Inprecor 1974–2004

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ETAT ESPAGNOL

« Le roi a commencé à jouer plus ouvertement un rôle actif... »

Inprecor n° 97, 16 mars 1981 · p. 14-17 · 4 967 mots

État espagnol Euskadi Syndicalisme France

«Le rai a commencé à jouer plus ouvertement

Adolfo Suarez démissione : un nouvel approfondissement

Le roi Juan Carlos passe en revue les troupes. La monarchie et l'armée restent les deux piliers essen-

Cet entretien avec Jaime Pastor, membre de la direction de la LCR, a été réalisé trois jours avant le coup d'Etat.

INPRECOR : - Quelle est, pour la LCR, la signification de la démission d'Adolfo Suarez et du débat sur l'investiture de Leopoldo Calvo Sotelo ?

Jaime Pastor : - Quand le dernier gouvernement Adolfo Suarez a été formé en octobre dernier, nous l'avions déjà qualifié de « dernière carte » de la bourgeoisie. Après les élections en Catalogne et en Euskadi, et surtout après l'échec du référendum en Andalousie, Suarez a perdu de plus en plus la confiance de certains secteurs de la bourgeoisie.

Ce processus s'est accéléré au cours des derniers mois. Le gouvernement a été incapable de mettre en œuvre la politique plus à droite voulue par la grande bourgeoisie. Le capital financier veut une politique d'austérité plus dure (1). Une partie de l'armée réclame une politique de répression plus accentuée. Enfin, un secteur de la hiérarchie catholique se refuse à abandonner certaines de ses prérogatives, alors que l'armée et la police ont pu préserver les leurs.

Mais ce qui a fait pencher la balance, c'est l'intervention du roi lui-même, qui a commencé à jouer plus ouvertement un rôle actif, qui a forcé Suarez à démission-

Un point important, c'est qu'à présent la majorité de la grande bourgeoisie centraliste veu: résolument accentuer sa politique de droite. Mais elle a du mal à s'assurer une majorité parlementaire suffisante. C'est ce qu'a montré la formation du nouveau gouvernement, qui a eu du mal à s'assurer le consensus du Parti national basque (PNV) et de Jordi Pujol en Catalogne.

L'Union du centre démocratique (UCD) a été pour la bourgeoisie un parti de transition. D'autres projets surgissent maintenant. Ainsi, il y a le secteur dit « officialiste » de l'UCD qui a maintenu jusqu'à présent le contrôle sur l'appareil d'Etat et maintenu l'équilibre au sein de la bourgeoisie, entre les fractions les plus conservatrices et celles qui étaient les plus ouvertes à une collaboration avec le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Il y a ensuite le secteur dit « critique », qui est le plus conservateur et qui penche vers une alliance à droite avec la Coordination démocratique de Fraga Iribarne.

Le gouvernement Calvo Sotelo va être un gouvernement faible, ne disposant un rôle plus actif...» de la crise de direction bourgeoise que d'une majorité parlementaire relative, réduite à la seule UCD et incapable d'assurer la stabilité politique. Le problème qui se pose à la bourgeoisie est donc bien celui de la reconstruction de sa direction.

Même si Calvo Sotelo a annoncé qu'il entendait gouverner jusqu'en 1983, la bourgeoisie s'inquiète déjà de l'éventualité - ou de la probabilité - d'élections législatives anticipées. Elle se soucie également de surmonter ses divisions actuelles. La possibilité éxiste que l'UCD éclate pour donner naissance à une Grande droite. C'est le secteur « critique » - démocrate-chrétien - de l'UCD qui rêve d'un grand parti conservateur qui intégrerait une partie au moins de l'Alliance populaire (AP). Ces secteurs rêvent d'une « sa carneirisation » de la vie politique espagnole. Mais la formation de cette Grande droite centraliste déboucherait inévitablement sur des frictions supplémentaires avec les partis bourgois nationalistes, catalan et basque.

Il sera en effet difficile de concilier les concessions faites aux « pouvoirs de fait » hérités du franquisme et le renforcement de l'Etat central, avec les concessions aux partis bourgeois nationalistes.

Ces derniers ont intérêt à passer des accords avec l'UCD, pour autant qu'ils puissent garder le droit de gérer les compétences reconnues aux institutions des diverses nationalités dans le cadre des autonomies. La bourgeoisie des nationalités n'est pas autonome. Mais le cadre institutionnel des autonomies lui sert à chercher à canaliser l'influence des courants nationalistes radicaux et à conserver sa maintiels de l'ordre institutionnel post-franquiste (DR).

mise sur la petite bourgeoisie qui compose une partie de son électorat. Ces bourgeoisies ne veulent par exemple pas - c'est au moins vrai dans le cas catalan —, d'un Etat fédéral. Mais, pour pouvoir participer à la direction collégiale de l'Etat espagnol, elles cherchent à obtenir des concessions de la grande bourgeoisie. Il y a eu effectivement des concessions économiques au profit du Parlement basque

Mais, ni le problème du maintien de l'ordre public, ni celui du rattachement de la Navarre aux autres provinces basques - dont le PNV lui-même pense qu'il peut déboucher à tout moment sur une explosion — ne sont résolus.

Or, Calvo Sotelo rejette plus farouchement que jamais la possibilité de rattacher la Navarre aux trois autres provinces basques ; et il faut savoir qu'en Navarre aujourd'hui, c'est Herri Batasuna qui demeure la première force de gauche.

- Quelles sont les lignes directrices de la politique du nouveau gouvernement Calvo Sotelo ?

- Le programme de Calvo Sotelo s'inscrit dans la continuité de la politique actuelle, allant vers l'approfondissement de son cours droitier.

Sur le plan économique, le gouver1. Lire dans Inprecor, numéro 67-68, du 17 janvier 1980, Jesus Albaracin et Pedro Montes, « Les traits fondamentaux de la nouvelle situation économique dans l'Etat espagnol .

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nement va défendre un programme néolibéral accélérant la restructuration des secteurs en crise, réduisant l'aide de l'Etat aux petites entreprises et exerçant une pression accrue pour le blocage des salaires. En outre, le choix du nucléaire, dans le domaine de la politique énergétique, a été confirmé avec plus de fermeté. De même que le rejet des mesures protectionnistes va de pair avec une demande d'intégration plus rapide dans le Marché commun européen.

Sur le plan de la politique extérieure, il faut rappeler que si Suarez pouvait se permettre d'envoyer à Cuba une délégation gouvernementale en 1979 à l'occasion de la Conférence des non-alignés (2), depuis l'année dernière, et surtout depuis l'élection de Ronald Reagan, l'alignement sur l'impérialisme américain s'opère clairement et sans aucune ambiguité et se concrétise par la perspective de l'entrée de l'Espagne dans l'OTAN. En s'intégrant rapidement au Pacte atlantique, la bourgeoisie espagnole essaie de convaincre la bourgeoisie européenne de raccourcir les délais prévus pour son intégration au Marché commun.

Sur la question des nationalités, enfin, le nouveau gouvernement veut montrer que la période de transition est terminée (3), que les transferts de compétences prévus par les autonomies ont eu lieu, que c'est fini, qu'il n'y aura pas de renégociation avec le PNV du statut de la Navarre, et qu'au contraire Theure est venue réaffirmer l'Etat fort. Sous prétexte lutter contre le terrorisme, il y aura de nouvelles atteintes aux libertés démocratiques (avec d'ailleurs une collaboration de plus en plus poussée avec le gouvernement français). Il ne sera bien évidemment pas question d'épurer l'appareil d'Etat. Il suffit de voir comment Calvo Sotelo a tenté de présenter comme un simple « accident » l'assassinat du militant basque José Arregui, mort sous la torture.

Il faut également noter que la presse bourgeoise elle-même s'est scandalisée des silences de Calvo Sotelo à propos des projets de loi sur le divorce et sur l'enseignement. Or, ce qu'il y a en jeu derrière ces questions, au-delà de l'affirmation de l'ordre moral, ce sont les privilèges financiers de l'Eglise et de ses tribunaux ecclésiastiques. Comme l'expliquent les organisations féministes : « Si tu as un million de pesetas, Tarancon (archevêque de Madrid et president de la Conterence episcopale) t'organise ton divorce /». Et une bonne part de l'enseignement reste aux mains des institutions religieuses.

Le problème qui se pose, c'est de savoir si ce gouvernement va pouvoir ap pliquer son programme, et ce que cela va lui coûter du point de vue de sa base sociale. La bourgeoisie sait que l'épisode du gouvernement Sotelo peut être bref. Elle ne souhaite pas d'élections anticipées, craignant la poussée abstentionniste qui a atteint 40 % lors des dernières élections, et même 50 % lors du référendum de décembre dernier en Galice. Le résultat de la transition, c'est que le régime s'est consolidé au plan des institutions, mais ne s'est pas renforcé du point de vue de la base sociale. C'est ce qui fait ressortir avec plus de relief le rôle du roi dans le

- Quelle est la réaction des partis ouvriers réformistes face à cette crise ?

- La direction du PSOE y a répondu par une nouvelle ouverture à droite, en essayant de se présenter comme une solution de rechange, sous la forme d'un gouvernement à majorité socialiste. C'est la politique d'un parti qui est prêt à négocier aussi bien avec la bourgeoisie centraliste qu'avec les bourgeoisies nationalistes. Il est prêt à poursuivre la politique des pactes sociaux, du blocage des salaires, des compromis misérables à propos du chômage. Il parle de renforcement du secteur public, mais sans mettre à l'ordre du jour d'autre nationalisation que celle des compagnies d'électricité.

Il essaie d'emballer toute sa marchandise sous l'idéologie de la « politique solidaire » qui revient en fait à avaliser toutes les explications bourgeoises de la

Sur la question des nationalités, il adopte une politique ultra-centraliste, comme vient de l'illustrer sa mobilisation pour souhaiter la bienvenue au roi lors de sa tournée en Euskadi. Sur les statuts d'autonomie, il a adopté une position encore plus modérée que le PNV. Face au nationalisme radical, il apparaît comme un parti de choc qui soutient la loi antiterroriste et s'oppose à tout mot-d'ordre d'amnistie pour les prisonniers politiques.

Le plus important, c'est qu'il tente de justifier cette politique par une idéologie ouvriériste et « espagnoliste », en prétendant défendre les intérêts de la classe ouvrière de tout l'Etat espagnol. Cette démagogie « anti-nationalitaire » peut avoir un certain impact auprès des éléments de la classe ouvrière provenant d'autres régions de l'Etat espagnol, « immigrés » en Catalogne ou en Euskadi, dans la mesure où ils accusent l'Etat « non solidaire » d'accorder des privilèges aux nationalités riches. Mais il s'agit en réalité pour le PSOE de justifier une politique d'austérité généralisée qui aboutit en pratique à appauvrir davantage les pauvres.

S'il défend certains droits sociaux (enseignement public, loi sur le divorce) et se veut le parti de la lutte contre la corruption, le PSOE est ouvertement favorable aux atteintes aux droits démocratiques, comme l'a montré l'appui qu'il a apporté à la loi anti-terroriste.

Enfin, plutôt que de pousser à une intégration dans l'OTAN qui rencontrerait une opposition farouche chez les travailleurs, le PSOE se prononce pour le renouvellement des traités militaires avec les Etats-Unis et le maintien des bases US en Espagne. Plus généralement, il tient à s'affirmer comme le parti respectueux des monarchiques et de la hiéOn ne peut pas dire que cette politique réformiste effrénée ait suscité des différenciations de masse en son sein. Mais elle se traduit par une prise de distance accrue envers le PCE et les Commissions ouvrières (CCOO) et une plus grande division de la classe ouvrière elle-même. C'est surtout contre cela que commencent à apparaître des ilots de résistance au sein de l'UGT et du PSOE lui-même. Ainsi, dans l'UGT, la direction de Madrid a été destituée uniquement parce qu'elle avait organisé une manifestation unitaire avec les Commissions ouvrières. Auparavant, les directions d'Alava et de Pampelune avaient été elles aussi destituées. Enfin, une gauche socialiste se des sine dans le PSOE, qui se définit par sa résistance à ce processus de sectarisation et de dérive droitière du parti. Mais le phénomène reste encore très limité.

En ce qui concerne le PCE, sa direction a fait montre, pour la première fois depuis la fin de la dictature, d'une attitude un peu plus agressive face au nouveau gouvernement. Il a annoncé qu'il allait mener de pair actions parlementaires et mobilisations de masse. Mais la direction du PCE réaffirme, sous de nouvelles formules, sa politique de « concentration démocratique » et propose un « gouvernement de progrès », ce qui veut dire un gouvernement de coalition entre l'UCD

Le programme que le PCE propose pour un tel gouvernement est son programme traditionnel. Plus à gauche que le PSOE du point de vue social, mais sans sortir du cadre d'une cogestion de la crise. C'est ce que montre son « Plan de solidarité nationale contre le chômage » (PSN)

A propos des nationalités, le PCE développe l'idée générale d'un « développement démocratique de la Constitution », mais sans mettre le moins du monde en cause l'Etat centraliste.

On a cependant pu percevoir un léger tournant tactique, avec la réapparition dans la propagande du PCE de la théorie de la « démocratisation de l'appareil d'Etat », et même avec la remise en cause implicite du soutien qu'il avait ap porté à la loi anti-terroriste. Mais, tandis que le PSOE n'est intéressé en aucune manière à l'unité d'action avec le PCE, ce dernier n'est pas plus disposé à s'allier aux nationalistes radicaux et à l'extrême gauche. Par exemple, alors que des secteurs importants du PCE ont participé - surtout au travers des associations de quartier - à la marche contre l'OTAN qui a rassemblé plus de 20 000 personnes à l'initiative de l'extrême gauche le 25 janvier à Torrejon, le PCE en tant que tel a refusé de s'associer à cette mobilisation.

La direction du PCE est dans une situation d'équilibre instable. Santiago Carrillo tente d'utiliser la crise pour appeler le parti à serrer les rangs dans l'éven-

2. Lire dans Inprecor, numéro 62-63, du 1er novembre 1979, Ernest Mandel, « Le mouvement des non-alignés et la Conférence de La

3. Lire dans Inprecor, numéro 77, du 15 mai 1980, Angel Munoz, « La réforme est

4. Lire dans Inprecor, numéro 90, du 3 décembre 1980, Andreu Figueres, « Quelle lutte contre le chômage ? Solidarité nationale ou solidarité de classe ? ».

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tualité d'élections anticipées. Les grands partis bourgeois refusent une alliance où le PCE serait partie prenante, et commencent même à durcir leur attitude envers le pour essayer de le marginaliser avant d'éventuelles élections.

La déclaration adoptée de son côté, et avant la démission de Suarez, par le Comité central du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC), est importante dans la mesure où elle fait le silence sur l'idée d'un « gouvernement de progrès » et avance la perspective d'un « catalanisme » populaire incluant communistes, socialiset petites formations nationalistes radicales face à l'UCD et la CU de Jor-

Mais, dans le même temps, le PSUC se trouve confronté à la sectarisation du PSOE. Celui-ci va jusqu'a menacer de rompre les « pactes municipaux de progrès » - comme c'est le cas dans la municipalité de Barcelone. Il doit done faire face à la même contradiction que le PCE à l'échelle de l'Etat tout entier.

De même, le PSUC se montre plus enclin à dénoncer l'entrée dans l'OTAN ou à réclamer l'abrogation de la loi antiterroriste. Mais il s'est abstenu de participer aux manifestations de protestation organisées à Barcelone contre l'assassinat de José Arregui.

Plus généralement, la marge de manœuvre des communistes est limitée par le recul des Commissions ouvrières et la dégradation de leurs positions face à l'UGT. Si les Commissions ouvrières gardent encore un avantage numérique, elles se sont considérablement affaiblies.

Dans la nouvelle situation qui se dessine, il faut lutter pour qu'une pression unitaire et défensive importante, qui serait le fait de secteurs significatifs de la classe ouvrière, puisse se manifester en faveur d'accords secteurs du PSOE et surtout du PC, du nationalisme radical et de l'extrême gauche, Ligue communiste révolutionnaire

- Au-delà du récent Congrès du PSUC, quelle est l'appréciation plus générale que vous portez sur le développement de la crise au sein du PCE ?

- La crise du PCE s'inscrit dans le contexte d'une crise profonde de l'eurocommunisme et pas seulement en Catalo-

Tout d'abord, il y a la résistance de secteurs importants des Commissions ouvrières qui ne veulent pas s'engager, sur les traces de l'UGT et du PSOE, dans la politique de gestion de la crise. Ces secteurs ne remettent pas directement en cause le principe même des pactes sociaux, comme ceux de La Moncloa. Mais leurs dirigeants estiment qu'il n'existe pas suffisant pour contraindre la bourgeoisie à des accords comportant des contreparties effectives.

Ils ont fait l'expérience des Pactes de La Moncloa, de leurs résultats socialement désastreux et surtout de leurs effets démobilisateurs. Ainsi, la direction locale des Commissions ouvrières de Madrid défend une position qui peut se comparer à celle de la CGT francaise ou de la CGTP portugaise, qui est de procéder à des mobilisations limitées pour exercer une pression contrôlée dans les négociations. Mais, à la différence de la France, ces courants ne développent pas une orientation sectaire envers l'UGT, dont le poids ne peut être sous-estimé. Il y a également les effets des contradictions qui existent entre la politique centraliste menée par la direction Carrillo et la nécessité pour le PCE de gagner l'audience de courants nationalistes, surtout en Euskadi. Là, le PC, qui ne pèse guère plus qu'un groupe extraparlementaire, est apparu comme ultracentraliste et a ainsi laissé un large espace politique a sa gauche. Les theses qui viennent d'être adoptées par le Congres du PC d'Euskadi tentent de rectifier sa position sur la question nationale et d'opérer un rapprochement avec Euskadiko Eskerra, organisation liée à l'ETA-pm, qui combine l'eurocommunisme et la défense de la lutte armée. Le PC d'Euskadi a également pris position contre la loi anti-terroriste qui avait été votée par le PCE au Parlement. Enfin, et c'est le plus important, il propose de transformer le PC en un parti fédéral. Mais la voie reste étroite pour concilier les quelques concessions faites au nationalisme radical et la défense de la ligne générale centraliste du

En Andalousie, qui est la deuxième concentration des forces du PCE après la Catalogne, le conflit n'a pas encore at teint les proportions de la Catalogne ou d'Euskadi. Mais il existe un mécontentement important du fait du retard du PCE reconnaître le fait andalou. Des tensions sont également apparues après des mesures disciplinaires dans les Asturies, en Galice, dans le Leon, au point que Santiago Carrillo a parlé d'un danger de « balkanisation » du PCE. Cette dynamique centrifuge par nationalité est d'autant plus forte qu'il est difficile de cerner les lignes de forces de véritables courants ou de tendances au niveau de l'Etat. Il existe plutôt un éventail très large de positions et de sous-positions qui vont des positions quasi social-démocrates d'un Tamames à celles d'une petite fraction réellement

Le thème central de ces batailles, c'est le bilan de la transition, qui se mêle à un débat sur la politique internationale, la politique du PCE se caractérisant par une volonté affirmée de s'intégrer dans le « bloc occidental ».

Les courants qui critiquent la tactique de la transition et des pactes ont en même temps une réaction saine de remobilisation sur des thèmes anti-impérialistes. Cela se retrouve dans les polémiques sur l'Afghanistan. Inversement, la direction du PCE accuse les secteurs critiques — et surtout ceux du PSUC — de « pro-soviétisme ». Il s'agit de neutraliser dans cette alliance les secteurs que l'on peut appeler « eurocommunistes de gauche » et d'éviter que la rénovation de l'appareil du parti qu'ils exigent n'atteigne les sommets de la direction.

La direction du PCE sent bien qu'elle ne peut pas empêcher que le débat ne soit public. La majorité du Congrès du PSUC a même imposé que la discussion nominale sur les candidatures et l'élection de la direction aient lieu pour la première fois en séance publique. Mais elle veut éviter que les militants puissent critiquer la politique du parti à partir de leurs positions dans le mouvement de masse et les municipalités. Elle lance done une offensive pour rétablir la discipline de fraction dans les Commissions ouvrières et les municipalités. Il y a maintenant de nombreux cas d'exclusion du parti ou de suspension de mandats municipaux. membre du Comité central, Paco Garoia Salve (« Cura Paco ») est traduit devant la Commission des conflits parce qu'il a critiqué publiquement Santiago Carrillo, et il y a d'autres cas...

Enfin, la. question de la participation ou non du PSUC au Xe Congrès du PCE, en juin prochain, reste en suspens. Pour le moment, la direction du PCE ne s'est pas prononcée. D'un côté, elle mène bataille pour un « Congrès extraordinaire de rectification » du PSUC, et de l'autre elle tente d'empêcher que les résolutions politiques adoptées par le PSUC à son Congrès ne soient mises en œuvre.

- Quelle est la signification des évé nements survenus en Euskadi après l'exécution de l'ingénieur Ryan et l'assassinat sous la torture du militant nationaliste basque José Arregui ?

- Le gouvernement actuel ne peut proposer aucune solution cadre d'un régime qui perpétue l'oppression historique contre les nationalités.

Le phénomène ETA continue d'exprimer la radicalisation d'un secteur significatif de la population basque, notamment dans la jeunesse. Malgré la profonde division des forces politiques et sociales, la solidarité dont dispose ce courant face à la répression demeure suffisante pour empêcher son isolement.

La situation ne correspond pourtout à la vision qui guide ETA. Elle n'est pas marquée — comme c'était le cas sous la dictature — par la montée d'un mouvement de libération nationale mais, au contraire, par l'accentuation de la division et par le fait que la classe ouvrière - en tant que telle — n'impose pas son hégémonie et sa direction sur le terrain de la lutte pour les droits na-

Il ne faut pas oublier, en effet, que le PNV est électoralement majoritaire, avec une base populaire importante - y compris ouvrière - et que le syndicat nationaliste qui lui est lié, BLA-STV, a dépassé lors des élections syndicales l'UGT et les Commissions ouvrières en Biscaye et en Guipuscoa.

Le secteur le plus actif à gauche est représenté par Herri Batasuna, courant nationaliste radical, mais profondément sectaire à l'endroit du PSOE et du PC.

Quant au MCE et à nous-même, LKI, nous apparaissons comme des forces qui

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Mais nous avons également dit que bases militaires américaines dans notre restent trop faibles pour pouvoir exercer une influence réelle sur l'aile la plus ra-

Le problème que pose la question nationale basque à l'échelle de tout l'Etat, c'est comment combiner composition de l'unité entre les organisations ouvrières et le développement d'un mouvement de solidarité avec Euskadi. Le plus grave dans la politique des réformistes - qui portent la principale responsabilité de l'état de fait actuel - et dans celle d'ETA, c'est qu'elles concourent à approfondir la division de la classe ouvrière à l'échelle de l'Etat tout entier et en Euskadi même.

mouvement de solidarité - qui reprenne le mot-d'ordre de droit à l'autodétermination - la question est sans

Cela s'est vérifié lors de la grève générale qui a suivi l'exécution de l'ingénieur Ryan. Au-delà de la campagne orchestrée par la bourgeoisie, les effets négatifs de la politique d'ETA, qui a commis à cette occasion la plus grave de ses erreurs politiques, ont été mis en évidence. La grève et les manifestations ont exprimé un refus majoritaire de l'activisme militaire d'ETA. Ce qui est nouveau, c'est la participation significative de la petite bourgeoisie à ces manifestations, ce qui révèle un changement d'attitude important.

Mais, comme le centralisme et le maintien en place de l'appareil répressif franquiste sont les bases de l'existence d'ETA, une semaine plus tard, à la suite de l'assassinat sous la torture de Arregui, la majorité du peuple basque s'est à nouveau manifestée et à montré, malgré tout, sa détermination à défendre les militants d'ETA contre la répression.

Nous pensons que le résultat de ces deux grèves générales souligne à la fois la profonde division qui existe en Euskadi et la possibilité d'un front commun contre le pouvoir central. Ces événements ouvrent une période de réflexion politique au sein des deux principales composantes de la gauche, Euskadiko Eskerra et Herri

En tant que LCR-LKI, nous pensons gagner une audience importante dans la période qui vient, parce que nous tentons de combattre la division et de mettre au premier plan la mobilisation de masse, parce que nous critiquons la politique d'ETA tout en luttant contre l'oppression nationale en Euskadi au côté des secteurs du peuple basque qui s'identifient avec cette organisation.

C'est pour cela que, largement, on a reconnu comme correcte notre position sur les deux grèves générales. Pour la première, nous avons critiqué radicalement l'action sans discernement d'ETA, son comportement ultimatiste et militariste, le fait qu'elle a mis comme condition à la libération de Ryan la destruction de la nucléaire de Lemoniz, ment même où il y avait une mobilisation des travailleurs de la centrale pour que sa construction soit stoppée jusqu'à la tenue d'un référendum. L'action d'ETA a facilité les plans de la droite et les intérêts des groupes favorables au nucléaire.

la classe ouvrière ne pouvait pas faire front commun avec le patronat et la bourgeoisie contre ETA, et encore moins employer pour ce faire les méthodes de luttes réservées au combat contre la bourgeoisie et le patronat. Nous avons dit : « Non à la grève ! Oui aux assemblées ! » La grève et les manifestations ont été massives, mais nous sommes parvenus à obtenir ces assemblées. Les problèmes y ont été sérieusement débattus et, dans certains cas, nous avons convaincu des secteurs, y compris d'Euskadiko Eskerra,

Dans la grève qui a suivi l'assassinat d'Arregui, nous avons appelé à la mobilisation pour dénoncer ce crime d'Etat. Il est significatif que le PNV ait été obligé de se joindre aux mobilisations, pour ne pas apparaître complice de l'Etat central.

- Quels sont, dans cette situation, et après son VIe Congrès de janvier dernier, les axes d'intervention de la LCR ?

- Nous insistons sur le fait que, s'il existe des institutions elles reposent largement d'Etat hérité de la dictature.

La crise politique survient à un moment où le mouvement ouvrier - malgré des luttes partielles importantes - se trouve sur la défensive. La crise de la direction bourgeoise coïncide avec une démobilisation de la majorité de la classe ouvrière et une division profonde au niveau des partis (le sectarisme du PSOE jouant là un rôle décisif) et des syndicats.

C'est pourquoi nous avançons la nécessité de « changer de cap », c'est-à-dire la nécessité de l'unité pour la lutte face à la nouvelle offensive bourgeoise et pour préparer une issue politique qui ne peut être que celle d'un «gouvernement de gauche sans ministres bourgeois ».

L'important, c'est de défendre un programme qui puisse faire avancer cette unité dans l'action. Il doit inclure, bien évidemment, des objectifs de lutte immé diats contre les restructurations, pour la défense du pouvoir d'achat et contre le chômage qui est le problème numéro 1. Nous lançons sur ce problème une campagne centrale sur le thème des 35 heures et de « Travailler moins pour travailler tous ! ».

Ce programme doit inclure la dénonciation du régime, la lutte pour l'abrogation de la loi anti-terroriste, pour l'épuration de l'appareil d'Etat, pour l'autodétermination des nationalités et pour une Fédération des Républiques. Dans ce cadre, la dénonciation du rôle du roi et de l'institution monarchique doit occuper une place très importante.

Face au nouveau gouvernement, des batailles immédiates sur la loi du divorce ou sur la loi d'autonomie universitaire peuvent remobiliser des tants du mouvement ouvrier, du mouvement féministe et de la jeunesse.

Enfin, nous avons déjà insisté sur la nécessité d'une campagne permanente de solidarité avec Euskadi, contre l'entrée dans l'OTAN et contre le maintien des pays.

Partant du point de vue qu'il existe des différenciations potentielles dans les partis ouvriers réformistes, ainsi que dans les courants nationalistes radicaux, et que la bataille pour l'unité est l'une des clés de la situation, nous allons chercher à mener une politique unitaire avec des partis comme le MCE (5) pour prendre l'initiative de l'action et impulser l'unité, notamment au plan syndical.

C'est seulement ainsi que les conditions pourront être créées pour battre la

• A ce propos, quelle est la situ on des organisations d'extrême-gauch aujourd'hui ?

- La crise de la stratégie des réformistes, que ce soit celle du PSOE ou du PCE, devant la crise économique et la restructuration des courants nationalistes radicaux, peuvent ouvrir une nouvelle

Les deux organisations qui étaient numériquement les plus importantes ces dernières années, le PT et l'ORT (6), qui ont compté jusqu'à 15 000 militants après leur fusion en juin 1979, ont connu depuis un processus de désintégration et de décomposition accélérées, qui les a pratiquement conduits à la disparition, sauf dans certaines zones de l'Andalousie.

Leur crise sanctionne leur suivisme vis-à-vis du réformisme : au lieu de peser sur sa crise, elles l'ont subie et ont été emportées sans pouvoir recueillir les fruits électoraux escomptés.

Aujourd'hui, il n'existe que deux organisations révolutionnaires d'importance significative à l'échelle de l'Etat : la LCR et le MCE.

Le MCE a connu ces dernières années une évolution à gauche (opposition radicale aux pactes sociaux, à la Constitution, aux statuts d'autonomie). Organisation d'origine maoïste, le MCE a rompu avec le maoïsme et s'oriente sur les questions internationales de façon empirique.

Mais il a échappé à la crise de l'extrême gauche grâce à une flexibilité tactique et à une capacité d'adaptation aux courants de radicalisation les plus divers, ce qui va du suivisme à l'égard de la gauche du PSUC en Catalogne à l'adaptation envers Herri Batasuna en Euskadi, jusqu'à passer sous silence ses divergences avec ETA.

Nous considérons comme positive la disposition que manifeste cette organisation, ces derniers temps, à mener une politique unitaire plus ouverte, en particulier avec la LCR. Cette activité unitaire a déjà donné des résultats positifs à Madrid, dans la province de Valence ou dans la préparation de la marche contre I'OTAN. Elle peut, si elle se consolide, démultiplier les capacités d'initiatives et élargir la sphère d'influence des révolutionnaires.

Madrid, 20 février 1980, trois jours avant le coup d'Etat.

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