Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

« Le groupe le plus anti-socialiste qui existe en Pologne, le Bureau politique... »

Inprecor n° 97, 16 mars 1981 · p. 26-27 · 2 152 mots

Pologne Syndicalisme

Iwanow raconte la construction de « Solidarité » à Torun, et son exclusion du POUP...

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' ORUN, cette ville de 230 000 habitants, à moins de 200 prestige politique qui force l'intérêt dans toute la Pologne. Pourtant, malgré ses industries très nombreuses et son

Université, elle semble bien loin du poids politique de grands centres comme Sczeczin, Gdansk ou la Silésie. Tout au long du voyage, toutes les personnes que nous avons rencontrées et qui évoquaient le MKZ de Torun apportaient une réflexion pleine d'admiration et de grande considération.

Il n'était pas jusqu'au vice-président du MKZ de Wroclaw

(le 3e de Pologne avec ses 300 000 syndiqués), qui ne le citait comme un exemple à suivre.

Les militants du MKZ de Torun nous ont emmenés dans

INPRECOR : - Pouvez-vous nous raconter ce qui s'est passé dans le parti au sein de l'entreprise ?

Iwanow : - Ça a commencé par la grève. La plupart des militants du parti de notre entreprise, la « Towimor », étaient du côté de la grève. Il y en avait même qui étaient dans le comité de grève. Et M.

Stanichesky était délégué de la grève à

Gdansk. Après la grève, nous nous sommes très vite aperçus que « Solidarité » était une garantie pour le peuple. Mais nous nous devions de chercher une garantie à l'intérieur du parti, parce que le parti a déjà subi tant de crises qu'il ne pourrait plus se relever d'une crise supplémentaire... Nous avons pris conscience que la chose la plus importante était de procéder à des élections vraiment démocratiques dans le parti. Malgré la résistance de la direction du parti au niveau de la ville et du départerent, nous avons pu très tôt, au niveau de notre entreprise, organiser des élections démocratiques, dès le 15 août, en nous servant des statuts du parti qui que, lorsque 30% des militants disent veulent un vote, on peut le faire.

Après le nouveau vote, sont entrés dans la direction du parti de « Towimor » des gens qui avaient été au comité de grève. La première phase de notre travail été d'aider « Solidarité », car nous avons vu que c'était très important que le syndidéveloppe. Après, nous avons dû cat se nous séparer, car les statuts de« Solidarité » disent que les gens qui ont des fonctions dans le parti ne peuvent pas avoir de responsabilités dans « Solidarité ». Ce n'est pas possible d'avoir deux grandes responsabilités et de les faire bien toutes les deux. Malgré tout, nous avons tout fait pour aider nos camarades du MKZ, parce que nous sommes toujours membres de « Solidarité ».

Nous nous sommes très vite aperçus que l'ordre que nous avions remis dans allions rencontrer à cal du parti. notre parti au n iveau de l'entreprise, c'était encore trop peu. Nous avons donc cherché à prendre contact avec les autres membres des organisations du parti qui pensaient comme nous. C'est le parti de l'Université qui a le plus vite répondu à cet appel. Nous avons réussi à faire une Commission inter-entreprises. Nous n'avions plus aucune confiance dans ce que disaient les autorités. Elles étaient passives et ne faisaient rien. Les gens qui étaient «là-haut » étaient compromis.

D'abord, 8 organisations du parti sont entrées dans la Commission, fin septembre. Le premier but de cette organisation inter-entreprises était de procéder à des élections réellement démocratiques, et d'élaborer un programme, venant vraiment de la base, pour le Congrès du parti. La Commission n'a pas été accueillie chaleureusement par les autorités de la voïvodie (rires). Ils se sont sentis en danger.

Maintenant, il y a 32 organisations regroupées dans la Commission interentreprises. La Commission, c'est un organisme qui n'a pas de chef ; il y a une réunion par semaine, et chaque fois c'est quelqu'un de différent qui préside, pour éviter qu'il n'y en ait un qui domine les autres. Tous les textes qui sont élaborés par la Commission circulent dans toutes les organisations de base du parti, et là il y a une discussion et l'on débat pour savoir si on les approuve ou pas.

La base de ces discussions, c'est ce que les militants demandent. Nous nous concentrons sur des problèmes tels que : comment voulons-nous voir évoluer le parti dans l'avenir ? comment travailler avec « Solidarité » ?

Nous avons dégagé deux sujets essentiels : 1) les changements des statuts du parti ; 2) le rôle du parti dans la so-

Nous allons maintenant vous expliquer la nature du conflit qui nous oppose à la direction du parti.

la zone industrielle à « Towimor ». Là, disaient-ils, se trouvait

« l'âme du mouvement ». C'est dans cette usine, qui fabrique des machines pour les chantiers navals, qu'en août 1980 tout avait commencé. Dans la foulée de Gdansk, la grève avait démarré. Un comité de grève s'était constitué et — cas rare — les militants du parti en étaient à l'initiative... Puis le vent de

« Solidarité » a soufflé à l'intérieur du parti.

Ce sont ces six mois de lutte contre la direction du

POUP, dans le parti et avec « Solidarité », que devaient nous raconter les militants communistes de « Towimor » que nous l'intérieur même de leur entreprise, au lo-

Dans le cadre de la Commission départementale, nous exprimions une divergence : il faut en finir avec cette unanimité qui est la base du développement du parti. Notre organisation à « Towimor » qui a été la première à organiser des élections démocratiques, est la plus radicale de la Commission, et on a trouvé

« là-haut » que Stanichesky et moi-même représentions un grand danger pour le parti, que nous étions des « chats noirs »

(version polonaise de la brebis galeuse).

Comme nous sommes des ouvriers, nous ne jouons pas les diplomates, nous ne cherchons pas nos mots dans les réunions. Quand nous pensons que quelqu'un est un voleur ou un gangster, nous le disons clairement. Et les gens qui ne veulent pas le renouveau du parti n'entendent pas cela avec plaisir, car ils ne sont pas habitués à travailler comme cela. Ils trouvent qu'il faut toujours applaudir quand le premier secrétaire parle, sans se demander si cela plaît ou non, et ne pas crier de la salle que c'est un idiot et qu'il raconte des balivernes.

Et c'est sur ces problèmes de forme et non de fond qu'a été prononcée mon exclusion du parti, un peu à la manière de l'Inquisition. Un dimanche, on m'a fait savoir que je devais venir à une conférence le lundi, et le lundi on m'a exclu, ce que l'organisation de l'usine a refusé. Et comme ça, je suis le premier secrétaire du parti qui n'est pas dans le parti !

(rires).

Bien sûr, j'ai écrit une lettre, mais, depuis 3 mois, je n'ai pas de réponse ; il est vrai que la Commission doit avoir beaucoup de travail pour exclure d'autres militants qui sont de plus gros poissons que moi ! Aujourd'hui, la Commission de contrôle du parti va venir pour discuter

(rires) de mon cas. C'est un jeu pour gagner du temps, car cette Commission ne peut rien faire pour étayer cette décision.

Elle veut gagner du temps. Je ne m'en fais

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pas outre mesure et je continue mon travail.

- Comment voyez-vous la suite de la préparation du Congrès ?

- Nos positions sont majoritaires dans le parti. Seuls quelques milliers - avec leurs familles qui se portent bien - cherchent à se défendre...

- A votre avis, est-ce que la direction a les moyens d'empêcher que le programme que vous défendez arrive au Congrès ? A-t-elle les moyens de bloquer le processus ?

- IS veulent étouffer tout cela, mais maintenant, on entend parler de la même chose dans toute la Pologne. Il y a aussi « Solidarité » qui est notre garantie et qui va nous défendre.

des élections deno penses a to un les ser

veaux avant le Congrès ?

- C'est ici, à Torun, que la première étape se déroule. Il y aura des votes pour le Comité départemental avant la fin mars. Ici, nous avons imposé ce vote. Peut-être que si le premier maillon de la chaîne casse, toute la chaîne va casser. Comment imaginons-nous ces votes démocratiques ? comme dans « Solidarité ». Il y a, dans les règles actuellement en vigueur dans le parti, plusieurs points qui ne sont pas démocratiques et que nous voulons changer. Le nombre des candidats est limité, cela ne doit pas continuer ainsi. Les votes peuvent être manipulés, parce que tout le monde n'est pas délégué ; on fait venir quelqu'un de Varsovie et il est élu. Ces deux pratiques anti-démocratiques courantes sont très négatives.

Ici, dans nos discussions, nous allons encore plus loin. Nous pensons qu'il serait bon que les autorités du parti soient élues par vote au suffrage direct à tous les niveaux. Par exemple, en réunion du parti, pour élire un secrétaire, il y aurait plusieurs candidats, chacun exposerait son programme et enfin on voterait en connaissance de cause. Chacun, en votant pour son candidat, se sentirait responsable de celui qu'il choisirait.

Nous avons aussi pensé au rôle du parti. Jusqu'à présent, notre parti a eu un rôle qu'il ne devait pas avoir : il double les fonctions de l'Etat (administration, police). C'est pourquoi nous pensons que devrait disparaître ce doublage de l'appareil d'Etat dans tous les domaines, par l'appareil du parti, cette bureaucratie.

Nous devons aussi réfléchir au rôle du PC dans l'entreprise tel qu'il devrait être. Il devrait être une force de proposition sur tous les problèmes et non pas un instrument de gouvernement. Je voudrais avoir un tel parti dans notre pays. Pour rentrer dans ce parti, on devrait attendre un an ou deux, pour montrer ce qu'on sait faire, pour avoir la qualité et non la quantité.

— On a parlé d'autogestion au niveau de l'entreprise, mais comment envisagez-vous cela au niveau de la société, va réagir violemment ? pour que ce soient vraiment les travailleurs qui décident ?

- Maintenant, on dit que les usines nous appartiennent; c'est faux. Elles sont dans les mains du gouvernement. Le gouvernement est dirigé par un groupe très restreint, même pas tout le Bureau politique du parti, mais seulement quelques-uns. Et c'est eux qui décident. La société n'a aucune influence, et elle supporte les conséquences de toutes leurs décisions. C'est pourquoi nous pensons devoir faire cette réforme le plus vite possible. Comment doit être cette réforme ? Faire le ménage dans toute la Pologne...

Moi, je pense que les entreprises doivent avoir une plus grande autonomie et il faut arriver à ce que les travailleurs m'imagine cela comme un corps de conseils de tous les travailleurs qui auraient des parts dans l'entreprise. On ne pourrait bien sûr pas les vendre, il ne s'agit pas de cela, car celui qui aurait le plus d'argent gagnerait. Les travailleurs pourraient décider comment doit se développer l'entreprise, comment partager, comment embaucher ; cela serait une réforme de toute l'administration de l'entreprise. Le marketing devrait être déve-

- Avez-vous des contacts avec des gens qui sont d'accord sur les mêmes projets dans d'autres villes? Et quels types d'échanges avez-vous ?

- Oui, nous avons des échanges, surtout avec Gdansk et Cracovie. Nous nous envoyons du matériel, nous nous rencontrons. Mais ce que nous disons rencontre une forte résistance, car une telle réforme limiterait beaucoup l'administration, surtout à Varsovie.

- Ne pensez-vous pas justement que la direction du parti, qui s'est déjà affrontée à « Solidarité », voyant que des gens comme vous la remettent en cause,

- Nous n'avons pas d'autres solutions. Nous devons voir le plus possible de gens qui pensent comme nous, les éduquer, les informer. Mais nous faisons déjà cela, nous avons beaucoup de réunions où nous en discutons. Il faut que les gens cessent d'avoir peur.

- Pensez-vous que le débat continuera après le Congrès ?

- Bien sûr. - Comment voyez-vous la collaboration entre les radicaux du parti et « Solidarité » ?

- Il y a beaucoup de domaines où nous pensons la même chose, surtout dans le domaine de la politique sociale. Ni le parti ni « Solidarité » ne peuvent être isolés des problèmes du moment. Dans les conditions actuelles, vouloir, comme le dit le gouvernement, que « Solidarité » se concentre simplement sur les problèmes économiques est impossible. Ce qui nous différencie d'avec « Solidarité », c'est la politique internationale. sommes dans des conditions tout à fait particulières. Malheureusement, dans votre pays, vous avez des conditions meilleures. Evidemment, je ne parle que de la météo ! (rires). Fin de l'entretien due à l'arrivée dans les locaux du parti de l'usine de la Commission de contrôle du parti...

Propos recueillis par Pierre CAEN Torun, février 1981. Lech Walesa (DR).

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