Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

L'armée devient un terrain de lutte

· Inprecor (première série) n° 20, 27 février 1975 · p. 5-10 · 4 102 mots

France Syndicalisme Portugal

Si l'on regarde, avec un peu de recul, ce qui a fait l'actualité politique du dernier semestre de l'année 1974 et du début de l'année 1975, il apparait à l'évidence que l'armée a été au centre des débats, et qu'elle a été un terrain de lutte essentiel. Nous avons souvent analysé ce phénomène d'une manière un peu étroite, en nous limitant à l'actualité des luttes du contingent, sans bien toujours saisir les implications générales des mouvements en cours. Certes, c'est l'appel des Cent, ce sont les manifestations de Draguignan et de Karlsruhe, c'est le mouvement massif des appelés, c'est le foisonnement des comités de caserne qui expliquent et déterminent l'ensemble des prises de position actuelles. Mais aujourd'hui, pour fixer une orientation, les marxistes - révolutionnaires doivent tenter de comprendre comment ce mouvement s'insère dans la crise générale de la société française, com -ment, en particulier, il peut trouver une articulation avec les luttes ouvrières, avec le mouvement ouvrier. Les prises de position du pouvoir Le récent remaniement min stériel, élimi -nant le Ministre Soufflet pour le remplacer par l'équipe Bourges-Bigeard montre combien le pouvoir -- en particulier Giscard d'Estaing - - est sensible au problème et il indique en même temps comment il compte le résoudre. Pour le gouvernement les luttes du contingent sont particulièrement mal venues. Elles mettent au défi le "libéralisme" giscardien. La

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répression sauvage entamerait un peu plus l'image de marque d'un pouvoir qui prétend, en formules au moins, se démarquer du gaullisme par l'instauration d'un climat "'moins policier" dans la société française. En fait, l'action de la Sécurité Militaire montre bien ce que valent ces promesses électorales. En fait, Giscard est coincé entre l'agitation dans les casernes et la crise. Trouver une solution "réformiste"' en accordant satisfaction aux appelés sur quelques points matériels (augmentation de la solde, transports gra -tuits) nécessiterait un engagement financier considérable, auquel le pouvoir ne peut faire face dans les conditions actuelles. C'est pour -quoi les réformes à venir ne peuvent être que des réformettes dans le plus pur style de l'homme à l'accordéon; des satisfactions d'ordre "idéologique" qui ne coûtent rien. Là aussi il y aura un problème : les réformes qui ne coûtent rien, à l'armée, sont celles qui remettraient partiellement en cause la discipline et la hiérarchie, la manière de vivre dans les casernes. Même peu importantes, elles apparaitront inévitablement comme des concessions à l'action des soldats et seraient un encouragement à cette action. On comprend dans ces conditions, pourquoi Giscard n'a pas encore fait part des résultats de sa semaine de réflexion du mois d'août sur les problèmes militaires. Il se trouve singulièrement dans l'embarras. D'autant plus que les gaullistes purs et durs prétendent faire de l'armée leur terrain de chasse gardée et conserver, par Debré, Messmer et Sanguinetti interposés, un droit de regard sur ce qui s'y fait. Le problème militaire apparait ainsi comme une cause de frictions supplémentaires à l'intérieur de la majorité présidentielle. La nomination de Bigeard, plus que celle de Bourges, apparait significative dans ce contexte. Le pouvoir va attaquer sur deux fronts: l'action psychologique chère à l'ancien colonel de paras, comme au président, et la répression. On verra Bigeard faire ses six kilo -mètres de cross-country le matin avec les appelés de telle ou telle caserne. Voilà pour la démagogie. Mais on le verra aussi sévir. La presse, qui a retrouvé presque unanimement les accents bonapartistes pour saluer l'arrivée au pouvoir du général issu du rang, a oublié un peu vite que Bigeard n'est pas un tendre. Les vietnamiens, les algériens ont la mémoire plus longue que les journalistes de l'Express. Dans sa région militaire les signataires de l'appel des Cent ont aussi mesuré très exactement ce que signifiait sa mansuétude musclée. Poniatowski a retrouvé des accents pires que marcellinesques pour stigmatiser le Parti Communiste ("'parti fasciste"), et les juges "trop mous", etc... Bigeard saura retrouver des accents pires que messmeriens pour stigmatiser l' "agitation gauchiste". Il a déjà commencé. Avant d'arriver au gouvernement il a dénoncé personnellement Krivine comme étant le responsable de l'agitation, prenant en cela le relais de son ami Massu. Pas d'illusion, avec Bigeard ce sont les "prétoriens" qui arrivent au pouvoir. C'est la revanche, célébrée par Minute (journal d'extrême-droite) des nostalgiques de l'Indochine et de l'Algérie françaises. Les hésitations des partis bourgeois Les hésitations et les difficultés du pouvoir reflètent celles des partis bourgeois sur la question de l'armée. L'UDR est divisée entre la conception gaulliste-jacobine traditionnelle d'une armée forte intégrant rudement un contingent à la botte (Miche Debré) et la conception technocratique, basée sur une armée de métier bien outillée. Cette conception est défendue par les deux Sanguinetti, l'ex-secrétaire général de l'UDR et l'ex-chef d'Etat-Major de la Marine. Les adversaires sont aujourd'hui réconciliés par les difficultés économiques qui ne permettent en aucune manière de mettre sur pied une armée de métier, quatre fois plus coûteuse que l'armée de conscription, au dire des chefs d'Etat-Major de l'armée de terre. Une seconde polémique, moins directement importante pour nous, mais décisive à terme est celle qui a porté sur le type d'armement. Privilège au nucléaire ou à l'armée conventionnelle ? Le choix fait par Giscard, rendu public dans sa plongée à bord d'un sous-marin atomique lanceur d'engins, confirme la confiance du pouvoir dans la force atomique de dissuasion et réduit au rang de pitreries les démonstra -tions par lesquelles J. J. Servan-Schreiber pensait faire pression "contre la bombe". Le choix des sous-marins comme vecteurs des engins porteurs de la bombe atomique stratégique a des conséquences importantes. L'armée de terre se trouve en effet dépossédée de l' "arme noble" d'où l'aigreur de ses états-majors, et surtout sa plus grande disponibilité pour les tâches de D.O. T. (Défense Opérationnelle du Territoire : système de maintien de l'ordre engageant l'armée aux côtés des forces de police en cas d'insurrection, en liaison ou non avec une menace étrangère). Le choix fait par Giscard a été essentiellement un choix "économique" : pas moyen de développer en même temps la flotte de sous-marins lanceurs d'engins, une flotille de bombardiers à longue distance et le système de fusées du plateau d'Albion. Cette rationali-

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sation économique a des conséquences politiques, en particulier l'accélération de la transformation de l'armée de terre en armée de "guerre civile" Ces difficultés économiques du capitalisme français vont de pair avec le rapprochement avec l'OTAN et le glissement vers l'atlantisme. Le général Stehlin, désavoué pour s'être montré un peu trop zélé démarcheur des avions de combat américains, devait pourtant bien exprimer le fond de la pensée présidentielle lorsqu'il affirmait que la France n'ayant pas les moyens de sa défense, il fallait bien se mettre sous le parapluie de quelqu'un, Des américains bien entendu. Et du point de vue militaire, l'Europe de l'Ouest n'était qu'une excroissance des Etats-Unis. Les gaullistes idolâtres de l'idée nationale ont crié au scandale, mais Giscard n'a trop rien dit. Les navires français ont participé aux dernières manoeuvres des forces navales de l'OTAN au large du Portugal. Sous Pompidou, ils ne faisaient que suivre à distance : subtile différence. En bref, le giscardisme se résume, en matière militaire, de la manière suivante : - politique à la fois de démagogie et de force face aux revendications des appelés, - préparation de la revalorisation des carrières d'officiers. Voilà en ce qui concerne les personnels militaires. Pour la doctrine : glissement accéléré des positions gaullistes vers le giron atlantique. Enfin, il maintient le privilege de l'arme nucléaire, malgré les difficultés budgétaires. Les positions des partis réformistes Les organisations ouvrières réformistes ont eu à se déterminer face à des sollicitations différentes sur le problème de l'armée. D'abord, au niveau directement politique, à partir du débat en cours sur le rôle des armées chilienne et portugaise et, en général, sur la fonction de l'armée en système capitaliste. Puis il leur a fallu apporter une réponse aux décisions et aux orientations prises par le pouvoir. Enfin, il leur a fallu se déterminer par rapport au mouvement des appelés. Le Parti Socialiste tente de jouer sur tous les tableaux électoraux. Il se fait l'apôtre ardent d'une armée dé "soldats citoyens' (c'est le titre du livre de Charles Hernu un des dirigeants du PS) dans la tradition jacobine de 1792, rénovée par Jaurès dans l' "armée nouvelle". Il appartient aux citoyens de défendre la patrie; ils peuvent le faire mieux que les monopoles, comme la défaite de 1940 l'a prouvé. La Défense Nationale est une chose irop sérieuse pour être confiée à des spécialistes. La notion de Patrie, de Nation n'est pas discutée une seconde, La seule distinction qui est faite porte sur l'efficacité de la défense de cette patrie et de cette nation : les citoyens en armes sont plus efficaces pour cela que des mercenaires du capital. La Défense Nationale, ainsi basée sur la conscription, suppose que les appelés soient d'accord. Il est donc nécessaire qu'ils ne se sentent pas trop mal sous les drapeaux, d'où une série de réformes nécessaires, Pour le reste, le PS se détermine en fonction de deux objectifs (1) Ne rien faire qui puisse mécontenter une clientèle électorale potentielle chez les officiers et les sous-officiers. Près de la moitié du personnel militaire d'encadrement a voté Mitterrand aux dernières présidentielles; ce ne sont pas des électeurs potentiels du PCF. Donc le Parti Socialiste peut espérer se les garder, surtout d'il fait preuve d'une certaine prudence dans l'appréciation du mouvement des appelés. Certains membres de la gauche du PS pensent pouvoir réaliser à leur profit l'opération réalisée par le PC portugais avec une fraction du Mouvement des Forces Armées. Ce n'est pas une perspective entièrement utopique et la Sécurité Militaire elle-même s'inquiète de ces avances faites à certains personnels de carrière par le PS. (2) Ne rien faire qui puisse compromettre l'autorité dans l'armée d'un gouvernement de gauche ou d'un gouvernement où serait impliqué le seul PS. En particulier le PS s'acharne à distinguer dans le mouvement des appelés ce qui est expression légitime de revendications légitimes et ce qui est remise en cause intolérable de la discipline militaire. Cela donne lieu à une casuistique assez complexe, qui fait que Charles Hernu témoigne à la barre du tribunal des Forces Armées de Marseille en faveur des manifestants de Draguignan et, le lundi suivant il désavoue sévèrement les manifestants de Karlsruhe... Un peu c'est bien, pas trop n'en faut. Le Parti Communiste refuse également de poser le problème de l'armée en termes de classe. Gêné dans son argumentation par l'extrême-gauche au moment du coup d'Etat au Chili, il triomphe maintenant en exploitant les ambiguités du MFA au Portugal. "Voilà des militaires démocrates, issus d'une armée coloniale, formée sous un régime de type fasciste : nous en trouverons bien d'autres dans une armée comme l'armée fran. çaise 'aux traditions démocratiques' " (!!). Aussi le PCF entretient-il des illusions sur une "armée pure" dans le cadre du système capitaliste. Il refuse bien entendu de l'ana-

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"LE QU'iL FAUT C'EST QUE NOS GRADES DiENT LE CONTACE HUMAiN

MASSU À EUROPE A lyser comme un des rouages essentiels de l'appareil d'Etat à détruire, pour y voir, comme le PS, un terrain de chasse électorale. La différence étant que, plus que le PS, il recherche les voix des appelés, d'où ses prises de position généralement plus favorables aux mouvements en cours. La hierarchie militaire et les sous-officiers Nous avons parfois commis l'erreur d'analyser de façon trop unilatérale les positions de la hiérarchie militaire. Les oppositions de clans, les oppositions d'armes y jouent un grand rôle et déterminent des hostilités qui, pour avoir un fond politique, n'en sont pas moins fortement médiatisées. Ainsi, combien de commandants d'unités, pourtant très réactionnaires, ont-ils hésité à livrer des camarades à la Sécurité Militaire, par plaisir d'"emmerder les flics" ou de jouer un tour à des gens qui avaient fourré leur nez un peu trop dans leurs affaires au moment de la guerre d'Algérie. Il y a là un ensemble de données qui ne sont évidem -ment pas exploitables par les militants révolutionnaires, mais qui font que le haut commandement n'est nullement identifia ble au pouvoir, pas plus au pouvoir actuel qu'au pouvoir gaulliste. De vieux conten -tieux existent, de vieux comptes à règler et de sourdes luttes d'influence traversent le corps des officiers supérieurs. Bien sûr il n'y a pas d'illusions à se faire sur la position de ces messieurs en cas d'affrontement avec le mouvement ouvrier : en général, s'ils ont des divergences avec le gouvernement, c'est parce qu'ils l'estiment trop libéral ! Les sous-officiers, par contre, représentent un corps où une certaine forme de travail n'est pas exclue. Si une proportion non négligeable, en particulier dans l'armée de 'terre, se fascise à toute vitesse, de nombreux éléments sont susceptibles de se joindre aux luttes des appelés. Quelques uns peuvent même aller plus loin. de l'origine de classe est importante. tains sont issus de familles ouvrières et se sont engagés pour échapper au chômage; cette catégorie est particulièrement représentée dans la marine et l'aviation. Ils font un petit travail technique pour gagner leur vie, mais sans aucun enthousiasme militaire. C'est vraisemblablement grâce à eux que le score de Mitterrand a été aussi important chez les personnels de carrière. Le contingent Mais c'est l'évolution du contingent qui est déterminante pour nous. Cette évolution est extrêmement différenciée. Le contingent, dans sa grande masse, ne comprend pas l' "utilité" du service militaire. La France ne se connait pas d'ennemi potentiel. Dans ces conditions, pourquoi supporter pendant un an les brimades et l'encasernement loin de chez soi ? Ce sentiment d'inutilité fait l'unanimité. Il est évidemment assez ambigu d'un point de vue politique : un certain nombre de ceux qui le partagent ne verraient pas d'inconvénient, et au contraire, à la mise sur pied d'une armée de métier. Mais c'est le fond commun du "ras le bol". Comment pourrait-on imaginer d'ailleurs que le sentiment unanime soit, aujourd'hui, très élaboré politiquement? Les jeunes sous les drapeaux sont les mêmes que dans les lycées, les entreprises industrielles ou agricoles . Ils sont pour beaucoup très marqués par l'idéologie dominante et le conformisme, on s'en aperçoit dans les discussions; ce qui compte dans la vie, c'est la réussite pro -fessionnelle et familiale, le métier, le foyer, les enfants. Mais même ceux qui n'adhèrent pas au mouvement ouvrier, n'ont jamais entendu parler de grève ou qui s'en méfient, deviennent enragés quand on leur parle du service militaire. "C'est du temps perdu". "L'apprentissage de la paresse", etc.. Ce sentiment de "ras le bol" fait facilement l'unité du contingent autour de sa frange la plus militante. Autour de ceux qui ont connu les luttes dans les établissements scolaires,

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les grèves ouvrières, les mouvements paysans de ces dernières années. Il est une base minimum de politisation. Il est d'ailleurs remarquable de constater comment la fonction de creuset social attribuée par la bourgeoisie à l'armée (il faut y aller pour connaitre des jeunes d'autre origine...) joue en ce moment à plein contre la bourgeoisie elle-même. La cristallisation se fait assez facilement autour des éléments les plus militants, à condition qu'ils sachent s'y prendre, bien entendu. Le changement de la composition sociale de l'extrême-gauche n'est pas pour rien dans ce processus. L'étudiant révolutionnaire, sursitaire, souvent "planqué" dans les bureaux avait peu d'audience. Le militant ouvrier révolutionnaire, dans sa compagnie, continue tout naturellement son travail de militant de masse. Quelque chose de tout à fait nouveau est le refus de la passivité, à une échelle de masse. On n'accepte plus de se mettre entre paren -thèses pendant un an, de considérer qu'il faut en prendre son parti. C'est le refus de la résignation qui détermine les possibilités nouvelles d'intervention et de politisation du milieu. Celui-là même qui contestait l'armée, dans un premier temps, en fonction de critères purement individuels, fait assez vite, dans la lutte, l'apprentissage de la solidarité. Il comprend vite ce qu'est la répression, et partant, la nature du pouvoir. Ce qui change c'est le sentiment séculaire de passivité, l'idée que, face à l'armée, il n'y a rien à faire, il n'y a qu'à courber l'échine. Les succès remportés par les manifestants de Draguignan et de Karlsruhe montrent qu'il est possible de lutter et possible de vaincre même à l'armée. Le mouvement se cristallise très souvent sur les questions matérielles (solde, permissions) avant de remettre en cause le dogme de la nécessité de la Défense Nationale, par exemple. Il est souvent au départ une simple prise de conscience du vécu, (hargne des petits gradés, par exemple). Mais il faudrait être analphabète politique pour imaginer que, spontané -ment, la conscience moyenne du contingent pourrait s'aligner sur la compréhension que les marxistes-révolutionnaires ont de l'armée. Il ne faut pas se cacher que ceci détermine une petite marge de manoeuvre pour l'encadrement, qui peut, pour un temps, ici et là, redorer son blason en apportant certaines améliorations matérielles. Mais nous pensons qu'une récupération du mouvement par la hiérarchie est complètement exclue. Elle n'a pas les moyens d'accorder satisfaction aux revendications matérielles, même si elle le souhaitait, et qui dit mouvement dit politisation rapide et prise de conscience de la dimension générale du problème. C'est pourquoi nous appuyons dans le sens de l'organisation nationale des comités de soldats, en saluant chaleureusement toutes les initiatives prises dans ce sens, comme la coordination des comités d'Allemagne, ou la coordination qui s'est tenue à Paris en décembre dernier. C'est pourquoi nous popularisons sans relâche l'appel des Cent, les manifestations de Draguignan et de Karlsruhe : pour donner au mouvement une histoire, une conscience collective, et, partant, plus de solidarité. Il faut tenir compte aussi du fait négatif que le mouvement à une tendance à se "specialiser" sur le problème militaire, sans faire la moindre analyse de la situation politique générale. C'est aussi une de ses grandes faiblesses actuelles. Par exemple des erreurs risquent d'être faites par un certain nombre de comités de casernes qui jugent de la radicalisation générale en fonction de la température dans la caserne et qui proposent, par exemple, de passer tout de suite à un niveau d'affrontement très élevé avec les forces de répression, du genre : occupation et auto-défense d'enceintes militaires, Ou bien certains se laissent aller au découragement en fonction d'une analyse purement locale. La jonction avec le mouvement ouvrier nous parait absolument déterminante; dans les conditions de faiblesse actuelle du mouvement il faut s'assurer du fait qu'il y aura un soutien d'organisations ouvrières. Le mouvement n'est pas vacciné contre les tentations droitières (prise en charge des seules revendications "corporatives" des appelés). Il n'est pas non plus à l'abri des tentations ultra-gauchistes. Dans les conditions actuelles un affrontement minoritaire armé n'est pas exclu dans certaines casernes (les fusils ne sont jamais loin), mais il est clair qu'un tel évènement aurait des conséquences catastrophiques pour tous et qu'il serait absolument incompris. Le critère de masse des actions à engager apparait un critère essentiel pour faire progresser le mouvement et assurer sa solidité face à la réNous combattons en conséquence la tendance qu'ont un certain nombre de militants à limiter la prise de conscience politique dans les comités de soldats au strict problème de l'armée. En vue de la réinsertion de militants dans les organisations civiles, politiques et syndicales, mais aussi dans l'intérêt du travail au sein de l'armée elle-même. Un grand nombre de difficultés sont dues au fait que les réformistes ne prennent pas leurs responsabilités au sein de l'armée et n'y font pas le travail minimum d'organisation du milieu qu'ils font ailleurs. Ainsi, dès que les révolutionnaires proposent une structure d'organisation ou une possibilité de lutte, s'engouffrent dans cette ouverture les vélléités dis -

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parates de tous et de chacun. Certains viennent simplement pour discuter, d'autres pour obtenir des permissions plus fréquentes dans une optique au départ strictement "corporatiste", d'autres viennent pour poser des problèmes directement politiques, à un niveau plus élevé. Le "Comité de Soldats" joue en même temps le rôle de cercle de politisation, d'embryon de syndicat, de comité d'action, etc.. Comment fixer une orientation générale à un mouvement aussi foisonnant ? C'est le problème posé aux militants révolutionnaires. Même dans le mouvement lycéen, les réformistes et d'autres forces politiques étaient présentes. A l'armée, même si elles prennent à l'extérieur des positions, ces organisations ne font rien. Et combien de camarades voient arriver des militants du PC, du PS qui viennent leur demander un conseil, une structure pour discuter de ce qu'il faudrait faire ! Dans le mouvement ouvrier, dans le mouvement étudiant même, l'intervention se pense en fonction des perspectives des autres courants du mouvement ouvrier, et cela aide à bâtir une intervention. A l'armée, les camarades sont souvent seuls avec leurs analyses politiques. Une première tentation à éviter : le "corporatisme militaire". Un an c'est court : c'est cependant suffisant pour forger une forme de mentalité spécifique qui risque de limiter la remise en question de l'organisation du service militaire tel qu'il est à l'heure actuelle, sans aborder par exemple la question du rôle de l'armée au moment de l'insurrection, sans aborder les problèmes du refus d'obéissance dans l'intervention contre des grévistes, sans poser le problème des milices ouvrières, etc... Il faut absolument que ces problèmes soient posés en liaison avec des références précises aux luttes de la classe ouvrière. Il faut que les positions soient claires en ce qui concerne le refus de l'armée de métier... En somme le travail du militant révolutionnaire à l'armée ne differe guère du'travail qu'il peut faire dans une structure de masse civile, l'apprentissage de l'action clandestine en plus. Une deuxième tentation à éviter : le sectarisme qui consisterait à refuser de prendre en considération les revendications légitimes propres au milieu (soldes, permissions) sous prétexte qu'elles sont politiquement ambigues. Il faut faire progresser politiquement les membres du comité tout en refusant ce qui pourrait couper le comité de la masse des appelés, tout ce qui ferait apparaltre le comité comme une chapelle. C'est là où le doigté et l'expérience de militants de masse dans le civil s'avèrent indispensables. C'est pour cela que le cadre revendicatif de l'appel des Cent est encore utile, parce qu'il fait naturellement la liaison entre les revendications spontanément perçues par la grande masse des appelés et les revendications qui s'inscrivent dans une logique politique (dissolution de la Sécurité Militaire et des tribunaux militaires). La liaison est naturelle, car s'il est légitime de lutter pour les premières revendications, il faut se battre contre les obstacles et la répression qui entravent ces lutEn ce qui concerne les formes d'organisation de nouvelles perspectives ont été ouvertes récemment par les prises de position publiques de la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail). La CFDT appelle à la constitution d'un syndicat de soldats. Il est évident qu'il faut faire la part de la démagogie, de la déclaration de principe jamais appliquée... il n'en reste pas moins qu'une organisation ouvrière importante a pris publiquement position. L'idée d'un syndicat de soldats revêt donc une plus grande crédibilité et peut être avancée autrement que sous forme propagandiste. dans une phase transitoire où les comités de caserne commencent à se poser le problème du syndicat de soldats, rattaché aux centrales ouvrières. La solution dépend aussi, et essentiellement, des débats dans le mouvement ouvrier et de la prise de position de la CGT (Confédération Générale du Travail) nullement pressée de saisir la perche tendue par la CFDT. Il n'est pas question de construire une organisation syndicale qui ne serait pas reconnue par les confédérations ouvrières. Nous ne sommes pas pour la constitution de rouges autonomes dans la classe ouvrière, ce n'est pas pour en construire dans l'armée ! Nous sommes, d'autre part, pour une organisation syndicale qui ne s'interdise pas de par -ler politiquement de l'armée briseuse de grèves, de l'armée coloniale, de l'armée de guerre civile. Ce serait donc dans notre esprit une organisation syndicale qui aurait forcément au moins une dimension clandestine, même si elle peut être, par certains points, plus ou moins tolérée en fonction des rapports de force. Pas question de ne reprendre dans le cadre syndical que les revendications plus haut baptisées "corporatistes" et d'aller négocier avec le "père du régiment"' le bien-être des appelés. Le syndicat sera une structure de lutte réell e. C'est dire que le syndicat de soldats n'est pas encore pour demain, et que pendant encore tout un temps c'est la structuration des comités, sur les casernes et au plan national, qui primera. Nous nous battons donc aujourd'hui autour des orientations suivantes: - Renforcement des comités, à la fois sur le plan numérique et sur le plan politique, dans le cadre de la construction à terme d'un syndicat de soldats. - Liaison renforcée entre les luttes du contingent et les luttes de la classe ouvrière. -Préservation et renforcement du caractère massif du mouvement. O

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