Le passage de la direction de la résistance palestinienne de la lutte pour la libération de la Palestine à la course à l'Etat palestinien, son intégration totale et harmonieuse au choeur des régimes arabes, surtout après l'entente de Rabat, les déclarations modérées de ses responsables et l'accueil chaleureux qu'elle reçoit dans des milieux internationaux de plus en plus larges, en d'autres termes et symboliquement, le "rameau d'olivier"' qui a remplacé le "fusil du combattant" dans les. mains de la direction de l'OLP ( Organisation de Libération de la Palestine); autant d'indices qui montrent très clairement la dégénérescence mûre et achevée du mouvement de la résistance palestinienne. Il ne fait pas de doute que les causes de cette dégénérescence résident dans une large mesure dans les limites originelles du phénomène de la résistance, dans sa crise organique. Mais le développement de ces causes originelles en dégénérescence est le résultat d'un ensemble de circonstances liées aux relations de la résistance avec son milieu extérieur, circonstances qu'il est nécessaire d'exposer pour compléter l'analyse de cette dégénérescence. Bien entendu, le but de l'analyse est avant tout de définir les grandes lignes de l'évolution future afin de construire un plan d'action permettant de l'affronter. La crise organique de la résistance palestinienne Il est regrettable qu'aucune des composantes of-
OLP ficielles ou non de la gauche de la résistance ne soit parvenuel à une conscience globale de la crise de cette résistance, ce qui explique aussi l'absence d'une tendance marxiste-révolutionnaire cohérente au sein de ce mouvement. L'ensemble des analyses de gauche sur la résistance tourne autour d'un seul de ces aspects, qui est la nature petite-bourgeoise de sa direction. La relation entre cette nature et le comportement de la direction n'a pas été explicitée, de même que n'a pas été saisie la relation entre le comportement de la résistance et le milieu social dans lequel elle agit, c'est-à-dire les camps de réfugiés. En fait, les tendances de gauche de la résistance sont restées prisonnières de cette ligne de conduite générale, non affranchiés de ces limites contraignantes, partageant, elles aussi, la crise organique de la résistance, avec ses autres tendances. Notre courant a été le seul - - de l'extérieur du mouvement de la résistance - - à exposer de façon globale les limites organiques de la résistance. Il l'a fait dans un article publié par Al-mounadel en avril 1972 et décrivant la "crise de la résistance palestinienne" (reproduit dans "Pour Lénine") et dans la résolution sur la "Révolution Arabe" publiée par les trotskystes de la région arabe. Notre analyse peut être résumée de la façon suivante : Pour des raisons historiques en premier lieus les directions de la résistance sont issues du courant nationaliste petit-bourgeois dans ses différentes composantes; elles étaient toutes des directions petites-bourgeoises malgré la pluralité de leurs tendances politiques allant de la gauche radicalisée à la droite réactionnaire. La nature de classe commune entre les organisations de la résistance s'exprime dans leur incapacité commune d'élaborer un programme de lutte de classe (malgré le fait que certaines se réclament du marxisme), lié à leur lutte nationale contre le sionisme et l'impérialisme. Toutes ces composantes sont aussi restées prisonnières d'un palestino-centrisme pratique ( et théorique également pour Fatah) propageant des illusions sur la possibilité de libérer la Palestine par les forces du seul peuple palestinien, au lieu d'intégrer cette lutte à un vaste effort pour la construction du parti révolutionnaire à l'échelle de la région arabe, capable de briser toutes les formes de la domination impérialiste, y compris, bien entendu, le bastion sioniste garant de cette dépendance. Ce palestino-centrisme en pratique s'est exprimé également dans le fait que toutes les organisations de la résistance, sans exception, se sont liées -- en dépit des discours de certaines d'entre elles sur la relation dialectique entre la lutte palestinienne et la révolution arabe - - à l'un des régimes arabes ou à leur ensemble, sacrifiant les intérêts des masses laborieuses vivant sous ces régimes sur l'autel de l' ''intérêt de la résistance". Cet intérêt était compris comme étant les subventions de ces régimes - - comme si ces subventions pourvaient faire progresser d'un pouce la libération de la Palestine qui passe sans aucun doute par le renversement révolutionnaire des régimes arabes établis. D'autre part, vu l'absence de perspectives de lutte de classe -- réelles et non verbales - - dans le programme des composantes de la résistance, ce programme se résuma au seul slogan de "libération"', illusoire parce que lié à une vision palestino-centriste. Si les organisations de la résistance parvinrent à avoir un recrutement de masse malgré leur incapacité à définir des perspectives de classe et malgré leur maximalisme, cela s'explique en raison de la nature du milieu social dans lequel elles agirent, c'est-à-dire les camps de réfugiés. Les réfugiés palestiniens forment une catégorie sociale dont la majorité (en Jordanie et au Liban surtout) vit en dehors de toute structure productive et survit à partir des subsides qui lui viennent au nom du "secours", de certaines activités marginales ou saisonnières. La libération du territoire dont ils furent expulsés est, de loin, le principal désir des masses des réfugiés, et c'est un objectif qui suffit à les mobiliser ou du moins à mobiliser leur jeunesse. Ces masses sont dénuées de toute conscience de classe, ne voyant que leur ennemi national et ne percevant de contradictions entre leurs intérêts et ceux des classes dirigeantes arabes que dans la mesure où l'une de celles-ci marque une opposition à leur lutte nationale. La conscience des réfugiés est une conscience de "catégorie", ce qui explique également le palestino-centrisme des organisations de la résistance, fondé sur l' "identité palestinienne" créée par l'isolement dans les camps et le désir de ne pas dissoudre la "cause". Tels sont les aspects généraux de la crise organique qui marqua la résistance palestinienne depuis sa création et qui se cristallisa plus tard. Ces aspects se concrétisèrent dans le comportement d'organisations et donc d'appareils qui portèrent la crise et impulsèrent la dégénérescence. La bureaucratie palestinienne Les réfugiés n'étant intégrés dans aucune structure productive, la résistance -- d'autant plus qu'elle n'inclut aucune tendance politique prolétarienne -- fut très loin de constituer une armée de producteurs, une armée d'ouvriers et de paysans. Ses organisations aussi bien politiques que militaires sont des organisations de salariés, dont les salaires varient selon les grades, c'est-à-dire selon la place dans la hiérarchie; une armée dont la structure est semblable à celle des armées bourgeoises avec pour différence un caractère anarchique dans la mesure où les camps ne sont pas des casernes. Très vite se forma après 1967, et notamment en 1968 et 1969, un énorme appa-
reil hypertrophié de permanents percevant des salaires et dont la majorité n'exerce aucune activité utile connue. Le cancer des bureaux et offices se développa très rapidement jusqu'à atteindre une dimension égalant presque celle d'un appareil d'Etat comme celui de la Jordanie. Il est connu que le budget du Fatah en Jordanie rivalisait avec celui de l'Etat jordanien. Il se forma en un mot une énorme bureaucratie de titulaires de grades et de salaires importants, une bureaucratie intéressée comme toute bureaucratie par la défense de ses privilèges, mais différente des autres par le fait que son parasitisme ne s'exerçait pas sur le compte du peuple qu'elle dominait, mais sur celui des Etats arabes qui se sont chargés de la financer. Il devient clair, à la lumière de cette dernière caractéristique que le fait "bureaucratique" n'est pas le résultat naturel de la marginalité des réfugiés comme certains pourraient le penser ou le déduire de ce qui précède. Sans les subsides arabes, les organisations de la résistance seraient restées des organisations pauvres combatives, organisations de pauvres fortement motivées par l'idée de la libération de leur patrie usur pée, et cet énorme appareil parasitaire ne se serait pas développé, appareil qui trouva progressivement une compensation pour la Palestine dans les privilèges qu'il acquérait. Nous ne doutons même pas du fait que la politique visant à noyer la résistance dans un flot d'argent résultait d'un plan élaboré consciemment par certains régimes arabes, le régime saoudien en tête. Ces régimes savaient pertinemment que cette politique était le meilleur moyen de vider la résistance de son contenu révolutionnaire et de la soumettre à la volonté des pourvoyeurs, dans la mesure où elle en devenait dépendante, l'entretien de son appareil dépendant de la continuité de l'afflux des "aides". Les régimes réactionnaires ne regardèrent pas à la dépense pour la réalisation de leur politique : les subventions saoudiennes octroyées au Fatah jusqu'à 1973 sont estimées à près de 50 millions de dollars, sans tenir compte des subventions des émirats arabes, de la Lybie, et d'autres. Le dernier sommet de Rabat a décidé l'octroi de 100 millions de dollars à l'OLP ... à tel point que nous voyons l'OLP offrir un million de dollars de participation au ... fonds de développement africain ! Acte qui constitue le comble du ridicule, par lequel une organisation prétendant représenter un peuple vivant dans la misère se transforme en bailleur de fonds pour les pays pauvres ( ce que nous avons décrit comme la transformation de la révolution palestinienne en fortune palestinienne !) (1). (1) Il s'agit d'un jeu de mot en langue arabe : en effet, dans cette langue, "révolution" se dit thawra et "fortune"' tharwa (INPRECOR).
Evidemment les régimes arabes n'auraient pas offert ces fonds à la résistance si celle-ci avait adopté à leur égard une attitude révolutionnaire. Mais les caractéristiques de la résistance que nous avons décrites plus haut, et particulièrement celles du Fatah qui justifia par son palestino-centrisme droitier sa relation avec l'Arabie saoudite, permirent l'afflux des subventions. Néanmoins, la bureaucratisation de la résistance, encore longtemps après sa maturation, n'eut pas d'effet sur son unique programme général: la libération de la Palestine. Toutes les organisations de la résistance continuère longtemps à évoquer la nécessité de libérer toute la Palestine et à centrer leur propagande autour de ce mot d'ordre, malgré leur bureaucratisation évidente et achevée. Ce fait n'est pas contradictoire mais repose sur une contradiction : la contradiction entre, d'une part, les régimes arabes et leur politique visant à la solution pacifique et, d'autre part, le mouvement des masses palestiniennes aspirant à libérer leur patrie et résolues à lutter pour cette libération. La tâche assignée à la direction de la résistance et en premier chef à la direction du Fatah était la suivante : dominer les masses palestiniennes, ce qui impliquait de mettre en avant le slogan de la libération, et empêcher leur mouvement de se diriger contre les régimes arabes. Le paradoxe de la résistance est expliqué dans la résolution sur la Révolution Arabe citée plus haut, qui parle de "la position ambigue de la direction du Fatah, tributaire de l'équilibre entre ses relations avec les régimes arabes et le mouvement de masse qu'elle dirige et qui, par sa pression dans le sens de la radicalisation, lui accorde une certaine marge d'autonomie". La dégénérescence finale, politique, de l'appareil de la résistance palestinienne commença quand fut rompu l'équilibre sur lequel il s'appuyait depuis son développement après la délaite arabe de 1967, c'est-à-dire quand l'un des deux pôles de l'équilibre reçut un coup décisif : la liquidation dont fut victime la résistance en Jordanie en 1970-71. L'équilibre fut rompu au profit des régimes arabes, le principal bataillon du mouvement des masses palestiniennes, son bataillon jordanien, ayant été écrasé. Les coups suivants et notamment les évènements de mai 1973 au Liban vinrent accentuer l'affaiblissement du mouvement autonome des masses palestiniennes et renforcer par là-même l'hégémonie des régimes sur la résistance. Ce que nous avions prévu dans l'article d'avril 1972 se réalisa progressivement : " Le rapport des forces fait que les régimes l'emportent et le Fatah se transforme progressivement en une nouvelle version de l'OLP (Il faut entendre ici l'OLP de Choukeiri, avant que la résistance ait à nouveau eu recours à ce nom -- Note du traducteur). C'est-à-dire qu'il accepte sciemment de jouer le rôle de moyen de pression diplomatique".
La dégénérescence et son expression politique La répression qui s'est abattue sur le mouvement des masses palestiniennes - - ce mouvement n'ayant pas de direction révolutionnaire capable d'affronter la répression --est dont la cause principale de la dégénérescence de la résistance. Et ceci non seulement par la rupture, au profit des régimes arabes, de l'équilibre sur lequel s'appuya la bureaucratie de la résistance, mais aussi de façon directement physique : par le sacrifice des meilleurs militants de la résistance qui se mirent en première ligne dans l'affrontement avec l'armée de Hussein et autres bouches du peuple palestinien. L'arrière survécut, les gens des bureaux et des quartiers bourgeois de Beyrouth, alors que l'avant garde se sacrifia : la rapport des forces au sein même de la résistance se modifia en faveur des éléments les plus disposés à vendre la cause palestinienne au prix de la garantie et de l'extension de leurs privilèges. Cette évolution se refléta dans la politique de la résistance ainsi que nous l'avons signalé. En fait la dégénérescence politique de la bureaucratie de la résistance palestinienne était quasi-achevée depuis 1970-71. Depuis lors il était clair que la direction de la résistance palestinienne avait déjà perdu l'étroite marge d'autonomie dont elle disposait lors de l'ascension de la résistance, devenant en fait un moyen de pression diplomatique utilisé par le Caire et Damas pour obtenir des concessions américaines et'israéliennes dans leurs transactions pour la solution pacifique. Nous entendons par cette précision affirmer que ce qui apparut comme tournant dans la trajectoire de la direction de la résistance -c'est-à-dire son adoption du projet de l'Etat palestinien - - est un tournant politique évident et déclaré, qui n'était pas lié à une transformation interne mais était possible - - et eut lieu en fait - - de façon non déclarée après 1970-71. La dégénérescence de la bureaucratie de la résistance palestinienne était achevée, mais les circonstances à l'époque - - avant octobre 1973 -ne lui permettaient pas d'adopter le projet liquidateur de l'Etat et de s'intégrer publiquement aux efforts visant au règlement pacifique, de même que ces mêmes circonstances - - le règne du climat de la défaite et la peur d'une réaction des masses en cas de tentatives déclarées de liquidation de la cause -- interdirent à l'Egypte et à la Syrie de négocier avec le pouvoir sioniste et de se réconcilier avec l'impérialisme US. Lorsque les conditions changèrent, après la guerre d'octobre 73 ét la vaste campagne de propagande qui s'en suivit, il devint possible au "front de combat"', l'Egypte, la Syrie et la direction de la résistance palestinienne, de passer collectivement à l'application du règlement pacifique. Depuis, la direction de la résistance adopta ouvertement le projet de l'Etat
... depuis longtemps
la bureaucratie de
la résistanc est
un appareil d'Etat
sans Etat...
palestinien, après que le Front Démocratique ait sondé la réaction des masses en faisant -seul au début -- l'apologie de ce projet. La bureaucratie de larésistance s'intégra totalement et ouvertement aux efforts visant au règlement liquidateur. Le projet de l'Etat palestinien est l'expression politique directe et complète de la dégénérescence bureaucratique de la résistance palestinienne, de même que l'idéologie du "socialisme dans un seul pays" fut l'expression politique de la dégénérescence bureaucratique stalinienne de la révolution soviétique. donnent la libération de la Palestine de même que les autres abandonnèrent la révolution mon-
La bureaucratie palestinienne trouve son intérêt immédiat dans l'instauration d'un Etat palestinien sur la rive occidentale du Jourdain. Depuis longtemps la bureaucratie de la résistance était devenue appareil d'Etat sans Etat, et voici que l'appareil cherche naturellement un Etat dans lequel il puisse jouir de ses privilèges et les accroftre en se hissant au rang d'Etat. indépendant. Bien entendu nul ne sera dupe : l'Etat en question ne pourra être et ne sera pas une "base de départ" pour la continuation de la lutte armée pour la libération de la Palestine (à moins que ce soit contre le gré des dirigeants et de leur politique). Il a pour condition préalable d'existence d'être un Etat de coexistence pacifique avec le sionisme, coexistence consacrée par des accords internationaux. Par ailleurs toute intention combative dont ferait preuve un tel mini-Etat entrainerait son occupation immédiate par l'armée sioniste, ou plutôt sa ré-occupation. Il est évident en tout cas que la bureaucratie de la résistance n'a pas cette intention et comment en serait-il autrement alors qu'elle se préoccupe par dessus tout de vivre tranquille dans la jouissance de ses privilèges et des fonds qui continueront à affluer vers elle de la part des Etats pétroliers arabes. Malgré les affirmations de principe, visant à la propagande, il est clair que la bureaucratie de la résistance palestinienne a abandonné le but et le slogan de la "libération de la Palestine" ; elle l'a abandonné en pratique en acceptant un Etat ayant pour condition la coexistence pacifique avec le sionisme, elle l'abandonnera progressivement dans le domaine des principes concrets pour le ravaler au niveau d'un idéal général comparable à celui
du communisme mondial dans l'esprit des dirigeants staliniens du Kremlin, Sa dégénérescence aura ainsi atteint son point le plus avancé; la résistance se sera transformée en Etat au lieu de se transformer en révolution.' La seule fraction refusant véritablement aujourd'hui le projet de l'Etat palestinien - - et non à partir de la surenchère à bon marché pratiquée par le pouvoir irakien -- est le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (F.P.L. P.). C'est d'ailleurs, à l'origine, une fraction exclue des postes bureaucratiques clés de l'appareil général de la résistance en raison de l'hostilité et de la rivalité historique qui l'oppose au Fatah. Le F. P. L. P. ne s'est pas départi de son nationalis -me et se refuse à abandonner la Palestine; mais l'opposition nationaliste qu'il représente est une opposition "réformiste" : c'est-à-dire qu'elle ne s'accompagne pas d'une lutte effective pour le renversement de la direction actuelle de la résistance palestinienne, mais est une opposition de pression dont le sort le plus probable sera de se transformer en une opposition officielle dans le futur Etat palestinien. Toute opposition véritable, prête à continuer la lutte armée après la création du mini-Etat et contre le gré de son gouvernement, ne pourra être que clandestine et révolutionnaire; elle commence à se dessiner au sein des organisations de la résistance, parmi leurs militants de base et leurs cadres patriotiques et révolutionnaires, au sein du F.P. L. P., bien entendu, mais aussi au sein du Fatah lui-même... Les perspectives de la lutte L'éventalité d'une cinquième guerre (déclenchée par l'establishment militaire sioniste) ne peut être écartée, mais c'est une faible éventualité étant donné la gravité d'une nouvelle guerre. L'éventualité la plus probable , assurément, est celle de la réalisation du règlement complet plus ou moins rapidement, tôt ou tard, en y faisant participer la résistance. Le règlement débouchera sur la création d'un Etat palestinien, fut-il '"indépendant" ou fédéré avec d'autres, solution qui satisferait Israel et qu'on ne saurait écarter en dépit des apparences (il n'est pas question ici du projet Hussein, mais d'une formule fédérative avec la Jordanie ou autre dans laquelle l'Etat palestinien serait "indépendant" - - de fait - - du type de la Fédération des Républiques Arabes). C'est dire que l'Etat palestinien est l'éventualité la p lus probable, qu'elle qu'en soit la formule. Quelles sont donc les perspectives de lutte en fonction de cet Etat ? C'est une question essentielle pour les révolutionnaires palestiniens et pour tous les révolutionnaires de la région arabe.
Certains pensent que cet Etat, s'il est créé, signifiera une victoire écrasante de la réaction, et trouvent dans ce pessimisme la justification de leur abandon de la lutte étant donné que la réaction est irréversiblement triomphante, ou de leur abandon du "refus" (quant aux autres, et surtout quelques prétendus "marxistes" du Fatah, ils justifient leur abandon du refus par des illusions sur ... l'impossibilité du règlement! ). Le pessimisme dans ce cas découle de l'optimisme qui le précéda : ce sont ceux qui crurent un jour que la résistance palestinienne pouvait elle-même, avec la composition donnée de ses fractions, avancer sur la voie de la libération de la Palestine, ce sont ceux-là mêmes qui sont sidérés aujourd'hui par la victoire du projet de l'Etat palestinien. Nous n'en sommes point ! Il était clair dès le début, et inéluctable en fonction de la crise organique de la résistance palestinienne, que le seul sort possible de sa direction serait de se joindre aux partisans du règlement. Et, si le règlement a pris la forme de la création d'un Etat palestinien, c'est là l'indice de ce que les régimes arabes ne peuvent pas ignorer la cause palestinienne. Si le règlement avait lieu sous la forme d'une liquidation pure et simple de la résistance partout où elle se trouve, et d'un simple retour à la situation d'avant juin 1967, avec pour différence l'hégémonie américaine, cela aurait été réellement une lourde défaite du mouvement de masse. Mais cette solution s'est avérée impossible et l'échec de la tentative du pouvoir libanais en mai 1973 le confirme. L'impérialisme américain a été incapable d'imposer la solution la meilleure pour lui, qui trouvait son expression dans le projet de Royaume arabe uni présenté par Hussein, La solution vers laquelle nous nous acheminons aujourd'hui n'est pas une liquidation pure et simple des traces du mouvement des masses palestiniennes déclenché après juin 1967 : c'est bien entendu une consécration de la domination impérialiste -- et comment en serait-il autrement , étant don -né la nature des forces qu'il affrontait - - mais c'est une consécration sous la forme d'un compromis. Et ce compromis crée une réalité nouvelle dont il faut étudier l'incidence sur le mouvement des masses au lieu de sonner le glas de la défaite. Au niveau palestinien même, l'Etat palestinien signifie le discrédit définitif de la bureaucratie de la résistance palestinienne et la fin de sa capacité de contenir le mouvement de masse politiquement (et non de son pouvoir répressif évidemment), au nom de la lutte nationale pour la libération. Il rassemblera sur un seul territoire tous les réfugiés palestiniens, créant un vaste camp de réfugiés palestiniens, créant un vaste camp de réfugiés et donc un "baril de poudre" hautement explosif; il cristallisera également les différenciations de classe au sein du peuple palestinien, créant un prolétariat palestinien
concentré face à un gouvernement dont le visage bourgeois répressif se dévoilera et qui a déjà créé un appareil d'Etat bourgeois achevé, y compris un Parlement où la classe possédante palestinienne joue un rôle prépondérant. Cela signifie que la création d'un Etat palestinien crééra des conditions qui sont, en dernière analyse, plus favorables au développement d'une avant-garde révolutionnaire palestinienne. Au niveau arabe en général, l'Etat palestinien ne pourra en aucun cas effacer la cause palestinienne de la conscience des masses, dans la mesure où cette cause est avant tout celle de l'existence de l'Etat colonial sioniste, bastion militaire de l'impérialisme dans l'Orient arabe. Le règlement permettra par contre d'approfondir le divorce entre le mouvement des masses laborieuses arabes et les ersatz du mouvement nationaliste bourgeois et petit-bourgeois. Le mouvement révolutionnaire dans la région araMALAISIE
APPEL A LA S
INTERNATIOI
be doit aujourd'hui se préparer à mener les batailles les plus importantes après le round de la solution pacifique. Il lui faut se bâtir, fondre le fer d'un parti prolétarien révolutionnaire à l'échelle de la région arabe et aiguiser toutes ses armes programmatiques et réelles pour répondre aux exigences de la nouvelle vague montante de la révolution arabe, vague de fond de classe, à l'avant-garde de laquelle les ouvriers d'Egypte se sont placés et continuent à marcher, et que nous avions prévue dans notre analyse de la "Révolution Arabe", en dépit du pessimisme de ous les impressionnistes superficiels. Cette fois, les travailleurs palestiniens participeront à une révolution arabe globale dont le fer de lance est beaucoup plus fort que celui qu'eux-même constituèrent après 1967 en raison de la faiblesse du mouvement des masses laborieuses arabes; ils participeront à une révolution dont le fer de lance est représenté par les ouvriers d'Egypte, principal bataillon du prolétariat arabe.
OLIDARITE
VALE