1. La défaite de l'impérialisme américain en Indochine, provoque des réactions inévitables chez les classes dirigeantes des Etats de l'Asie extrême-orientale, du Sud-est, en particulier celles qui sont liées à l'impérialisme US. Les réactions ont en commun de considérer qu'une période se termine, et qu'il convient de reconsidérer en conséquence les données nouvelles, politiques et économiques, de la période qui s'ouvre. Toutes les classes dirigeantes de la région ne tirent pas les mêmes conclusions en ce qui concerne la manière de maintenir leur statut privilégié. Le problème qui leur est commun est de produire au plus vite les conditions nécessaires à leur sécurité, après ce qu'elles perçoivent à juste titre : l'abandon des classes dominantes cambodgienne et sud-vietnamienne par l'impérialisme US. Les unes, qui exercent leur dictature en Corée du Sud, en Indonésie et aux Philippines, conçoivent leur avenir immédiat comme le renforcement toujours accru de leur intégration économique, politique et militaire à l'impérialisme US. Elles annulent de ce fait leur propre marge d'autonomie, aussi limitée soit-elle. Les autres, en Thatlande, à Singapour, en Malaisie, tirent des conclusions différentes, très opposées aux précédentes. Elles s'accordent pour reconnaftre que la faillite de la doctrine Nixon marque la fin d'une période, et que, d'une garantie de pouvoir et de sécurité, l'impérialisme américain est devenu un obstacle à des changements politiques et économiques rendus nécessaires désormais. Elles considèrent qu'il convient de reconnaitre que les dirigeants de la Chine Populaire sont des partenaires dignes de réelle confiance, avec lesquels il faut traiter sur tous les plans.
_ ASIE
L'EVOLUTION
EN ASIE
G. VERGEAT Les dirigeants malais ont manifesté leur confiance dans l'avenir immédiat; le premier ministre de Singapour, Lee Kuan Yew, a déclaré : "Je ne crois pas à la théorie des dominos", en ajoutant par ailleurs : "Le sort des Etats de l'Asie du Sud-est est d'être pris dans l'étau de la compétition entre la République Populaire de Chine et l'Union Soviétique, la Chine ayant l'avantage des liens historiques avec la région". Quant au ministre des Affaires étrangères thallandais, il déclare en réponse à des questions posées par l'hebdomadaire Newsweek : "Notre politique étrangère ( à l'égard de la présence future des troupes US et de leurs bases en Thatlande) à ce sujet est très claire. Les troupes américaines et leurs arrières logistiques quitteront la Thallande dans les douze mois. Nous négocions actuellement l'organisation du retrait, qui prend en considération la situation dans la région. Dès que la paix s'instaure dans la région -- en d'autres termes un cessez-le-feu au Cambodge -- les troupos s'en iront". A la question concernant les relations avec Hanoi, ce monsieur, Chatichal Choonhavan, répond : "Il est difficile de deviner les intentions d'un pays qui possède la moitié des forces armées dans le voisinage de l'Indochine. En tant que pays voisin de l'Indochine et de la Thatlande, le Nord-Vietnam a infiltré des agents en Thatlande pendant de nombreuses années, entreprenant des efforts constants pour recruter des Thatlandais à des fins de subversion en Thatlande. Je vous invite à tirer vos propres conclusions sur les intentions de Hanof dans la région". A la question concernant les relations avec la Chine, on apprend : "Nous avons déjà normalisé nos relations avec la Chine et j'espère que les relations diplomatiques seront établies après mon voyage à Pékin dans semaines. Naturellement il s'en suivrait l'arrêt immédiats de nos relations politiques avec la République de Chine (Talwan). Mais les dirigeants de Pékin n'ont jamais demandé que
nous cessions nos relations commerciales avec Talwan, relations que nous espérons continer de même qu'avec d'autres pays qui ont reconnu Pékin. Nous avons eu de bonnes relations avec la Chine pendant 2000 ans. La Chine et la Thallande ne sont pas comme les autres. Nous pouvons aller sur n'importe quelle route que nous choisissons". Enfin, la question posant le problème des garanties de paix en Asie du Sud-est, il répond :"Elles sont au nombre de quatre :autonomie et force intrinsèque; coopération régionale; coexistence sans égard des idéologies politiques et, quatrièmement : avant que l'établissement d'une zone de paix, de liberté et de neutralité ne soit réalisé, des tentatives doivent être faites pour promouvoir la politique d'équidistance dans les relations avec les superpuissances" II. Ces prises de position définissent très précisément l'orientation qu'espèrent prendre les classes dirigeantes de certains Etats asiatiques. Elles ne peuvent pas s'hasarder à faire de telles déclarations si elles ne reçoivent pas déjà, par des voies diplomatiques, avant publicité, des échos favorables de la part de la Chine avant Les dirigeants de Pékin ont aidé, depuis de nombreux mois, cette évolution politique. traduit par : (a) le fait qu'ils ne s'opposent pas à la présence militaire US dans la région, bien au contraire puisqu'elle contre directement celle de l'URSS, elle-même menaçant la Chine; (b) le désarroi politique dans lequel Pékin maintient ses partisans, armés ou non, dans la région, ces derniers éclatant et se divisant politiquement, n'étant plus le pion principal et jadis nécessaire à la pénétration de Pékin dans la région. Le cas actuel le plus manifeste est celui des maoistes malais; (c) enfin, Pékin est soumis économiquement à un besoin urgent de devises pour l'achat d'équipements industriels et de moyens technologiques refusés par Moscou. Les prix ont été soumis à l'inflation généralisée. Pékin entreprend en conséquence une opération double en proposant ses propres produits textiles et industriels à des prix défiant toute concurrence, avec des baisses de plus de 20%, permettant ainsi de drainer des devises et offrant la possibilité aux bourgeoisies d'Asie d'acheter à bas prix hors du marché impérialiste mondial qui propose un matériel peu adapté aux conditions réIII. Cet ensemble de données nouvelles, encore non affirmées ni rodées dans la pratique, mais clairement définies, est porteur de contradictions politiques qui apparaissent au sein du camp ouvrier, anti-impérialiste, dans la région. Entre Hanol et Pékin, la conception de la défense de leurs intérêts apparait nettement différente si ce n'est opposée. Pékin ne conçoit plus la défense de la Chine comme étant liée à la lutte extensive contre l'impérialisme, alliée aux luttes régionales, en Indochine. Ainsi, Pékin accepte le maintien des troupes US en Thallande, Hanol réclame leur départ. De son côté, le premier ministre Thailandais organise le départ des américains, tend la main aux chinois, condamne Hanot et propose la neutralité de la région, à équidistance de Moscou et Washington. Le but d'une telle opération est aussi très clair : se maintenir, s'accorder avec Pékin, limiter ou même isoler Hanol en faisant appel à Sihanouk. La déclaration de ce prince, datée du 15 avril à Pékin, est un écho à ce que le premier ministre Thallandais propose pour la région :"Le régime installé à Phnom Penh après la victoire des Khmers Rouges sera non-aligné, démocratique, progressiste et pas communiste". Sa déclaration orale à la radio française affirmant que "après la victoire il y aura un gouvernement et une administration totalement
Ainsi, soit je deviens une marionnette des Khmers Rouges ou je demeure indépendant et des troubles s'en suivront", dénote une chose claire : que Sihanouk entend utiliser la base sociale qu'il s'est préservée dans les campagnes, le caractère nécessairement nationaliste de la lutte actuelle lui permettant de maintenir une réelle influence parmi les masses et de nombreux éléments de son ancien appareil d'Etat, passés à la résistance; il entend utiliser le soutien international, à l'Ouest comme à l'Est (qu'il possède déjà de la part de Pékin) et s'opposer aux Khmers Rouges et secondairement aux vietnamiens. Il est trop tôt pour conclure mais le problème est posé. La conception de la neutralité régionale est un élément clé de rencontre entre Sihanouk, Bangkok , Pékin, et peut gêner Hanol dans son oeuvre d'unification du Vietnam, comme dans ses relations régionales. En échange, cela pose à Hanol une responsabilité très lourde et affirmée : accepter l'établissement de liens politiques renforcés, peut-être même de liens militaires, avec les forces révolutionnaires dans la région, traditionnellement liées à la Chine. La reconstruction intérieure du Vietnam peut encore bloquer ce processus, mais Hanol sait ce que l'isolement peut signifier. En ce sens, une question demeure encore sans réponse : la montée des mobilisations de masse dans toute la région, déjà clairement exprimée par les assauts des étudiants contre les classes dirigeantes dans chacun des pays, est sans réelle direction politique. La combativité des masses face à l'impérialisme - - dans son expression combinée nippo-américaine -est un élément entretenu par les victoires indochinoises, mais Pékin n'offre plus aucune direction politique, et Moscou encore moins. Ce vide de direction conséquente pose un problème considérable à la direction vietnamienne. C'est aussi sur ce plan qu'elle montrera sa volonté ou non de continuer la lutte qu'elle a si fabuleusement menée en Indochine. Sur ce terrain, le conflit avec Pékin est inévitable si ¡Hanol se définit positivement.