PORTUGAL Nous publions ci-dessous un texte d'analyse d'ensemble produit par les camarades de la LCI (Liga Comunista Internacionalista - - Ligue Communiste Internationaliste, organisation sympathisante de la IVème Internationale au Portugal) et publié dans le N° 7 de Luta Proletaria du 14 janvier 1975. Nos camarades de la LCI ont décidé, lors de leur dernière. conférenLa chute de la dictature fasciste devenait nécessaire et même inévitable, non seulement dans la mesure où sa politique entrait en contradiction avec les intérêts et le développement des secteurs les plus dynamiques du capital financier, mais aussi parce qu'elle se montrait incapable de résoudre la crise politique et militaire créée par le renforcement de la lutte armée des travailleurs de l'Angola, de la Guinée et du Mozambique ainsi que par la montée des luttes ou -vrières au Portugal. Ce qui permet d'expliquer la nature contradictoire de la situation surgie après le 25 avril, ce fut le caractère contradictoire des diverses forces intéressées dans la chute de la dictature et le fait que celle-ci fut renversée grâce à l'initiative d'une couche de jeunes officiers document
LA
SITUATION
POLITIQUE
ET
L'ASSEMBLEE
CONSTITUANTE
ce nationale de participer aux élections à l'Assemblée Constituante qui doivent en principe avoir lieu le 15 mars. Ce texte permet de cerner les lignes de force de la situation sociale et politique au Portugal et de situer la perspective d'ensemble dans laquelle nos camarades vont mener leur campagne électorale. sujets à des influences diverses et qui étaient menacés par une défaite militaire en Afrique. Dans un premier temps, le coup d'Etat militaire du 25 avril apparut en grande partie comme une manoeuvre préventive de la part de Spinola et des secteurs les plus lucides du capital financier. Mais dans la suite immédiate du coup d'Etat se détachent certains secteurs de gauche du MFA qui se sont radicalisés, d'une part vu le contexte répressif dans lequel ils ont dû développer leur action sous la dictature fasciste et, d'autre part, vu l'influence exercée par les organisations démocratiques et ouvrières réformistes sur une partie des membres du MFA. En outre, au travers des grèves et des manifestations massives qui firent suite à la chute du -
fascisme, de la puissante manifestation du ler Mai, les travailleurs réussirent à améliorer leurs conditions de vie et de travail. Ils portèrent de nombreux et importants coups à l'appareil d'Etat fasciste, expulsèrent des entreprises les administrateurs et divers responsables liés à l'appareil fasciste ainsi que les dirigeants des syndicats corporatistes, De ce fait, ils modifièrent en leur faveur le rapport de force entre les capitalistes et la classe ouvrière et rendirent difficile l'application et le développement des plans de Spinola. Le développement de la lutte de classes pénétra l'armée. La lutte des travailleurs sous l'uniforme, des soldats et des marins, se dirigea essentiellement contre la discipline militaire mais aussi contre l'embarquement dans les colonies ainsi que sur des objectifs liés aux conditions de vie dans les casernes. En Guinée, les soldats portugais fraternisèrent avec les combattants du PAIGC ( Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et des Iles du Cap Vert), passant outre les instructions venant de Lisbonne, forçant ainsi Spinola et la Junte de Salut National à reconnaitre immédiatement l'indépendance de la Guinée Bissau sous la direction exclusive du PAIGC. Dans cette période, la classe ouvrière, malgré tout le retard politique et organisationnel hérité de la période du fascisme, s'engagea ouvertement dans une offensive. La bourgeoisie, ne disposant pas de partis politiques dignes de ce nom, fut obligée d'appeler au gouvernement les Partis communiste et socialiste et le MDP (I), qui s'intégrèrent dans un gouvernement de Front National avec le PPD (2), dont la vocation de parti du capital financier était déjà tout à fait visible. Ceci fut rendu possible parce que le gouvernement se constitua autour de la reconnaissance et de l'application du programme du MFA (Mouvement des Forces Armées). Un programme qui, bien adapté à la défense des intérêts du capital financier, était impulsé par certains secteurs petits-bourgeois du MFA, probablement influencés par la politique suivie par le PCP et le PSP; c'est-à-dire par une politique d'alliance entre le prolétariat et la petite-bourgeoisie ainsi qu'avec des secteurs de la bourgeoisie nonmonopoliste. Quoi qu'il en soit, que cette influence directe ait ou non existé, une convergence du type décrit ici serait toujours possible. Le rôle des partis ouvriers réformistes dans le gouvernement devait être, et fut, de contenir les luttes des travailleurs dans le cadre strict de la propriété privée. La garantie de la volonté d'agir de la sorte se trouvait dans leurs propres positions réformistes, dans leur acceptation du programme démocratique bourgeois du MFA, dans leur dépendance face au président de la République, à la Junte de Salut National et face à la Commission de Coordination du MFA.
La période que nous cernons ici est celle des grèves de la Lisnave, de la grève avec occupation de la Timex, de la lutte des travailleurs des transports de Lisbonne (Carris), des travailleurs de la TAP ( Transports Aériens Portugais), des grèves des CTT ( postes) et du textile. Ce fut l'époque de nombreuses grèves avec occupation des locaux par les travailleurs et de l'émergence de nombreuses commissions de travailleurs. Ces commissions étaient en grande partie une réponse à la division organisée par les syndicats de travailleurs dans une même entreprise (organisations syndicales fascistes). Mais leur action se développa souvent jusqu'au niveau d'une réelle direction de la grève et continua dans la perspective de la défense des avantages acquis en développant des formes de lutte sur les licenciements, les rythmes de travail et la hiérarchie qui s'inscrirent dans le cadre du contrôle ouvrier. De nombreux journaux ouvriers voient le jour ( O Trabalhador da Messa, O Novo Portuario, Jornal da Greve, da Efacec-Inel, etc.). Le prolétariat, spécialement ses secteurs les plus avancés, accroit sa conscience du rôle décisif qu'il joue dans la production et renforce sa combativité, son expérience et son organisation. Mais, en même temps, vu son relativement bas niveau de conscience politique, il confond quelques victoires partielles et conjoncturelles avec des victoires définitives, irréversibles. Face au développement des luttes et dans un contexte qu'aucun nouveau pouvoir ne pouvait stabiliser, les capitalistes, la Junte de Salut National et le MFA, chacun à sa manière, manifestèrent deux préoccupations majeures. En même temps qu'ils évitaient une répression massive et directe, ils firent quelques concessions salariales et sociales dans certains secteurs et cherchèrent à contrôler l'inflation en gelant les prix. Mais ils misaient avant tout sur les illusions des travailleurs face à la nouvelle situation ainsi que sur les intentions du MFA . Ces illusions créées par l'appui même que les partis ouvriers réformistes donnaient au MFA vont permettre à ce dernier d'isoler, et y compris de briser certaines luttes les plus avancées des travailleurs (CTT, TAP, Lisnave, etc.). et ceci avec l'appui précieux du PCP et même de l'Intersyndicale qui se renforça avec l'adhésion de nouvelles couches de travailleurs qui s'éveillaient à la lutte. Pendant que le MFA faisait l'expérience dans la pratique politique de son importance et se reconnaissait une vocation bonapartiste, les partis communiste et socialiste se donnaient comme tâche d'empêcher la généralisation des luttes, isolant les travailleurs les plus conscients et combatifs du reste de la classe ouvrière et centrant toujours plus l'Intersyndicale vers son rôle d'appareil d'encadrement réformiste des travailleurs.
PORTUGAL La formation du régime bonapartiste militaire de la bourgeoisie De fait nous nous trouvons dans une société où se perpétuent les rapports de production bourgeois, où les capitalistes continuent à dominer et où les centres de pouvoir politique échappent au contrôle direct de la bourgeoisie ou, mieux, à un quelconque de ses partis. Une caste militaire a émergé au-dessus des deux classes sociales fondamentales antagonistes, au-dessus des propriétaires et des prolétaires, ploiteurs et des exploités, établissant une domination derrière laquelle se cache en réalité le capital financier. (.., En outre, la situation politique et la forme de régime se révèlent immédiatement instables. Le centre d'exercice du pouvoir politique se situe sans doute dans les structures politiques du MFA et des Forces Armées. Au sein de l'armée et à divers niveaux de direction coexistent plusieurs tendances politiques bourgeoises et même certains secteurs liés au mouvement ouvrier. S'il est vrai que l'armée proprement dite reste une institution bourgeoise, comme tout l'appareil d'Etat, il est aussi vrai qu'en son sein s'instaure un équilibre instable entre la hiérarchie et les structures traditionnelles d'une part et, d'autre part les structures et la hiérar -chie qui expriment les tendances petites-bourgeoises réformistes qui ont élaboré le programme du MFA. Enfin, à cause de l'équilibre relatif des forces entre les classes, à cause de l'équilibre au sein même de l'armée et vu les rapports avec les mouvements sociaux, la Junte de Salut National, la Commission de Coordination du Programme et le MFA apparaissent sur la scène politique comme des médiateurs relative-
La classe dominante, la bourgeoisie, dirige au travers d'une caste militaire petite-bourgeoise réformiste. Cette caste militaire, à son tour, domine grâce à des institutions, des lois, et l'idéologie bourgeoises. Il est clair que, dès lors, surgissent au niveau de l'appareil d'Etat des conflits entre la classe dominante et sa forme de domination, conflits qui se traduisent plus spécifiquement dans les confrontations entre les divers centres d'exercice du pouvoir politique. C'est ainsi que le développement de la lutte de classe et les options politiques qu'il était nécessaire de prendre, plus particulièrement sur la question coloniale, conduisirent à une lutte sourde entre les spinolistes et les secteurs petits-bourgeois radicaux du MFA. Cette confrontation apparut brusquement à la lumière le 28 septembre 1974. Tandis que le régime bonapartiste se consolidait, la conti nuation de la lutte armée des travailleurs de l'Angola, du Mozambique, les manifestations de fraternisation entre soldats portugais et combattants des mouvements de libération, les pressions des secteurs de gauche du MFA et des partis ouvriers réformistes obligèrent Spinola à reculer dans son plan de stratégie néo-coloniale. continuant cependant à tenter d'obliger les mou-
LUTA PEL
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June caste mi a emerge au-des explo des exploite vements de libération à faire le maximum de concessions de façon -- spécialement en Angola -- à imposer une solution néo-coloniale en relation avec l'impérialisme et les forces politiques qui lui sont liées (FNLA, UNITA, Mobutu). En même temps, les secteurs qui, dans l'appareil d'Etat, représentent les plus directement les intérêts du capital financier vont profiter du reflux relatif des luttes ouvrières ( après fin juin) pour réprimer l'action des organisations révolutionnaires et publier des décrets répressifs concernant le droit de réunion, de grève, etc.. Ils essayaient, de cette manière, d'ouvrir une voie afin que les capitalistes puissent récupérer ce qu'ils avaient été obligés de concéder dans la période faisant suite à la chute de la dictature. Leslicenciements, l'inflation, l'augmentation des rythmes de travail constituent le moyen concret pour cette opération. (...) Pour atteindre ses objectifs de restructuation économique, d'intégration dans le Marché Commun, on peut cumprendre que la bourgeoisie portugaise avait besoin d'enlever aux travailleurs les conquêtes qu'elle avait dû concéder. Dès lors, elle réprima les luttes ouvrières les plus avancées, permit le développement des organisations d'extrême-droite et encouragea ainsi la réaction. Galvao de Melo n'hésitait pas à discuter avec les membres de la PIDE qui s'étaient mutinés.
MO
taire sSUS urs et
Gonçalvez Les difficultés dans l'application de la tactique initiale du capital financier (décolonisation fédéraliste et instauration d'un Etat fort sous la direction de Spinola) stimulent certains des secteurs les plus liés à l'exploitation coloniale, à la spéculation boursière et aux branches industrielles les plus condamnées, à agir pour leur propre compte, à chercher à organiser certaines couches de la petite-bourgeoisie, dans le cadre d'un projet réactionnaire. Les grands industriels et banquiers, après le choc initial, retrouvent des forces... Au travers de diverses manoeuvres, ils tentent de faire pression sur le gouvernement provisoire pour que celui-ci définisse plus clairement sa politique comme une politique qui assure un profit suffisant aux investissements. Ainsi, les garanties du second gouvernement provisoire -- qui apparut après la tentative échouée de coup d'Etat constitutionnel de Palma Carlos -- ne se firent pas attendre. Les discours de Vasco Gonçalves étaient clairs à ce propos. Le prix du pain, du sucre et du lait va monter. On affirme la nécessité de l'épargne. Les portugais doivent faire un effort pour reconstruire une économie que le fascisme a conduit au chaos. Aux capitalistes on demande de ne pas se décourager, d'investir et d'en profiter. Aux travailleurs, on réclame de travailler, d'accepter tous les sacrifices et de ne pas perturber le bon fonctionnement des entreprises. (...) Cette première offensive globale de la bourgeoisie fut rendue possible par la politique des réformistes; mais elle se heurta à la résistance des secteurs les plus combatifs de la classe ouvrière (grève de la TAP, Journal du Commerce, Lisnave). Pendant toute cette période des luttes ouvrières eurent lieu spécialement dans les secteurs où les capitalistes avaient recours aux licenciements collectifs pour récupérer les augmentations de salaire concédées. Dans ce sens, le mois d'août fut un mois de lutte contre les licenciements et les bas salaires. Parallèlement, la bourgeoisie cherchait à résoudre rapidement la question coloniale. Mais, après l'indépendance de la Guinée, les accords de Lusaka montraient non seulement que la bourgeoisie portugaise, avec l'aide de l'impérialisme et de la bourgeoisie africaine, espérait obtenir des accords et des concessions de la part des mouvements de libération , mais aussi qu'elle était obligée de céder beaucoup plus vite qu'elle ne le désirait. En Angola où la situation militaire n'était pas si désastreuse, où les mouvements qui menaient la lutte étaient divisés, y compris en leur sein (MPLA), où les intérêts de l'impérialisme sont importants ainsi que les richesses ( diamant, pétrole), la tactique est différente. Spinola chercha à prendre directement en main la question de la décolonisation de l'Angola (cessez-le-feu, gouvernement provisoire intégrant les mouvements de libération et les autres organisations, élections pour une Constituante, etc.) avec le but de marginaliser le MPLA et de s'appuyer sur Mobutu, Holden Roberto et Savimbi pour imposer une solution néo-coloniale.
La signification politique du 28 septembre
Le 19 septembre, après un appel de Spinola, la "majorité silencieuse" est invitée à manifester son appui au président de la République. Rapidement il apparaît qu'autour de cette manifestation du 28 septembre se réunissent de multiples forces de droite et d'extrême-droite. Des secteurs capitalistes qui avaient appuyé le coup d'Etat militaire du 25 avril (Champallimaud, Galvao de Melo) se sentaient dépassés par les évènements et étaient préoccupés par les liens entre le MFA et les partis réformistes. Ils se lient avec des légionnaires comme Casal, Ribeiro et des colonialiste célèbres comme Franco Mogueira et Kaulza de Ariaga. La droite et l'extrême-droite se mobilisent. Les banquets se multiplient, les armes s'accumulent. Le 25 septembre les forces réactionnaires occupent le Campo Pequeno (arènes) : ceci constitue la première démonstration massive de force de la droite. Spinola ovationné accepte le rôle qu'on lui attribue. Des secteurs croissants du capital financier liés à l'impérialisme nord-
PORTUGAL américain ou au sous-impérialisme brésilien, ainsi que les fractions de la bourgeoisie les plus attachées au système colonial ( banque Espirito Santo) appuient plus ou moins ouvertement cette offensive de la droite et de l'extrême-droite. Avant tout, ce sont les milieux de la petite-bourgeoisie rurale qui sont mobilisés en combinaison avec les manifestations du colonat réactionnaire de l'Angola et du Mozambique. Cette 1л contre la mar offensive vise à provoquer une scission dans l'armée et à dissoudre le MFA. Mais contre la manifestation du 28 - - qui avait pour fonction de créer une situation de tension permettant à Spinola de déclarer l'Etat de siège, d'assumer l'entièreté du pouvoir et de réprimer les organisations ouvrières et révolutionnaires - - surgit la mobilisation des travailleurs stimulée par l'Intersyndicale et diverses organisations ouvrières et révolutionnaires. Cette mobilisation, la formation des barrages et barricades, força à son tour l'intervention du MFA et déter -mina le sens de son action. Spinola et les divers groupes insérés dans l'opération reculèrent lorsqu'ils virent que le rapport de forces au sein du MFA et entre ce dernier et l'armée ne leur était pas favorable. La classe ouvrière sortit renforcée de l'épreuve
Beaucoup de travailleurs comprirent leur capacité propre de lutter contre la
Ce fut le cas des typographes qui empêchèrent la publication d'annonces en faveur de la "majorité silencieuse" ou des chauffeurs et conducteurs de bus qui désorganisèrent, par le boycott, la manifestation réactionnaire. tant il est nécessaire de distinguer la capacité de mobilisation des travailleurs et leur degré de corscience politique. Les partis et organisations réformistes réussirent à détourner les travailleurs d'une lutte anti-capitaliste concentrant leur attention sur la lutte contre la réaction et le fascisme. Ce fut l'incapacité du proléà intervenir dans la crise comme force indépendante et déterminante qui permit au MFA de reprendre le contrôle de la situation, de substituer aux barricades érigées par les travailleurs et exerçant une vigilance de classe contre les réactionnaires, des groupes de soldats qui inspectaient les véhicules et permirent même à Spinola de faire un discours démission dans lequel il appelait les capitalistes nationaux et internationaux à recourir aux armes économiques et à faire pression sur le gouvernement provisoire, préparant sa chute si cela était nécesC'est encore le retard politique du prolétariat portugais et la politique de collaboration de classe développée par les réformistes qui permet de comprendre qu'un des résultats immédiats des évènements des 27 et 28 septembre fut le "dimanche de travail'' proposé par Vasco Gonçalves. Un dimanche qui devait accroître les illusions des travailleurs dans le mythe de la reconstruction nationale et faire la démonstration pour l'impérialisme que le gouvernement et le MFA contrôlaient la situation. Au niveau politique une des conséquences immédiates du 28 septembre fut sans aucun doute la consolidation du régime bonapartiste militaire. L'évolution depuis le 28 septembre Les partis ouvriers réformistes - - avant tout le PCP -- jugèrent que leur heure était venue après
Ne pouvaient-ils pas apparaître comme les sauveurs de la nation et de la démocratie ? Ceci créerait un nouveau rapport de forces qui leur permettrait d'augmenter leur influence et de renforcer leur position dans l'appareil d'E-
Mais ils ne réussirent qu'à renforcer le pouvoir du MFA sur la vie politique en général et sur le mouvement ouvrier en particulier. Et le MFA, par sa nature propre, parce qu'il est partie intégrante des forces armées dont l'existence et le fonctionnement sont liés par mille fils à la société bourgeoise ne peut que servir la bourgeoisie elle-même. Et c'est pour cela que les initiatives du PCP (la lutte contre les monopoles, la réforme agraire, la participation du MFA à la Constituante) vont à chaque fois être dénaturées par des instances qui doivent représenter l'unité la plus grande entre "le peuple et les forces armées". C'est pour cela que les critiques voilées contre certains ministres et certaines lois se heurtent à une opposition discrète mais ferme du Conseil des Vingt (MFA) et du Conseil des Ministres. Il ne servit à rien au PCP d'abandonner les aspects les plus radicaux de son programme en huit points (nationalisation des monopoles) lors de son dernier congrès extraordinaire , s'adaptant toujours plus au programme du MFA. Une nouvelle période s'ouvrit alors dans laquelle le renforcement du MFA va fusionner avec sa transformation progressive en gérant des intérêts de la bourgeoisie, et durant laquelle son programme se développe, mais dans ses aspects les plus "mauvais". En même temps, le MFA va s'élargir aux Forces Armées, sa hiérarchie se combinant avec la hiérarchie traditionnelle. Ceci au moment où il se dissout dans l'appareil d'Etat, perdant son indépendance initiale par rapport à l'Etat bourgeois, dans la mesure précise où ses responsabilités gouvernementales augmentent. Toutes les lois que le MF A proposent et que le gouvernement provisoire publie sont marqués du réformisme bour -geois. Le dernier exemple nous est fourni par le plan économique et social de Melo Antunes, dont le caractère social-démocrate ne fut en aucune mesure altéré par les modifications proposées par la Commission de Coordination et approuvées lors de la dernière assemblée des délégués du MFA. La bourgeoisie battue, et dont les secteurs favorables à un coup d'Etat immédiat sont écrasés, modifie sa tactique. Elle cherche avant tout à influencer de l'intérieur les Forces Armées et le gouvernement tout en se préparant activement pour les élections. Au même moment les partis ouvriers réformistes et avant tout le PCP font des manoeuvres dé-
sespérées afin d'altérer en leur faveur la politique du MFA avec l'intention, plus ou moins déclarée, de faire que l'armée procède à des réformes de fond, qu'elle confirme l'importance déterminante du PCP, assurant sa permanence au gouvernement et augmentant l'appui et la confiance des travailleurs dans la politique de participation du PC au gouvernement provisoire, rendant ainsi possible une "authentique démocratie", ou, du moins, une démocratie selon le PC. Mais le MFA n'est pas une avant-garde révolutionnaire et on ne combat pas la réaction et le grand capital avec les moyens et les méthodes proposées par le PCP et le MDP. Le PCP trahit la classe ouvrière en tentant de se lier aux classes qui, à leur tour, le trahiront. Toute cette évolution des rapports politiques diminue les craintes de la bourgeoisie, renforce sa confiance dans la gestion bonapartiste de la crise et de ses intérêts propres, et lui permet d'envisager avec plus de confiance le futur, préparant une victoire électorale des partis de droite grâce à sa force financière et à son influence politique spécialement dans les centres ruraux, Or vu la marge de manoeuvre économique restreinte de la bourgeoisie portugaise, vu l'incapacité politique des partis réformistes, vu la fragilité actuelle des organisations révolutionnaires et la division au sein de la classe ouvrière -- division aggravée par le chômage, par quelques défaites partielles et par l'isolement des secteurs les plus combatifs des gros bataillons de la classe ouvrière --, une victoire électorale de la droite provoquerait une tentative d'instauration d'un Etat fort, c'est-àdire un Etat avec un Exécutif fortement centralisé, et capable de canaliser et de réprimer les luttes ouvrières. Mais pour qu'il soit capable d'instaurer un tel Etat sans de graves confrontations sociales, il est nécessaire que la résistance de la classe ouvrière soit quasinulle et qu'elle soit démoralisée et démobilisée par le gouvernement provisoire, Actuellement, la situation économique et politique est pleine de difficultés pour la bourgeoisie. Contrairement aux prévisions du Ministre Rui Vilar l'inflation galópante continue, les fuites de capitaux et les faillittes frauduleuses se multiplient, les licenciements continuent et le nombre de chômeurs s'élève déjà à 150.000. Ce chiffre augmentera vu le retour des soldats et les difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs immigrés dans les pays capitalistes. Les dépôts bancaires restent bas malgré l'augmentation du taux d'intérêt. Ceci implique des restrictions de crédit. De nombreuses petites et moyennes entreprises sont confrontées à de graves problèmes. La balance commerciale se détériore, de très grands déficits apparaissent. Les revenus du tourisme diminuent et les envois de devises des immigrés n'augmentent pas, détériorant ainsi la balance des paiements. Les investissements se font prudents et diminuent même. L'agriculture connait une crise rampante. si cela ne suffisait pas les tentatives de modification du système agraire, au travers de décrets sur le taux de fermage et l'utilisation des terres incultes, se heurtent au retard politique des paysans et à l'inertie traditionnelle des structures agraires. Enfin, les étudiants n'étudient pas; la réforme technocratique réformiste de l'enseignement a fait long feu. La résolution de la crise économique de la bourgeoisie ne passe pas seulement par une attaque aux conditions de vie et de travail de la classe ouvrière, mais encore -- et surtout-- par la résolution de sa crise de domination politique. Pour atteindre cet objectif, la bourgeoisie utilise actuellement deux moyens; à travers le plan économique et social d'urgence, elle réduit le pouvoir d'achat de certaines sections de la bourgeoisie qui constituaient le principal appui du régime fasciste; elle limite et attaque les conditions de vie et les possibilités de lutte des travailleurs. Par ailleurs et surtout, la bourgeoisie tente d'utiliser les élections à l'Assemblée Constituante pour dévier les luttes des travailleurs dans les usines, les syndicats et les commissions d'entreprise vers le terrain électoral; elle tente de substituer aux revendications économiques et sociales des masses l'exigence d'une Assemblée Constituante démocratique. En outre, une victoire électorale des forces de droite capitalistes (CDS - - Centre Démocratique et Social et PPD) permettrait à la bourgeoisie d'utiliser la Constituante pour légitimer des nouvelles formes de domination et pour accélérer la formation d'un Etat fort qui, dans la mesure du possible conserverait une certaine apparence de démocratie pour mieux tromper les travailleurs. Pour tout ceci il est nécessaire que les révolutionnaires adoptent une position claire vis à vis des élections à l'Assemblée Constituante. Il faut qu'ils interviennent activement dans les élections pour dénoncer implacablement leur nature et leurs objectifs en les utilisant pour développer leur propagande et leur agitation révolutionnaires, se servant de la Constituante comme d'une tribune de dénonciation de l'exploitation dans la société capitaliste, mais subordonnant toujours leurs interventions dans les institutions bourgeoises à la lutte pour l'auto-organisation et l'action directe des masses laborieuses, (1) MDP - - Mouvement Démocratique Portugais, qui se créa en tant que parti à l'échelle nationale après le 25 avril. Son origine remonte à 1969, lorsque dans les élections législatives se présenta la CDE (Commission Démocratique Electorale). Le MDP est aujourd'hui contrôlé par le PCP et joue le rôle de couverture électorale du PCP dans les régions les plus "retardées" spécialement. (2) PPD : Parti Populaire Démocratique, dirigé par Francisco Sà Carneiro. Il représente aujourd'hui l'axe central des partis bourgeois.