Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PALESTINE

Arafat à l'ONU

Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 15-16 · 927 mots

Palestine et Israël

Nous publions ci-dessous l'éditorial du numéro 4 de Mal'Amal, organe bi-mensuel, récemment créé, du Groupe Communiste Révolutionnaire (Liban), section de la IVème Internationale. Les journaux et autres moyens d'information ont été unanimes pour considérer le discours prononcé par Yasser Arafat à la tribune de l'ONU comme le baptême de la résistance palestinienne au sein de la "famille internationale" et la consécration de sa légitimité en tant que représentante du peuple palestinien. Il est vrai que le fait de prononcer ce discours montre de toute évidence la fin de l'époque où la cause palestinienne n'était qu'un problème de réfugiés sur lesquels s'apitoyaient les membres de l'ONU... Nul doute que l'affirmation de l'existence d'un peuple arabe palestinien, peu-

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PALESTINE ple qui vécut sur la terre de Palestine avant d'en être expulsé, constitue en soi-même un encouragement à la lutte contre l'entité sioniste colonialiste. De ce point de vue, le discours d'Arafat représente un pas en avant. D'autre part, le texte du discours contenait une position démocratique véritable à l'égard des habitants juifs de l'Etat d'Israel, disant :"Nous incluons dans nos considérations tous les juifs qui vivent aujourd'hui en Palestine". Il contenait également une position démocratique antiraciste à l'égard des juifs en général, Arafat ayant déclaré :"Nous condamnons tous les crimes commis contre les juifs et toutes les sortes de discrimination déclarée ou camouflée dont ont souffert les adeptes du judaisme"'. Ces propos représentent également un pas en avant, surtout si nous les comparons aux déclarations du tristement célèbre Choukelri sur le "rejet des juifs à la mer", ou aux thèses kadhafistes sur l'expulsion de ceux qui vinrent en PalesDeux pas en avant donc, deux pas que nous apprécions. Il est néanmoins nécessaire de s'interroger sur les conditions dans lesquelles furent accomplis ces deux pas : sont-ils le résultat des victoires de la résistance ? Ne viennent-ils pas plutôt à la suite d'une série de reculs ? Tel est le noeud du problème ! Quand la résistance palestinienne, le Fatah en tête, était à son apogée, en 1969 et au début de 1970, il ne vint à l'esprit de personne d'inviter Arafat à parler à la tribune de l'ONU. Pourquoi l'invite-t-on donc aujourd'hui, après que la résistance ait été écrasée en Jordanie et que le nombre des opérations de la résistance à l'intérieur d'Israel se soit réduit de façon importante ? Certains diront que le discours d'Arafat, s'il n'est pas le fruit des victoires de la résistance, est, en revanche, le fruit de la "victoire arabe" générale après octobre 1973. Mais la "victoire arabe' est elle-même une illusion. Quelle est-elle cette victoire qui se traduisit par des négociations directes avec le pouvoir sioniste En vérité, la plupart des Etats qui modifièrent leur position à l'égard du problème palestinien ne le firent point pour des raisons d'objectivité ou en vertu de principes de justice, d'humanisme et autres, mais le firent en espérant attirer les prêts et investissements arabes dans leurs pays; ils le firent en vertu de leurs intérêts économiques et de rien d'autre. Ainsi, l'artisan principal de l'entrée d'Arafat à l'ONU, ce ne sont pas les fusils des combattants -- la vérité est évidente, même si elle est amère -mais bien, avant tout, les capitaux pétroliers. La question devient alors : pourquoi les régimes arabes - - et, à leur tête, le plus réactionnaire, le Royaume Saoudien -- ont-ils fourni tous ces efforts pour faire entrer l'OLP à l'ONU, après avoir oeuvré pour la confirmer en tant que'représentant légitime unique" du peuple palestinien ? Ici aussi, la réponse est évidente : les régimes en question cherchent à liquider la cause palestinienne en tant que source de tension politique permanente et à garantir la stabilité de la région arabe. Ils cherchent à appliquer la solution pacifique à des conditions qui ne évidemment, trop dures afin de pouvoir être "digérées". Ces régimes voient dans la création d'un Etat palestinien aux côtés de l'Etat sioniste, la seule voie raisonnable vers la solution pacifique; ils voient de même que cette solution n'acquerra toute sa valeur que si l'OLP en tant que représentante de la résistance palestinienne est à la direction de cet Etat. La direction de l'OLP a accepté de se joindre à ces efforts, elle a accepté le projet de l'Etat palestinien, qu'Arafat n'oublia pas de mentionner, même s'il ne lui consacra qu'une seule phrase à la fin de son discours. Il n'empêche que cette phrase est la plus importante car elle constitue la demande directe adressée par Arafat à l'ONU :"Je m'adresse à vous pour que vous permettiez à notre peuple d'instaurer son pouvoir national indépendant et de bâtir son entité nationale sur sa terre". Tel est le but principal du voyage d'Arafat à New York délégations arabes ont, d'ailleurs, immédiatement commencé après son discours à préparer un projet de résolution sur la "solution pacifique" et l' "entité palestinienne"' pour le soumettre à l'Assemblée Générale. Arafat clôtura son discours en déclarant : "Je sui venu à vous aujourd'hui avec un rameau d'olivier dans une main et le fusil du combattant de la liberté dans l'autre; ne laissez pas tomber le rameau d'olivier de ma main". II répéta trois fois : "Ne laissez pas tomber le rameau d'olivier de ma main. La "famille internationale"' a certainement saisi le sens de cet appel : Arafat est prêt à laisser tomber... le fusil de combattant ! Les masses arabes, elles, et surtout les masses palestiniennes ne le laisseront nullement tomber tant que l'entité sioniste existera sur la terre de Palestine !

NON A LA SOLUTION PACIFIQUE ! REVOLUTION JUSQU'A LA LIBERATION! 15 novembre 1974

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