Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRLANDE

Une question trop brûlante

· Inprecor (première série) n° 14-15, 12 décembre 1974 · p. 6-8 · 913 mots

Irlande Grande-Bretagne

Le texte ci-dessous est celui que publie inprecor.fr (saisi, sans erreurs de reconnaissance optique). La numérisation reste la référence : pages 6-8, 6 7 8.

Un des principaux scandales, dans la performance dans l’ensemble misérable de la gauche travailliste lors de la dernière conférence du parti, fut l’incapacité totale des délégués de la gauche à soulever la question des nouvelles lois anti-républicains irlandais. Ces lois comprennent l’interdiction de l’IRA (Irish Republican Army — Armée Républicaine Irlandaise) en Grande-Bretagne et l’interdiction de porter des banderoles soutenant les buts de l’IRA ou de ramasser de l’argent pour l’IRA. L’État a désormais le droit d’expulser de Grande-Bretagne toute personne suspectée d’appartenir à l’IRA. Les pouvoirs de la police ont été largement étendus ; la police a désormais le droit de détenir quelqu’un pendant une semaine sans accusation, avec la permission du Ministre de l’Intérieur. Ces nouvelles mesures, prises après les attentats à la bombe de Birmingham (voir Inprecor n°13, 28 novembre), ont précipité une nouvelle vague de raids policiers en Grande-Bretagne. Ces nouvelles lois ont été utilisées comme prétexte pour attaquer les organisations de gauche en général. Dans la région de Birmingham, la police a fouillé des appartements de militants de l’IMG (International Marxist Group — Groupe Marxiste International), section britannique de la IVe Internationale, et a emporté des documents.

Un des rares commentaires au sujet des nouvelles lois lors de la conférence vint de Joan Richardson, député de gauche de Barking. Elle déclara que les nouvelles lois rendaient « beaucoup d’entre nous malheureux ». Pourquoi ? Parce qu’elles pouvaient être utilisées contre « les gens de couleur » et d’autres groupes politiques. Après tout, déclara-t-elle, nous n’aurons pas toujours un Ministre de l’Intérieur travailliste. Les militants enfermés dans les camps d’internement en Irlande du Nord et ceux qui ont subi les raids de la police la semaine dernière doivent bien se demander quelle différence cela fait d’avoir un Ministre de l’Intérieur travailliste.

En dehors de la conférence, Joan Maynard, député de gauche de Sheffield Brightside, déclara dans un meeting sur l’Irlande qu’il fallait fixer une date pour le retrait des troupes britanniques d’Irlande, l’abrogation de la Loi des Pouvoirs Spéciaux en vigueur en Irlande (qui accorde pratiquement des pouvoirs dictatoriaux au régime) et la fin de l’internement. Telle fut la limite du « radicalisme ». L’incapacité de la gauche à mener une bataille sur cette question fait partie de son incapacité totale à se battre dans cette conférence. Malgré le fait que l’utilisation de la question irlandaise par la classe dominante est potentiellement extrêmement dangereuse pour l’unité de la classe ouvrière, la plupart des membres de la gauche travailliste refusèrent de lutter contre le cabinet, craignant de se rendre impopulaires. Et ceux qui ont soulevé ce problème l’ont fait de façon très confuse et limitée. Une des législations anti-ouvrières les plus importantes depuis la seconde guerre mondiale est actuellement en vigueur en Grande-Bretagne ; mais, en général, la gauche aimerait mener bataille contre des cibles plus faciles. L’action répressive des troupes britanniques en Irlande du Nord est couverte par la vague de chauvinisme anti-irlandais qui traverse la classe ouvrière au lendemain des attentats de Birmingham ; en gardant le silence les députés de la gauche travailliste se font les complices d’un processus extrêmement dangereux.

Les députés de gauche ont été suivis dans leur retraite politique par la plupart des groupes d’extrême-gauche en Grande-Bretagne. Les International Socialists, par exemple, le principal groupe d’extrême-gauche, titrait son journal « Arrêtez les attentats à la bombe ! », ce qui est exactement le slogan du Ministre de l’Intérieur, Roy Jenkins. Cette position se base sur une adaptation totale aux sentiments anti-républicains et anti-irlandais de la classe ouvrière britannique. Ce sont les mêmes sentiments que la classe dominante a utilisés pour élargir le soutien à sa guerre de répression en Irlande ; les mêmes sentiments que l’extrême-droite en Grande-Bretagne et en Irlande du Nord essaie d’utiliser pour renverser de façon durable le rapport de forces au détriment de la classe ouvrière.

Décembre 1974

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