du monde capitaliste la direction
PIERRE FRANK Hué, Danang, Phnom Penh, Salgon, autant de défaites non seulement des Thieu et des Lon Nol, les fantoches, mais de leur maitre, l'impérialisme US qui les a portés au pouvoir, qui a entretenu leurs régimes et leurs armées, qui les a soutenus par tous les moyens à sa disposition. Dien Bien Phu qui marqua la défaite de l'impérialisme français en Asie du Sud-est voici une vingtaine d'années apparait très pâle face à la débâcle actuelle de l'impérialisme yankee. C'est l'une des plus fortes armées bourgeoises du Sud-est asiatique, disposant de la 4ème aviation dans le monde, qui s'effondre devant une armée quatre ou cinq fois moins nombreuse et dépourvue d'aviation. Cette déroute n'est pas le résultat de la victoire militaire à Ban Me Thuot ou d'un ordre de repli donné par Thieu qui aurait été mal exécuté. Elle ne peut s'expliquer que par le caractère totalement mercenaire de cette armée du "monde libre" qui, en s'effondrant, jette les armes ou se transforme en pillards et bandits de grand chemin, face à la volonté farouche du peuple vietnamien et des autres peuples de l'Indochine, décidés à rejeter le colonialisme et ses succédanés néocolonialistes. Les "accords de Paris" ne pouvaient hier et ne peuvent encore aujourd'hui que constituer un intermède sur la voie d'une totale libération nationale et sociale de la péninsule indochinoise , d'une extension des Etats ouvriers. Après trente années de combats presqu'ininter -rompus d'abord contre les impérialistes français et japonais, des peuples petits par le nombre ont infligé une colossale défaite à la plus grande puissance capitaliste. Le mythe de l'invincibilité du géant américain a été détruit. C'est l'exemple inoubliable que retiendront en désarroi beaucoup d'autres peuples aspirant au socialisme. Une succession de revers et de défaites impérialistes La déroute dans la péninsule indochinoise n'est pas un coup isolé reçu par l'impérialisme américain au cours de la plus récente période. Celuici avait pu penser qu'en infligeant une lourde défai te au peuple chilien en septembre 1973, il avait retourné la marche de l'histoire et inauguré une période prolongée de succès aux dépens des luttes révolutionnaires des masses. La défaite chilienne a eu, certes, des conséquences graves, mais elles ont été, malgré tout, essentiellement limitées à l'Amérique Latine. Depuis moins d'un an, les Etats-Unis et plus généralement le capitalisme ont connu de graves revers dans le reste du monde. Les uns proviennent de la décomposition de régimes archalques ou vermoulus, comme ce fut le cas en Ethiopie, ou d'erreurs commises par le State Department : le soutien donné par Washington à l'opération des colonels grecs à Chypre pour éliminer Makarios jugé trop neutraliste n'avait pas prévu l'intervention turque qui, par son succès, provoqua précisément la chute de la dictature militaire grecque. En conséquence, aujourd'hui Turquie et Grèce, divisées quant à la question chypriote, ont néanmoins pris toutes les deux une certaine distance par rapport à l'alliance atlantique et affaibli celle-ci. C'est aussi l'incapacité à trouver à la question palestinienne une solution qui puisse satisfaire à la fois Israel et les gouvernements arabes dont Washington a besoin dans cette partie du
LA CRISE DE LA DIRECTION BOURGEOISE monde décisive pour ses richesses pétrolières et ses positions stratégiques, qui a dégonflé Kissinger, ce "Metternich" du XXème siècle, et prix Nobel de la paix ! L'affaire chypriote et l'affaire palestinienne se combinent, affaiblissant considérablement le dispositif de l'OTAN en Méditerranée orientale. Mais les coups les plus durs ont été portés au capitalisme par la poussée révolutionnaire des masses, en premier lieu au Portugal. Ce qui a commencé, il y a un an, par un coup d'Etat militaire pour mettre un terme à des guerres coloniales sans espoir, a ouvert la voie à une formidable irruption des masses sur la scène politique. La chute d'une dictature qui avait duré près d'un demi-siècle a provoqué en quelques mois une puissante montée révolutionnaire des masses qui tendent à déborder le contrôle des partis ouvriers traditionnels et à faire de sérieuses incursions dans la propriété capitaliste. La poussée des masses travailleuses portugaises accélère celle des masses espagnoles qui se montrent de plus en plus audacieuses dans leur lutte contre la dictature franquiste agonisante. Portugal et Espagne sont à proximité de la France et de l'Italie, ces deux pays où, depuis Mai 68, se poursuivent presque sans interruption des mouvements où sont impliquées toutes les catégories de la population laborieuse, et plus particulièrement la jeunesse. La crise, le désarroi de la direction du monde capitaliste Les défaites de l'impérialisme surviennent dans un monde capitaliste profondément affecté par une récession, la première depuis la fin de la dernière guerre mondiale qui se développe simultanément dans les principaux pays capi-
Cette crise économique combine, on le sait, inflation et chômage. La montée des prix a connu récemment un faible ralentissement, mais n'a pas disparu. Le chômage, par contre, ne fait que s'étendre. Au moment où il est durement frappé à l'extérieur, le capitalisme américain fait preuve de la plus grande indécision en matière d'orientation économique. Tout au plus entrevoit-il d'enrayer la progression du chômage par un accroissement du déficit budgétaire : celui-ci pourrait atteindre 60 ou 80 milliards de dollars et même davantage pour l'année 1975. Ce qui relancerait l'inflation et risquerait de la rendre difficilement Mais le phénomène le plus important, essentiel dans la situation présente, c'est la crise de direction de l'impérialisme américain, le désarroi qui l'affecte à présent, et qui ne peut manquer d'avoir des conséquences internationales. La déroute en Indochine n'a pas créé cette crise et ce désarroi, mais elle les a mis en lumière avec une crudité exceptionnelle et aggravées. En dépit de ses richesses et de ses moyens toujours gigantesques, Washington présente ur. tableau rarement vu dans l'histoire. Il y a une dizaine d'années, la défaite dans la Baie des Cochons à Cuba a commencé à ternir la présidence des Etats-Unis, celle de Kennedy qui, le premier, engagea l'armée américaine au Vietnam. Lui succédant, Johnson qui, à partir de 1965, sous le prétexte mensonger d'une attaque du Nord-Vietnam dans le golfe du Tonkin, étendit les opérations militaires, dut renoncer à un second mandat devant la condamnation grandissant chaque jour de la guerre du Vietnam. Après quoi Nixon, ayant vainement tenté d'imposer sa "paix" au Vietnam par les impitoyables bombardements de Hanol et de Halphong, a sombré dans les scandales les plus sordides. Tout cet héritage de crimes, digne de la plume d'un Shakespeare, a été confié à un Ford qui fut porté au pouvoir pour la raison essentielle qu'il était un homme "honnête" par suite de son incapacité intellectuelle notoire. Mais, depuis son accession au pouvoir il y a quelques mois seulement, la rubrique des crimes et des scandales n'a fait que s'enrichir. Et survient enfin la débâcle en Indochine qui donne au monde le tableau télévisé à la fois répugnant et grotesque du pouvoir aux Etats-Unis, celui du rire idiot de Ford en réponse à la question d'un journaliste mentionnant le Vietnam et cette affirmation monstrueuse du porte-parole de la Maison Blanche : "Le Vietnam n'est pas notre guerre". Comme si les Etats-Unis n'y avaient pas envoyé un demi-million de soldats, comme si le milliard de dollars du matériel capturé par le GRP ne portait pas la marque "made in USA" ! Pas d'initiatives résolues pour tenter de surmonter la crise économique ou pour élaborer une politique de rechange après tant de revers sur le plan international : c'est le produit d'une décadence de l'hégémonie américaine, décadence que le pouvoir aux Etats-Unis ne soupçonnait nullement. Tous les autres gouvernements bourgeois, y compris ceux qui avaient une certaine compréhension de ce recul des Etats-Unis, sont attérés et inquiets par le désarroi qui se manifeste à présent à Washington C'est d'une part parce que, malgré sa détérioration, cette hégémonie reste encore très grande dans la plupart des domaines, et c'est d'autre part parce qu'il n'existe pas dans le monde entier une direction politique de rechange. L'Europe occidentale aurait peut-être pu jouer ce rôle si elle avait été unie. Mais elle parvient péniblement à •se maintenir sur le plan économique, elle n'a pas fait un seul pas en direction d'une unité politique. La peur que
nanifestent les bourgeoisies européennes et japonaise devant le spectre d'un retour à l'isolationnisme aux Etats-Unis est significative de l'impuissance à remplacer le leadership américain que ressentent aujourd'hui ces capitalistes. Aussi longtemps que la "force de frappe nucléaire autonome'' reste un vague projet d'avenir en Europe occidentale, pour ne pas dire au Japon, il n'y a pas de salut pour les concurrents de Washington hors du parapluie nucléaire américain. Le spectre de l'isolationnisme n'est d'ailleurs agité à Washington qu'à de pures fins de chantage, car la perte de l'Europe occidentale ou du Japon modifierait de manière décisive les rapports de forces à l'échelle mondiale aux dépens de l'impérialisme, éventualité tout aussi peu acceptable pour l'impérialisme US qu'une nudité nucléaire devant l'URSS l'est pour les impérialismes européens. Le déclin de l'hégémonie américaine ne signifie pas sa disparition et, surtout, le désarroi actuel de Washington ne signifie pas que l'impérialisme américain ne puisse plus être nocif et cruel et qu'il ne fera que reculer. Ses ressources sont encore énormes et on sait qu'une bête féroce est particulièrement dangereuse quand elle a été blessée et se sent aux abois. L'impérialisme US est temporairement paralysé, mais après un certain laps de temps il pourrait de nouveau jeter ses forces réelles dans la balance. Même dans le Sud-est asiatique il peut encore commettre de nouveaux crimes, ainsi qu'en témoigne la mise à la disposition des fantoches de Salgon de bombes "à dépression" asphyxiantes, que ceux-ci n'ont pas manqué d'employer avant de s'effondrer (voir Le Monde, 24 avril 1975). En outre, il a à sa disposition des armées alliées (Brésil, Iran...) prêtes à écraser des mouvements révolutionnaires. Il subsiste dans le monde des zones pleines de poudre où peuvent éclater des conflits armés; c'est notamment le cas du Moyen-Orient où des intérêts décisifs de l'impérialisme américain peuvent engager celui-ci dans des actions aux répercussions qui ne seraient pas toujours contrôlables. La cause fondamentale de la crise de direction impérialiste La cause fondamentale de la paralysie qui frappe aujourd'hui la direction du monde capitaliste ne réside cependant ni dans la profondeur de la crise économique, ni dans la perte supposée de sa supériorité militaire (qui est loin d'être démontrée), ni dans la pauvreté intellectuelle du personnel dirigeant, ni surtout, dans de prétendus succès diplomatiques de Moscou ou de Pékin. Elle réside dans la modification des rapports de forces entre les classes à l'échelle mondiale, et surtout au sein des principales puissances impérialistes, qui fait que, pour le moment, une reprise de l'initiative par l'impérialisme est politiquement et socialement impossible. Le cas du Cambodge, du Sud-Vietnam et de la Thailande est le plus significatif à ce propos. Techniquement et militairement, Washington n'est pas moins prêt qu'en 1961 ou qu'en 1965 pour intensifier son intervention militaire dans cette zone. Il l'est même davantage. Mais ce qui a changé entretemps, c'est la montée d'une formidable opposition au sein des masses américaines contre toute nouvelle aventure militaire massive à l'étranger. Aussi longtemps que la bourgeoisie ne réussit pas à modifier cette situation aux Etats-Unis, le prix à payer pour une telle aventure serait une crise politique et sociale d'une ampleur catastrophique dans son propre pays. Il en va de même de la situation politico-sociale en Europe occidentale. La bourgeoisie impérialiste pourrait, certes, chercher à profiter de la crise économique pour tenter de briser la force organisée et la combativité des travailleurs, en stabilisant un chômage massif pendant des années et en démantelant systématiquement les libertés démocratiques et syndicales, avant tout le droit de grève. Mais dans les rapports de forces donnés, pareille initiative risque fort de provoquer des ripostes ouvrières qui menaceraient la survie même du régime capitaliste. La paralysie de la direction impérialiste exprime donc, dans le fond, non l'absence de "solutions" bourgeoises mais l'incapacité de les appliquer dans les rapports de forces donnés. La bourgeoisie doit tenter de modifier ces rapports de forces, de changer le climat politique aux Etats-Unis, d'infliger une grave défaite à la classe ouvrière européenne et japonaise, avant de pouvoir reprendre l'initiative. Le silence des dirigeants soviétique et chinois On ne peut penser apaiser ou désarmer l'impérialisme américain en n'exploitant pas les défaites qu'il a subies ou en se montrant soi-même effrayé par celles-ci, ce qui est à présent le cas des dirigeants soviétiques et chinois qui sont d'une rare discrétion sur la débâcle américaine au Vietnam : quand ils ouvrent la bouche, c'est seulement pour parler de la défaite des Thieu ou des Lon Nol, non de l'impérialisme américain. Les Brejnev et les Mao, séparément et chacun à leur manière, agissent de façon à permettre à celui-ci de sauver la face et, pis encore, de se r elever des coups qu'il a reçus et de se renfor-
LA CRISE DE LA DIRECTION BOURGEOISE cer pour l'avenir. L'aide des directions soviétique et chinoise aux peuples de l'Indochine a été extrêmement limitée par comparaison aux dépenses en hommes et en matériel des Etats-Unis dans cette même région du monde. Par contre, ces dirigeants soviétiques et chinois font d'énormes dépenses pour se livrer à une concurrence effrénée dans plusieurs autres parties du monde, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Moscou qui a fourni plus d'armes à l'Egypte et à la Syrie qu'au Vietnam a conservé une ambassade de Lon Nol jusqu'à la veille de son départ de Phnom Penh. Pendant ce temps Pékin fait les yeux doux à des politiciens réactionnaires comme Franz Josef Strauss et n'a donné aucune aide aux victimes de la répression de Pinochet. Alors que les intérêts de la révolution socialiste et, par conséquent ceux des Etats ouvriers, exigent un soutien considérable à toute lutte révolutionnaire, surtout quand elle est l'objet d'une agression militaire de l'impérialisme, les politiques similaires de Moscou et de Pékin sont dictées par les intérêts de ces bureaucraties qui défendent chacune leur "socialisme dans un seul pays". Pour elles, les défaites de l'impérialisme américain ne constituent pas pour autant des victoires, parce qu'elles savent que les victoires de la révolution vietnamienne et indochinoise, loin de renforcer leur domination sur les masses de leurs pays respectifs, peuvent donner au contraire à ces masses une assurance accrue pour se libérer du régime bureaucratique qu'elles subissent, pour établir la démocratie socialiste dans leurs pays.
»la guerre
du vietnam
n'est pas
notre guerre..."
Exploiter la défaite et le désarroi de l'impérialisme Lors de la grande révolution française, la bourgeoisie de la France considérait que le déficit du budget royal était le "trésor de la nation". C'est dans cet esprit qu'il faut aborder la situation créée par la défaite de l'impérialisme au Vietnam et le désarroi en résultant à Washing-
Tout le temps qui ne sera pas à présent utilisé par les masses pour mener des offensives accrues contre le capitalisme le sera par les impérialistes pour retrouver leur souffle et élaborer des politiques de rechange contre les masses. C'est en premier lieu dans le Sud-est asiatique que la déroute impérialiste sera exploitée. En Thatlande où les masses ont renversé, il y a dix huit mois, un régime de terreur et où des guérillas combattent dans le Nord du pays; en Birmanie, aux Philippines, les luttes prendront certainement une nouvelle expansion. Au Moyen-Orient, bien que les Palestiniens et les Kurdes aient subi de graves défaites, un éveil vient de se produire dans la partie la plus ouvrière, la plus concentrée et la plus forte numériquement de la région, à savoir le prolétariat égyptien, qui peut donner une impulsion à la lutte de classe dans tout le monde arabe. En Afrique, la disparition du colonialisme portugais a transformé la situation au Sud du Zambèze. Le renversement de la domination blanche est à l'ordre du jour. Il ne sera arrêté ni par les manoeuvres du gouvernement Vorster qui cherche à sauvegarder cette do-
mination en Afrique du Sud, en lâchant la Namibie et même la Rhodésie, ni par certains dirigeants africains disposés à composer avec Vorster. Même en Amérique Latine, où la défaite de la révolution chilienne et la répression qui frappe sauvagement l'avant-garde et les travailleurs en Argentine, où la situation est caractérisée, à de faibles exceptions près, par un recul des masses, la déroute de l'impérialisme en Asie du Sud-est ne peut pas ne pas avoir des conséquences bénéfiques. Nulle part, le capitalisme n'a pu établir une stabilité tant soit peu durable. Au Brésil, la dictature militaire,qui a pourtant profité de circonstances économiques exceptionnellement favorables, commence à manifester quelques faiblesses. Aux Etats-Unis, la déroute du pouvoir ne peut pas ne pas avoir de répercussions, au moins indirectes, sur le développement de la lutte de classes. Il est difficile de penser que se renouvellera le phénomène des années 60, cette irruption de mouvements ( mouvement antiguerre, noir, femme) qui n'avaient pas profondément pénétré dans la classe ouvrière et qui ont disparu. L'inflation elle-même, qui a sensiblement réduit le niveau de vie n'avait pas suscité d'importantes réactions de la classe ouvrière. Ce n'est qu'assez récemment, face à une récession qui a provoqué le plus fort chômage depuis la fin de la guerre, que la combativité des masses laborieuses commence à se manifester de nouveau, avant tout contre le chômage lui-même. Mais, l'Europe occidentale aussi sera certainement affectée par la déroute de la bourgeoisie en Indochine. Avec le combat du Che, c'est la défense du Vietnam qui contribua à y mobiliser une avant-garde en prélude à Mai 68 et aux mouvements qui ont suivi. C'est en Europe que les luttes des travailleurs continuent de poser le problème du pouvoir. Depuis que fut écrit le document adopté par le Xème Congrès Mondial de la IVème Internationale sur la "construction des partis révolutionnaires en Europe capitaliste", les régimes dictatoriaux qui y existaient encore ont, à l'exception de celui de l'Espagne franquiste, disparu; quant à ce dernier, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que ses jours sont désormais comptés. Ce qui se passe au Portugal éclaire énormément la situation de toute une partie de l'Europe. Même au moment où Caetano fut remplacé par Spinola, il était difficile d'imaginer un développement aussi rapide de la situation, accéléré par une fausse manoeuvre d'une partie de l'armée, sans aucun doute, mais développement qui s'est produit parce que tous les éléments étaient présents pour qu'il se produise. La disparition du régime de Franco donnera à la classe ouvrière européenne, où le souvenir de la révolution espagnole est très vivant, une impulsion encore plus grande. Le seul pays important d'Europe où la montée ouvrière n'a pas trouvé une expression importante est l'Allemagne fédérale où l'expérience des gouvernements de coalition de la socialdémocratie avec le parti libéral bourgeois, du fait de l'impuissance de ces gouvernements, risque même de ramener au pouvoir la démocratie-chrétienne. Mais une telle éventualité pourrait, à son tour, contribuer à radicaliser les masses travailleuses. Il n'est pas nécessaire de décrire longuement ici la politique des directions traditionnelles réformistes, social-démocrates ou staliniennes. Le "contrat social" en Grande-Bretagne, le "compromis historique" en Italie, la "démocratie avancée" en France, ont tous pour objectif avoué la réforme du système capitaliste. L'exemple du Portugal où la crise du régime est pour le moment la plus avancée est significatif. Le Parti socialiste dirigé par Mario Soares se montre ouvertement un plus farou -che défenseur du Pacte atlantique que les officiers du MFA. Le PC portugais donne l'apparence de vouloir aller "au-delà de la démocratie bourgeoise"; mais ce n'est pas là, vraiment, la politique poursuivie consciemment par la direction Cunhal. Celle-ci emploie à l'occasion des phrases de gauche pour prendre le contrôle sur les masses non encadrées qui écoutent avec sympathie les organisations révolutionnaires. En même temps, elle cherche à limiter les luttes et sert inconditionnellement le MFA, où les mêmes officiers qui, aujourd'hui, se prononcent pour le "socialisme", risquent de tourner demain en faveur d'un régime d' "ordre". La crise des directions bourgeoises trouve un prolongement dans la perte d'autorité de ces vieilles directions du mouvement ouvrier, surtout auprès des nouvelles générations qui, de plus en plus, se contentent pas de simples revendications économiques et de formes de lutte traditionnelles. Des formes de contrôle ouvrier, d'organismes d'auto-organisation des masses, commencent à apparaitre. La déroute que vient de subir l'impérialisme en Indochine sera un énorme stimulant dans la période de grandes luttes qui se préparent en Europe et qui peuvent, à leur tour, aussi aboutir à de grandes victoires des travailleurs. 30 avril 1975