Inprecor 1974–2004

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POLOGNE

« Solidarité » devrait élaborer un programme économique alternatif. Un entretien recueilli à Varsovie

· Inprecor n° 94-95, 16 février 1981 · p. 48-51 · 4 158 mots

Jacqueline Allio était le pseudonyme de Jacqueline Heinen, membre de la direction internationale dans les années 1980, responsable du travail femmes et du travail sur la Pologne.

Pologne Syndicalisme Europe de l'Est

DOCUMENT / POLOGNE un programme écon

ENRYK Szlajfer a publié à Varsovie plusieurs contributions au débat économique en cours en Pologne. Inprecor a déjà fait connaître deux de ses articles publiés par « Forum Août-80 », initiative des cercles « Solidarité » de la Faculté des sciences sociales de l'Université de Varsovie (1).

L'entretien avec Henryk Szlajfer que nous publions ci-dessous couvre l'essentiel des problèmes économiques qui sont discutés aujourd'hui par le mouvement ouvrier indépendant renaissant. Nous sommes d'accord avec lui que l'opposition simplifiée entre planification centrale et liberté (limitée) des forces du marché est artificielle et fausse. Nous sommes également d'accord qu'une certaine extension des mécanismes du marché est indispensable dans les conditions actuelles en Pologne, pour redresser aussi rapidement production agricole et assurer le ravitaillement de la population. L'« opacité » de la situation économique — qui rend fictif tout Plan central - est indéniable.

Mais il n'est pas démontré que les mécanismes du marché

« solidarite » de vrait elaborer

Un entretien avec

Henryk Szlajfer bouches s'ouvrent! »), révélateurs que la libération des prix.

que possible

Lomique alternatif

soient les plus efficaces pour révéler la « vérité économique ». Pour le calcul du prix de revient, le contrôle ouvrier est autrement plus rentable ; pour le recensement des besoins réels de la population et de ses priorités, l'enquête sur le tas (« Que les voire un référendum, sont bien plus En outre, même si l'on est d'accord sur l'inévitable élargissement du marché libre pour les vivres et les services, il faut bien être conscient des dangers qu'il implique et faire immédiatement la propagande dès maintenant sur les mesures nécessaires pour les neutraliser, ne fût-ce que partiellement. Le développement de la coopération entre les petits paysans, sur une base strictement libre, sans coercition aucune, qui se dégage d'ailleurs presque spontanément de la création de « Solidarité paysanne » et du puissant courant en faveur de T'autogestion au niveau des villages, sont des exemples d'une

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INPRECOR : - Dans les discussions avec les militants, et même avec les économistes experts de « Solidarité », j'ai été frappée par la confusion qui règne dans le débat sur la réforme économique, en particulier quant au rôle du Plan central et aux implications de la réintroduction des mécanismes du marché dans l'économie. Si tout le monde semble plus ou moins d'accord pour dire que de telles mesures devraient intervenir au premier chef dans le secteur de l'agriculture, personne ne paraît avoir d'idées très précises sur l'étendue de ce processus, notamment dans les autres sphères de l'économie. Et quelles mesures prendre concrètement pour concilier l'existence de tels mécanismes avec le maintien d'une planification centrale, c'est ce qui me paraissait le moins clair dans les propositions mises en avant. Henryk Szlajfer : - Il est vrai que la plupart des gens voient très mal quels devraient être les liens entre des éléments du marché et du Plan central. Cela s'explique, entre autres, par la quasi-absence de Plan central depuis cinq ou six ans. On est confronté à une situation où les décisions centrales sont à la fois très poussées du point de vue administratif, ne laissant aucune autonomie aux entreprises, et où le Plan, en tant que moyen de coordonner l'ensemble de l'économie, est virtuelleinexistant. Il suffit pour s'en de comparer les indicateurs utilisés par le Plan avec leur application concrète dans chaque entreprise. On constate un fossé énorme entre ces indicateurs et les résultats économiques, par rapport à ce qui avait été planifié il y a cinq ou six ans. Cela montre que ce Plan était une fiction, et cela explique que les gens ne parviennent pas à tirer les leçons de la pratique, qu'ils aient tendance à simplifier en identifiant notamment Plan central et administration centrale de l'économie des entreprises.

A l'heure qu'il est, les économistes gouvernementaux - tout comme ceux qui sont liés à « Solidarité » — ont tendance à penser en termes simplifiés et à opposer Plan central et forces du marché. Et, quand ils pensent à la réforme écono-

Use réfèrent à la situation qui existait à la fin des années 1950 et qui a donné lieu au débat du début des années 1960 sur la question de la loi de la valeur, des prix, du Plan central, etc. Par ailleurs, ils se réfèrent à un type de réforme économique « classique », celui de la réforme hongroise. Selon moi, ces deux prémisses sont erronées. D'abord, parce conditions dans lesquelles la réforme hongroise a été effectuée étaient totalement différentes de celles qui existent aujourd'hui en Pologne.

Les points de différence essentiels sont, premierement, que lorsque la réforme a commencé en 1968 en Hongrie, l'économie n'était pas en crise, qu'on a affaire à une crise structurelle de l'économie aujourd'hui en Pologne. Deuxièmement, les Hongrois n'avaient pas de problèmes avec leur balance des paiements en 1968, alors que c'est le cas en Pologne à l'heure actuelle. Et troisiè mement - ce qui est probablement le facteur le plus important - les Hongrois avaient investi énormément de capitaux dans l'agriculture durant toute la décennie précédant le début de la réforme. Ce qui veut dire qu'ils ont commencé la réforme en 1968 sans avoir de problèmes d'étranglement du point de vue de l'approvisionnement et des réserves alimentaires. Cela ne constituait donc pas un facteur limitatif pour le jeu des lois économi-

Aujourd'hui, en Pologne, la crise dans le domaine de l'approvisionnement est un problème majeur, et tant que les réserves resteront aussi insuffisantes, tant que les besoins en nourriture ne seront pas satisfaits, toutes les tentatives pour modifier les structures du circuit de distribution seront vouées à l'échec. Tels sont les trois points de différence essentiels par rapport à la situation hongroise. Aussi, lorsqu'on ajoute ces trois éléments au fait que le système de gestion et les mécanismes permettant de contrôler l'économie ont été presque totalement anéantis en Pologne, on comprend pourquoi le gouvernement est incapable d'exercer un contrôle sur les éléments essentiels de la balance économique, qu'il s'agisse des matières premières, des ressources énergétiques, des principaux produits semi-finis, etc. Tout cela implique qu'il est impossible, pour les deux ans à venir au moins, de s'engager dans une réforme de type classique dans ce pays. Toutes les déclarations et tous les concepts relatifs à ce genre de réforme sont peut-être valables pour le futur, d'ici deux, trois ou quatre ans, mais le problème dans l'immédiat, c'est tout simplement de remettre de l'ordre dans l'économie. De savoir ce dont on dispose exactement et quels sont les goulots d'étranglement dans le domaine de la production, notamment sur le plan technique. Et cette idée, qu'il est nécessaire de mettre de l'ordre dans l'économie avant de s'engager dans une économique, a été soulignée entre autres par Czeslaw Bobrowski qui, moi, reste le meilleur spécialiste polonais en matière de planification (2). Il a affirmé clairement qu'il ne fallait pas s'attendre à de grandes réformes ni à de grandes modifications dans l'immédiat, et qu'on pouvait - au mieux -quelques petits changements dans fonctionnement de l'économie pour les

En ce qui concerne « Solidarité », les différents points de vue qui se sont exprimés dans le débat jusqu'ici ne sont pas encore très clairs. Ceux pour qui le champ d'intervention de « Solidarité » devrait se limiter aux activités classiques d'un syndicat cherchent à ignorer totalement la question. Ils affirment que ces problèmes ne sont pas du ressort de « Solidarité », mais du gouvernement, et que tout ce que « Solidarité » pourra faire, ce sera d'exson accord ou son désaccord quand le Plan de la réforme économique sera présenté. Jusqu'ici, c'est le principal courant qui s'est exprimé dans les bulle-. tins syndicaux.

Le deuxième courant, qui est encore faible mais qui gagne de l'audience auprès des membres de « Solidarité », défend l'idée que la préparation de la réforme économique doit être l'un des principaux themes de débat dans le syndicat, car le type de réforme adopté contribuera à déterminer la place de « Solidarité » dans la gestion économique du pays. En effet, toute décision du Parlement relative à des lois concernant les entreprises ou la réforme économique tendra à limiter, ou au contraire a élargir, le champ d'activité de « Solidarité » par rapport à l'économie. Pour ma part, je pense que c'est le second courant qui a raison, et qu'il faut faire démarrer au plus vite la discussion sur la ré. forme économique dans « Solidarité », parallèlement au débat portant sur le cadre légal des activités des syndicats indé.

Maintenant, pour en revenir question du Plan central, je pense qu'à partir du moment où on ne confond pas planification et administration centrale — ce qui est souvent le cas —, il est parfaitement possible d'accorder une grande marge d'autonomie aux entreprises, sans pour autant éliminer le concept de Plan central. L'essentiel est de restreindre et de définir précisément le champ d'intervention de la Commission du Plan, de déterminer ce qui est sous son contrôle et ce qui ne l'est pas. Il est évident, par exemple, que les principaux indicateurs doivent être déterminés par cette Commission, et elle doit également jouer un rôle déterminant, y compris du point de vue de la direction administrative, dans le contrôle de la production des matières premières ou des investissements de base dans l'industrie lourde et l'industrie légere. Mais le reste devrait être décentralisé, décidé directement au travers d'une coorles entreprises, sans intervention administrative de la part de la

Mais l'autre question essentielle touche au mode d'élaboration du Plan central, de manière à y associer réellement les travailleurs des entreprises. A cette fin, de planification partir de l'entreprise. C'est particulièreimportant en ce qui concerne les matières premières. Il n'est que de voir ce que la Commission du Plan attend actuellement de la production dans un secteur comme celui des mines, et ce que les mineurs sont prêts à faire. La différence entre les deux est de l'ordre de 20 millions de tonnes de charbon par an... Cela démontre qu'on ne peut établir un Plan réaliste qu'en s'appuyant sur un processus partant de la base, comme c'est le cas aujourd'hui dans les mines, où les ouvriers ont imposé leurs vues au gouvernement. Et le fait qu'il soit réaliste ou non détermine tout bonnement l'existen-

1. Inprecor, numéro 91 du 15 décembre 1980, Henryk Szlajfer, « Quelle unité, quelcogestion? Thèses soumises à la discussion » : Wojciek Wypych, Henryk Szlaifer, « Perspectives pour une société autogestionnatre ».

2. Czeslaw Bobrowski est l'un des principaux économistes officiels polonais.

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ce du Plan. Jusqu'ici, au contraire, la sans privés. Mais c'est une erreur, d'une procédure adoptée pour élaborer le Plan était totalement différente. Les principaux indicateurs etaient determines par le haut, au sein de la Commission centrale du Plan, et c'est ce qui explique le caractère illusoire de ce dernier, le fait que les résultats se soient avérés sans relation avec les prévisions effectuées centrale-

- Quelles sont les priorités qui, selon

1, devraient etre adoptees du point o ue des mesures immédiates pour rem dier à la crise économique actuelle ?

- En ce qui concerne les priorités, c'est très simple. Dans l'immédiat, en tout cas, il suffit de partir des besoins. Toute discussion devrait être déterminée par les problèmes essentiels que rencontrent la majorité des gens dans leur vie quotidienne. Et l'on voit immédiatement se dégager quatre types de priorités.

En premier lieu, il convient de procéder à une augmentation significative des capitaux dans l'agriculture, afin d'éliminer aussi vite que possible la pénurie alimentaire. La seconde priorité en matiè re d'investissements a trait au problème du logement et à la nécessité d'investir des capitaux dans la construction d'appartements, dont le nombre est totalement insuffisant, surtout dans les villes. Le troisième point concerne les investissements dans les infrastructures sociales - écoles, hôpitaux, crèches —, sans parler de l'augmentation des fonds qui s'impose dans l'éducation et la culture en général. En quatrième lieu, enfin, c'est tout le problème de l'équipement ménager qui doit être pris en considération. La situation est absolument catastrophique, surtout pour les jeunes qui veulent s'installer, en ce qui concerne aussi bien le problème du mobilier que celui des frigos ou des télévisions, autant d'objets de première nécessité qui n'ont rien à voir avec le luxe, mais qu'il est extrêmement difficile de se procurer.

Si on adoptait un programme reposant sur ces quatre ordres de priorité, cela déciderait de fait de la structure de la consommation de la majorité de la population pour les cinq, ou même les dix années à venir. Car mener à bien un tel programme impliquerait automatiquement que seule une part très marginale des investissements soit consacrée aux autres secteurs, et notamment à la production des biens de luxe.

- Quelles sont les solutions qui peuvent être avancées pour améliorer la situation dans l'agriculture ?

- Il faut d'abord souligner l'incapacité absolue du pouvoir à gérer correcte. ment le secteur de l'agriculture. Les mesures adoptées jusqu'ici revenaient à jeter l'argent par les fenêtres et à gaspiller l'énergie humaine, non seulement dans le secteur privé des petits producteurs indépendants, mais dans le secteur d'Etat. Le taux de production dans les fermes d'Etat est tellement catastrophique que certains proposent de répartir ces terres entre paypart parce que les fermes d'Etat ont un rôle propre à jouer, et d'autre part parce que les paysans indépendants seraient dans l'incapacité, dans l'état actuel des choses, de prendre en charge et de diriger de manière efficace une surface de terres

L'essentiel, dans l'immédiat, c'est de remédier à la situation qui veut que la rédes investissements entre les deux secteurs - privé et étatique - soit aussi inégale. En effet, les deux tiers des

Get investissements vont au secteur d'Etat qui ne produit pourtant qu'un tiers de la production agricole, alors que le secteur privé, qui assure 70% de la production agricole, ne bénéficie, quant à lui, que de 33 % des investissements. D'où les difficultés, pour les paysans indépendants, à s'équiper en machines, à obtenir les quantités de fourrage nécessaires et les crédits indispensables pour rentabiliser leur travail. Car, même s'il est largement supérieur à celui secteur d'Etat, le taux de productivité dans le secteur privé reste très faible à celui d'autres pays industrialisés. Cela s'explique notamment par le fait que près de la moitié des entreprises privées, qui ont parfois moins hectare, sont des fermes de subsistance et ne produisent quasiment rien pour le marché. Il faut done prendre des mesures très rapidement pour modifier

Dans le secteur d'Etat, il faut par ailleurs remettre en cause une série de décisions prises il y a 5 ou 6 ans, et qui font que ce secteur est incapable d'assurer la production du grain et du fourrage nécessaire à l'élevage du bétail pour l'ensemble de l'agriculture. La division naturelle du travail voudrait en effet que le secteur d'Etat - outre le travail effectué dans les fermes expérimentales - assure, avant toutes choses, la production de la nourriture pour le bétail requérant un degré de mécanisation très élevé, et laisse aux paysans indépendants le soin d'assurer l'éle. vage et les cultures nécessitant une part de main-d'œuvre plus importante. Mais il se trouve que le gouvernement a décidé, voici quelques années, que les fermes d'Etat devraient aussi faire de l'élevage, contrairement à ce qui avait été le cas auparavant. La conséquence immédiate, ce fut la nécessité d'importer de grosses quantités de fourrage, dans la mesure où les fermes d'Etat étaient déjà incapables antérieurement d'en produire assez pour satisfaire les besoins du secteur privé, et où leurs propres besoins venaient s'ajouter aux besoins précédents. De plus, vu la gabegie fantastique qui règne dans le secteur d'Etat, on a vite constaté qu'il fallait beaucoup plus de fourrage pour produire un kilo de porc dans le secteur étatique que dans le secteur privé ( 7 kg contre

Et c'est ainsi qu'en quelques années les importations sont passées de 2,5 millions de tonnes de nourriture pour le bétail à 10 millions de tonnes actuellement, ce qui représente l'un des facteurs essentiels dans l'accroissement de la dette extérieure polonaise. L'ineptie de cette décision est illustrée par le fait que la production agricole dans son ensemble n'a cessé de diminuer depuis 1978 et que la production de pores en particulier a baissé de 30 % entre 1979 et 1980. Ce sont là un certain nombre d'éléments expliquant, en partie, la crise qui sévit dans l'agriculture.

Et cette crise est ressentie non seulement par les producteurs, mais par les consommateurs, vu la pénurie alimentaire plus grave que jamais. Les solutions à apporter pour remédier à la situation doivent donc faire l'objet d'un débat de l'ensemble du mouvement ouvrier. L'idée assez répandue est qu'il faut augmenter le prix à la production, de manière à ce que les paysans puissent s'en sortir (sans parler des mesures à prendre pour en finir avec l'administration bureaucratique et hyper-centralisée de ce secteur qui est une pure aberration). Mais qu'en sera-t-il alors des prix à la consommation ? Faudra-t-il augmenter les salaires en conséquence? Ne vaudrait-il pas mieux augmenter les subventions ? C'est un débat qui ne fait que commencer et qui doit s'inscrire dans le débat plus général sur les mesures de réforme économique à adopter.

- Et, selon toi, quelles sont les structures à impulser pour que les travailleurs puissent faire entendre leur point de vue dans tous ces débats ?

- Si l'on part du principe - comme

la direction de « Solidarité » l'a fait jusqu'ici - que la tâche première du syndicat est de défendre les intérêts immédiats des travailleurs, on en conclut que tout ce qui a trait à la gestion de l'économie doit être remis entre les mains de structures d'autogestion à l'échelle de l'entreprise. Mais je pense qu'il ne s'agit que d'une réponse partielle à la question posée, d'une solution formelle. Car, si dans une entreprise donnée on a affaire à des structures d'autogestion réellement constatera très vite que ceux qui participent à une telle activité sont - avant tout - des membres de « Solidarité ». Donc, même si le rôle de « Solidarité » en tant que syndicat est clairement délimité, les membres de « Solidarité » auront, eux, une double fonetion : militants du syndicat et militants des structures d'autogestion. C'est pourquoi la question du lien entre ces dernières et le syndicat n'est pas encore bien définie et nécessite de plus amples débats.

Mais il existe une question plus géné'rale, qui est de savoir s'il est correct de prendre une part quelconque à la discussion sur l'économie, ou s'il ne vaut pas mieux rester à l'écart et garder un strict statut d'observateur. Je pense, quant à moi, qu'il est du devoir de « Solidarité » d'élaborer un programme, aussi bien en ce qui concerne la réforme économique que tout autre aspect de la vie économique et sociale, car c'est le seul moyen pour que nous puissions présenter un programme alternatif à celui du gouvernement. Ce qui suppose d'accepter de participer à la gestion des entreprises, mais sur la base de conditions déterminées par « Solidarité »,

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100 F à l'achat au numéro). C'est un instrument de travail indispensable pour comprendre ce

A L'ORDRE DE « PEC », 2, RUE RICHARD-LENOIR, 93100 MONTREUIL (MENTION INPRECOR POLOGNE)

et non par le gouvernement. Autrement, il existe un danger réel, lorsque le gouvernement présentera un Plan concernant la réforme économique ou l'introduction de mesures d'urgence dans la sphère de l'éco. nomie, que les syndicats indépendants ne soient accusés d'anarchisme et d'irresponsabilité, voire de sabotage de l'ensemble de l'économie, s'ils n'ont rien d'autre à opposer au gouvernement qu'un refus pur et net des Plans proposés.

Maintenant, sur le plan pratique, il est bien possible que, dans certaines entreprises, on voie les comités de « Solidarité » intervenir dans les faits comme s'ils étaient des structures d'autogestion. En s'engageant dans des activités telles que le recensement des stocks, l'enquête sur l'état du parc de machines, l'information sur les gaspillages ou la mauvaise administration de la direction - comme l'ont fait les travailleurs d'URSUS, de Huta Katowice ou des chantiers navals ces derniers temps, sans parler de la volonté d'exercer un contrôle plus général sur l'approvisionnement, comme c'est le cas à propos du rationnement de la viande —, « Solidarité » outrepasse largement le rôle traditionnel de défense d'un syndicat classique. Mais, si « Solidarité » n'a pas de programme alternatif précis concernant aussi bien la réforme économique que le processus d'autogestion à impulser, le risque évident est que des groupes isolés du syndicat ne se laissent tout bonnement corrompre ou intégrer dans l'ancien système de gestion. Surtout dans les entreprises faibles ou peu importantes d'un point de vue économique, et dans les régions peu industrialisées du pays où les travailleurs ne peuvent compter sur le soutien d'autres usines.

J'ai le sentiment que la plupart des travailleurs sont prêts à accepter un système de cogestion ou de codécision, pour autant qu'ils puissent intervenir de manière combative dans les décisions économiques au niveau de l'entreprise. Il incombe donc à « Solidarité » dans son ensemble d'élaborer le cadre général qui permettra à ces travailleurs isolés de s'inscrire dans

OFFREZ

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INPRECOR propose la qui est arrivé, et prévoir ce qui va se passer.

un processus d'autogestion.

— A ce propos, j'ai été frappée, dans les discussions avec des ouvriers de plusieurs entreprises de la sidérurgie, de l'automobile, des chantiers navals, etc., de constater que, dans le cadre des mesures à prendre pour réorganiser la production et améliorer la productivité, ils n'hésitaient pas à parler de licenciements (sans pour autant faire de propositions sur la réinsertion des travailleurs qui se retrouveraient ainsi au chômage). D'une manière plus générale, d'ailleurs, il semblaient très peu conscients des conséquences possibles de la réintroduction de la concurrence inter-entreprises.

- Cela s'explique par le fait que la plupart des travailleurs de ce pays — qu'il s'agisse de travailleurs qualifiés ou non qualifiés, d'employés, de techniciens, etc, n'ont jamais été confrontés au danger du chômage. Même aujourd'hui, on ne peut pas dire que cela soit le cas (du moins pour les travailleurs à la production, pour les techniciens ou les ingénieurs). Pour eux, le concept de chômage est donc un concept abstrait. Ce qu'ils associent au mot chômage, c'est plutôt la situation ou des travailleurs sont payés pour ne rien faire, ou bien — à la limite -ils pensent que cela peut concerner d'autres couches, mais pas eux. Mais je pense qu'après avoir fait quelques expériences dans ce sens, ils se montreront les ennemis les plus acharnés du chômage, et je ne crois pas qu'il existe un danger réel que les comités de travailleurs soient en faveur d'une véritable politique de chômage. Cela mettrait « Solidarité » dans une situation intenable. Ce serait le premier pays au monde où un syndicat se montrerait prét à soutenir une telle politique, non seulement dans la pratique, mais sur le plan idéologique.

Si je me réfère à des discussions que j'ai eues avec des ouvriers de Huta Katowice, par exemple, Je constate d'ailleurs qu'ils se montrent beaucoup plus malins que cela. Il existe une surabondance de

TOUT « INP

? LA POLOG

POUR 30 FF

série de ses numéros sur la Pologne (82 à 91) pour 30 F (au lieu de COMMANDES : CHEQUES POSTAUX OU BANCAIRES main-d'œuvre dans le secteur administratif de cette fonderie, comme partout ailleurs, et il est vrai que les ouvriers ne se sentaient pas très concernés par le sort des employés qu'il fallait envisager de licencier. Mais, lorsque la discussion en est venue à la question des paysans-travailleurs (qui travaillent à l'usine tout en continuant à participer aux travaux de leur ferme, qui sont pour la plupart des ouvriers non qualifiés, et dont l'efficacité au travail est des plus relatives), ils ont écarté toute idée de procéder à des licenciements parmi ces travailleurs, en arguant du fait qu'ils contribuaient — même de manière officieuse — à l'approvisionnement de tout le pays, et de la ville de Katowice en particulier, en vendant sur le marché des légumes, des fruits, des œufs, etc. « S'ils n'ont plus de travail salarié, ils ne pourront même plus garder leur ferme et continuer à produire ce qu'ils produisent actuellement, et nous mourrons de faim », ont affirmé les ouvriers.

Et, en ce qui concerne l'attitude de « Solidarité », je ne pense pas, quant à moi, que ses membres accepteront de prendre la responsabilité d'une politique de licenciements, car ils apparaîtraient comme des traîtres aux yeux des travailleurs concernés. Ce serait tout simplement suicidaire pour le mouvement, et ce. la irait à l'encontre de toute l'orientation des syndicats indépendants depuis qu'ils se sont constitués (3).

Varsovie, fin décembre 1980.

Propos recueillis par Jacqueline ALLIO.

3. Lire à ce sujet Inprecor, numéros 82 (21 juillet 1980) à 91 (15 décembre) sur la Pologne, ce dernier numéro contenant un important dossier composé d'articles. de documents et d'interviews, signés notamment par Jacek Kuron, Karol Modzelewski, Adam Michnik. Antoni Macierewicz, Henryk Szlajfer et Wojciek Wypych.

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