POLOGNE / RÉSOLUTION DU SECRÉTARIAT UNIFIÉ DE LA IVe INTERNATIONALE
Les avancées du mouvement de masse et la contre-offensive de la bureaucratie
A déclaration du Secrétariat unifié de la IVe Internationale que nous publions ci-dessous était déjà rédigée lorsque les résultats du VIlle plénum du Comité central du POUP ont été connus. Ces résultats montrent le renforcement des positions de l'aile Kania : le général Jaruzelski est nommé au poste de Premier ministre, tout en restant ministre de la Défense ; plusieurs partisans du « dialogue » avec le syndicat « Solidarité » ont été nommés aux postes de vice-premiers ministres (il s'agit notamment du principal négociateur des accords de Gdansk et du rédacteur en chef de l'hebdomadaire Politika, Rakowski). Tout cela confirme que la majorité, aux sommets de la bureaucratie, ne se sent pas la force d'engager une épreuve de force immédiate avec le mouvement de masse ouvrier, étudiant et paysan organisé. Elle préfère biaiser, gagner du temps, faire traîner les choses en longueur, compter sur l'usure, les divisions et la fatigue des ouvriers pour engager le processus de la « normalisation ».
Mais cela ne signifie en aucune manière un nouveau recul de la bureaucratie. La situation se maintient, en gros, telle qu'el. le est décrite dans la déclaration.
D'une part, le mouvement de masse autonome continue à s'organiser, à se consolider, à accumuler des victoires partielles. Ce qui a été obtenu par la grève de Bielsko Biala, la reconnaissance du droit des paysans à constituer - à défaut d'un « syndicat » - une « association » autonome de l'Etat, la reconnaissance de fait de l'Union indépendante des étudiants, vont dans ce sens.
D'autre part, le gouvernement continue à reprendre d'une main ce qu'il accorde de l'autre ; il continue à remettre en cause les accords de Gdansk, Sczeczin et Katowice, il continue à chercher à cantonner « Solidarité » dans des actions revendicatives « purement » matérielles et économiques, ce qui est manifestement impraticable dans une économie nationalisée et planifiée comme celle de la Pologne, où tout problème économique débouche automatiquement sur des questions politiques.
Au plénum du Comité central du POUP, Kania et Jaruzelski ont continué à tirer à boulets rouges sur les éléments «anti-socialistes et contre-révolutionnaires » qui « manipulent » les 10 millions de membres de « Solidarité » ; et cela malgré le fait que les dirigeants et les conseillers désignés sous ces qualificatifs - notamment Karol Modzelewski et les représentants du KOR - multiplient les déclarations conciliatrices, qu'ils affirment et réaffirment tous les jours qu'ils ne s'opposeront en
- I - leurs et des ouvriers Depuis la fin du mois de novembre 1980, des changements sont intervenus dans la situation polonaise, marquée par l'essor fantastique de l'activité et de l'auto-organisation des ouvriers depuis juillet tes pressions et aout, ainsi que par les victoires importantes qui ont été obtenues par la classe ouvrière au travers des accords de Szcezcin, Gdansk et Katowice. Les change- sont allés plus loin que les accords d'août. ments qui sont intervenus peuvent être résumés en quatre points.
1.- La radicalisation de la classe ou- ont fait grève vrière, en particulier des jeunes travail- paysans pauvres.
aucune façon à l'exercice du pouvoir politique par le POUP ni à l'appartenance de la Pologne au Pacte de Varsovie.
Kania et Jaruzelski ont d'ailleurs l'épée dans les reins à ce propos de la part du Kremlin. Celui-ci ne se gêne guère pour condamner toute l'organisation « Solidarité » — soit 80 % de la classe ouvrière polonaise - comme « contre-révolutionnaire ».
Il est possible qu'il devra modérer son langage dans l'immédiat ;
les propos tenus au Congrès du PCUS qui est sur le point de s'ouvrir seront révélateurs en la matière. Mais personne ne doit douter de ce que l'existence même d'une organisation de masse ouvrière, indépendante de l'Etat et de la bureaucratie, capable d'agir et d'exercer son droit de grève, est structurellement incompatible avec la survie de la dictature bureaucratique. Cela, le Kremlin le comprend parfaitement et il agit en conséquence.
Les hésitations portent tout au plus sur les rythmes, les formes et les délais de la « normalisation », non sur la nécessité d'une mise au pas, c'est-à-dire d'une destruction de « Solidarité » comme représentant libre et démocratique de la classe ouvrière.
ce propos, on peut comprendre les déclarations conciliatrices des dirigeants nationaux de « Solidarité » et des représentants du KOR, qui désirent épuiser tous les mécanismes de négociation afin de ne pas éroder, dans des grèves partielles à répétition, la force du mouvement. Mais il faut répéter que la force, le développement et l'avenir de « Solidarité » dépendent dans une large mesure de sa capacité de rester le porte-parole de l'ensemble de la classe ouvrière. Tout abandon d'une solidarité active à l'égard d'un quelconque secteur du mouvement, tout abandon de la solidarité à l'égard d'un quelconque secteur des éléments radicaux ou « dissidents » que la bureaucratie a pris dans sa ligne de mire, provoqueraient des divisions profondes au sein de la classe ouvrière, dont les secteurs radicalisés ne sont pas prêts à céder devant la
« tactique du salami » de Kania. Toute centralisation excessive du syndicat, tout recul sur la question de la démocratie interne et des droits de la base, auraient des effets encore plus désastreux. Les semaines qui viennent montreront jusqu'à quel point la magnifique combativité des masses — qui n'a pas été entamée par un hiver pourtant très pénible — saura déjouer les
'manœuvres de la bureaucratie et les tergiversations de la direction syndicale nationale elle-même.
20 février 1981.
des grandes entrepri-
Les travailleurs se sont également enses, se poursuit. L'appel a cesser le travail gagés dans des formes d'action plus radilancé le 24 janvier 1981 par « Solidacales, telle que l'occupation de bâtiments rité », afin d'obtenir l'application des acpublics, afin d'obtenir la démission de cords d'août sur la semaine de cinq jours, fonctionnaires à l'échelon local et régioa été massivement suivi, en dépit des fornal du parti et de l'Etat, jugés corrompus exercées par le gouverneet incompétents. Parmi ces officiels figument et les médias : 80 % des travailleurs rent un ministre et un ancien secrétaire des grandes entreprises ne sont pas allés régional du Parti. Dans le sud-ouest du travailler. D'ores et déjà, les travailleurs pays (région de Bielsko Biala), autour de
Jelemia Gora, une grève a même éclaté
C'est ainsi qu'ils ont engagé une action dipour ce motif. Des dirigeants d'entreprirecte pour la légalisation de « Solidarises ont été révoqués par les travailleurs.
Les provocations de la bureaucratie té rurale». A Rzeszow, les travailleurs
- comme son refus d'accorder aux syndipour soutenir leurs alliés cats libres l'accès aux mass media ou les
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tentatives de censure contre la presse de « Solidarité » - ont commencé à se heurter à une riposte militante. Les arrêts de travail de 4 heures ont eu lieu à Lodz et Bialystock le 27 janvier, des actions militantes ont été menées à Wroclaw, et à Szcezein des grèves ont interrompu la parution de tous les médias officiels.
Tous ces mouvements expriment l'incompatibilité objective qui existe entre d'une part l'auto-organisation massive des travailleurs et la tendance à l'autogestion et, d'autre part, le monopole de la bureaucratie sur le pouvoir politique. Ils expriment aussi la conscience croissante qu'ont de cette incompatibilité des secteurs de plus en plus larges de la classe ouvrière. Le mouvement de masse est donc toujours dans sa phase ascendante. Toutes les luttes ouvrières importantes continuent d'être, dans l'ensemble, victorieuses, quels que soient les compromis partiels qui ont conclu certaines d'entre elles.
2.- Dans le même temps, la direction Kania de la bureaucratie, appuyée par le Kremlin et ses alliés bureaucratiques d'Europe orientale, a entamé une contre-offensive concertée.
Pour la première fois depuis les accords d'août, la milice est intervenue contre des travailleurs à Nowy Sacz et Ustrzyki Dolne, pour les expulser des bâtiments qu'ils occupaient. L'application de certains des points les plus importants de ces accords d'août (l'abolition de la censure, l'accès de « Solidarité » aux mass media) a été refusée ou repoussée. La reconnaissance de « Solidarité rurale», cette puissante expression de l'alliance ouvrière-paysanne (notamment dans les zones où prédominent les paysans pauvres et le semi-prolétariat rural, comme dans le sud-est de la Pologne autour de Rzeszow) a été rejetée. Le procureur général a menacé de poursuites judiciaires et d'arrestations les éditeurs et les collaborateurs des publications qui paraissent sans être soumises à la censure. Même la menace de décréter l'état d'urgence a été employée. Le Kremlin remet en cause ouvertement la principale conquête des travailleurs polonais, le droit de grève.
S'il ne fait pas de doute que ces provocations de la bureaucratie accélèrent le processus de radicalisation de larges secteurs des organisations ouvrières indépendantes, elles visent pourtant un objectif stratégique qui est tout à fait clair.
Avec le soutien total de la hiérarchie catholique et de certains intellectuels de Varsovie, de tendance « réformiste » néo-ZNAK, qui travaillent comme « experts de « Solidarité », l'aile Kania de la bureaucratie tente de démoraliser les travailleurs en faisant la démonstration que les syndicats libres ne sont pas en mesure d'obtenir pour les travailleurs des avantages économiques et matériels. Les bureaucrates n'hésitent pas - pour parvenir à leurs fins - à utiliser ouvertement le sabotage économique.
Le courant Kania tente de diviser « Solidarité » entre une aile radicale et une aile modérée qui s'appuierait sur certaines directions régionales des syndicats libres. L'aile Kania tente d'appliquer la tactique classique du « salami ». Il s'agit d'isoler d'abord les dirigeants et les experts les plus radicaux de « Solidarité », pour ensuite les éliminer avant de passer à une offensive généralisée contre le mouvement des syndicats libres en tant que tel, une fois que le mouvement aura commencé à reculer et que des secteurs du mouvement de masse seront désorientés et démoralisés.
3.- Un processus de large différenciation a commencé au sein de « Solidarité ». Il tient à la logique interne de la situation objective en Pologne, à la contre. mais il est aussi le produit inévitable de de clarté politique et idéologique ainsi que de l'absence d'objectifs programmatiques clairement définis et exprimés pour le moyen et le long terme (ce qui contraste avec la clarté et l'unité très larges sur les revendications immédiates).
Parmi les cadres et les dirigeants locaux et régionaux de « Solidarité », une tie s'est dégagée. Entre ces deux pôles, il y a de nombreuses positions intermédiaires qui oscillent entre ces différents courants. Le meilleur exemple est celui de Lech Walesa. Celui-ci, en dépit de son immense popularité et de son autorité, qu'il a - à juste titre - conquis de par détermination dont il a fait preuve pendant la période août-sepà vaciller sous la pression contradictoire de la hiérarchie catholique et de l'aile « libérale » de la bureaucratie d'une part et, d'autre part, sous la pression croissante d'une base de plus en plus militante qui existe non seulement à Gdansk, mais aussi à Varsovie, Szceczin, Bydogez, Wroclaw et dans d'une information centralisée et largement diffusée à l'échelle nationale sur ce qui se passe dans les usines et dans les syndicats opère également objectivement dans le sens de cette différenciation.
4.- Finalement, le fantastique essor de la confiance des travailleurs en leur propre force, de leur auto-organisation et de leur volonté de démocratie ouvrière, a commencé à avoir des répercussions profondes au sein du Parti communiste (POUP), ce qui était inévitable, vu la dimension du soulèvement ouvrier et la taille même du POUP. C'est là le change. ment-clé qui est intervenu dans la situation. Alors que les différentes ailes de la bureaucratie poursuivent, de toute dence, les mêmes objectifs, qui consistent à sauvegarder le monopole de la bureaucratie sur le pouvoir, de puissantes tendances sont apparues à la base du POUP, qui luttent non seulement pour une réorientation totale de la politique du PC, mais aussi pour la démocratisation du
Le point central de cette tendance est la bataille pour un Congrès extraordinaire du parti pour lequel, malgré les instructions explicites données en ce sens par le Comité central, des militants locaux ont commencé d'élire leurs délégués sur une base démocratique. Cela s'est produit dans des villes comme Lodz, Poznan, Torun et d'autres.
Les tendances les plus à gauche au sein de « Solidarité » sont composées de façon significative de ces oppositionnels du POUP. Cette pression croissante exercée par la base du PC va inévitablement déboucher sur un nouvel approfondissement des différenciations au sein de la bureaucratie. Actuellement, aucune figure centrale, aucune aile dans les sommets de la bureaucratie, ne soutiennent les revendications radicales des travailleurs ou des oppositionnels de gauche au sein du POUP. La bureaucratie polonaise, et surtout Moscou, doivent s'assurer à n'importe quel prix que le prochain Congrès du POUP ouvrira bien processus de « normalisation » également à l'intérieur du PC.
- II -Les projets de la bureaucratie du PC dirigée par Kania, et qui sont soutenus aujourd'hui par la hiérarchie catholique, une partie des intellectuels réformistes et l'aile de la direction de « Solidarité » qu'ils influencent (cela représente une puissante convergence de forces dont il ne faut pas sous-estimer la capacité à influencer de larges secteurs des masses travailleuses), sont essentiellement fondées sur deux arguments. Ces deux arguments sont répétés sans cesse par tous les mass media et sont également repris au sein du mouvement des syndicats libres par les forces conciliatrices.
Ils sont les suivants: l'impossibilité matérielle de garantir des concessions économiques aux ouvriers et aux paysans, en raison du mauvais état de l'économie polonaise; l'impossibilité d'accorder de nouvelles concessions politiques aux travailleurs - après la légalisation de « Solidarité » - sans provoquer une intervention militaire du Kremlin et « menacer la survie de l'Etat polonais ». C'est pour cela qu'il faudrait arrêter les grèves et les actions militantes et les remplacer par des négociations interminables et des compromis de plus en plus pourris.
Le but de cette argumentation est de diviser et de démoraliser les travailleurs en leur montrant que toute nouvelle lutte ne peut aboutir à rien. Elles pourraient même aboutir, selon eux, à la liquidation, l'une après l'autre, des conquêtes d'août 1980.
En dépit de leur apparence de « bon sens », ces arguments sont profondément erronés et peuvent être aisément réfutés. Il est tout simplement faux de dire qu'il n'y a pas de base matérielle pour une amélioration considérable des conditions de vie et de travail des ouvriers. Le meilleur exemple de ces mensonges éhontés, diffusés largement par les bureaucrates, est leur explication selon laquelle la réduction à cinq jours de la semaine de travail
va entraîner une baisse de 10 % de la production. Cet argument est complètement réfuté par les enquêtes concrètes qui ont été effectuées par les travailleurs dans de nombreuses entreprises. Ces enquêtes ont montré - dans les faits et par les chiffres — que les pertes de production consécutives à cette réduction des horaires de travail pourraient être largement rattrapées par l'élimination de la mauvaise gestion bureaucratique de l'économie. Par exemple, la suppression des ruptures d'approvisionnement en matières premières et en énergie, qui signifient que de nombreuses machines ne tournent pas une bonne partie de la semaine ; la suppression du gâchis et des détournements opérés par la bureaucratie, qui signifient qu'aujourd'hui une partie importante de la production n'est pas écoulée par le biais des canaux de distribution prévus dans le cadre de l'économie planifiée ; la correction du désordre incroyable, de labsence de proportion et d'équilibre dans la « planification » polonaise, qu'il vaudrait peut-être mieux appeler « non-planification ».
Si la bureaucratie refuse de reconnaître ces faits - pourtant évidents —, qu'elle ouvre les « livres de comptes » de l'économie nationale à « Solidarité » et à toute la classe ouvrière ! Que les ouvriers et les paysans pauvres polonais étendent le contrôle ouvrier à l'échelle nationale ! Que « Solidarité » élabore et puisse présenter dans les mass media un contre-Plan économique qui montre concrètement qu'il est possible d'assurer pour les masses de meilleures conditions de vie et de travail sans réduire la production !
Il est faux de dire qu'une modération croissante de la direction de « Solidarité », qu'un abandon graduel de toutes Pologne 1980-1981 (DR).
les revendications démocratiques, de toutes les revendications pour des changements radicaux dans la conduite des affaires économiques, pourraient constituer une arme de dissuasion efficace contre une intervention militaire du Kremlin. tif, qui est la montée et la radicalisation massive de 10 millions de travailleurs polonais. qui soit le fait d'un tacticien « habile », ne va les arrêter sur le chemin de la conquête d'un contrôle total sur leurs conditions de vie économique, sociale et politique. C'est pour cette raison que le fait que cette intervention ait lieu actuellement ou pas, que le choix du moment, dépend du jugement de la bureaucratie soviétique sur le rapport entre les avantages et les inconvénients d'une telle intervention, du point de vue de la défense du pouvoir et des privilèges de la caste bureaucratique et conservatrice. Son juge-
Tout ce qui affaiblit l'unité et la cohésion du prolétariat polonais, même sans parvenir à briser pour autant le développement fondamental de son activité, ne peut que favoriser objectivement une intervention militaire du Kremlin, parce que cela réduit d'autant le prix qu'il aura payer pour la mener. Une politique de modération et de conciliation menée par elle est en elle-même incapable de briser la montée des masses polonaises, aurait précisément pour effet de désorienter et de démoraliser une partie du prolétariat, même si d'autres secteurs continuaient à se radicaliser pendant ce temps. Il ne faut pas oublier qu'en Tchécoslovaquie, la direction Dubcek a suivi une telle politique de modération, ce qui n'a absolument pas empêché l'intervention militaire du Kremlin.
A l'inverse, tout ce qui accroit l'unité, la cohésion et la détermination des syndicats libres dans leur ensemble ne peut que convainere le Kremlin qu'en cas d'intervention militaire, chaque usine polonaise sera transformée en centre de résistance. On peut faire beaucoup de choses avec des fusils. Mais on ne peut pas forcer 12 millions de travailleurs - qui s'y refuseraient - à collaborer avec une direction haie ou à travailler plus dur. A moins d'avoir recours à une terreur extrême et à un bain de sang à une échelle que le Kremlin n'a pas osé pratiquer en Hongrie en 1956, pour ne pas parler de la Tchécoslovaquie à partir de 1968.
Contre la menace d'intervention militaire, l'une des armes de dissuasion les plus efficaces — même si elle est à elle seule insuffisante - reste la défense résolue des intérêts des travailleurs, le combat déterminé pour la pleine application des accords d'août 1980, pour un programme de contrôle ouvrier à l'échelle nationale, pour le renforcement de l'alliance ouvrière et paysanne. Cette dernière facilite l'avancée vers la solution de la crise alimentaire au travers de la légalisation de « Solidarité rurale » et de l'« autogestion paysanne ». Cette dernière signifie aujourd'hui que les petits paysans, tout en défendant leur droit de posséder leurs petites exploitations, commencent à comprendre et à appliquer les avantages de la coopération librement consentie et la propriété collective des tracteurs et des autres moyens de production agricoles modernes, car l'autogestion, à l'échelle de fermes d'un hectare, n'a pas de sens. Ce serait en tout cas une arme beaucoup plus efficace qu'une politique de conciliation sans principe.
Il faut noter que, jusqu'à présent, la ligne Kania n'est pas parvenue à stopper le développement des luttes ouvrieres et à les empêcher d'être victorieuses. C'est di. re que sa crédibilité pour la bureaucratie et pour le Kremlin décroît rapidement, de même que la crédibilité des éléments « conciliateurs » au sein de « Solidarité ».
Dans ce contexte, les forces qui, au sein des bureaucraties polonaise et soviétique, sont en faveur de la répression ouverte (comme l'aile Olszowski-Grabski dans le POUP), et qui sont conscientes qu'une situation de double pouvoir est en train de se développer spontanément dans le pays, ne peuvent que se renforcer.
- III -Il faut souligner que l'impérialisme mondial et la bourgeoisie internationale ont modifié de façon tout à fait significative leur attitude à l'égard des luttes sociales et politiques qui se déroulent en Pologne. Pour les marxistes révolutionnaires, il était clair depuis le début que l'impérialisme craignait le fantastique développement de l'activité et de l'auto-organisa-
tion de la classe ouvrière polonaise, qui sont tout aussi explosifs pour le système capitaliste que pour les dictatures bureaucratiques. L'exemple des travailleurs polonais peut facilement inspirer les travailleurs d'Europe occidentale et d'ailleurs, tout comme il peut être suivi par les travailleurs d'Europe orientale, d'Union soviétique et de Chine.
Mais, alors qu'au début l'impérialisme camouflait ses craintes sous des protestations de sympathie verbale en faveur des travailleurs polonais et qu'il utilisait leur crainte justifiée d'une intervention militaire du Kremlin pour accentuer son hystérie anti-communiste et couvrir ainsi l'intensification de la course aux armements, les choses ont radicalement changé quand la question de la semaine de cinq jours est venue au centre des luttes en Pologne. Ce changement d'attitude ne tient pas seulement au fait qu'aujourd'hui la lutte pour la réduction du temps de travail est le point central de la défense des travailleurs du monde entier face à l'assaut mené par les capitalistes et leurs gou vernements (il s'agit en particulier de la lutte pour la semaine de 35 heures en Europe occidentale). Mais ce changement d'attitude tient surtout au fait que la bureaucratie polonaise doit 20 milliards de dollars US aux banques occidentales. Les banquiers et le Fonds monétaire international (FMI), qui craignent pour leurs « avoirs », exercent une pression de plus en plus forte sur la bureaucratie polonaise afin qu'elle prenne toutes les « mesures nécessaires à la production de biens », c'est-à-dire pour qu'elle impose l'austérité à la classe ouvrière polonaise au lieu de lui accorder de nouvelles concessions économiques.
Cela a été confirmé ouvertement un de l'International Herald Tribune (10-11 janvier 1981) et dans un article écrit par un important économiste du journal français le Monde (25-26 janvier 1981) qui prêchent la « modération » à la direction de « Solidarité », de la même façon exactement que le pape, la hiérarchie catholique polonaise, l'aile Kania de la bureaucratie et le Kremlin. Ils pressent les dirigeants de « Solidarité » d'abandonner l'objectif « irréaliste » que serait l'application immédiate de la semaine de cinq jours. L'Agence Tass a également cité, en les approuvant totalement, les commentaires modérés faits par le président français Giscard d'Estaing sur les événements polonais.
Voilà une raison supplémentaire pour que la classe ouvrière internationale, ses syndicats - en particulier ceux qui sont dominés par les partis communistes en Italie, France, Espagne, Yougoslavie et ailleurs - apportent leur soutien total et sans condition à la juste revendication des travailleurs polonais en faveur de la semaine de 40 heures. C'est aussi une raison supplémentaire pour que « Solidarité » accorde la priorité à la recherche d'un soutien fraternel de ces syndicats et de leurs militants. Cela ne pourrait - en retour - que créer des difficultés supplémentaires au Kremlin s'il décidait de déclencher une intervention contre-révolu-
Il faut noter, dans ce contexte, que la plupart des partis communistes dans le monde, depuis le PC hongrois jusqu'au PC cubain, depuis les PC italien et français jusqu'aux PC brésilien et mexicain, se sont alignés sur la ligne Kania, cette ligne inspirée par le Kremlin qui tente de briser le soulèvement ouvrier en ralliant derrière elle toutes les forces conservatrices en Pologne même. Tous ces PC caractérisent de larges secteurs de « Solidarité » comme étant « anti-socialistes » et « contre-révolutionnaires ». Cela ne peut que préparer politiquement le terrain à une intervention militaire du Kremlin. C'est pour cette raison aussi que des initiatives audacieuses et des appels à la solidarité avec les travailleurs polonais, dirigés vers les syndicats dominés par les partis communistes dans les Etats ouvriers et les Etats capitalistes, est une tâche urgente.
- IV -L'une des principales faiblesses de « Solidarité » et de ses militants les plus actifs - alors que leurs ennemis savent ce qu'ils veulent et mettent en œuvre une stratégie consciemment élaborée et déli. bérée pour parvenir à leurs fins - est que les militants, les jeunes travailleurs radicalisés, la gauche radicale parmi les intellectuels et les dirigeants de « Solidarité », ainsi que les oppositionnels de gauche au sein du POUP, continuent d'agir en ordre cate sur la mante dance t ment pour s'assurer le soutien de l'écrasante majorité des ouvriers et des paysans pauvres dans la confrontation inévitable qui vient.
Plusieurs raisons expliquent ces faiblesses. La jeunesse du mouvement et le laps de temps relativement court sur lequel la montée ouvrière s'est opérée, ce qui n'a pas encore permis qu'une nouvelle direction reconnue émerge à l'échelle nationale. La structuration régionale du mouvement qui n'est pas compensée par l'existence de structures nationales et dé. mocratiquement élues du syndicat. Il y a encore la confusion idéologique léguée par des décennies de dépolitisation à grande échelle, par la méséducation stalinienne et par l'influence profonde de l'Eglise. Il y a aussi le rôle réactionnaire joué par la puissante hiérarchie catholique qui doit aux staliniens de jouir du prestige d'avoir été pendant 25 ans la seule force d'opposition semi-légale. Il y a la confusion programmatique qui règne chez de nombreux cadres radicaux de « Solidarité » et dans l'aile gauche en général. End'une forte structure, centralisée à l'échelle nationale et démocratique des syndicats libres qui ne pourrait, dans le meilleur des cas, naître que du ler Congrès national des syndicats libres. Or, c'est dans le même temps que le mouvement doit faire face à l'assaut d'un appareil bureaucratique disposant d'un réseau national aux mailles étroites, même s'il est divisé et de moins en moins sûr de la ligne à suivre.
Nous pensons qu'à cette étape du mouvement ces obstacles peuvent encore être surmontés. Mais, plus on tardera à
Meeting du syndicat « Solidarité ».
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prendre les mesures minimales qui sont indispensables pour atteindre ces objectifs, plus les chances de réussite sont ré-
Les mesures minimales les plus importantes pour contrer l'attaque menée de concert par l'ensemble des conservatrices sont les suivantes :
1.- Il faut que l'idée centrale de bout : un pour tous, tous pour un. Pas de discrimination, pas de répression, pas d'exclusion, pas de limogeage administratif des cadres de « Solidarité » ! Unis, 10 millions de travailleurs polonais peuvent s'opposer avec succès à la tactique du « salami » de Kania. Ils doivent être convaincus que la campagne qui est menée contre Jacek Kuron et Adam Michnik, que la campagne menée contre les éléments radicaux de Gdansk,
Katowice, Lodz, Bydogez et Radom est une campagne qui, si elle était victorieuse, ne serait que le début d'une offensive en règle pour briser le mouvement des syndicats libres en tant
2.- Il faut entamer un débat national, programmatique, idéologique et politique dans le cadre de la préparation d'un démocratique de « Solidarité », et avancer dans l'unité d'action à l'échelle nationale entre toutes les forces radicales militantes et la gauche au sein de « Solidarité » — y compris les forces oppositionnelles au sein du POUP. Dans ce débat, qui devrait permettre de mettre en avant les premières réponses pour résoudre la crise économique actuelle, la gauche, les éléments radicaux et militants, les oppositionnels de gauche au sein du PC, doivent tenter de formuler un programme concret de contrôle ouvrier, d'autogestion ouvrière et de pouvoir ouvrier, un programme autour duquel des millions d'ouvriers et de paysans pauvres pourraient se rallier. Il faudrait aussi faire progresser le débat, qui a déjà été entamé dans « Solidarité » et dans le POUP, sur la nécessité de construire un parti révolutionnaire, un réel parti d'avant-garde qui puisse diriger les travailleurs vers la réali-
TOT
qui est arrivé, et prévoir ce qui va se passer.
sation définitive de leurs aspirations. C'est la seule voie permettant d'avancer vers le socialisme en Pologne. Elle permettrait de démasquer la propagande calomniatrice du Kremlin et de ses séides qui affirment que les partisans d'un tel programme sont des «éléments anti-socialistes » et « contre-révolutionnaires » et ce alors que le pape, la hiérarchie catholique et la communauté banquière internationale seraient apparemment devenus des partisans, ou au moins des « alliés loyaux » du « socialis-
Best inévitable que tout cela conduise à la nécessité d'assurer le droit de tendance au sein des syndicats.
Pour réaliser ces objectifs, la mise sur pied d'un large réseau national capable de diffuser dans tout le pays ces éléments de débat idéologique et d'élaboration programmatique seraient un important pas en avant. Au cours des dernières semaines, un tel processus s'est développé au niveau régional, au travers de nombreux organes locaux ou régionaux des syndicats. Mais cela reste encore largement inconnu de la grande masse des membres de
De la même manière que le petit ré. seau du KOR et de Robotnik a préparé et aidé la grande vague de grèves de juilletaoût 1980, ne serait-ce qu'en brisant le monopole de l'information (censurée et mensongère) qui était aux mains de la bureaucratie et en informant les travailleurs de ce qui se passait réellement, les syndicats libres - qui sont immensément plus puissants aujourd'hui - pourraient briser la barrière de l'interdiction qui leur est faite d'avoir accès aux mass media, rien qu'en répandant nationalement ces éléments de renouveau du débat idéologique et de radicalisation qui ne circulent aujourd'hui qu'au niveau régional.
3.- Après l'échec qu'a subi l'actuelle direction du PC dans sa tentative de division du mouvement lors de la bataille sur les samedis libres, et vu le degré élevé d'unité dont a fait preuve la classe ouvrière dans cet affrontement, la direction du POUP doit faire face à une alternative : devoir faire de nouvelles concessions importantes à la classe ouvrière ou préparer ses plans pour organiser une offensive
JT « INPREC
polonaise. Depuis juillet, c'est l'équivalent d'un gros volume qui a été publié. Commandes : chèques postaux ou bancaires militaire contre le mouvement ouvrier. Si direction du parti opte pour l'affrontement, la mobilisation nationale de tous les travailleurs polonais sera alors indispensable. C'est dans ce cadre que les soldats doivent, comme les ouvriers, les paysans et les étudiants, envisager leur auto-organisation démocratique.
Tout en étant conscients de la gravité de la menace qui pèse sur le fantastique mouvement des travailleurs nous, militants de la IVe Internationale, avec la masse des éléments actifs et radicaux de la classe ouvrière polonaise, nous n'avons aucune raison de sous-estimer la puissance extraordinaire des travailleurs
Le mouvement de masse est toujours dans sa phase ascendante. La bataille pour la semaine de 40 heures, pour l'abolition de la censure, pour le libre accès de « Solidarité », et de toutes les tendances en son sein, aux mass media sont autant de batailles qui peuvent et qui doivent être gagnées.
A condition que la gauche s'unisse, elle peut entraîner l'écrasante majorité des travailleurs et des paysans dans une lutte résolue contre l'offensive entamée par la bureaucratie.
Pas de politique d'austérité contre les ouvriers et les paysans pauvres polonais, qui n'ont aucune responsabilité dans le gâchis économique créé par la mauvaise gestion et la corruption bureaucratiques !
Pour le contrôle ouvrier à l'échelle nationale et l'autogestion ouvrière !
Pour la démocratie socialiste ! Pour un contre-Plan des travailleurs face à la misérable banqueroute économi-
Pour le plein respect et l'exercice réel de la souveraineté nationale de la nation
Pour la solidarité des travailleurs polonais avec les luttes ouvrières et les combats anti-impérialistes dans le reste du monde !
Vers l'exercice d'un pouvoir ouvrier intégral en Pologne !
Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale ler février 1980.
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