Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOCUMENT

Déclaration du P.S.T.

· Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 17-21 · 4 633 mots

IVe Internationale Argentine et Chili

Dans le N° 5/6 ( 3 août 1974) d'INPRECOR, nous avons publié une déclaration du Secrétariat Unifié de la IVème Internationale adopté le 29 mai (avec un post-scriptum daté du 12 juillet) concernant l'appui du PST ( Parti Socialiste des Travailleurs -- Partido Socialista de los Trabajadores, une organisation sympathisante de la

.déclaration ou p.s.t.

Le Secrétariat Unifié de la IVème Internationale, dans une résolution adoptée à la fin du mois de mai de cette année, a formulé une critique sévère, que nous considérons injustifiée, à l'égard de la direction du Parti Socialiste des Travailleurs ( PST -Partido Socialista de los Trabajadores). Normalement, la question aurait dû être discutée de façon interne, au sein du mouvement trotskyste mondial, aux activités politiques duquel nous sommes fraternellement intéressés (bien que nous ne soyons pas affiliés à la IVème Internationale à cause des lois réactionnaires de notre pays qui nous en empêchent). Cependant, les auteurs de la résol'ont rendue publique et ceci nous oblige, bien que nous le regrettions, à répondre également publiquement. Il existe différentes versions de la résolution. Dans cette réponse, nous nous référons à celle publiée le 26 juillet 1974 dans ROUGE, hebdomadaire qui exprime les positions des trotskystes français du Front Communiste Révolutionnaire. Avanzada Socialista publie ci-contre la traduction espagnole de cette version pour l'information des travailleurs ROUGE ne donne aucune information sur la façon dont s'est fait le vote de cette résolution au sein du Secrétariat Unifié. Le vote n'y fut pas unanime. La résolution fut présentée par les représentants de la tendance majoritaire internationale qui ont la majorité au sein du S. U. Les représentants de la fraction léniniste-trotskyste s'y opposèrent et votèrent contre la résolution, en proposant que l'on obtienne plus d'informations d'Argentine -en particulier du PST. Il y a un autre fait que nous devons signaler. La décision de publier la résolution fut prise lors d'une réunion du S. U. du 3 juillet 1974. La version de ROUGE comprend un post-scriptum daté du 12 juillet, qui ne fut présenté à aucune réunion du S. U. Le principal argument de la résolution est que le document

IVème Internationale en Argentine) au "processus d'institutionalisation" dans ce pays. Nous publions ci-dessous une réponse du Comité Exécutif du PST, datée du 20 août et une réponsé du Secrétariat Unifié, adoptée le 17 novembre 1974. PST "franchit une nouvelle étape dans son évolution et rompt ouvertement avec la conception marxiste-révolutionnaire du Front Unique Ouvrier qui se fonde sur la conception léniniste de la Troisième Internationale et fut ravivée par Trotsky'' A côté de cela il est affirmé que les dirigeants du PS T ont adopté une ligne qui abandonne la politique de classe et que, pour se justifier "ils utilisent exactement l'argument avancé par les staliniens au milieu des années 30 pour justifier leur adoption de la ligne de Front Populaire, à savoir qu'il est légitime de s'aligner avec la bourgeoisie ou avec ses soi-disant secteurs démocratiques pour s'opposer à un danger fasciste". Afin de justifier ces graves accusations, les auteurs de la résolution avancent que les dirigeants du PST se sont alliés à des représentants de 7 autres partis politiques, dont plusieurs partis bourgeois (y compris la UCR) pour signer un document commun qui fut présenté au "président argentin Juan Peron" au cours d'une entrevue qui eut lieu le "22 mars" (la date est en fait le 21 mars). Pour démontrer que le PST ne pouvait pas signer ce document sans abandonner la politique de classe, les auteurs de la résolution en citent différents passa-

Ils font ensuite de même avec des soi-disant éditoriaux du numéro de Avanzada Socialista correspondant à la semaine de 28/3/74 au 5/4/74. (Nous disons des soi-disant éditoriaux parce que justement seulement un des articles cités par ROUGE est effectivement un éditorial. Cette confusion est très étrange, dans la mesure où depuis plusieurs mois Avanzada Socialista utilise une présentation claire : son éditorial est imprimé en corps 12, à la page 3 de chaque numéro et avec le mot "Editorial" placé en haut à droite, Les rédacteurs de la résolution utilisent apparemment le fait que la quasi-totalité des articles de A.S. ne sont pas signés (tradition héritée de 26 ans de clandestinité) pour considéter tout article comme un éditorial. gré le fait que le numéro de A.S. dont ils parlent se plie à la norme, c'est-à-dire qu'il présente

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un seul article intitulé "Editorial' , placé à la page

3 et imprimé en corps 12. Et de cet article, dédié entièrement à l'entrevue avec Peron, les auteurs de la résolution n'utilisent aucune citation à l'exception de la phrase suivante : "des réponses concrètes et souples à toutes les conjonctures de la lutte des classes". ). Il est certain que , avec cet ensemble de citations, les auteurs de la résolution croient avoir démontré que les dirigeants du PST soutiennent que, en présentant à Peron un document sur une ligne politique bourgeoise, signé par un mélange de partis bourgeois ils ont réalisé une action exemplaire en défense des droits démocratiques et de la lutte contre le fascisme. A première vue, les accusations paraissent irré-

Mais il y a une confusion. Il semblerait que le gouvernement péroniste n'ait pas tiré la conclusion que le PST ait capitulé. jours après l'entrevue avec Peron, le camarade Juan Carlos Coral fut arrêté et emprisonné pour avoir participé à une réunion avec des ouvriers en lutte à la porte de la Banque de la Nation. me numéro de A.S. qui traite de l'entrevue, contient un article à ce sujet. Il ne semble pas non plus que les assassins d'extrême-droite, qui agissent avec la complicité de certains secteurs du gouvernement, aient tiré la conclusion que le PST était en train de céder aux pressions de la bourgeoisie. Au contraire, ils considèrent que le PST, par sa croissance rapide et son implantation dans des secteurs toujours plus larges, est en train de devenir une menace potentielle toujours plus grande pour le capitalisme argentin. D'où la série d'attaques contre les locaux de notre parti et les assassinats de nos camarades. Mais le fait est que les dirigeants du PST n'ont signé aucun document commun avec les autres partis politiques et qu'aucun document de ce type n'a été remis à Peron lors de l'entrevue du 21 mars. Comment se fait-il que les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié aient pu avoir l'impression opposée ? Nous reconnaissons qu'une partie de la faute nous revient. A. S. a publié le texte du soi-disant document commun dans son édition du 28 mars/ 5 avril, avec une liste des prétendus signataires. Il s'agit d'une erreur dont nous sommes responsables, tout comme du retard mis pour la corriger. camarade Coral l'a rectifiée publiquement le 8 mai au cours d'une interview à la télévision qui fut diffusée nationalement et l'éditorial de A.S. fit de même dans le numéro du 26 juin. Cependant cette reconnaissance publique du fait que nous avions fait une erreur ne satisfait pas les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié. Apparemment, ils considèrent que les rectifications publiques ne sont rien d'autres que des manoeuvres de couverture. Ceci nous oblige à expliquer plus en détail les circonstances de l'entrevue avec Feron. Elle se situe dans le contexte du coup d'extrême-droite du 27 février par lequel le chef de la police de Cordoba, Antonio Domingo Navarro, renversa le gouvernement provincial élu qui avait à sa tête Obregon Cano. Ce développement inquiétant, qui menaçait de déclencher une réaction en chatne qui aurait pu amener à un coup semblable à Buenos

Aires et à la réinstauration d'une dictature militaire à l'échelle nationale, de contrecarrer cette menace il était indispensable que les travailleurs se mobilisent pour la défense de leurs droits démocratiques, batailles, et les pousser jusqu'à la solution socialiste de la crise économique et politique qui secoue

Tel était, pour le PST, l'objectif central de toutes ses actions. Le coup de Cordoba ébranla également d'autres cercles, y compris des secteurs de la bourgeoisie elle-même. Pour diverses raisons, ces secteurs craignent le retour d'un pouvoir militaire; ils craignent également la possibilité d'un affrontement qui pourrait amener les ouvriers jusqu'à la révoluDu point de vue socialiste-révolutionnaire il existe toute une série de raisons pour encourager ces divisions naissantes au sein de la classe dominante et essayer d'en profiter. Bien qu'il s'agisse d'une considération secondaire, elle a eu un certain poids dans l'élaboration de notre tactique immédiate, fondamentalement pour élargir la propagande qui pourrait aider la mobilisation des travailleurs. Le principal promoteur de l'entrevue avec Perón fut Ricardo Balbín, de l'UCR. Il avait, bien enten du, ses propres raisons politiques pour le faire. Parmi celles-ci la crainte face aux conséquences possibles du coup de Cordoba. C'est lui qui organisa l'entrevue avec Perón. Perón accorda l'entrevue en tant que chef de gouyernement. Comme l'affirment correctement les auteurs de la résolution du S. U. il avait intérêt à promouvoir son image politique comme "garantie" des droits démocratiques pour tous les secteurs, mis à part l'extrême-droite et les partisans de la guerre de guerilla. C'est ce que nous avons compris et nous avons fait tout ce qui était possible pour contrecarrer cette tentative de Perón en dénonçant le rôle véritable de son gouvernement. L'entrevue prévue avait un autre caractère : c'était un acte formel de gouvernement, de caractère quasiparlementaire. C'est-à-dire qu'il s'agissait d'une réunion officielle du président avec les représentants de partis légalement reconnus et caractérisés comme étant d'opposition. En conséquence, Perón exigea que ces partis d'opposition présentent un document qui formule les objectifs qu'ils cherchaient à atteindre dans cette entrevue. Si, à ce moment, un parti d'opposition se retirait, cela aurait signifié un risque pour sa légalité. pour les léninistes, lutter pour obtenir la légalité et pour la conserver quand on l'a obtenue, est une question de principe. Oscar Alende, du Parti Intransigeant, rédigea un projet de déclaration et le soumit aux 7 autres partis politiques. Ce document nous sembla totalement inacceptable, entre autres choses, tant par ce qu'il proposait ( la défense d'un gouvernement bourgeois et de ses institutions) que ce qu'il omettait (la mobilisation de la classe ouvrière en défense des droits démocratiques). Au cours d'une réunion des représentants des 8 partis, nous avons proposé d'amender le document en éliminant toute mention d'appui au régime péroniste et en ajoutant des points relatifs à la nécessité de la mobilisation des tra -vailleurs. Il apparut cependant très vite qu'il était impossible pour les 8 partis de se mettre d'accord sur une déclaration commune.

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Balbin communiqua cette information aux fonctionnaires du gouvernement péroniste, et Perón fit alors une concession : il retira son exigence faite aux partis de présenter un document commun. Ainsi, l'entrevue eut lieu sans que l'on présente un document commun à Perón, chaque parti restant libre de faire ses propres propositions. cette base, et sur cette base seulement que nous par -ticipâmes à la réunion. Nous y allâmes en tant que représentants du PST et non en tant qu'adhérents à un bloc sans principes ou à un front populaire emOn peut dire que nous avons eu tort d'y participer. Nous ne pensons pas que ce soit le cas, mais nous sommes disposés à discuter ce problème et à reconnaitre nos erreurs si on nous présente des arguments suffisamment convaincants. Mais cela n'a rien à voir avec les accusations portées par les auteurs de la résolution du Sécrétariat Unifié, à savoir que nous avons signé un document sans principe avec des partis bourgeois. Nous reconnaissons que notre participation à l'entrevue avec Peron ait pu ne pas être comprise par des militants sincères et malicieusement mal interprétée par certains de nos adversaires. C'est pour -quoi nous avons essayé, par tous les moyens à notre disposition - - y compris des interventions à la télévision diffusées dans tout le pays - - de diminuer ces risques. De plus, dans le seul véritable éditorial que citent les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié, nous exprimons clairement notre op. position politique au péronisme et au régime péroniste. Par exemple, en rapport avec notre analyse sur les dangers qu'entrainent les actions violentes des tendances néo-fascistes naissantes, nous di" Préserver dans cette période la stabilité des institutions ne signifie pas appuyer la politique péroniste et son gouvernement, mais cela signifie défendre le droit d'utiliser tous les instruments démocratiques, qui, bien que précaires, insuffisants et limités, permettent des rapports plus larges et permanents avec l'ensemble de la classe ouvrière et du peuple. Cela signifie maintenir le droit -- pour nous-mêmes et pour toutes les autres forces politiques -- de publier des journaux, d'ouvrir des locaux, d'utiliser la radio et la télévision, d'organiser des réunions, des assemblées, des manifestations. Cela signifie également le droit des travailleurs de perfectionner leurs organisations syndicales, les libérant aussi bien des interventions militaires que de la bureaucratie, comme viennent de le faire les camarades de Villa Constitución, Cela signifie enfin, la possibilité de peser dans les élections des gouvernants et dans la critique de leurs programmes et de leur activité au gouvernement. " Tout cela n'a absolument rien à voir avec la défense de la politique du gouvernement. Perón est venu au pouvoir avec l'appui d'une large coalition de patrons et d'impérialistes. Défendre le gouvernement de Peron ce serait défendre le Pacte Social destiné à geler les salaires au niveru actuel d'exà garantir les privilèges de l'oligarchie terrienne et les investissements des monopoles étrangers. Cela signifierait, enfin, défendre la large gamme de moyens répressifs avec lesquels on prétend imposer cette politique économique, depuis la réforme du Code Pénal jusqu'à l'application de la Loi sur l'Inamovibilité des Fonctionnaires", (Souligné dans l'original). Nous pensons qu'il ne nous est pas permis, quelles que soient les circonstances, de donner notre appui politique à aucun régime, parti, coalition, structure ou représentant bourgeois, et nous ne l'avons jamais fait dans le moindre sens. Nous nous sommes toujours opposés à la voie de la collaboration de classe qui amène au front populisme et au nationalisme bourgeois. Nous croyons également que, face à un coup d'Etat de droite, à la menace ou à la réalité de la guerre civile et à l'attaque des libertés populaires et des droits des travailleurs, il nous est permis , et il est parfois indispensable, d'organiser et de mener des actions concrètes pour défendre les droits démocratiques avec des organisations et des tendances non prolétariennes. Telle est la leçon de Lénine. En même temps qu'il fait cela, le parti révolutionnaire doit rendre tout à fait clair que cette tactique strictement limitée de l'action commune pour déjouer un danger immédiat n'entratne pas la moindre subordination politique, le moindre rapprochement, accord ou complicité avec la politique erronée des alliés bourgeois démocratiques de circonstance. Lénine établit le principe du maintien de l'indépendance d'action et d'expression, On ne peut sauvegarder la démocratie que par la lutte permanente et indépendante des ouvriers pour le pouvoir et le socialisme. Le PST s'est efforcé de mobiliser les masses dans ce sens, et il continuera à le faire. Qu'est-ce qui amena les journaux à dire qu'un document commun avait été signé ? Qu'est-ce qui amena certains d'entre eux (Noticias, La Nación, Clarin, Mayoria, c'est-à-dire la majorité des journaux de Buenos Aires informèrent qu'il s'agissait d'une simple déclaration à la presse) à dire que ce prétendu document commun avait été remis à Peron ? Pour communiquer à la presse sa version personnelle de l'entrevue avec Peron, Balbín utilisa comme aide-mémoire son propre projet de déclaration, basé sur les corrections qu'il avait effectuées à ceux de Alende et de Coral. C'est à partir de là, sans doute, que les journalistes eurent l'impression qu'il s'agissait d'une déclaration commune et, certains en conclurent qu'elle avait été remise à Peron. Il faut ajouter à cela que les dirigeants du Parti Communiste font pression pour la formation d'un Front Populaire en Argentine et ils espéraient utiliser l'entrevue avec Perón pour faire un pas en avant dans cette direction. Ils avaient donc intérêt à faire croire que l'on était arrivé à un accord autour d'un document commun. Voyons maintenant la tentative des auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié de démontrer, par le biais de citations soigneusement sélectionnées de deux supposés éditoriaux de Avanzada Socialista du 28/3-5/4, que nous avons effectué un tournant politique et que nous sommes désormais en faveur de l'intégration de blocs sans principe avec des partis bourgeois en défense des droits démocratiques. La résolution du Secrétariat Unifié affirme que notre position consiste dans le fait que, dans le contexte donné, nous ne devons pas organiser la lutte pour renverser le gouvernement et ses institutions, mais au contraire qu'il est nécessaire de défendre l' "institutionalisation démocratique et que, dans ce but, il est correct d'établir un accord avec des partis bourgeois en signant des déclarations communes et en appelant à des manifestations communes". Ni le véritable ni le supposé éditorial cités par les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié ne contiennent le paragraphe qu'on nous attribue. Cette "citation" provient -elle d'autres sources ? Nous aimerions savoir laquelle. Il s'agit d'une question importante car c'est sur la

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base de cette "citation", et de l'interprétation qui en est faite, que l'on nous accuse de reprendre les arguments que les staliniens utilisaient dans la décade des années 30 pour justifier le Front Populai-

La vérité est que nous faisons depuis des années une campagne conséquente contre le Front Po-

Le même numéro de A.S. qui a rendu tant de bons services aux auteurs de la résolution, contient de virulentes polémiques contre le Front

Populaire qui est un danger réel dans la situation

(Les auteurs de la résolution reconnaissent notre dénonciation du Front Populaire, mais ils le font en la qualifiant d'une simple "réaffirmation formelle'de. notre position).

Ainsi, par exemple, ils omettent de mentionner la déclaration suivante, qui fait partie d'un des articles cités par les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié : "Nous... sommes les adversaires les plus déterminés des "front s populaires" ou "démocratiques". Cest-à-dire des fronts uniques entre ouvriers et patrons. Si nous luttons pour quelque chose, c'est bien pour l'indépendance politique du mouvement ouvrier par .

rapport aux partis et aux front patronaux. C'est pourquoi nous n'avons été aux élections ni avec le

Frejuli, ni avec la APR. Nous sommes plus que jamais pour le front unique de classe".

Les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié vont jusqu'à prendre des phrases du document soi-disant remis à Perón, les mettre entre guillements et les présenter comme s'il s'agissait de nos positions. Ceci leur permet de dire : "La direction du PST devait se rendre compte du fait que sa décision de participer à une réunion qui offrait une couverture aux actions de 'normalisation" de Perón, sa signature d'un document commun avecdes partis bourgeois ( parmi lesquels l'Union Civique Radicale, le parti bourgeois traditionnel et même, aujourd'hui, la principale force de la bourgeoisie, mis à part le péronisme), sa proclamation

"accord fondamental' entre tous les signataires pour la défense du processus d'"institutionalisation" et l'acceptation des "projets" approuvés par "le peuple" (qui sont en réalité des projets élaborés par Campora et Perón) et sa thèse selon laquelle la lutte contre le fascisme peut et doit être menée avec des partis représentatifs de l'ennemi de classe, tout cela pourrait provoquer des réactions parmi les militants du parti". Avec de telles méthodes, il est facile de prouver ce que l'on veut, pour autant éloigné de la vérité que ce soit. Les autres citations sélectionnées par les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié sont hors de propos dans la mesure où elles ne défendent pas la fameuse déclaration prétenduement remise à Peron Elles traitent . de la situation concrète existante après le coup d'extrême-droite de Cordoba, de la menace toujours plus grande qu'il représente en Argentine actuellement et de comment l'opposition de certains secteurs de la bourgeoisie à un possible danger fasciste en Argentine pourrait être utilisée pour impulser la seule réponse efficace au fascisme, à savoir, la mobilisation de la classe ou -vrière sur le programme du socialisme révolutionnaire. Vu la façon dont ils utilisent ces citations et vu différentes traductions incorrectes il est évident que les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié ne comprennent pas la situation concrète en Argentine ou notre proposition face à celle-ci. Ainsi, par exemple, ils citent un des articles de Avanzada Socialista comme s'il traitait de la "défense de la stabilité constitutionnelle". L'original, cependant, dit "défense de la stabilité institutionelle". La différence n'est pas fondamentale; ce qui est fondamental c'est de comprendre qu'il se référait au coup d'Etat de Cordoba et à ses conséquences. L'utilisation ambigue du mot "institutionnel'' a sans doute ajouté un élément de confusion (nous ne sommes pas totalement sans tort dans ce cas). Mais dans ce cas, il est difficile de comprendre comment les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié peuvent si mal interpréter le terme, puisqu'il apparait immédiatement après le paragraphe initial de l'article qui rend compte de cette situation concrète. L'erreur de traduction (s'il s'agit réellement de cela) se répète dans d'autres endroits. Par exemple, l'article dit que"le fait que huit partis se soient mis d'accord pour demander une entrevue pour poser le problème institutionnel est d'une importance extraordinaire" Cette phrase est traduite ainsi : "le fait que huit partis soient arrivés à un accord pour demander la réunion, dans le but d'exiger l'institutionalisation est d'une importance extraordinaire". Mais l'article en question se réfere à la lutte pour l'établissement des garanties constitutionnelles des droits démocratiques, processus qui commença avec le Cordobazo et la chute de la dictature qui s'en suivit. En d'autres termes, les huit partis cherchèrent cette entrevue pour soulever le problème du coup de Cordoba et du danger de voir se renverser le processus d'établissement des droits démocratiques. L'objectif du PST ne fut pas de supplier Perón mais d'impulser la mobilisation des travailleurs argentins. Les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié ont formulé d'autres accusations contre les dirigeants du PST : "En même temps ils oublient la distinction fondamentale qui existe entre les droits démocratiques demandés par le mouvement ouvrier et les structures de la démocratie bourgeoise". Nous reconnaissons que certaines de nos formulations ont pu provoquer cette impression. Il est même possible que nous ayons commis l'erreur de ne pas faire soigneusement la différence, dans la situation que traverse actuellement l'Argentine, entre la défense d'une "structure" bourgeoise donnée et la défense des droits démocratiques. Puisqu'on a attiré notre attention sur ce problème, nous sommes en train de l'étudier. Nous appelons tous les secteurs du mouvement trotskyste a considérer également cette question, en tenant compte de la situation concrète en Argentine, y compris la signification qu'a acquis le mot "'institutionalisation". Si une rectification est nécessaire, nous n'hésiterons pas à la faire , comme nous l'avons fait dans le passé au sujet d'autres questions. Cependant, nous insistons sur le fait que notre point de vue fondamental est en plein accord avec la conception léniniste de la Illème Internationale, en particulier comme elle fut formulée par Léon Trotsky. Cette conception de base consiste à mobiliser les travailleurs et leurs alliés sur la voie de la révolution socialiste selon la méthode proposée par le programme de transition. Nous ne voyons aucune alternative différente de cette conception. On a présenté comme raccourci possible la "stratégie de guerilla". Nous l'avons rejetée parce qu'elle n'est pas en accord avec la conception léniniste de la IIIème Internationale, en

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particulier comme elle fut formulée par Trotsky. En Argentine, la "stratégie de guerilla" a prouvé qu'elle était un grand obstacle pour la mobilisation des travailleurs et de leurs alliés sur une ligne socialiste révolutionnaire. Signalons en passant que les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié introduisent l'accusation selon laquelle "antérieurement (les dirigeants du PST) ont appuyé le Frente Amplio uruguayien qui était dirigé par le représentant bourgeois SEREGNI". Le but de cette accusation gratuite est clair. Les auteurs veulent suggérer que nous soutenions le personnage bourgeois Seregni et que nous appelions les travailleurs à voter pour le Frente Amplio, un bloc de collaboration de classe. Cette attaque ne se base sur aucun fait. C'est pourquoi les auteurs de la résolution du Secrétariat Unifié n'offrent aucune citation ni autre "preuve ". (Nous sommes disposés à discuter la nature du Frente Amplio uruguayien, de l'Unidad Popular chilienne ou de l'Union de la Gauche française et de la tactique à adopter face à eux, mais ce n'est pas le lieu de le faire ici). Nous nous référons maintenant à l'ajoute datée du 12 juillet. On y reconnait l'autocritique publique publiée par le comité de rédaction de Avanzada Socialista dans le numéro du 26 juin, mais seulement pour la rejeter comme étant vide de sens. Si les dirigeants du PST n'ont pas signé le document remis à Perón, cela ne veut rien dire -- expliquent-ils - - parce que les dirigeants du PST appuient, en géréral, cette politique! Mais le fait spécifique de notre prétendue signature du document, sur lequel se base tout ce que soutiennent les auteurs du Secrétariat Unifié, disparait également, et tout ce qui reste est une affirmation générale, aucune base dans les faits, selon laquelle notre ligne a été "opportuniste" De plus -- disent les auteurs de la résolution --, si les dirigeants du PST n'ont pas signé le document prétenduement remis à Peron, ils ont pour le moins signé d'autres documents sans principe; en conséquence, les accusations restent valables. L''''évidence" donnée pour soutenir cette argumentation -- qui est une argumentation extraordinaire pour ne pas dire autre chose -- est que le 29 juin 1974, le PST ajouta sa signature à celle des sept autres partis à une déclaration de "centre gauche" en appuie au "processus d'institutionalisation du pays" et "au fonctionnement des mécanismes légaux de continuité constitutionnelle". La source

2. Dédaration ou

secrétariat unifié

de cette "évidence"' -- disent les auteurs -- est le journal bourgeois de Buenos Aires, La Opinion, du 30. 6.74. (D'autres journaux ont dit que nous ne l'avions pas signée, entre autres, par exemple, La Nación).

soutiennent les auteurs de la résolution, le 3 juillet, après la mort de Perón, les dirigeants du PST, à la demande du président du parlement provincial, signèrent, dans la ville de Santa Fé, une déclaration en faveur du "maintien de la stabilité constitutionnelle comme unique moyen adéquat d'arriver à la justice sociale dans la liberté, vaincre l'emprise des intérêts impérialistes et concrétiser pour toujours l'indépendance". La source de cette "évidence' est une dépêche de Rosario publiée dans le numéro du 4 juillet du quotidien bourgeois de Buenos Aires El Cronista Comercial. Dans les deux cas, les informations sont erronées. Ni les dirigeants, ni les militants du Parti Socialiste des Travailleurs n'ont signé ni appuyé aucun des dits documents. Nous suggérons aux auteurs de l'ajoute qu'ils tiennent compte du fait que le niveau de véracité de la presse bourgeoise argentine est bien plus bas que pour Le Monde. Enfin, comment se fait-il que les éditeurs de Avanzada Socialista aient commis l'erreur au sujet de l'entrevue avec Perón du 21 mars ? Il n'est d'aucun intérêt public que nous donnions des détails sur l'organisation et le fonctionnement de l'équipe. Il suffit de dire que ce problème spécifique n'est qu'un des nombreux problèmes auxquels notre organisation est confrontée dans une période de croissance rapide. Les possibilités de recrutement et d'extension ont demandé de gros efforts de la part de nos cadres expérimentés. Les nouveaux militants sont intégrés le plus rapidement possible, mais la véritable intégration demande du temps. Il y a donc des erreurs. Nous sommes sûrs que notre situation sera comprise par les secteurs du mouvement trotskyste mondial qui ont connu des périodes similaires de croissance rapide. Ce que nous demandons aujourd'hui de la IVème Internationale c'est de comprendre nos possibilités et nos problèmes -- et sa collaboration sincère dans nos efforts pour les affronter de façon principielle,

Comité Exécutif du Parti Socialiste des Travailleurs 20 août 1974 Traduit de Avanzada Socialista du 4 septembre 1974, N° 119

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