Inprecor 1974–2004

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BRESIL

« Mon procès a démasqué le processus d'ouverture... »

· Inprecor n° 99, 13 avril 1981 · p. 23 · 846 mots

Syndicalisme Brésil

L ment brésilien a remporté un succès politique longtemps E 27 février dernier, à la veille du Carnaval, le gouver-

incertain. Son candidat à la présidence de l'Assemblée, Marchezan, a été élu avec 37 voix d'avance face à un candidat, dissident du Parti démocrate social (PSD) majoritaire, soutenu par les formations de l'opposition. Les pressions diverses, les marchandages de couloir et les menaces à peine voilées contre le processus de libéralisation, ont même abouti - semble-t-il -à arracher le vote d'un nombre non négligeable de députés d'opposition. adoptée l'an passé.

Le régime tente en fait d'isoler et de marginaliser les secteurs combatifs et classistes, sur le terrain politique comme sur le terrain syndical. Le président du Parti des travailleurs (PT), Luis Inacio da Silva, plus connu sous le nom de « Lula », dirigeant syndical des métallurgistes du triangle industriel de T'ABC dans la banlieue de Sao Paulo, suspendu de ses fonctions après la grande grève de l'an passé, est dénoncé comme l'otage de l'extrême gauche et des éléments radicaux au sein même du PT. cative de la politique du régime. Il était inculpé pour avoir - avec ses camarades — dirigé la grève, après qu'elle ait été décrété illégale par le Tribunal du travail. Le Tribunal militaire de Sao Paulo, qui siégeait en l'absence des accusés et de leurs avocats, sous la protection d'un fort dispositif de police, a eu la main lourde : trois ans et demi de prison ferme pour Lula et des peines de six mois à trois ans pour huit autres militants syndicaux.

Certes, les syndicalistes qui ont fait appel restent en liberté provisoire, et nul ne sait dans combien de temps aura lieu le nouveau procès. Mais la condamnation prononcée n'est pas pour autant symbolique.

D'une part, les syndicalistes condamnés sont privés de leurs droits civiques, ce qui les empêche de se présenter à des élections syndicales et surtout de déposer leur candidature pour les élections générales prévues pour 1982. Le pouvoir cherche ainsi à décapiter le PT avant les échéances décisives de l'année prochaine.

D'autre part, la peine déjà prononcée constitue une épée de Damoclès au-dessus des syndicalistes au moment même où s'ouvrent les nouvelles négociations salariales pour l'année 1981 dans la banlieue ouvrière de l'ABC qui est le phare de la combativité prolétarienne au Brésil. L'activité de « Lula » et de ses camarades à cette occasion peut être considérée comme

BRÉSIL le processus d'ouverture...» une récidive et peser sur le verdict de la seconde audience.

Cette offensive contre le courant classiste et combatif de la classe ouvrière s'exprime également sur le terrain syndical. Dans le contexte de crise économique (personne ne peut croire que le taux de croissance se maintiendra à 7% comme l'an passé), une aile « modernisée » ou recyclée de la bureaucratie jaune, représentée par le président du Syndicat de la métallurgie de Sao Paulo, Joaquim, en alliance avec le PCB (Parti communiste brésilien), veut administrer la preuve qu'un syndicalisme de dialogue responsable peut obtenir de menus avantages (vêtements de travail, pauses plus longues), alors que les grèves dures se heurtent sans résultat à l'intransigeance patronale.

Le fait est que, dans les dernières élections syndicales significatives, le syndicalisme jaune a réussi (même quand cela a été de justesse) à sauvegarder ses positions face aux listes d'opposition syndicale favorables à un syndicalisme d'indépendance de classe, malheureusement souvent encore divisées. La bureaucratie a notamment réussi à remporter les élections syndicales chez les métallurgistes de Rio de Janeiro et chez ceux de la banlieue de Sao Paulo, Osasco.

Ces difficultés rencontrées dans la bataille syndicale (le fait que le syndicalisme classiste marque le pas) risquent de pousser les oppositions non seulement à s'organiser, ce qui est nécessaire, mais à s'isoler en renonçant à la bataille pour l'unité syndicale, qui est pourtant inséparable de la bataille pour un syndicalisme indépendant. Les déclarations de « Lula », dans l'interview que nous reproduisons ici manifestent déjà une certaine confusion entre l'unicité syndicale imposée par la législation de la dictature dans le cadre d'une subordination à l'appareil d'Etat, et l'unité syndicale librement décidée par les travailleurs pour renforcer leur combat. Pourtant, cette question était clairement posée dans les documents de référence du PT, à travers le mot d'ordre de Centrale unique des travailleurs.

Le Parti des travailleurs (PT) se trouve donc à un tournant de son histoire encore toute récente. Jusqu'à présent, il a bénéficié de la poussée des grandes luttes ouvrières de 1978 à 1980. C'est cette radicalisation massive qui a assuré la base de la croissance initiale du PT et le succès de sa campagne d'affiliation pour obtenir le pré-enregistrement légal en vue des élec. tions de 1982. Mais il doit maintenant faire face à de véritables problèmes d'orientation complexes, notamment la question syndicale et la tactique électorale.

Au seuil de cette situation nouvelle, nous publions pour faire le tour des problèmes une longue interview que « Lula » a accordée à Flavio Andrade pour le journal Em Tempo, et qui a été publiée dans son numéro 124 daté du 25 mars 1981.

D. J.

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