INPRECOR reproduit ici un appel à la solidarité internationale lancé par un dirigeant du mouvement étudiant malais, aujourd'hui dans la clandestinité. La fin de l'année 1974 aura été marquée par un durcissement de la répression tant à Singapour qu'en Malaisie. Le régime à façade démocratique de Tun Abdul Razak, comme celui ouvertement policier de Lee Kuan Yew, ne pouvai en effet accepter la jonction qui commençait à s'opérer entre le mouvement étudiant et les luttes des travailleurs de la campagne ou de la ville. Tel est en effet le processus qui était engagé dans ces deux Etats du sud-est asiatique. La lettre publiée ci-dessous explique les conditions de cette rencontre en Malaisie. A Singapour c'est en soutien à une lutte ouvrière que les étudiants se sont mobilisés, celle des travailleurs de l'entreprise de yachts "American Marine", mis à pied. Pour avoir créé un "Centre de Recherche sur les Compressions de Personnel" et avoir dénoncé inflation, licenciements et mises à pied, la nouvelle direction du mouvement étudiant de l'Université de Singapour a été frappée. Son président, Tan Wah Piow s'est vu accusé d'activités subversives et inculpé avec deux des travailleurs en lutte, Ng Wam Ling et Mlle Yap Kim Hong.
INPRECOR N° 9 avait publié un interview d'un membre du Club Socialiste qui dirige l'Union des Etudiants de l'Université Malaya à Kuala-Lumpur. Cet interview annonçait l'importance qu'avait l'arrivée de nouvelles directions radicales à la tête du mouvement étudiant. De même, la jonction concrète qui s'est opérée ces derniers mois entre mobilisations étudiantes et mobilisations ouvrières ou paysannes prélude à une profonde remontée des luttes de classe à l'échelle régionale. D'où la violence de la répression qui s'exerce à leur encontre. Les régimes de Tun Abdul Razak et Lee Kuan Yew comptent sur le mur du silence qu'ils ont dressé autour de ce qui se passe en Malaisie et à Singapour pour pouvoir poursuivre impunément leur politique répressive. Aux militants révolutionnaires dans le monde de le briser. LIBERATION IMMEDIATE DES ETUDIANTS ET DES TRAVAILLEURS INCARC ERES EN MALAISIE ET A SINGAPOUR !
Chers amis Je suis le président du syndicat des étudiants de l'Université Sains de Malaisie et je vis actuellement en clandestinité. Je vous écris cette lettre de mon refuge afin de vous demander votre aide pour mettre fin au régime de terreur déclenché par le gouvernement malais contre les étudiants. Plus de 14 dirigeants étudiants, deux professeurs d'université, un assitant d'université et un dirigeant lycéen ont été arrêtés sous l'infâme loi de sécurité intérieure qui permet à un ministre de maintenir un citoyen en prison indéfiniment sans procès. Cette loi est utilisée par le gouvernement pour emprisonner quiconque représente une menace réelle et immédiate contre le monopole du pouvoir d'un petit groupe de riches. Plusieurs centaines de personnes sont toujours emprisonnées en fonction de cette loi anti-démocratique, certaines depuis plus de 10 Sous le règne actuel de terreur de nombreux dirigeants étudiants ont été obligés de passer dans la clandestinité pour échapper à la chasse lancée par le gouvernement. Bien que nous nous cachions, notre lutte pour la justice et la démocratie, et contre l'exploitation, la corruption et les abus de pouvoir par les autorités se poursuit avec la même intensité et le même dévouement. Je vais essayer, dans cette lettre, de décrire briévement les événements qui ont précédé l'instauration du règne de terreur actuel. La Malaisie est un des pays les plus riches de l'Asie du sud-est, avec un revenu par tête d'habitant de plus de 200 dollars malais par an ( environ 480 dollars US, 16.800 FB, 1.900 FF). Cependant il y a beaucoup de pauvres. Même le gouvernement admet que 40% de la population vit en-deça du niveau de pauvreté.Cette situation s'est aggravée par suite de la chute récente du prix du caoutchouc et de la hausse importante du prix dè la nourriture. Les revenus de nombreuses familles dans des villes comme Baling, Selama et Kulim a baissé brusquement, en-dessous de 25 dollars malais ( 10 dollars US, 350 FB, 40 FF) par mois par famille. Elles ne pouvaient plus acheter de riz et devaient se contenter de tapioca. Certaines se nourrissaient de tubercules trouvées dans la jungle. De nombreux enfants sont morts après avoir mangé des tubercules empoisonnées. D'après le représentant de l'Etat de Baling qui visita la maison d'une des victimes, il n'y trouva pas un grain de riz. Les paysans de ces régions ont fait appel aux autorités, y compris aux représentants du "peuple", mais ils ne reçurent que des promesses creuses. Ils décidèrent donc de manifester leurs revendications de façon plus dramatique par des démonstrations de force afin de forcer les autorités à prendre des mesures. Ils manifestèrent par milliers dans les chefs-lieux de district, certains manifestants parcourant à pied des distances supérieures à 30 km. Ils entourèrent les bureaux des districts et demandèrent à parler au Ministre en Chef de l'Etat. Dans une ville, ils décrochèrent le drapeau de l'Etat et le remplacèrent par un paquet de tapioca et le portrait du Premier Ministre, Tun Abdul Razak, accompagné du slogan : "Razak nous ne voulons pas manger de tapioca"'. Ils demandaient que l'on hausse le prix du caoutchouc, que l'on baisse le prix de la nourriture et que l'on coupe les salaires et les primes des ministres et des "représentants du peuple". (Un projet de loi est actuellement discuté au Parlement concernant l'augmentation de 50% des salaires et des primes des ministres et des "représentants du peuple"). Le 2 décembre 1974, les étudiants de toutes les universités et collèges organisèrent des manifestations de masse pacifiques dans tout le pays pour soutenir les justes revendications des paysans. Environ 10. 000 étudiants manifestèrent à Kuala Lumpur, 2.000 à Penang et 1.000 à Ipoh. Les étudiants n'avaient pas d'armes, même pas de bâtons. Ils ne gênèrent absolu ment pas le public. A Kuala Lumpur les étudiants voulaient tenir un meeting au Sclangor Padang afin d'expliquer au public les revendications des pauvres gens. Au lieu de saluer le calme des étudiants, le gouvernement envoya des camions remplis de policiers anti-émeute pour les disperser. La police lança des grenades de gaz lacrymogène et les frappa. Les étudiants s'enfuirent et se réfugièrent dans la Mosquée Nationale, pensant que la police ne les attaquerait pas là. Ils enlevèrent leurs chaussures avant d'entrer dans la Mosquée. Les policiers antiémeute se précipitèrent dans la Mosquée en gardant leurs bottes sales. Ils frappèrent les étudiants qui, pour se défendre, ramassèrent tout ce qu'ils purent dans la Mos quée. La police envoya également des grenades lacrymogènes dans la Mosquée. Par le biais des mass media, la radio, la télévision et les journaux, le gouvernement tente de déformer cet incident en accusant les étudiants d'avoir profané la Mosquée. Ils essaient par ce sale tour d'opposer le public aux étudiants. Nous sommes sûrs que cette vile tentative du gouvernement de diviser le peuple des étudiants échouera. Plus de 1.200 étudiants et manifestants ont été jugés en liaison avec ces manifestations. Non satisfait de cette répression massive, le gouvernement continua en arrêtant trois assistants d'université et un dirigeant lycéen en fonction de la loi de sécurité intérieure. Cette vague de répression atteignit son paroxisme au matin des 8 et 9 décembre 1974 quand les militaires (appelés de façon euphémique les "forces de campagne"') envahirent l'Université de Malaisie,
MALAISIE l'Université Kebangsaan et l'Université Sains de Malaisie et les occupèrent. Ils organisèrent ensuite, dans le plus pur style gestapo, une fouille de toutes les salles, utilisant des indicateurs, et ils arrêtèrent 14 dirigeants étudiants et les emprisonnèrent. Ces universités sont encore actuellement occupées par l'armée. Le public n'a plus droit d'accès aux terrains universitaires. sont fouillés par des soldats armés avant d'entrer dans les universités. Le gouvernement a menacé d'annuler les bourses de tous les étudiants qui participèrent aux manifestations. Ceci représentera un coup sévère pour les étudiants, dont la plupart viennent de familles très pauvres, paysannes ou ouvrières. La police pourchasse les étudiants qui distribuent des tracts ou vont dans les villages pour expliquer les problèmes de la lutte. Certains dirigeants étudiants craignent même que le gouvernement utilise des hommes de main pour les attaquer. - La répression gouvernementale n'a pas fait reculer les étudiants qui continue leur lutte. Il y a des manifestations quotidiennes et les étudiants vont expliquer à la population les problèmes réels, dans la mesure où la radio, la télévision et les journaux sont utilisés par le gouvernement pour diffuser des mensonges et des calomnies contre les étudiants et semer la dissension dans les rangs du peuple. Comme d'habitude, le gouvernement a accusé les "communistes" (sans identifier ces "communistes"') d'être les responsables de ces manifestations. D'après le Premier Ministre, les communistes excitèrent les étudiants qui, à leur tour, excitèrent les paysans dans les villages. Tous les gens dotés d'un minimum de bon sens comprendront que Tun Razak propage un énor-
De nombreux hommes et enfants marchèrent pendant plus de 30km, malgré la pour protester contre leur situation. Parcoureraient-ils une telle distance uniquement à cause de l'instigation des communistes et des étudiants ? Seuls la faim et les cris des enfants demandant de la nourriture peuvent obliger quelqu'un à parcourir une telle distance, sans avoir besoin d'instigations externes. sait mais il accuse les communistes afin de dévier l'attention de la population des véritables problèmes que sont la faim et la pauvreté dans les régions rurales. Je m'attends à une répression accrue de la part du gouvernement dans le futur immédiat. Les militants emprisonnés en fonction de la loi de sécurité intérieure peuvent rester des années en prison sans accusation légale. Seuls l'appui et l'agitation de notre peuple et de nos amis à l'étranger peuvent faire pression sur le gouvernement pour l'obliger à abandonner ses mesures criminelles. C'est pourquoi, au nom de mes camarades étudiants et des pauvres de Malaisie, je vous demande de nous apporter votre soutien pour notre lutte de la façon suivante:
- Envoyez des lettres et des télégrammes au Premier Ministre Tun Abdul Razak en protestant contre la répression gouvernementale, demandant la libération inconditionnelle de tous les emprisonnés et les accusés, et exigeant que le gouvernement satisfasse les justes revendications des paysans et des étudiants.
- Organisez des manifestations et des meetings de protestation contre les faits mentionnés ci-dessus.
- Aidez à distribuer et publier cette lettre.
Je crois fermement que la lutte du peuple pour la justice et la démocratie triomphera finalement malgré le pouvoir et la puissance des dirigeants.
Merci
Selamat Ahmad Kamal
Président du Syndicat des Etudiants de l'Université Sains de Malaisie
Batu Uban
Penang
La lettre que nous publions ci-dessus nous a été envoyé par le Centre d'Information sur les Prisonniers Politiques Asiatiques, mis en place à la fin de la Conférence de la Jeunesse Asiatique qui s'est tenue à Tokyo du 24 au 26 juillet 1974 ( voir INPRECOR N°8, 19 septembre 1974). L'adresse de ce centre est la suivante:
CENTER FOR INFORMATION ON ASIAN
POLITICAL PRISONERS
Suzuki Build. ; 3F-B, 5-3 Sarugaku-cho
1 - chome,
Chiyoda-ku, Tokyo 101, Japon
Dr. Syed Hussein Ali, Professeur associé de l'Université de Malaisie,
Tungku Shamshul Bahrain, Professeur associé de l'Université de Malaisie,
Gurdial Singh Mijar, Assistant de l'Université de Malaisie,
Annuar Ibrahim, Président du Mouvement de la Jeunesse Islamique,
Mohd. Idris Jusi, Président du Syndicat National des Etudiants Malais,
Abdul Rahman Rukaini, Président du Syndicat des Etudiants de l'Université de Kebangsaan,
Hassanuddin Yoon, Vice-Président du Syndicat des Etudiants de Kebangsaan,
Ahmad Shah Bin Mohd. Noor, Secrétaire général du Syndicat National des Etudiants Islamiques de Malaisie,
Adi Kastria, Secrétaire-Général adjoint du
Syndicat des Etudiants de l'Université de Malaisie, comecon,
LISTE DES PRISONNIERS DETENUS SOUS
LA LOI DE SECURITE INTERIEURE
Mohamed Hussein, gie,
Shukri Hj.
Imprecor correspondance de presse internationale
LA RECESSION
GENERALISEE DE
L'ECONOMIE
CAPITALISTE
INTERNATIONALE france, grande-bretagne, allemagne, japon, u.s.a, amérique latine la famine bimensuel 16 janvier 75 n° 16-17 50fb, 5ff, 4fs
Basroh Hassan, Secrétaire Général du Syndicat des Etudiants de l'Université de Kebangsaan,
Secrétaire Général de MARA, Syndicat des Etudiants de l'Institut de TechnoloIbrahim Ale, Président de MARA, Syndicat des Etudiants de l'Institut de Technologie, Ishak Jaafar, Vice-Président de MARA, Syndicat des Etudiants de l'Institut de Technologie, Zainuddin Abdul Rashid, Président du Syndicat des Etudiants Kedah de l'Université de Malaisie,
Abdullah, Président de la Société Islamique de l'Université Sains de Malaisie, Hoo Kee Ping, Président de la Société des Sciences Sociales de l'Université Sains de Malaisie, Lai Sung Kit, Président de la Société de Langue Chinoise de l'Université Sains de Malaisie, Tooh Thien San, Dirigeant étudiant.
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