Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRAN

La voie impériale

· Inprecor (première série) n° 18, 31 janvier 1975 · p. 11-13 · 2 040 mots

Iran Syndicalisme URSS et Russie Économie mondiale

IRAN voIe.

impériale

A. PARSI La classe ouvrière iranienne, et surtout la jeunesse ouvrière, produit de la "révolution blanche", est aujourd'hui confrontée à une situation sociale de plus en plus lourde de tensions. La riposte à la surexploitation Bien que la majorité de la population iranienne vive encore dans les campagnes, le nombre de ceux qui émigrent vers les villes pour y trouver un emploi ne cesse d'augmenter. On assiste au développement rapide d'une classe ouvrière, concentrée dans les grandes villes comme Téhéran, Tabriz, Isfahan, Racht, Abadan et Mahchad. Actuellement les personnes qui travaillent dans les divers secteurs industriels constituent près de 32% de la population active, contre 22.6% en 1966; cela malgré le développement d'un chômage très fort : 10% de la population active selon les chiffres officiels (1). Or, ces travailleurs n'ont pas le droit d'association et de réunion, c'est-à-dire ne peuvent former de syndicats pour défendre leurs intérêts de classe. Certes, il existe des syndicats verticaux qui collaborent avec les patrons et la Savak (police politique) : ils n'ont aucun crédit auprès des travailleurs, ce sont des structures vides. Le modèle n'est autre que celui des syndicats corporatistes fascistes; le régime n'a pu les doter d'une base de masse. Du point de vue de la situation matérielle, si les sa laires ont augmenté depuis quelques années, le pouvoir d'achat des travailleurs a relativement baissé (aucune indexation n'existe) et le salaire de la majorité des ouvriers ne leur permet pas d'assurer le minimum nécessaire. L'augmentation des prix des produits de première nécessité est telle que les t:availleurs n'arrivent pas à satisfaire leurs besoins les plus immédiats. Cette situation a donné lieu à une vague de grèves dans les secteurs importants de l'industrie. Parmi les grèves de ces derniers mois, celle de l'usine Irana (fabrique de catelles et de mosalques appartenant à la famille Erier) en septembre 1974 fut la plus dure et la plus meurtrière. Après avoir occupé l'usine pour protester contre le licenciement de quatre d'entre eux, les ouvriers se virent attaqués sauvagement par les agents de la Savak; il y eut 14 victimes parmi les ouvriers de cette usine. La grève des ouvriers de l'usine de montage Land Rover, en octobre 1974, ne fut pas moins combative et, ici aussi, une répression brutale eut lieu. La dernière grève, survenue dans l'usine de Varamine (production de la graisse végétale) est intéressante, car cette usine dépend du ministère de la guerre ( plus précisément de ETKA) et fournit l'armée iranienne en graisse végétale. Le ler octobre 1974, les 250 ouvriers de cette usine se sont mis en grève pour exiger une augmentation des lioration des conditions de travail. Cette grève provoqua également un certain affolement par -mi les autorités, étonnées par ce type de lutte. Il faut souligner qu'aucune de ces luttes n'est mentionnée dans la presse iranienne et il est extrêmement difficile d'obtenir des informations précises à leur sujet. Ces grèves mettent de plus en plus en évidence la force et la combativité de la classe ouvrière en Iran et le rôle politique qu'elle peut jouer. Il est clair que tant que les ouvriers ne se sont pas organisés et ne se donnent pas les moyens de se défendre face aux attaques de la Savak et de l'armée, d'autres victimes viendront s'ajouter à celles de l'usine Irana.

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IRAN Pénurie et inflation Depuis bientôt plusieurs mois, on assiste à une augmentation croissante des prix et une pénurie des produits alimentaires. La réforme agraire du Chah non seulement n'a pas pu résoudre les problèmes des paysans, mais a détruit également toute l'agriculture traditionnelle (vivrière entre autres) du pays, au profit des capitaux étrangers et nationaux. Les efforts du régime en vue de remplacer les communautés paysannes détruites par des coopératives agricoles se sont soldés par un échec. Des paysans ont été obligés, pour payer leurs dettes, (rachat de la terre à l'Etat par versements mensuels), de vendre leurs terres à de grands capitalistes et de devenir ainsi des ouvriers agricoles, ou d'émigrer vers les villes. Des "unités agro-industrielles", dominées souvent par des capitaux étrangers, ont remplacé les communautés paysannes. Parmi les plus importantes, l'on peut citer les suivantes : Sté Herenger et Naraghi (H & N) avec un capital de 425 millions de rials (1 dollar = 68 rials), et 18, 617 hectares de terre. 97.5% des actions de cette société appartiennent au capital impérialiste. La société Iran & Californie (Dezkar) avec un capital de 1.250.000 dollars et 10.536 hectares de terre, 70% des actions appartenant au capital "étranger"; la société Trans World et la société Iran-Yougoslavie. Ces sociétés produisent en général des denrées destinées à l'exportation (oranges, artichauts, endives, asperges, etc.). Cette situation a provoqué dans les villes une pénurie importante et l'augmentation des prix des denrées alimentaires. La pénurie de la viande, des oeufs, du lait, du pain et du riz a atteint ces derniers mois un niveau extrême. Ainsi, le gouvernement a été obligé de recourir à l'importation de ces produits, mais les produits importés sont des -tinés en priorité aux militaires et ensuite aux plus de 100. 000 kurdes venant de l'Irak et logés dans des camps modernes construits par le gouvernement iranien à Kermanchah. D'autre part, les prix de ces importations ( riz pakistanais, viande congelée et blé en provenance des Etats-Unis) sont tellement élevés que le travailleur ne peut pas les acheter. Cette situation a stimulé, spécialement dès l'automne 1974, un mécontentement quasi-général dans la population et surtout parmi les travailleurs. Où va le revenu du pétrole? Le revenu du pétrole joue un rôle très important dans le maintien de la dictature iranienne. En produisant 320 millions de tonnes de pétrole -- 293.1 millions en 1973 - - l'Iran peut compter sur 20 milliards de dollars de revenus pétroliers, soit 16 milliards de plus qu'en 1973 et vingtfois plus qu'en 1970. L'augmentation du prix du pétrole (2) a provoqué, depuis quelques années, la naissance d'un capital financier autonome non négligeable (Voir à ce sujet l'article de E. Mandel dans INPRECOR N° 10). De grandes banques daffaires, contrôlées par des capitaux iraniens, ont été créées ces dernières années, dont les plus importantes sont : - La banque Chahriar, avec un capital de 5 milliards de rials; - La banque de développement industriel et minier de l'Iran, avec un capital de 960 millions de rials (privée); - La banque de crédit industriel (Etebarat sanati), avec un capital de 2, 600 millions de rials (étatique); - La banque Etebarat tavoni tozi, avec 300 millions de rials (privée); - La banque de commerce extérieur, avec un capital de 275 millions de rials (mixte); - La banque commerciale de l'Iran, avec 250 millions de rials (privée); - La banque Iran-Moyen-Orient, avec 250 millions de rials (mixte); - La banque internationale Iran-Japon, avec 200 millions de rials; - La banque Téhéran, avec 250 millions de rials (mixte). Grâce à ce capital financier la bourgeoisie iranienne joue un rôle assez important, non seulement dans la région du Golfe persique, mais aussi à l'échelle internationale. Ces capitaux sont utilisés essentiellement de trois manières. (1) A l'extérieur, ils sont dépensés sous forme d'aide ou de prise de participation industrielle, financière, etc.; nous pouvons citer ici quelques données significatives à ce sujet. Au cours des dix premiers mois de 1974, ces pétro-dollars ont été utilisés à l'extérieur de la façon suivante : - Plus de 100 millions de dollars pour l'achat de 25. 04% des actions des Acieries Krupp Hut- Un milliard de dollars d'aide à la Banque mon-

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- 75 millions de dollars de crédit à Grumman - 1.2 milliard de dollars de prêt à des sociétés anglaises; - 1 million de dollars de don à l'université G. Washington; - 1 milliard de dollars d'avance à la Banque de Paris, pour l'achat de 5 réacteurs nucléaires à la France; - 3 milliards de dollars de prêt à l'Italie; - 250 millions de dollars d'aide au Pakistan; - 250 millions de dollars à l'Inde; - 2 milliards de dollars d'aide à l'Afghanistan; - 100 millions de dollars d'aide au Bangla Desh; - 1 milliard de dollars à l'Egypte; - 50 millions de dollars d'aide à la Syrie; - 10 millions d'aide au Sénégal. (2) La deuxième forme de dépense de ces capitaux est l'achat d'armements, pour renforcer l'armée iranienne. Plus de 60% du revenu du pétrole est consacré à l'armée (Voir INPRECOR N° 2). (3) La dernière forme d'utilisation de ces capitaux est l'investissement dans les projets industriels nationaux et les plans quinquennaux. Ainsi le ème plan quinquennal révisé, qui a débuté en mai 1973, prévoit un investissement de 60 milliards de lollars. Les projets d'investissements mixtes se multiplient dans l'automobile (Renault, Chrysler), la pétrochimie (avec Dupont de Neumours, Union Carbide), l'acierie (Thyssen, Creusot-Loire, etc.). C'est ce capital financier autonome qui permet au Chah et à la bourgeoisie iranienne de prendre certaines positions allant à l'encontre des intérêts immédiats des américains et des compagnies pétrolières. Si le régime du Chah est historiquement garant des intérêts de l'impérialisme américain et du capitalisme mondial en Iran et dans la région, néanmoins, de façon conjoncturelle, il peut manifester une certaine autonomie face à ces intérêts. C'est cette autonomie relative qui permet à la bourgeoisie iranienne de profiter des contradictions inter-impérialistes en vue de se renforcer. C'est également cela qui explique la campagne "anti-impérialiste"' et "anti-américaine'' lancée par la presse iranienne, et la dénonciation de la dictature iranienne par la presse américaine. (Newsweek du 14 octobre 1974, contenant des attaques contre le pouvoir personnel du Chah et des révélations sur la Savak, a été traduit et publié dans la presse iranienne, afin de forger "l'unité nationale" contre les "ennemis extéLe nationalisme au service de la dictature Il faut essayer de contenir le mécontentement général de la population à coup de propagande nationaliste. C'est la raison pour laquelle les mass-media sont relativement développées : les radios, les chates de télévision et les principaux journuux remplissent cette mission. Pour ces propagandistes, l'Iran, centre de l'Asie colonisée d'hier, doit diriger (sous la direction du

Chah) la lutte des peuples du continent contre les "impérialismes en crise". La propagande fait aussi l'éloge du nationalisme iranien, de la grandeur de l'Iran et de la race arienne. Des ex-maoistes et des anciens cadres du parti stalinien Toudeh contribuent de façon importante à cette propagande. Du côté de l'opposition, les deux organisations de guérilla qui ont été créées depuis quelques années ont joué un rôle important dans la rupture avec le passé (le réformisme du parti Toudeh et du front national) et combattent avec un héroisme exemplaire. Mais à cause de la confusion de leurs lignes politiques et leurs conceptions militaristes, elles n'ont pas pu influencer vraiment la vie politique du pays et mobiliser la population. L'organisation "'Fedai du peuple", qui adopte une ligne castro-maoiste, a certainement ioué un rôle dans le déclenchement de quelques grèves. L'organisation "Combattants du peuple", qui se réclame de l'islam et du marxisme en même temps, jouit d'une certaine audience auprès de la petite-bourgeoisie urbaine. Mais aucune de ces organisations n'a réussi jusqu'à aujourd'hui à proposer un programme concret de revendications transitoires et à faire une analyse des forces en présence, du développement socio-économique de l'Iran. Face à une armée et une police modernes, à un régime appuyé par l'impérialisme américain et les bureaucraties soviétique et chinoise, il faudrait d'autres réponses que la bombe du fedal. Seul le marxisme-révolutionnaire sera capable de fournir ces réponses et de préparer la classe ouvrière et les paysans iraniens à la révolution socialiste. (1) Population totale : 32 millions d'habitants. (2) L'Iran est le quatrième producteur mondial de pétrole (derrière les Etats-Unis : 515 millions de tonnes en 1973; l'URSS : 424 millions; l'Arabie Saoudite : 362 millions), mais il est le deuxième exportateur mondial. Il possède 11% des réserves mondiales connues. De plus l'Iran détient des réserves de gaz naturel, qu'elle exporte en URSS (8.7 milliards de mètres cubes vendus en 1974 à l'URSS) et, maintenant, vers la REA. Le gaz sera aussi une nouvelle sour -ce de revenu. (3) Il n'est pas inutile de citer une partie des entreprises de la RFA qui intéressent le capital iranien : Siemens (matériel électrique), Kloeckner-Humboldt-Deutz (moteurs et camions), Gute Hoffnungs-Hutte (sidérurgie), Linde (réfrigérateurs), Preussag et Bayer (pétrochimie). Ceci indique certaines options du capital iranien.

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