Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE LATINE

Structures industrielles et problèmes conjoncturels

· Inprecor (première série) n° 16-17, 16 janvier 1975 · p. 48-52 · 3 351 mots

Brésil Argentine et Chili Mexique Économie mondiale

PSALANA Les économies capitalistes sont en crise. Plus possible d'en douter. France, Allemagne, Italie, Royaume Uni, Canada, USA et Japon -- c'est-àdire les sept principaux pays de l'OCDE - - ont connu ensemble une baisse de 0.25% de leur produit national brut, par rapport à 1973. Cette situation d'ensemble recouvre certes des situations assez différentes (Japon : - 3.2%; USA : - 1.7%; contre 4. 7% pour la France et l'Italie), mais le fait nouveau, c'est que chacun de ces pays connait un fléchissement de son taux de croissance à partir du second semestre 1974. La synchronisation de la crise devient réalité. C'est ce qui fait sa gravité. On ne peut pas dès lors ne pas songer à la crise de 1929-37. Cette référence est d'autant plus intéressante si on se souvient que cette crise a provoqué un certain relâchement des liens des économies capitalistes les plus développées avec les économies capitalistes les plus développées avec les économies capitalistes exportatrices dites sous-développées. Cette crise de l'impérialisme a pu ainsi profiter à certains pays latino-américains. La croissance industrielle a connu un essor vigoureux au Brésil, au Mexique, en Argentine par exemple. On pourrait ainsi penser que - - de même qu'en 1929-37 -- cette nouvelle crise puisse être à l'origine d'un essor des forces productives dans certains pays soumis aux centres impérialistes, déplaçant ainsi les contradictions socio-économiques qui y règnent. Bien que la réponse ne puisse être que très prudente, les données sta-

Brésil, Argentine,

Mexique

TRUCTURE

NDUSTRIELLE

ET PROBLEMES

CONIONCTURELS

tistiques semblent, à première vue, le suggérer. Mais, pour comprendre la conjoncture actuelle, pour prévoir la conjoncture future et saisir dans quel cadre s'inscrivent les projets des gouvernements, il faut préciser quelque peu la structure industrielle de ces pays, les modalités de l'accumulation du capital. Ce faisant, nous insisterons plus particulièrement sur le Brésil qui, par ses excès et ses limites, éclaire les contradictions que connaissent les bourgeoisies mexicaine et argentine ( 1).

La structure industrielle

La structure industrielle de ces économies est particulière: - Le secteur des biens de consommation non durables. C'est là où on trouve les structures industrielles les plus archalques, le taux de salaire le plus faible (2), c'est là enfin où l'on trouve la plus forte concentration de capitalistes locaux. En d'autres termes, c'est là où la pénétration des firmes multinationales a été la moins vive. Secteur aujourd'hui "végéta(1) Pour plus de détails, nous renvoyons au N° 16/17 de Critiques de l'Economie Politique (ed. Maspero) : Amérique Latine : Accumulation et Surexploitation; et particulièrement à notre article : Vers un Nouveau Modèle d'Accumulation ?

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tif" sinon en régression, ce secteur fut, hier, au lendemain de la crise de 1929-37, le secteur dynamique. Sa fonction est de répondre à la demande solvable des ouvriers, manoeuvres, chômeurs partiels. - Le secteur produisant des biens de consommation durables. Ce secteur est aujourd'hui le secteur dynamique. Très rares sont les capitalistes locaux qui y accumulent en contrôlant leur entreprise. C'est dire que ce secteur a été à la fois la proie des capitalistes étrangers - - à partir des années 55 -- qui partaient à la conquête des entreprises issues de la crise de 1929-37, et le lieu où les firmes multinationales ont réinvesti une part importante de leurs profits, créant ainsi, au sein de ce secteur, de nouvelles entreprises. L'exemple de l'industrie automobile en est le plus frappant, Dans ce secteur, et à la différence du précédent, la structure des salaires est plus dispersée (proportion plus élevée de cadres-techniciens dans l'ensemble du personnel). - Un secteur étatigue très important, centré surtout autour des branches dont la composition organique est élevée, dont l'apport initial de capital est important, dont enfin la rotation est faible. Ce secteur concerne essentiellement l'infrastructure, dans certains cas les industries énergétiques, les industries de produits intermédiaires et certains biens d'équipement. Ce secteur est étroitement complémentaire du précédent, lui diffuse des économies externes importantes, lui permet ainsi de s'assurer des taux de profits substantiels. Ce secteur étatique a donc pour fonction d'assurer les meilleures conditions pour l'accumulation du secteur produisant des biens de consommation durables, secteur contrôlé, pour l'essentiel, par les firmes multinationales. Cette structuration de l'économie est originale. Elle est le produit d'abord des contradictions au sein de l'économie mondiale (crise de 1929-37, guerre de 1940-45), ensuite de la façon plus ou moins aisée avec laquelle le capital a résolu à son profit les contradictions sans cesse croissante l'opposant au Travail. Plus précisément, au lendemain de la guerre, la substitution des importations de biens de consommation légers était épuisée. La poursuite de l'accumulation nécessitait que les capitalistes procèdent à la production locale de (2) En Argentine -- dans les années 1965-70 --

Run manoeuvre travaillant dans les secteurs les plus archalques (alimentation, textile) gagnait 25% de moins qu'un manoeuvre travaillant dans les secteurs les plus modernes (biens de consommation durables). Ce dernier gagnant légèrement plus qu'un ou -vrier travaillant dans les secteurs les plus archaiques.

biens d'équipement et produits intermédiaires, compte tenu de leur impossibilité à importer la totalité de ces marchandises dont ils avaient besoin pour transformer leur argent en capital. Le contexte de l'époque étant celui de la fin de la crise et de la guerre, les bourgeoisies locales se trouvaient soumises à nouveau à la loi implacable du profit à son échelle internationale, et contraintes d'utiliser des techniques de production modernes. Mais, ces techniques de production se matérialisaient dans des capacités de production de plus en plus démesurées par rapport au volume de la demande effective (finale et intermédiaire). De là résultaient des capacités de production oisives (plus de 50%!), une baisse du taux de profit, moindre cependant que celle qui aurait résulté de la non-utilisation de ces techniques modernes conçues dans les centres impérialiste. De cette contradiction économique émergeaient à la fois la nécessité de s'allier au capital étranger ( pour sauver la casse !), à la fois d'avoir un Etat capable politiguement de diminuer certains coûts : ceux représentés par les salaires. Cette contradiction économique trouvait donc son expression immédiate au niveau socio-politique. La résolution de cette contradiction ne sera pas aisée. Au Brésil, elle a nécessité un coup d'Etat (1964), brisant les organisations ouvrières. Au Mexique, une forte répression anti-ouvrière dans les années 50. En Argentine une succession de coups d'Etat, sans que pour autant on puisse dire que les projeis du Grand Capital aient pu réussir, précisément en raison des traditions de lutte du prolétariat argentin. Au Brésil, le coup d'Etat va permettre à la fois de réduire de 55% (!) le salaire minimum de 1964 à 1974, à la fois d'assurer, grâce à une politique de crédit à la consommation, de fiscalité généreuse pour les grosses entreprises, une demande solvable suffisante et une diminution des coûts pour les entreprises produisant des biens de consommation durables. La hausse vertigineuse du taux d'exploitation dans le secteur productif va permettre que se développe de manière accélérée un fort secteur improductif capitaliste, l'un finançant l'autre. Le secteur du commerce s'accroftra au taux de 5.6% par an en moyenne de 1960 à 70 (contre 1.7% pour l'Argentine), le secteur des services de 4.1% (contre 2,9% pour l'Argentine ( 3). Cette hausse du taux d'exploitation -- lorsqu'elle connait une ampleur suffisante comme au Brésil -- constitue ainsi la précondition pour que puis -se se développer de manière significative le secteur des biens de consommation durables. D'un côté, elle réduit les coûts sans diminuer la demande solvable puisque les ouvriers - - compte tenu de la faiblesse de leur revenu - - ne peuvent acheter ces produits. D'un autre côté, grâce à la redistribution des revenus opérée par le gonflement du secteur improductif (commerce capi(3) EBLA, Vol. XVIII, N° 1 et 2, ONU.

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AMERIQUE LATINE taliste au sens large, dépenses de l'Etat) - - permise par la hausse vertigineuse du taux d'exploitation - - elle fournit une demande solvable pour ces produits. Mieux, l'essor du secteur des biens de consommation durables, le rôle progressivement moteur qu'il est conduit à jouer, modifie la structure des salaires. Les techniciens-cadres apparaissent proportionnellement plus nombreux. Par leurs salaires, ils sont clients pour partie de ce secteur et constituent donc un facteur additif de nature à favoriser la réalisation de forts taux de profit dans ce secteur. L'on assiste ainsi à une reconcentration des revenus : entre les deux pôles les plus extrêmes (les 5% les plus riches et les 50% les plus pauvres) apparait de manière significative un pôle intermédiaire constitué par ce qu'on appelle trop communément les "couches moyennes" parition de ce troisième pôle permet ainsi une adaptation plus aisée entre le profil de la demande et les capacités de production dans le secteur des biens de consommation durables. On comprend, dès lors, à la fois l'origine profonde du "miracle" brésilien et les difficultés de l'accumulation en Argentine et au Mexique. L'essor vigoureux des forces productives passe par la capacité d'assurer au secteur des biens de consommation durables le rôle moteur. Ceci passe par la capacité politique de réprimer fortement (ou d'intégrer) la classe ouvrière. Assurer de forts taux de profits nécessite également, de la part de l'Etat, une action déterminante dans les secteurs des biens d'équipement, de produits intermédiaires et d'infrastructure. C'est parce qu'en Argentine il n'a pas été possible -- malgré la succession de coups d'Etat -d'opérer à cette échelle ce type de répression, qu'il n'y a pas eu de "miracle". Certes, le taux de salaire a fortement baissé. La part des salaires dans le produit national brut est passée de 50% en 1950 à 38% en 1960, 42.1% en 1970, 35. 9% en 1972, pour remonter récemment, sous Peron,

Cette baisse des salaires -- outre la période 1955-60 - - a été très prononcée en 1966-68, période caractérisée par la mise en oeuvre d'une politique économique qui, au niveau de l'Etat, représentait directement les intérêts du Grand Capital (K. Vasena, sous la présidence d'Ongania), période caractérisée également -et pour cause ! -- par les cordobazos (grèves insurrectionnelles dans la ville de Cordoba). L'incapacité de briser l'opposition ouvrière conduira, de ce fait, la bourgeoisie à recourir à Peron dans le but avoué de profiter de la mystification qu'il pouvait exercer auprès des masses populaires, de dévoyer ainsi leur combativité. La mort prématurée de Peron ouvre la voie à une autre solution : la répression violente. Ainsi, c'est parce qu'il n'a pas été possible d'augmenter suffisamment le taux d'exploitation, alors même que les coûts salariaux étaient initialement élevés (plus élevés qu'au Brésil) que le secteur des biens de consommation durables ne pourra pas s'assurer les mêmes taux de profits en Argentine, ne pourra pas constituer, comme au Brésil, un élément aussi dynamique.

Croissance, inflation, balance

des paiements Tel est le cadre d'ensemble dans lequel s'inscrivent les conjonctures présentes. En Argentine, le taux de croissance de la Production Intérieur Brute n'est pas comparable à celui du Brésil. Beaucoup moins élevé, il reste cependant assez substantiel : 3.6% en 1972, 4. 5% en 1973 et 6% prévu pour 1974 (4) en terme réel. Les exportations passent de 1935 millions de dollars en 1972 à 2920 millions de dollars en 1973, alors que les importations stagnent (1895 millions de dollars contre 1930 en 1973). L'ouverture vers les pays de l'Est s'accentue et se concrétise par un prêt de 400 millions de dollars de l'URSS (au taux de 4.5% sur 10 ans !), par l'achat de viande, de riz, etc., par un prêt de 100 millions de dollars par la Pologne, etc.. L'évolution des prix est, quant à elle, beaucoup plus irrégulière. Durant les cinq premiers mois de 1973 - - c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Campora - - la hausse des prix est de 41.5%, soit une hausse quotidienne de 0.2% ('. ), puis les mesures prises (prix maxima ) font fléchir ce taux (- 2. 6% en juin; 0.1% en juillet; 1.7% en août; 0.7% en septembre; 0.6% en octobre; 1.5% en novembre, idem en décemhre). La croissance est plus vive au Mexique qu'en Argentine, mais bien plus faible qu'au Brésil. De 1970 à 1973, le taux de croissance de la Production Intérieur Brute est de 6% (5) en moyenne (7% pour l'industrie), taux légérement inférieur à celui de la décennie précédente : 7% et 8.8% (pour l'industrie). Fait particulièrement récent et important pour le Mexique, cette croissance s'accompagne désormais d'une vive reprise de l'inflation. De décembre 1972 à décembre 1973 les prix de détail ont cra de 21.4% et les prix de gros de 25.2%. On sait qu'une hausse plus vive de ces derniers, relativement aux premiers, indique l'existence d'un fort processus cumulatif, et, de ce fait, reflète des contradictions exacerbées dans le procès d'accumulation du capital, contradictions qui ont trouvé leur reflet dans l'accueil fait par les travailleurs à la révolte étudiante de 1968 (alors même que les syndicats sont intégrés à l'appareil d'Etat). Cet écart s'accentue dans un premier temps (29% pour les prix de gros contre 25% pour les prix de détail entre le ler trimestre 1973 et le 1 er trimestre 1974) puis (4) Pour l'Argentine, les sources sont : Mercado

Annuario, Guia de Consulta 1974 (el Economista) et el Cronista Comercial. (5) Pour le Mexique, les chiffres proviennent de la revue Comercio Exterior.

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devient négatif de avril 1974 à juin 1974 (0.5%, 0 %, et 0.3% contre 1.4%, 0.9%, 1% pour les prix de détail). Ce renversement de tendance résulte à la fois d'une politique délibérément anti-inflationniste de la part de l'Etat, à la fois de l'intégration des syndicats et des accords que ceux-ci ont passés avec le patronat, accords qui aujourd'hui sont contestés (et pour cause !). Parallèlement à cette augmentation de la production et des prix, l'essor des exportations est vif: de janvier à novembre 1973 la valeur des exportations augmente de 31.8% contre 22.1% pour l'ensemble de l'année 1972. Cet essor affecte, comme au Brésil et, dans une moindre mesure en Argentine, essentiellement les produits manufacturés (les ventes de l'industrie de transformation se sont élevées de 54,5% contre 17.1% pour l'agriculture et une baisse de 6.2% pour les industries extractives). Au Brésil, le taux de croissance de la Production Intérieure Brute a été en 1973 de 11.4% (6), celui de l'industrie de transformation (sauf la construction) de 15.25% en 1973 et de 14.32% en 1974 (prévision en août) en terme réel. Parallèlement, les prix ont connu une flambée : de juillet 1973 à juillet 1974, la hausse a été de 31.5% contre 15% de juillet 1972 à juillet 1973, avec des fortes pointes en mars (+ 4,7%) et avril (+ 5.1%). Et si les exportations de produits de base fléchissent ( - 7.2% entre le ler semestre 1973 et le ler semestre 1974), les exportations de produits semi-manufacturés connaissent un bond sans précédent (+ 48.5%), accentué encore plus pour les produits manufacturés (+68.5% dans la même période). Il semble cependant qu'au Brésil, on serait à un tournant. Le modèle basé sur la dynamique du secteur des biens de consommation durables commence à connattre des limites. On l'a vu au niveau de la réapparition de l'inflation, on le voit également au niveau de la balance commerciale. Au cours du ler trimestre 1974, la balance commerciale connait un déficit de 2488 millions de dollars contre un excédent de 182 millions de dollars pour l'ensemble de l'année 1973. Ce déficit est essentiellement da à une chute des exportations de certains produits dits de base et à un gonflement des importations de biens d'équipement. On touche là le problème essentiel. La croissance basée sur le secteur des biens de consommation durables nécessite l'importation croissante de biens d'équipement et de produits intermédiaires. Or, compte tenu à la fois des intérêts de la dette (qui avoisine 20 milliards de dollars aujourd'hui !), de l'amortissement de celle-ci, du rapatriement enfin des dividendes des firmes multinationales, il apparait de plus en plus nécessaire d'avoir -- pour ce type d'économie -- une balance commerciale excé(6) En ce qui concerne le Brésil, les sources sont : Conjontura Econômica, août et novembre 1974.

dentaire_, afin précisément de financer ces sorties de devises. La contradiction est donc la suivante : augmentation considérable des biens d'équipement, produits intermédiaires et énergétiques, et nécessité, de ce fait, d'avoir une augmentation plus considérable encore des exportations. On comprend alors deux éléments nouveaux : la nécessité d'exporter davantage de produits manufacturés et la politique suivie vis à vis des firmes multinationales pour les inciter à exporter une part croissance de leur production; l'utilisation à 90/95% des capacités de production dans les secteurs de biens d'équipement et produits intermédiaires. A la différence de 1964-67 il n'existe plus de marges inutilisées dans les capacités de production. Une enquête récente auprès des capitalistes au Brésil a pu montrer que les obstaà la limitation de leur production provenaient pour 30% de l'insuffisance des capacités de production ( donc des machines), pour 35% de l'insuffisance dans l'approvisionnement des matières premières et produits intermédiaires, contre seulement 25% dans l'insuffisance de la dimension du marché, en ce qui concerne les biens de consommation. Ces chiffres sont, dans l'ordre, de 16% et 35% contre 7% pour le secteur machines et accesoires, 27% et 13% contre 18% pour le secteur matériel de construction, de 34% et 14% contre 21% pour les autres biens intermédiaires. Ainsi, la contradiction se déplace. L'essor vigoureux du secteur des biens de consommation durables se heurte non plus à l'insuffisance du marché, mais à la capacité qu'ont la structure industrielle implantée et la balance commerciale de fournir des biens d'équipement et de produits intermédiaires. C'est ce qui explique que dans le cadre du second plan de développement brésilien (1975 - 79) on insiste plus particulièrement sur le développement du secteur des biens de production, renouant ainsi avec le vieux "plan des objectifs" de Kubitschek de la fin des années 50 et des contradictions qu'il implique. Le cadre général dans lequel s'opère ces projets de restructuration conduit certains ministres (S. Gomez par exemple) à préconiser une modification substantielle du modèle de croissance, relativisant le rôle du secteur des biens de consommation durables, privilégiant l'expansion basée sur l'élargissement du marché interne. Desserrer l'étau qu'implique la croissance basée sur les biens durables signifie ainsi accorder des augmentations de salaires, dont le relèvement de 20. 76% du salaire minimum nominal en mai décidé par Geisel, le bonus de 10% en octobre, la modification du calcul de la progression des salaires (calculée sur 12 mois au lieu de 24), pourraient constituer les premiers prémisses. Mais ces augmentations de salaires - - si elles

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ne coûtent guère économiquement, compte tenu de l'ampleur de la réduction opérée depuis 10 ans et de l'inflation -- sont de nature à alimenter, voire réveiller, une combativité ouvrière latente. Les dernières élections et la victoire du MBD ( Mouvement Brésilien Démocratique), parti officiel de l'opposition, révèlent le dégré de mécontentement face à la dictature militaro-policière. La situation des économies bréslienne, mexicai -ne et argentine est donc largement différente de celle qui prévalait dans les années 30. La crise des années 30 a permis des "détours de production" grâce à la substitution des importations. Aujourd'hui, la structure industrielle, bien que particulière, est dans l'ensemble intégrée. On ne peut donc s'attendre à la reprise d'un mécanisme de cette sorte. L'accumulation du capital dans les secteurs des biens d'équipements exi-

LA REPER

DE LA CRISE

SUR

L'ECONOMIE

DES PAYS DE L'EST

T.HARDING ge l'intervention croissante de l'Etat, ne peut éviter l'apparition de fortes capacités de production oisives compte tenu de la "dépendance technologique'' de ces pays, est de nature à accélérer le rythme de l'inflation, conduit à l'exacerbation des contradictions sociales. Mais, si on considère que la crise actuelle se manifeste par une exportation massive des capitaux de la part des USA, du Japon, de l'Allemagne, dont semble bénéficier particulièrement le Brésil en Amérique Latine, on peut penser qu'à terme on puisse assister à l'ébauche d'une nouvelle division internationale du travail: le Brésil, le Mexique, l'Argentine se spécialisant, pour l'exportation, dans la production de biens durables. Cette perspective ne semble cependant pas crédible dans le court terme. Si bien que les nuages qui se dessinent à l'horizon proviennent plus de problèmes internes que de la crise qui s'ouvre dans les centres impérialistes.

CUSSION

CAPITALISTE

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