Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EGYPTE

Le réveil de la classe ouvrière

· Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 8-15 · 5 718 mots

Syndicalisme Palestine et Israël Stalinisme URSS et Russie

Le texte ci-dessous est celui que publie inprecor.fr (saisi, sans erreurs de reconnaissance optique). La numérisation reste la référence : pages 8-15, 8 9 10 11 12 13 14 15.

Le numéro de novembre/décembre de la revue Al-Mounadel, publiée au Liban par des marxistes-révolutionnaires arabes, annonçait la formation d’une nouvelle organisation révolutionnaire en Égypte, le Groupe Communiste Révolutionnaire Mustafa Khamis1, et publiait le premier manifeste de ce groupe. Les camarades d’Al-Mounadel expliquaient : « L’apparition d’une organisation prolétarienne révolutionnaire en Égypte est un événement d’une importance extrême pour tous les révolutionnaires arabes et un événement qui nous est cher, à nous trotskystes, en ce qu’il constitue un pas important et fondamental dans notre effort pour construire un parti communiste révolutionnaire à l’échelle arabe, section arabe de la IVe Internationale. Al-Mounadel salue les camarades du groupe Mustafa Khamis et leur souhaite, ainsi qu’à tous les ouvriers d’Égypte, plein succès dans leur lutte contre l’esclavage capitaliste, pour la victoire de la révolution socialiste ».

Nous ne pouvons que partager ces sentiments. Nous publions ci-dessous le premier manifeste des camarades du groupe Mustafa Khamis, traduit d’Al-Mounadel.

Les ouvriers d’Égypte commencent à se réveiller…

Après être restée presque immobile pendant vingt ans, bercée par la propagande mystificatrice sur le « socialisme » et l’« union des forces du peuple travailleur », notre classe ouvrière a commencé à sortir de son long sommeil. Nos camarades ouvriers des usines sidérurgiques de Hélouan se placèrent à l’avant-garde de ce réveil en 1972, ramenant la classe ouvrière égyptienne sur la voie marquée du sang du martyr Mustafa Khamis, la voie de la lutte ouvrière contre l’oppression capitaliste.

Mais les ouvriers d’Égypte sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux qu’en 1952 ; ils représentent plus de la moitié de la classe ouvrière arabe et l’une des plus larges classes ouvrières des pays sous-développés. Et quand les ouvriers d’Égypte se réveillent à la lutte, ce n’est pas seulement la bourgeoisie d’Égypte qui frémit, mais toutes les classes possédantes arabes et l’impérialisme mondial lui-même qui tremblent. Nous comprenons ainsi pourquoi le réveil des ouvriers d’Égypte fut l’une des causes directes de la guerre d’octobre…

Un an après la guerre d’Octobre

La lutte remarquable des ouvriers et étudiants d’Égypte avait effrayé la bourgeoisie et son État au point qu’ils mirent tous leurs efforts pour tenter d’en finir avec la situation de « ni guerre ni paix » dont le poids se faisait sans cesse plus lourd et qui alimentait le mécontentement populaire. Or, comme la paix avec le sionisme est, naturellement, le but recherché par la bourgeoisie égyptienne, et, étant donné que la paix était difficile à accepter pour les masses si elle apparaissait trop comme une capitulation, il devint nécessaire de masquer la trahison nationale sous les aspects d’un triomphe militaire… ce fut la guerre d’octobre !

La guerre du 6 octobre avait pour but d’accélérer l’application de la résolution capitularde n° 242 de l’ONU qui était bloquée. Le but devait être atteint, selon les prévisions, au moyen de l’intervention de l’impérialisme américain à qui le pouvoir égyptien avait promis l’ouverture politique et économique, après que l’Égypte eut amélioré sa position militaire par la traversée du canal de Suez… Le but de la guerre limitée était l’instauration d’une paix illimitée entre l’Égypte et Israël, pour assainir l’atmosphère et balayer une des sources importantes d’agitation politique. Le pouvoir voulut même donner à la guerre d’octobre l’image d’une guerre légendaire, semblable aux grandes conquêtes de l’histoire.

1) Les résultats politiques de la guerre d’octobre. Le principal succès de la bourgeoisie égyptienne fut la réactivation de la « solution pacifique ». Elle réalisa, en effet, d’importants pas sur la voie de la paix avec l’État sioniste, aidée en cela par Henry Kissinger, représentant de l’impérialisme américain, qui prit sur lui le rôle d’« arbitre » itinérant.

Cela en dépit du fait que la guerre d’octobre faillit se terminer par une nouvelle tragédie pour l’Égypte quand les forces sionistes traversèrent le canal, à leur tour, jusqu’à la région du Déversoir, et encerclèrent notre troisième armée, menaçant de la détruire. Ce renversement de la situation militaire ne fut pas le résultat de la faiblesse du soldat égyptien ou de sa couardise… Nos soldats ont fait preuve, au contraire, d’un dévouement au combat et d’un héroïsme qui ne sont en rien inférieurs à ceux de tout peuple luttant contre les envahisseurs de sa patrie ; c’est la direction militaire supérieure qui est responsable, la guerre n’étant, aux yeux du pouvoir, qu’une guerre limitée visant la solution pacifique, ce qui explique qu’il n’y eut aucun bombardement par notre aviation de l’intérieur israélien.

Malgré tout, le pouvoir parvint à organiser une campagne de mystification sans précédent, présentant la guerre d’octobre comme l’héritière des conquêtes de Saladin et Mohamed Ali, la transformant en une revanche historique des Arabes contre Israël, guerre qui changea la face du monde et l’histoire, et autres descriptions visant à créer la légende d’une armée égyptienne invincible, « grâce à sa vaillante direction », après l’effritement de la légende de l’armée sioniste.

La campagne de propagande du pouvoir eut, dans un premier temps, un large succès ; la majorité de notre peuple crut que l’heure de la victoire avait sonné et que le pouvoir était résolu à continuer le combat jusqu’à la libération… Mais les illusions commencèrent vite à se dissiper après le cessez-le-feu et surtout après la séparation des forces. Depuis, les masses égyptiennes ont pris progressivement conscience du fait que les concessions d’Israël ne provenaient pas des succès de notre armée en octobre, succès partiels contrariés par l’opération du Déversoir, mais résultaient de l’accord entre l’impérialisme américain et le pouvoir égyptien sur la solution du « problème du Moyen-Orient ».

Il faut dire, en outre, que, si la campagne de propagande du pouvoir a porté ses fruits de manière non négligeable et si l’application de la solution pacifique avance jusqu’ici sans rencontrer de réaction de masse significative, ceci est dû, dans une large mesure, à l’absence d’une avant-garde révolutionnaire capable d’ouvrir les yeux des masses, et à l’incapacité de la résistance palestinienne de se lier avec les masses laborieuses égyptiennes, d’autant plus que la direction de l’OLP a commencé elle aussi à évoluer sur le chemin de la solution pacifique.

2) La crise économique et sociale croissante. Mais quels que soient l’intensité et le succès de la campagne de mystification autour de la guerre d’octobre, elle n’a pas réussi et ne réussira pas à cacher la profonde misère dans laquelle vivent nos masses. Au contraire, l’Égypte a connu, après la guerre d’octobre, une hausse des prix et une baisse du niveau de vie des masses plus rapides et plus graves que jamais auparavant. La raison se trouve précisément dans les changements qui furent opérés après octobre 1973, en Égypte, au nom de l’« ouverture économique ».

L’écrasante majorité de notre peuple ne peut supporter l’étouffante cherté de la vie ; il nous suffit d’observer la hausse des prix des denrées de première nécessité depuis octobre 1973, qui s’étend même aux produits des coopératives d’État. Le prix du kilo de sucre vendu dans les coopératives est passé de 7 piastres2avant octobre à 11 piastres, l’huile de 7 à 11 piastres et le paquet de thé de 3,5 à 5,5 piastres. Ces denrées sont d’ailleurs presque introuvables dans les coopératives, des files se formant dans les rues pour en obtenir en petites quantités.

Quant aux prix du marché libre, ils se passent de commentaires. Le prix du kilo de sucre est passé de 16 à 26 piastres, l’huile de 16 à 32 piastres (!) et le thé de 5,5 à 11 piastres.

Les autres denrées nécessaires ne se trouvent que dans les magasins du secteur privé où le prix du kilo de riz est passé de 5 à 6,5 piastres, les pommes de terre de 4 à 10 piastres, le savon de 3,5 à 5,5 piastres ; quant au prix du kilo de viande, il est passé de 85 piastres avant octobre à 110 piastres. Les tissus bon marché sont presque inexistants dans les coopératives car les directeurs du secteur public préfèrent les vendre aux commerçants du secteur privé, réalisant ainsi leur profit et celui des commerçants. Le prix du mètre de tissu est passé au marché noir de 12 à 22 piastres. Le prix de la paire de chaussures, qui était environ de 250 piastres avant octobre, a augmenté jusqu’à 450 piastres, voire 5 livres.

La crise des transports, elle, a atteint des dimensions très graves. Les gens se battent pour monter dans les autobus et les tramways bondés, dans des conditions pires que des wagons à bestiaux. Quant à ceux qui ne trouvent pas de « place » à l’intérieur, ils grimpent sur le toit de la voiture ou pénètrent par les fenêtres, actes extrêmement dangereux que notre peuple se trouve néanmoins obligé de pratiquer. Face à cette situation, le gouvernement ne trouva pas mieux que de retirer de la circulation un certain nombre de vieux autobus et de les remplacer par de nouvelles voitures pour imposer aux passagers le paiement de 5 piastres au lieu d’une seule, sous prétexte qu’il s’agit d’autobus touristiques… qui n’en sont pas moins bondés !

Nous connaissons tous, également, la crise du logement. Le loyer du logement populaire est passé de 8 livres par mois à 15 livres, et, malgré ceci, il est impossible de trouver un logement sans payer un pas-de-porte variant, selon les cas, entre 200 et 500 livres.

Qu’en est-il donc des salaires ouvriers par rapport à cette cherté écrasante ? En fait, la grande majorité des salaires n’ont pas varié (hormis les augmentations routinières) depuis octobre ! Quant au salaire minimum, il est passé de 750 piastres à 12 livres par mois, ce qui ne couvre pas le minimum des besoins vitaux (d’autant plus que les 12 livres se réduisent à 10 après les différentes défalcations).

3) La véritable nature du pouvoir se dévoile. La cherté écrasante de la vie est beaucoup plus lourde que les fables de la guerre d’octobre ! Le pouvoir a échoué dans sa tentative de faire croire que l’« ouverture économique » entraînerait une amélioration de notre situation ; nous avons vu comment la légende du blé et du maïs que les USA devaient, disait-on, nous offrir s’est vite évanouie, alors que les avions et les différentes armes que l’impérialisme américain offre à notre ennemi sioniste sont, eux, très réels et bien loin d’être une légende !

Quant à l’accueil « populaire » que le pouvoir réserva à Nixon, il n’exprime pas les sentiments de notre peuple ; comment cela serait-il possible alors que nos martyrs sont tombés sous le feu des armes fournies par Nixon à Israël ? La réalité est que le pouvoir, en plus des campagnes de conditionnement de l’opinion publique visant à la convaincre de l’amitié de Nixon à notre égard, a envoyé les ouvriers du secteur public accueillir le président impérialiste, payant à chaque ouvrier une demi-livre pour son déplacement ! (Le prix de l’« accueil » était d’un quart de livre auparavant)…

Il est apparu que l’« ouverture économique » consacrée par la loi n° 43 sur l’investissement du capital arabe et étranger et les zones franches, adoptée par l’« Assemblée du Peuple » le 9 juin de cette année (pour célébrer, peut-être, le 9 juin 1967 ?)3, que cette « ouverture économique » donc, ne profite qu’aux propriétaires fonciers et aux exploitants du secteur touristique, qui sont une minorité infime de notre peuple. Les capitaux arabes se dirigent pour la plupart vers l’achat de terrains ; les investissements étrangers, quant à eux, sont en majorité des investissements touristiques. Le résultat, si nous excluons la minorité bénéficiaire qui comprend la bourgeoisie et quelques catégories de la petite-bourgeoisie, est que l’écrasante majorité du peuple en pâtit ! Comment ? La chose est simple : les capitaux fonciers et touristiques qui affluent en Égypte entraînent essentiellement une hausse des prix (l’inflation), et constituent la cause principale de l’excessive cherté de la vie dont nous pâtissons.

La véritable nature du pouvoir a commencé à se révéler aux yeux des larges masses et les illusions sur le « socialisme » et l’« Union des Forces du Peuple » ont commencé à s’effriter. La réalité est que le pouvoir établi est un pouvoir bourgeois œuvrant à développer le capitalisme et à encourager le secteur privé, et ouvrant largement les portes de l’Égypte aux capitaux impérialistes. Parmi les principales « réalisations » du pouvoir, celles dont il est fier, figure l’affranchissement des biens mis sous séquestre à l’époque nassérienne… Il s’agit, en réalité, du pouvoir de la bourgeoisie capitaliste, du pouvoir des commerçants et des grands propriétaires ! Il est d’ailleurs hautement révélateur de voir les commerçants déclarer dans les journaux, au nom de leur syndicat, qu’ils « présentent tous leurs remerciements… toute leur estime… et tout leur appui… à M. le Président croyant Mohamed Anouar El-Sadate pour avoir choisi le chef des commerçants et leur doyen, M. le Docteur Abd-El-Aziz Higazi, à la présidence du Conseil des Ministres ». La déclaration du syndicat ajoute : « Dieu lui vienne en aide et guide ses pas sur la voie de l’ouverture économique ». Où il apparaît que la lumière divine est devenue, aux yeux des capitalistes de nos jours… ouverture économique !

C’est la misère dans laquelle vivent les masses qui les pousse à comprendre la véritable nature du pouvoir. Cette pression de la situation sur les masses est aggravée, notamment, par le fait que les promesses sur les libertés, etc., sont balayées, en réalité, par le contrôle des Services de Renseignements sur la moindre activité ouvrière, la mainmise de l’« Union Socialiste » (socialiste de nom, parti du pouvoir bourgeois en réalité) sur toutes les formes d’élections, et l’absence totale de véritable liberté d’expression.

Les masses égyptiennes ne supporteront pas éternellement ces conditions de misère et de répression ; elles ont même commencé à bouger depuis plusieurs mois et à mener des actions qui sont le début d’un long processus de lutte contre le pouvoir d’esclavage capitaliste. Les masses égyptiennes ne seront pas non plus bernées par la conspiration de la solution pacifique ; nous sommes même confiants que le peuple égyptien ne restera pas impassible devant le passage des navires israéliens dans le canal de Suez.

Les luttes de classes après octobre

Le mouvement qui a été le plus influencé par la guerre d’octobre et la campagne de propagande qui la suivit, fut le mouvement étudiant. Le thème principal des luttes étudiantes qui eurent lieu en 1972 était l’exigence de la guerre et la dénonciation de l’impuissance du gouvernement face au sionisme, et de ses intentions capitulardes ; c’est pourquoi la guerre d’octobre, avec la campagne de propagande mystificatrice qui l’accompagna, réussit à geler le mouvement étudiant pour un temps. Mais le « retour de la conscience »4ne tardera pas, et il est probable que le mouvement étudiant reprendra ses luttes l’hiver prochain.

Le moteur principal des luttes de nos masses laborieuses, quant à elles, est leurs conditions de vie, et ces conditions, toutes les guerres du monde ne parviendront pas à les voiler. Si nos frères paysans, pliés sous le poids de la misère, de la répression, et de la mystification, ne se meuvent que rarement — signalons à ce propos la révolte des paysans de la région de Bouhetra contre la restitution des terres aux propriétaires dans le cadre de la levée des séquestres (le tribunal a tranché pour un compromis remettant l’exécution de l’affranchissement à après la récolte) —, notre classe ouvrière, elle, s’est placée, comme d’ordinaire, à l’avant-garde des luttes populaires contre le pouvoir capitaliste.

En mai de cette année, des dizaines de milliers de nos camarades des usines d’aviation et des usines d’armement à Hélouan se sont mis en grève durant trois jours contre la tentative du gouvernement de réduire leurs primes, sous prétexte de les transférer du secteur gouvernemental au secteur public ! La détermination de nos camarades, qui entraîna l’intervention personnelle du Ministre des Industries d’armement, réussit à remporter la victoire ; l’État céda face à leurs revendications, mais démit, par la suite, 9 membres du comité syndical de leurs responsabilités, pour avoir soutenu la grève. En août, nos camarades ouvriers de la Société Misr-Hélouan pour la Filature et le Tissage occupèrent l’usine pour protester contre une réduction de leurs salaires qui dura trois mois, sous un prétexte illusoire ; nos camarades obtinrent à la suite de leur lutte la restitution de la totalité de leurs salaires.

Le mois de septembre fut marqué par plusieurs luttes ouvrières, car le poids de la cherté de la vie s’y fait le plus sentir, étant donné l’augmentation des dépenses ayant trait à la rentrée scolaire et aux traditions du mois de Ramadan. La demande de l’octroi d’un nouveau crédit aux ouvriers se généralisa. Mais le pouvoir refusa de l’accorder et se contenta d’interrompre la défalcation des anciens prêts opérée sur les salaires, jusqu’au mois de janvier 1975, mesure à l’effet extrêmement limité.

Nos camarades ouvriers de la Société Misr-Hélouan entamèrent donc une nouvelle grève le 14 septembre, revendiquant le paiement de leur compte d’épargne immobilisé. Plus de 4 000 ouvriers (soit une équipe entière) se mirent en grève pour 2 heures, le 14 septembre, puis de nouveau le 15 septembre, et poursuivirent leur grève, cette fois-ci, refusant les nouvelles promesses jusqu’à la diffusion à la radio de la décision du pouvoir accordant le paiement de l’équivalent d’un mois de salaire pris sur le compte d’épargne. Le succès de la lutte des ouvriers des usines textiles fut dû en partie à l’appui des ouvriers des usines d’aviation d’Hélouan, qui se mirent en grève à leur tour le 15 septembre pour la même revendication, et occupèrent leur usine. Le même jour vit également la grève des ouvriers de la Société de Ferronnerie Industrielle et de ceux des Industries Techniques et Métalliques, regroupant près de 20 000 ouvriers qui revendiquaient le paiement d’une prime de trois mois, à l’instar de ce qu’obtinrent les ouvriers des usines sidérurgiques en récompense de l’achèvement anticipé du montage de l’usine, achèvement permis par les efforts des ouvriers des trois sociétés.

Le décret de paiement d’un mois de l’épargne se bornant aux ouvriers du secteur public, les ouvriers d’un certain nombre d’usines textiles privées, à Choubra-El Kheïma, se mirent en grève le 18 septembre ; le pouvoir céda immédiatement et les inclut dans son décret, échouant ainsi dans sa tentative de renforcer les différences entre les divers secteurs de l’industrie égyptienne.

S’il s’agit là des principales luttes qui se déroulèrent ou dont nous eûmes connaissance — il faut rappeler que nous vivons dans un pays dont la presse et les autres moyens d’information taisent toute lutte ouvrière, et présentent même les succès remportés par les grèves ouvrières comme des décisions émanant de l’attention portée par le pouvoir aux intérêts ouvriers et populaires —, de nombreuses autres luttes se sont déroulées au cours du mois passé parmi les ouvriers des usines textiles de Choubra-Misr, les conducteurs des transports publics de Choubra, de Mahalla-El-Koubra et dans d’autres endroits.

Le poids de la situation, comme nous l’avons déjà dit, est le détonateur de ces luttes. Si elles disposent parfois d’une direction d’avant-garde, comme c’est le cas pour les ouvriers de la Société Misr-Hélouan, qui ont réussi, depuis quelques mois, à élire des comités de délégués de base en rupture avec les institutions traditionnelles et à imposer le maintien de ces comités, il reste que la plupart des luttes sont déclenchées par une pression spontanée de la base ouvrière. Le développement des luttes et leur extension soulignent avec force l’urgence de la tâche de construction d’une direction révolutionnaire exprimant les intérêts véritables de la classe ouvrière face au régime capitaliste, une direction capable de coordonner la lutte des différents secteurs et branches industriels et d’armer la masse des ouvriers avancés avec une conscience de classe révolutionnaire. En l’absence de cette direction et vu le caractère spontané des luttes en cours, la conscience anticapitaliste des ouvriers prend la forme d’une nostalgie pour l’époque nassérienne, qui ne vit jamais une inflation aussi forte que celle que nous connaissons actuellement. Des années de mystification, avec l’aide de quelques prétendus communistes, ont empêché notre classe ouvrière de comprendre que ce qui se passe actuellement en Égypte n’est autre que la conséquence naturelle de l’époque nassérienne, et que les intérêts de la classe ouvrière ne triomphent réellement que lorsqu’elle s’empare elle-même du pouvoir.

Poser le problème de la direction révolutionnaire exige de passer en revue les tendances existant actuellement au sein du mouvement ouvrier.

Les tendances au sein du mouvement ouvrier

Le tableau des tendances existant au sein du mouvement ouvrier égyptien est naturellement, et dans une large mesure, le résultat direct des années de l’époque nassérienne. Dans la période précédente, deux tendances principales existaient au sein de la classe ouvrière ; la première, qui représentait le pouvoir, était la tendance nassérienne ; l’autre, réprimée par le pouvoir, était la tendance communiste. Ces dernières années, d’autres petits groupes se sont créés, chacune des tendances citées a connu une division, et des directions sont apparues de façon quasi spontanée dans certaines luttes ouvrières.

1) La bureaucratie syndicale. Le régime nassérien réorganisa le mouvement ouvrier conformément à ses intérêts, faisant de l’Union Générale des Ouvriers d’Égypte le mouvement syndical officiel. Évidemment, les nassériens, au moyen de leur parti, l’Union Socialiste, contrôlèrent l’Union Ouvrière, imposant leur domination totale par les méthodes connues, notamment l’exigence, pour poser sa candidature aux élections des comités syndicaux, d’avoir l’approbation de l’Union Socialiste. La conséquence fut, naturellement, que les nassériens s’emparèrent de la quasi-totalité des postes syndicaux et continuent à les contrôler, constituant ainsi une large bureaucratie syndicale.

Mais les développements politiques qui survinrent après la mort de Nasser et le « mouvement de rectification » du 15 mai 19715aboutirent à une division dans les rangs de la bureaucratie syndicale entre deux fractions, la première soutenant le pouvoir de Sadate, la seconde étant mécontente des mesures de « rectification ».

La tendance soutenant le pouvoir actuel, la tendance sadatienne, comprend une minorité des directions bureaucratiques ayant vite abandonné leur nassérisme pour soutenir le pouvoir, et obtenir ainsi les meilleurs postes et les salaires les plus élevés. Ceux-ci collaborent totalement avec le pouvoir et ses appareils, notamment les Renseignements Généraux, et s’opposent à toutes les activités ouvrières, se chargeant d’espionner les ouvriers et de chanter les louanges du régime et de ses « réalisations ».

Quant à l’autre tendance, la tendance nassérienne, elle constitue la majorité des directions bureaucratiques, et comprend le groupe de l’« Organisation d’Avant-Garde » fondé par Nasser et dissous par Sadate. Cette tendance ne s’oppose pas au pouvoir mais continue à jouer le même rôle bureaucratique d’avortement des luttes ouvrières ; mais elle essaie aussi, néanmoins, de faire pression sur Sadate pour l’empêcher de continuer à liquider les institutions nassériennes, car la bureaucratie nassérienne sait pertinemment que ses privilèges dépendent du maintien des institutions créées par Nasser. La tendance nassérienne s’oppose à la liquidation du secteur public car elle sait que la situation et les privilèges de la bureaucratie syndicale dans le secteur public sont beaucoup plus grands que dans le secteur privé où elle est soumise à la volonté des capitalistes. Cette tendance s’oppose à l’idée de supprimer la proportion de 50 % d’ouvriers et de paysans (en fait directeurs d’usines et riches villageois) à l’Assemblée du Peuple, car cela signifierait pour elle la perte de ses sièges parlementaires. Elle défend la formule de l’Union Socialiste et de l’Union des Forces du Peuple Travailleur (c’est-à-dire la dictature du parti unique), parce qu’elle voit dans la pluralité des partis un fait qui entraînerait inéluctablement la perte du rôle hégémonique bureaucratique exercé par les nassériens. Telles sont les raisons profondes de l’attitude de la tendance nassérienne ; ses discours sur le « socialisme » et les intérêts populaires ne sont qu’un voile transparent pour ses intérêts bureaucratiques menacés par le pouvoir bourgeois.

2) Les groupes issus du Parti Communiste égyptien. L’histoire dramatique du mouvement communiste égyptien après la deuxième guerre mondiale est connue, histoire dominée par l’effritement continu, la confusion idéologique totale et le sectarisme fractionnel extrême. Le désemparement des communistes égyptiens atteint son apogée après la Charte6 ; le mouvement se divisa alors en plusieurs tendances allant de ceux qui voyaient dans le pouvoir nassérien un pouvoir capitaliste monopoliste quasi fasciste, à ceux qui voyaient en lui le représentant d’une voie socialiste. Ensuite, domina la thèse élaborée par les dirigeants de l’URSS sur la « voie de développement non capitaliste », invention aussi éloignée que possible du marxisme-léninisme, qui ne reconnaît pas de troisième voie entre la voie bourgeoise et la voie prolétarienne. La décision du Comité Central de dissoudre le parti et d’intégrer l’Union Socialiste peut être considérée comme la déclaration de faillite de la direction du parti. Elle représente une trahison de classe suprême, consistant à dissoudre le parti ouvrier pour l’intégrer à un parti dominé par une bureaucratie bourgeoise.

La période ouverte par le pouvoir de Sadate connaît à nouveau l’activité de quelques groupes issus du Parti Communiste dissous. Les plus connus sont celui qui représente la continuité de la ligne stalinienne d’obédience à la diplomatie de l’URSS, et celui qui suit une voie différente, mais non moins opportuniste.

Le premier groupe est constitué par un petit groupement de partisans du pouvoir bureaucratique dominant en URSS. Du temps où le pouvoir égyptien entretenait des relations intimes avec l’URSS, ces derniers faisaient l’éloge du pouvoir ; ils dissolvèrent le Parti Communiste et participèrent aux institutions du pouvoir nassérien. Mais le régime de Sadate ne fut pas à leur goût, précisément parce qu’il liquida le groupe d’Ali Sabri, ami de l’URSS, et provoqua une tension dans les relations avec le « grand ami », notamment lorsqu’il organisa la mise en scène de l’expulsion des experts soviétiques. Les staliniens égyptiens commencèrent de nouveau à parler de reconstruire leur parti ; aujourd’hui ils s’opposent au pouvoir de Sadate sur la même base que la tendance nassérienne et en alliance avec celle-ci. Le régime actuel est, à leurs yeux, un régime de restauration du capitalisme après que l’Égypte ait marché sur la voie du socialisme. Ils s’opposent à l’ouverture à l’impérialisme américain, mais approuvent la solution pacifique et l’exécution de la résolution de l’ONU ; il ne saurait d’ailleurs en aller autrement alors que l’URSS compte parmi les principaux auteurs de cette résolution !

Le deuxième groupe, plus large, est actif dans le milieu des étudiants et des petits fonctionnaires et parmi les ouvriers ; il s’est donné le nom de Courant Révolutionnaire et se distingue du premier groupe en ce qu’il a abandonné l’obédience à l’URSS, surtout en ce qui concerne la cause palestinienne. Le groupe du Courant Révolutionnaire a adopté l’objectif de la libération de la Palestine ; il est, en général, sur des positions radicales à l’égard de la question nationale, refusant la solution pacifique, s’opposant au cessez-le-feu et à la séparation des forces et même au projet d’État palestinien qui vise à liquider la cause palestinienne. Mais le groupe du Courant Révolutionnaire n’adopte pas toutes ces positions dans un sens révolutionnaire et ne voit même pas de contradiction entre ses positions et l’alliance avec… Sadate !

Ce groupe affirme que le pouvoir de Sadate mènera une cinquième guerre et continuera de cette manière jusqu’à la libération. Sur la base de ce pronostic, le Courant Révolutionnaire estime qu’il faut établir un front avec le pouvoir, front unique anti-sioniste. Et si le groupe revendique les libertés politiques et syndicales, il le fait, selon lui, pour renforcer son alliance avec le pouvoir, et adopte une position réformiste à l’égard des luttes ouvrières. Le groupe du Courant Révolutionnaire se trompe et trompe les masses quand il affirme que le pouvoir bourgeois en place libérera la Palestine ; il ferme les yeux devant la réalité éclatante : le pouvoir s’est jeté dans les bras de l’impérialisme américain et marche à grands pas sur la voie de la trahison nationale, la voie de la solution pacifique et des résolutions de l’ONU. Le devoir des révolutionnaires est de dénoncer la réalité du pouvoir et non de l’embellir ; c’est élémentaire.

3) La nouvelle avant-garde. Ces dernières années ont vu apparaître un certain nombre de petits groupes adoptant des idées révolutionnaires. Ces groupes sont présents dans le milieu étudiant principalement, et ont joué un rôle significatif dans les révoltes étudiantes de 1972. D’autre part, des directions ouvrières d’avant-garde ont surgi dans la lutte des ouvriers de Hélouan, aussi bien dans la sidérurgie que dans le textile, des directions qui prirent la tête des grèves et exprimèrent, sans les déformer, les intérêts véritables des ouvriers.

La situation générale en Égypte, celle de l’exacerbation de la lutte des classes, implique nécessairement l’émergence de tels groupes révolutionnaires et directions d’avant-garde. Mais la condition fondamentale pour ne pas répéter la tragédie du mouvement communiste égyptien et la groupusculisation à l’infini réside dans l’élaboration d’un programme marxiste-révolutionnaire tout à fait clair et sans déformations staliniennes ou nationalistes, un programme autour duquel se rassembleront les révolutionnaires et dont ils s’armeront pour participer aux luttes de classe et se mettre à leur tête, dans leur progression vers la construction d’une organisation prolétarienne révolutionnaire en Égypte. Cette organisation devra être capable de lier l’Égypte à l’évolution de la révolution arabe et de la révolution socialiste mondiale, en s’insérant dans un parti communiste révolutionnaire à l’échelle de la nation arabe, lui-même section de l’Internationale Communiste révolutionnaire, la IVe Internationale, fondée par l’opposition bolchévique-léniniste face à la dégénérescence stalinienne de la IIIe Internationale après Lénine. C’est là l’unique voie léniniste.

Le programme des communistes révolutionnaires

Le but stratégique de la lutte des communistes révolutionnaires est la dictature du prolétariat, hors de laquelle il n’y a pas de solution des tâches démocratiques et nationales. Ils luttent néanmoins, sur cette même voie, pour un ensemble de revendications immédiates et transitoires qui permettent de développer la lutte des masses laborieuses et de l’organiser pour atteindre le but stratégique. Le programme des communistes révolutionnaires est le suivant :

Contre la cherté de la vie et pour l’amélioration des conditions de vie des masses :réduction des prix des denrées de première nécessité ;

contrôle des prix par des comités de délégués des ouvriers, des habitants des quartiers populaires et des ménagères, comités ayant droit de regard sur les comptes des usines et des commerçants ;

élévation du salaire minimum mensuel à 30 livres ;

augmentation de 5 livres pour tous les salaires inférieurs à 50 livres ;

échelle mobile des salaires, c’est-à-dire augmentation des salaires toutes les fois que les prix augmentent et dans la même proportion ;

suppression de toutes les dettes des ouvriers et paiement du total de l’épargne ;

extension des conditions de travail du secteur gouvernemental et du secteur public aux ouvriers du secteur privé, et titularisation de tous les ouvriers ;

paiement de l’heure supplémentaire pour deux heures, sur la base de la journée de travail de 7 heures ;

paiement de la totalité des salaires des ouvriers licenciés jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un nouvel emploi avec le même salaire ;

garantie de l’emploi pour tous les demandeurs de travail et réduction des heures de travail dans ce but, s’il le faut.

Pour assurer les libertés démocratiques :suppression de la domination de l’Union Socialiste sur la vie syndicale et politique et suppression de toute forme d’intervention du pouvoir dans les syndicats ;

liberté d’action syndicale ;

liberté totale d’action politique et d’association ;

droit de grève et de manifestation ;

liberté de réunion et de toutes les libertés d’expression, y compris la liberté de la presse et de l’édition ;

liberté d’action politique au sein des forces armées.

Contre la capitulation et la trahison nationale :luttons contre la solution pacifique, contre la résolution n° 242 de l’ONU ;

contre l’intervention des grandes puissances dans le conflit de la région ;

contre la conférence de Genève et la négociation avec le pouvoir sioniste ;

pour le retrait total et inconditionnel de l’armée sioniste aux frontières du 4 juin 1967 ;

armement des masses laborieuses et entraînement au maniement des armes sur les lieux de travail.

Contre la pénétration impérialiste et l’élargissement du secteur privé :luttons contre l’ouverture économique et les investissements impérialistes ;

contre l’exportation des profits des sociétés étrangères ;

contre la levée des séquestres et des nationalisations ;

contre l’indemnisation des biens nationalisés.

Pour la nationalisation de l’industrie sous contrôle ouvrier :nationalisation sans indemnisation de toutes les usines groupant plus de 50 ouvriers ;

contrôle par des conseils de délégués de la base élus sur la production, les livres de compte et toutes les mesures administratives ;

réalisation de l’autogestion ouvrière des usines.

Pour le pouvoir des travailleurs : gouvernement ouvrier et paysan s’appuyant sur le pouvoir des conseils d’ouvriers, de soldats et de paysans pauvres, élus par les masses sur leurs lieux de travail.

Pour l’unification de la nation arabe : république fédérative arabe !

Tel est le programme de base qu’avancent les communistes révolutionnaires d’Égypte, résolus à le développer et à le compléter ; ils invitent tous les révolutionnaires égyptiens et toutes les tendances ouvrières à la lutte commune pour les points de ce programme sur lesquels l’accord peut être réalisé. Les divergences politiques et idéologiques sont naturelles et ne doivent pas empêcher l’alliance et l’unification des luttes. Nous affrontons un ennemi fort et violent, unifions nos efforts !

OUVRIERS D’ÉGYPTE, OUVRIERS DES PAYS ARABES, OUVRIERS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

Le Caire, 5 octobre 1974 Groupe Communiste Révolutionnaire « Mustafa Khamis »

1Mustafa Khamis était un ouvrier de l’usine de filage Misr à Kafr el-Dawar, près d’Alexandrie, qui emploie 10 000 ouvriers. Le soir du 12 août 1952, trois semaines après le coup d’État de Nasser qui déposa le roi Farouk, les ouvriers de l’entreprise se réunirent devant le bureau de la direction et déclarèrent la grève. Ils demandaient la reconnaissance de leur syndicat, la démission de deux membres de la direction, des augmentations de salaires, et d’autres avantages économiques. La direction de l’entreprise appela la police, qui attaqua les ouvriers. Les ouvriers ripostèrent et la police ouvrit le feu. En réponse, les ouvriers organisèrent une grève sur le tas. Le lendemain, l’armée fut envoyée d’Alexandrie pour vider les ouvriers de l’usine. Après une sérieuse bataille, les ouvriers furent expulsés — au prix de plusieurs tués, plus de 20 blessés et 200 arrêtés. Une cour martiale sommaire fut mise en place pour juger les ouvriers arrêtés, qui ne reçurent aucun droit de faire appel. Le 18 août, 14 ouvriers furent condamnés à de longues peines de prison pour leur rôle dans la lutte. Deux autres, Mustafa Muhammed Khamis et Muhammed Hasan el-Baqri, furent condamnés à mort. La condamnation à mort de Khamis fut utilisée par le régime afin de montrer clairement sa nature aux ouvriers. En même temps, le correspondant du Times de Londres écrivait : « Les militaires déployèrent une force impressionnante, plusieurs centaines de soldats étaient présents. Environ 1 000 ouvriers de l’usine Misr et d’autres usines du voisinage se massèrent sur les trois côtés du terrain de football de l’usine, gardés en respect par des soldats armés et des tanks. » Khamis se tenait au centre du terrain pour entendre la sentence prononcée contre lui. Plus tard, le général Neguib, qui était alors le chef d’État en titre, fit venir Khamis au Caire et lui offrit de commuer sa peine s’il acceptait de donner au régime une liste de noms d’autres dirigeants de la grève et de les dénoncer. Il refusa. Le 8 septembre 1952, Khamis et el-Baqri furent pendus, devenant ainsi deux des premiers martyrs du mouvement ouvrier à tomber sous le nouveau régime. (Inprecor)

2La livre égyptienne (100 piastres) est échangée, au cours intérieur, contre environ 1,75 dollar.

3La République Arabe Unie accepta le 9 juin 1967 le cessez-le-feu ; Nasser présenta sa démission, provoquant ainsi des manifestations monstres…

4Allusion au titre d’un pamphlet du célèbre écrivain Tewfik El-Hakim.

5Le 15 mai 1971, Sadate fit arrêter les dirigeants de la bureaucratie nassérienne dont la principale figure était Ali Sabri.

6En 1961, Nasser publia une « Charte Nationale » qui marqua le tournant du régime vers l’extension des nationalisations.

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