que le montant de lAPD changera de dimension. Celle-ci tend plutôt à diminuer. Celle des pays industrialisés, membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'ONU, n'a crû que de 1,5 % en termes réels entre 1965 et 1979. Le gouvernement britannique a par exemple annoncé une réduction de l'aide, de 0,48 % de son PNB en 1977-1979, à 0,38 % d'ici 1985. Celle des Etats-Unis, la plus faible des pays industrialisés (0,10% du PNB) est perpétuellement remise en cause par le Congrès US. La Banque Mondiale, tout en dénon çant le fait que les pays industrialisés dépensent 17 fois plus pour l'armement que pour l'aide, reconnaît dans son dernier Rapport sur le développement dans le monde d'août 1980 : «Rien ne permet d'espérer que des progrès sensibles seront réalisés. (...) La raison en est tout simplement que la plupart des gouvernements ne jugent pas souhaitable, sur le plan politique, de développer l'aide extérieure au moment où ils restreignent les dépenses intérieures. »

L'autre source importante d'aide est teint jusqu'à 2,7 % de leur PNB en 1975, et beaucoup plus pour les pays du Golfe (de 5 à 15 % du PNB), mais elle tend également à décliner en pourcentage. De toute façon, le total de l'APD n'est évaluée, dans le rapport cité plus haut de la Banque Mondiale, qu'à 20,7 milliards de dollars pour 1980 (dont 9,1 milliards de dollars de dons et 11.6 milliards de dollars de crédits à taux subventionnés) (13) sur un flux net de capitaux vers les pays en voie de développement de 74,6 milliards de

Les institutions internationales élaborent, en ce début 1981, une multitude de projets d'extension de leurs ressources et de leurs compétences, dont il n'est pas

10. Euromoney, octobre 1980, p. 50. 11. Euromoney. décembre 1980, p. 13. 12. World Financial Markets, Morgan Guaranty Trust Company of New York, août 1980.

13. Rapport sur le développement dans le monde, Banque Mondiale, août 1980, p. 11, fi-

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peut avoir au sujet de l'ampleur des opé- dants va donc baisser sensiblement. Et il 31 octobre 1980, p. 2660.

possible de rendre compte ici. Il suffit de savoir que la majorité des gouvernements qui les contrôlent sont opposés à une dénaturation de leur fonction. La septième reconstitution du capital du FMI, qui vise à porter celui-ci de 51,2 milliards à 76,8 milliards de dollars, n'est même pas achevée malgré plusieurs années de négociations. L'augmentation du capital des principales banques de développement (Banque interaméricaine de développement, Banque asiatique de développement ou Banque africaine de développement) ne s'effectue également que très lentement, même si la dernière citée vient d'ouvrir son capital aux pays non africains et si, de ce fait, son capital devrait théoriquement passer de 1,6 à 6,3 milliards de dollars. La relève par ces institutions ne pourrait se faire qu'au prix de contributions budgétaires très élevées des pays membres — ce qu'aucun d'entre eux n'est prêt à faire -ou de la création d'argent ex nihilo. Cette derniere solution est également exclue, l'inflation internationale menacant déjà suffisamment l'ordre monétaire. C'est d'ailleurs en expert mieux informé que quiconque que René Larre, directeur général de la BRI, a annoncé début décembre 1980 : « Les institutions internationales ne peuvent pas assurer la relève des banques privées (14). »

Quant aux investissements directs, ils suivent le rythme de la réorganisation internationale du capital, mais ne peuvent pas la précéder. Evalué par la Banque Mondiale à 10 milliards de dollars dans les flux de capitaux vers les pays en voie de développement en 1980, leur croissance - selon la même source - ne devrait pas dépasser 3% par an au cours des cinq à dix prochaines années. Il est quelaue. fois fait grand cas des possibilités d'investissement des pétrodollars (excédents financiers des pays de l'OPEP) dans les pays en voie de développement. En fait, si les pays pétroliers ne se contentent plus aujourd'hui de faire de simples dépôts peu rémunérateurs et soumis au risque de change auprès des banques, ils ne sont pas prêts pour autant à prendre des risques d'entreprise dans les pays pauvres, et c'est la bourse de Tokyo qui a surtout profité en 1980 de leurs placements. Les agents de change japonais ont noté en 1980 des investissements des pays arabes en yens - obligations et actions - d'un montant d'environ 15 milliards de dollars (15).

Comme l'écrivait récemment la revue Marché tropicaux avec, à nouveau, une lucidité peu commune : « D'après les indications que l'on peut recueillir sur les grandes places financières, il semble bien que la plupart des pays sous-développés, devant l'accumulation de leurs dettes, hésitent à contracter de prunts ; les banques deviennent de plus en plus circonspectes quant au choix de leurs débiteurs ; en fait, la presque totalité des prêts consentis en eurodollars sont maintenant destinés à des pays "riches". Le volume des sommes empruntées par les pays en voie de développement non pétroliers vient donc de chuter verticalement. Compte tenu des doutes que l'on

Pays dominés non producteurs de pétrole Banques rations de sauvetage du FMI, on risque donc de constater une contraction importante du commerce international correspondant au ralentissement des investissements et de la consommation dans les pays en voie de développement. Comme

"coinçage" actuel du crédit va le montrer, le commerce d'importation des pays en voie de développement et les exportations correspondantes des pays "riches" ne peuvent être fondés, à l'infini, sur le crédit. Ce que l'on pourrait exprimer en disant que le crédit ne peut être qu'une forme éphémère d'impérialisme économi-

Tout porte à imaginer en effet que les pays dépendants ont atteint le point limite de l'endettement. Les situations sont certes très différentes d'un pays à l'autre, comme nous le verrons par la suite, mais les dirigeants des banques deviennent extrêmement préoccupés de la gestion de leur portefeuille de « risque-pays » et ils analysent avec une attention plus grande que jamais ces risques. Et les responsables politiques des pays capitalistes conçoivent très clairement la menace supplémentaire que fait peser sur le système monétaire international le niveau et les risques de l'endettement international.

Le niveau des ressources financières extérieures apportées aux pays dépen-

SCHEMA SIMPLIFIE DU RECYCLAGE DES EXCEDENTS PETROLIERS EN 1980

Pays de l'OCDE Pays de l'OPEP Sens du déficit commercial • Sens du flux de capitaux suffirait que le montant de ces ressources baisse de 30 % pour qu'elles ne financent plus que l'amortissement et l'intérêt de la dette contractée précédemment. Car les nouveaux crédits accordés en 1980 ont été absorbés à 70% par le service de la dette. Ce pourcentage n'était que de 55 % en 1975. Voilà un autre chiffre qui indique la limite atteinte par l'endettement.

DES AFFRONTEMENTS

Comme l'annonçait le président de la Banque Mondiale le 30 septembre à Washington, « les pays importateurs de pétrole sont moins que jamais en mesure de faire face à leurs problèmes de développenent ». La stagnation ou le recul de leur production par habitant est malheureusement assuré. Le dernier Rapport sur le développement dans le monde de la Banque Mondiale (août 1980) le laisse d'ailleurs clairement entendre. Après avoir dressé deux hypothèses de croissance, l'une haute et l'autre basse, il donne lui-même tous les arguments pour réfuter l'une et l'autre

14. Le Monde, 5 décembre 1980. Financial Times, 14 octobre 1980. 16. Marchés tropicaux et méditerranéens,

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hypothèse. « Certains signes portent à France, en échange d'une augmentation croire que les prémisses de l'hypothèse de 32 millions de FF en 1980 à 150 mil-

TANT MARAT TATTA basse sont en place : il n'est pas certain lions de FF des crédits du Fonds d'aide à que l'aide acheminée vers les pays à faible la coopération (FAC). Dans ce contexte, revenu atteigne le niveau pourtant modes- les pays capitalistes, profitant de l'aubaite de l'hypothèse haute, et certains pays à ne, auraient plutôt tendance à renforcer revenu intermédiaire se heurtent simulta- leur « aide » bilatérale plutôt qu'à accroinément à des problèmes de dette et à des tre les ressources des organismes d'« aidifficultés politiques. Par conséquent, si de » multilatérale. Le resserrement des les différents gouvernements n'adoptent anciens liens coloniaux à travers le monde pas des mesures rigoureuses au cours de la est bel et bien à l'ordre du jour partout sans doute où les peuples ne prendront pas la voie de l'hypothèse basse qui se confirmera. Et l'indépendance réelle, c'est-à-dire celle de divers facteurs, notamment une grave ins- la révolution socialiste, telle qu'elle a été tabilité politique, des problèmes majeurs tracée par Cuba ou le Nicaragua. sur les marchés financiers ou une rupture Un deuxième groupe de pays est de la coopération économique mondiale, constitué par la grande masse des pays en pourraient même aboutir à des résultats développement non pétroliers qui dispoencore bien pires (17). » Puis, plus loin, sent d'un revenu par habitant légèrement abandonnant son discours sur la croissan- plus élevé et qui ont traditionnellement ce, le Rapport avoue : « La solution la accès au marché international des capiplus sage pour certains pays importateurs taux. Là, le chantage du FMI est désorde pétrole pourrait être de restreindre mais bien connu pour avoir été appliqué leurs emprunts et d'accepter un ralentisse- de nombreuses fois (Pérou, Chili, Turment de leur croissance pendant quelques quie, Jamaïque et même Portugal...) : faannées, tout en s'employant à réduire le cilités de crédits (étalement de la dette, déficit de leurs transactions courantes et concours étendus du FMI en accord avec à renforcer leur solvabilité et leur capaci- l'accroissement de ses ressources) contre té d'assurer le service de leur dette (18). » un programme d'exploitation accru des L'inconsistance des prévisions de la Ban- ouvriers et des paysans. « Les pays qui que Mondiale éclate dans la conclusion du sont en mesure d'adopter des programmes Rapport qui recommande aux pays domi- de redressement suffisants peuvent compnés de « réduire leur déficit, non pas en ter désormais sur un accès aux ressources comprimant leurs importations, mais en du Fonds qui pourra, dans certains cas, accroissant leurs exportations », alors mê- atteindre plusieurs fois les montants trame que trente lignes plus haut, il annon- ditionnels », a déclaré J. de Larosière lors çait : « Les pays industrialisés importent de la dernière assemblée annuelle du FMI moins de produits en provenance du Tiers (19). Et voici ce qu'il entend par « reMonde. » Si ce n'est vers les pays indus- dressement » : « Transférer vers l'investistrialisés, vers où les pays dépendants sement une partie des ressources qu'abpourraient-ils donc accroître leurs expor- sorbe la consommation. » Le prix polititations ? Certainement pas non plus vers que à payer pour de telles politiques les pays de l'OPEP, puisqu'ils ont eux aus- — pouvant aller jusqu'à la dictature milisi un déficit d'équipements industriels, de taro-policière comme au Chili — est même savoir-faire et de produits alimentaires. La -annoncé. Dans la même déclaration, le diperspective des années 1980 n'est done ni recteur du FMI recommande de répercul'hypothèse haute ni l'hypothèse basse de ter intégralement sur les prix à la consomla Banque Mondiale, mais un marasme mation les augmentations du prix du péquasi généralisé. trole, « quelles qu'en soient les répercus-

Le capitalisme se développant — et se sions sociales et politiques »... détruisant - de façon inégale et combi- A noter que, dans ce deuxième grounée, il n'est pas inutile d'examiner l'évolu- pe, il existe quelques pays certes forte. tion probable d'au moins deux groupes de ment endettés, mais qui disposent d'une pays aux situations très différentes. Le infrastructure industrielle déjà appréciapremier est celui de la quarantaine de ble (la Corée du Sud, l'Argentine, le Mexipays à revenu les plus faibles dont le di- que, exportateur de pétrole mais trés recteur du FMI, J. de Larosière disait, le endetté, ou le Brésil dont la situation 29 octobre 1980 à Bonn, qu'ils auront est examinée dans un autre article). « d'extraordinaires difficultés à financer Etant donné leur degré d'industrialileurs importations ». rtations ». Ces Ces pays, pays, ains ainsi sation, et tant qu'ils offrent de sérieuses qu'un certain nombre classés par la Ban- garanties politiques, ils peuvent chercher que Mondiale dans le groupe des pays à à encourager les investissements directs. revenu intermédiaire, n'ont déjà plus ou et alléger ainsi d'autant la balance des n'ont jamais eu accès aux crédits privés. paiements. Le schéma n'est pas nouveau, Le bouclage de leur budget, chaque an- puisque l'exploitation directe par le canée, dépend déjà du bon vouloir des puis- pital étranger est un trait constitutif de sances impérialistes. Autant dire que les l'impérialisme. La volonté d'industrialisadifficultés extrêmes dans lesquelles les tion à tout prix avait déjà poussé les clasplongent la récession actuelle vont pous- ses dominantes de certains pays à adopter ser leurs gouvernements à resserrer les un cadre légal d'accueil des investisse. liens néocoloniaux avec les anciennes ou ments étrangers ultra-libéral, en Asie, en les nouvelles métropoles. C'est ainsi que Afrique, en Europe même (Eire ou Pormême le gouvernement Ratsiraka de Ma- tugal salazariste) et en Amérique latine. dagascar, au verbe anti-impérialiste si af- Sur ce dernier continent, les tentatives de firmé il y a quelques années, opère un développement autonomes d'un capital rapprochement diplomatique avec la national, encouragées à la suite de la granles faits, de mots.

étrangères »,

Banque Mondiale.

monde.

monde.

19.

p. 315.

résolution 24 portée. Aujourconcessions afin

Journal le développement ce

« nationaux »,

5 janvier 1981.

17. Rapport sur le développement dans le août 1980,

18. Rapport sur le développement dans le

Banque Mondiale, août 1980, p. 31.

Bulletin du FMI, 20 octobre 1980,

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Dans une mine d'étain bolivienne. L'endettement des pays dépendants est aggraué par la nouvelle baisse des cours des matières premières non pétrolières (DR).

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