Inprecor 1974–2004

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RFA

Volkswagen : Marche arrière

· Inprecor (première série) n° 26, 22 mai 1975 · p. 17-20 · 2 734 mots

Allemagne Syndicalisme Stalinisme

RFA volkswagen...

WERNER HUELSBERG "Les pertes de Volkswagen en 1974 furent uniques dans l'industrie du monde occidental. Les pertes de 1975 seront du même ordre. Il existe une crise latente de liquidités. La dépendance de VW par rapport aux exportations est un danger mortel. Une réduction équivalente en capacité de toutes les usines VW et Audi NSU n'est pas possible. L'usine Audi NSU de Neckarsulm est tout particulièrement menacée de fermeture totale" (STERN, N° 10, 1975). Voici comment I. Schmücker le nouveau dirigeant et expert en rationalisation de VW décrivait ( dans un rapport "stric -tement confidentiel"') la situation économique de ce qui fut la pièce maltresse du'miracle économique" allemand. Le 14 avril dernier le conseil d'administration de VW ne décida pas la fermeture immédiate d'usines appartenant au groupe; mais le plan de réorganisation qui y fut arrêté entraîne les plus massifs licenciements que l'Allemagne occidentale ait connus depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Si la direction de l'entreprise réussit à imposer sa décision aux travailleurs, les licenciements suivants seront ordonnés dans les semaines et les mois à venir : VW Wolfsburg : 5.900 ( sur 48. 000 travailleurs); VW Hannover : 3.000 (sur 20.000); VW Kassel : 2.300 (sur 15.000); VW Salzgitter : 3.000 (sur 8.200); Audi Ingolstadt : 1.700 (sur 10.000); Audi Neckarsulm : 4.700 (sur 10.000) et VW Bruxelles : 1.350 ( sur 3.000). Les quelques centaines d'emplois dans les usines de Heilbronn et Neuenstein seront complètement éliminés.

...MARCHE

ARRIERE

Un monument vacille Avec ces mesures, la direction de VW essaie d'améliorer la position détériorée de la société, qui n'est un secret pour personne. Ceci devra se faire aux frais des travailleurs, qui , déjà l'an passé, ont souffert d'importantes pertes de revenu, à la suite de 12 périodes d'horaire réduit. Et sans parler de l'accentuation de la compétition dans la recherche d'emploi, qui permet aux employeurs de menacer les travailleurs de licenciement. L'industrie automobile allemande traverse une crise profonde. Malgré une récente mais faible augmentation de la production mensuelle, les chiffres de production pour l'ensemble de l'industrie pour le premier trimestre de 1975 étaient inférieurs de 25, 8% à ceux du premier trimestre de 1974. Les exportations ont baissé de 43%. (Handeisblatt, 23 avril 1975 ). Les ventes de VW ont été le plus frappées par cette crise. En 1966-67 VW essaya de faire face à l'accroissement de la compétition dans l'industrie automobile en développant sa production pour l'exportation. Les 125. 000 ouvriers (approximativement) de VW en Allemagne occidentale produisent environ 70% pour l'exportation, tandis que la moyenne dans l'ensemble de l'industrie est de 60%. La crise de l'énergie, le développement de l'inflation, les difficultés économiques conjoncturelles, et l'apparition d'un "'marché saturé" pour l'industrie automobile, ont entrainé une baisse notable des ventes des grandes sociétés de l'automobile depuis 1973. En Allemagne occidentale les ventes ont baissé de 670.000 en 1970 à

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RFA 516.000 en 1974. Les ventes à l'exportation vers les autres pays européens ont baissé de 352. 000 en 1972 à 282. 000 en 1974, et les ventes vers les Etats-Unis ont baissé de 570.000 en 1971 à 282. 000 en 1974. L'accroissement de la compétition sur le marché interne, qui a rendu moins "attirant"' le modèle autour duquel VW s'était appuyé pendant des décades (la "coccinelle") a également entrainé une baisse des ventes en Allemagne occidentale même. En 1961 la part de VW sur le marché automobile allemand était de 43.9%; en 1971 elle passa à 29.1%; en 1972 à 26%, et pour 1975 elle devrait être de 28.3% environ. L'effondrement du système monétaire international, les restrictions d'importations et d'autres mesures protectionnistes prises par des pays vers lesquels VW exportent des automobiles ont accru la crise des ventes. Dans certains cas (l'Irlande par exemple) des changements dans les taux de change ont même entrainé une suspension de toute exportation. Il n'y a qu'en Amérique Latine (où, au Mexique et au Brésil, VW a conquis la première place pour les voitures individuelles) que les ventes pourraient encore augmenter. Dans l'ensemble, les experts estiment que le groupe VW a perdu approximativement 850 millions de marks allemands l'an passé. Sur ce total, 550 millions de DM furent perdus par VW directement et 300 millions de DM par ses filiales à l'étranger (voir Der Spiegel N° 16, 1975). Au cours de l'année les usines tournaient à 40% de leur capacité. La crise de ce qui était une "compagnie modèle" (''Une Volkswagen va toujours de l'avant" disait l'ancien directeur de VW, Nordhoff), son plongeon rapide de la lère place à la Tème place des sociétés allemandes, fut plus que fâcheuse pour la coalition gouvernementale SPD-FDP (SPD : Sozialdemokratische Partei Deutschlands -- Parti social-démocrate allemand; FDP Freie Demokratische Partei - -Parti démocrate libéral). Les partis au pouvoir voulait opérer une petite réduction du chômage (le réduire au-dessous du million) avant les élections partielles de Schleswig-Holstein et de Nordrhein-Westfallen. Le slogan du SPD durant la campagne électorale de NordrheinWestfallen était "Voter pour la relance". Mais les licenciements massifs à Volkswagen étouffèrent tout optimisme sur les possibilités de stabilisation de la situation économique et bouleversèrent les calculs du SPD. Et cela est compréhensible, dans la mesure où aucune autre entreprise allemande ne peut déterminer le futur de régions entières comme le peut VW. En Basse-Saxe seulement (où la production de VW est concentrée) VW représente un sixième du total des emplois industriels. Environ 30% de tous les investissements industriels dans cet Etat viennent de VW. Des entreprises allemandes bien connues comme les acieries Peine-Salzgitter, Conti-Gummi,

Phonix , Varta, Bosch, AEG, Siemens, Blaupunkt, et A. Teves, dépendent toutes économiquement de VW à qui elles fournissent du matériel. On estime dans l'ensemble que entre 30 et 50% de l'économie de la Basse-Saxe dépend de VW (voir Die Welt, 31 mai 1974). Certaines usines d'Allemagne du Sud sont encore plus dépendantes de la production de VW. A Neckarsulm et dans les environs, environ les deux tiers de la population active dépendent de VW. Dans certaines régions urbaines, un ouvrier de la métallurgie sur deux et un ouvrier industriel sur quatre travaille pour Audi-NSU qui appartient au groupe VW. (Die Welt, 12 juillet 1974). Le plan de réorganisation Le plan original de réorganisation prévoyait la fermeture complète de l'usine de Neckarsulm qui compte environ 10. 000 ouvriers. Des rapports présentant une telle éventualité commencèrent à apparaitre dans la presse il y a plusieurs mois. Malgré les efforts importants faits par les ouvriers pour obliger la direction à rendre ses plans publics, le personnel fut laissé dans l'ignorance pendant des

Mais les mobilisations massives des ouvriers des usines menacées et de la population des régions avoisinantes obligea la direction à reculer. (Au début mars plus de 20.000 personnes manifestèrent et 90. 000 signatures furent rassemblées en quelques jours sur une pétition contre la fermeture de l'usine). Au début avril, une "fuite" fit connattre le plan de réorganisation finalement décidé par le conseil d'administration de VW. La première riposte de la couche combative des ouvriers de VW fut d'organiser deux grèves d'avertissement et des manifestations à Neckarsulm et une grève d'avertissement à Salzgitter. Parallèlement, un plan de construction d'une usine VW aux Etats-Unis était abandonné (le but était d'éviter les restrictions imposées aux importations et de réduire les coûts de production), la direction devait donc procéder à la centralisation de la production par des licenciements massifs. Les centres de producde Audi-NSU, acquis en 1969, participèrent à ce plan, dans la mesure où les modèles Audi qui y étaient produits permirent à VW de développer ses modèles (Golf, Passat, Polo) en ne faisant que des changements superficiels. dans le stock de base. Mais, en plus, le plan de réorganisation doit permettre une centralisa. tion des différentes usines VW et également de rendre possible de nouveaux investissements de rationalisation, Par exemple, il est prévu d'installer une chaine de montage totalement électronique pour les corps de voitures dans l'usine VW de Hanovre. L'influence de T. Schmucker, le président de VW, apparait très clairement dans tous ces plans. Il avait, auparavant, appliquer les

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mêmes recettes lors de la crise de Rheinstahl, le géant de la sidérurgie ouest-allemande : intimidation des ouvriers par des menaces de licenciements; licenciements massifs; investissements de rationalisation; vente des filiales non rentables (ce qui est déjà discuté ouvertement) et fusion, ou du moins collaboration étroite, avec des entreprises économiquement saines. Les ouvriers attaqués... Les ouvriers de VW, mis à part ceux de Neckarsulm et de Salzgitter, n'ont jusqu'à présent pas opposé de résistance significative aux mesures que les employeurs essaient d'imposer, ceci n'est pas surprenant. Malgré le haut niveau d'organisation syndicale, les organes syndicaux de base à VW sont des jouets entre les mains des conseils d'usine professionnels qui détiennent leurs positions depuis des années. A part quelques exceptions (certains ouvriers de Kassel) , les ouvriers de VW n'ont aucune expérience de lutte syndicale. La longue période de croissance économique a créé des conditions qui permirent aux patrons d'intégrer les travailleurs et d'acheter les directions syndicales. (Jusqu'à maintenant, VW a toujours été au premier rang, à la fois en Basse-Saxe et dans toute l'Allemagne, sur les questions de salaires et d'avantages sociaux; en 1975, les salaires des ouvriers de VW sont en vaillents de la metallogres que ceux des Des périodes d'horaire réduit et les licenciements permanents ont également contribué à ronger la combativité ouvrière au cours de l'année passée. (Entre le 31 décembre 1973 et le 31 décembre 1974, le nombre d'ouvriers employés par VW baissa de 19.000. Dans les trois premiers mois de 1975 il baissa encore de 5,000). Afin de ne pas être licenciés, les contremattres généraux acceptèrent d'être rétrogradés au rang de simple contremaitre, maitres et travailleurs spécialisés acceptèrent d'être renvoyés à la chaine de montage. En plus d'éviter une confrontation générale avec les ouvriers combatifs de Neckarsulm, le plan de réorganisation arrêté par la direction a l'avantage d'approfondir encore plus le manque de solidarité entre les ouvriers. Un correspondant du quotidien libéral Frankfurter Rundschau remarquait à ce sujet : "Cette stratégie intelligente, qui permet d'ordonner des licenciements massifs sans provoquer de grande réaction de la part des employés , porte ses fruits. Les sentiments de crainte, d'insécurité et l'humour noir et le cynisme prédominent parmi les ouvriers" (Frankfurter Rundschau, 26 avril 1975). Mais pas encore battus La situation est différente à Neckarsulm. Dans cette ville, les travailleurs ont participé à deux luttes dans un passé récent (la grève de la métallurgie en 1971 et la lutte pour des meilleures conditions de travail dans le Bad-Wurtemberg en 1973). Des discussions se déroulent et des décisions sont prises dans les organes syndicaux de base. Les deux grèves d'avertissement des semaines passées ont permis aux travailleurs de prendre conscience de leur for-

Comme un observateur le remarquait : "Ils ne veulent plus être des objets impuissants". Salzgitter remue également. actions et la combativité des karsulm ont entrainé un conflit entre le syndicat local de la métallurgie et la ligne de collaboration de classe de la direction nationale du syndicat. Des formes de luttes plus radicales, comme des blocages d'autoroutes, des occupations d'usines, et des contrôles des bâtiments pour empêcher le déplacement secret de matériel sont discutées non seulement par des individus mais également par un large secteur des militants syndicaux, Mais la bureaucratie syndicale se dresse entre la volonté réelle de lutte des travailleurs et le lancement de la lutte. : la bureaucratie locale qui a, jusqu'ici, considéré les différentes mesures de lutte comme nécessaires pour pouvoir se main. tenir à la tête de la lutte pour mieux la canali-

H.Schmidt:« ces 25.000 licencie

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muents. vont ser; et la bureaucratie à tous les autres niveaux, qui s'accomode des licenciements mas-

Même Steinkühler, le dirigeant du syndicat de la métallurgie de Bad-Wurtemberg, qui est considéré "gauchiste" , ne voit pas la "possibilité d'empêcher la réduction de la force de travail par les licenciements

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RFA recours à la lutte" (Handelsblatt, 8 avril 1975). Eugen Loderer, président du syndicat de la métallurgie (et vice-président du conseil d'administration de VW) a défendu la solution que les employeurs essaient actuellement d'imposer. Il fut le premier à proposer publiquement de "répartir le fardeau sur le plus d'épaules possible" au lieu de fermer complète -ment l'usine. Les dirigeants syndicaux qui participent au conseil d'administration de VW ont pris la même attitude. Ils ne se prononcent pas contre tous les licenciements; ils proposent simplement un plan qui licencierait 20. 000 ouvriers au lieu de 25.000. La bureaucratie syndicale a déclaré avec satisfaction dans un communiqué de presse qu'elle "avait montré clairement par sa proposition de compromis au conseil d'administration qu'elle était prête à accepter ses responsabilités à VW". Cet exemple montre clairement les conséquences des politiques de collaboration de classe qui donnent aux organisations ouvrières une influence dans la politique patronale en système capitaliste. Le cas de VW montre non seulement la fin du miracle économique ouest-allemand, mais également la banqueroute de la "participation" défendue par la bureaucratie syndicale. La "participation" ne peut pas arrêter les licenciements, et aucune forme de collaboration de classe ne le peut non plus. Au contraire, "participer" signifie être responsable devant les travailleurs pour les licencieQuelles perspectives? La résistance face aux plans de licenciement commence à se développer à Neckarsulm. Son succès dépend de sa capacité de battre le solide front des patrons de l'entreprise, de la bureaucratie syndicale et du gouvernement SPD. Le gouvernement a jusqu'ici refusé toute aide directe aux travailleurs. Par exemple, le ministre de l'Economie, Friedrichs, a déclaré : " Je ne veux pas de British Leyland ici". Le Chancelier Schmidt a délibérément saluer la "nouvelle conception" de direction du groupe. Les 25. 000 licenciements à venir sont salués comme devant "certainement améliorer la santé de l'entreprise". En promettant un programme de 108 millions de DM pour développer des nouveaux emplois dans les régions qui sont frappées par les licenciements, le gouvernement tente d'amener les ouvriers à se demander si cela vaut la peine de défendre leur emploi aujourd hui -malgré le fait que les experts estiment qu'il faudra 2 à 3 ans avant que les effets d'un tel plan se fassent sentir. Et, de toute façon, ces plans ne sont pas tellement bons pour les travailleurs. Ce sont les capitalistes des régions concernées qui en bénéficient : leurs besoins d'investissement seront réduits d'environ 20% grâce aux subventions d'Etat (en plus des 7% de subventions accordées par le

"programme conjoncturel" mis en oeuvre au début de l'année!). La lutte des ouvriers de Neckarsulm contre le plan de réorganisation se trouve à un tournant. Soit les travailleurs l'emporteront contre les manoeuvres pacificatrices de la bureaucratie syndicale, lançant ainsi un appel à la lutte aux travailleurs d'autres régions encore intimidés aujourd'hui; soit l' "action concertée" de la direction du groupe, de la bureaucratie syndicale et du gouvernement s'imposera une fois de plus. Les conditions pour le développement d'une telle lutte sont meilleures que jamais. La classe ouvrière ouest-allemande commence à se débarasser du sentiment d'insécurité qui paralysa sa combativité quand elle fut confrontée au chômage massif en automne et en hiver. Environ 40. 000 jeunes ouvriers manifestèrent à Dortmund, Frankfurt et Stuttgart contre la montée du chômage parmi la jeunesse et contre la réduction des postes d'apprentissage pour la jeunesse ouvrière. Dans une petite ville de Westphalie, 150 ouvriers d'une fabrique de ciment occupent leur usine depuis 7 semaines pour empêcher sa fermeture. Les récentes élections des conseils d'entreprises ont montré un tournant en faveur des candidats gauchistes ou combatifs dans la plupart des grandes usines. (D'après la loi, des élections à scrutin secret sont organisées tous les trois ans pour choisir les représentants des ouvriers et des employés). Si les ouvriers de Neckarsulm réussissent à progresser dans le sens de l'auto-organisation de la lutte; si des assemblées au niveau de l'atelier et de l'usine sont organisées régulièrement; et si ces assemblées deviennent des lieux dans lesquelles les actions à venir sont discutées et décidées, la position de la bureaucratie, très forte aujourd'hui, commencera à se désintégrer. Un comité de soutien s'est formé récemment et s'est donné comme tâche l'organisation de la solidarité dans les autres

Mais la lutte doit être stimulée. Le mot d'ordre "Pas de licenciements! " doit être concrétisé. Contre le mot d'ordre "Répartition du fardeau sur le plus d'épaules possible" mis en avant par la bureaucratie syndicale, nous devons lutter pour le mot d'ordre "Répartition du travail disponible entre tous les travailleurs, sans réduction de salaire !' 26 avril 1975

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