USA :
la baisse
laux de profit
de
base dans
l'industrie
Il est généralement admis que, d'après les indices de mesure les plus courants, l'économie américaine a connu un fort déclin de son taux de profit depuis le milieu des années 60. Ce déclin de ce que nous appelerons le "taux de profit observé" a souvent été associé directement avec une croissance de la part des salaires par rapport aux profits dans le revenu national ou dans le revenu des sociétés. Les graphiques I et II donnent une image assez typique pour la période allant de 1964 à 1973 (1). La juxtaposition de ces deux courbes peut appuyer deux types de conclusions plus ou moins opposées, chacune ayant une fonction idéologique apologétique évidente ! (a) On pourrait dire que, pour la majorité des années, on a connu un taux de croissance de la production et des investissements exceptionnellement élevé et que, pour une bonne partie de ces années, le taux de chômage fut exceptionnellement bas, selon des critères historiques. Il est alors facile de conclure que pour une raison ou pour une autre, on a assisté à un déclin de la "préférence de liquidités" -- c'est-à-dire qu'un taux de rendement toumanufacturière depuis 1969 marque la fin de la
Зème
révolution
industrielle
ROBERT LANGSTON jours plus bas est nécessaire pour encourager les capitalistes à placer un montant donné de leur richesse accumulée à la disposition de l'économie au lieu de la garder, sous forme d'argent, dans des chaussettes ou des comptes bancaires - - en fonction de quoi les capitalistes sont toujours plus prêts à fournir le capital nécessaire pour maintenir une économie jouissant d'un haut niveau de croissance, de salaire et d'emploi, qui réduit constamment leur propre part du revenu national tout en augmentant constamment la part des travailleurs. De là, il découle à nouveau que tout ce qui est nécessaire pour préserver le capitalisme américain en tant que grande machine de prospérité pour les larges masses est un réglage très précis de l'économie nationale pour maintenir la demande globale à un niveau suffisamment haut sans devenir inflationniste. (b) Ou, on pourrait souligner certains aspects fâcheux de cette période, en particulier l'extraordinaire inflation des prix qui marqua les dernières années et la tendance inhabituellement sévère à la baisse de l'utilisation des capacités de production dans certaines industries qui se fit sentir à la fin de cette pério-
USA de. On pourrait tout de suite conclure que l'arrogance aveugle et l'avidité des ouvriers américains, renforcées par la puissance démesurée des syndicats, ont créé une inflation presqu'incontrôlable (les entreprises cherchant désespérément à défendre les marges de profit dont elles ont besoin pour maintenir un niveau de croissance acceptable, face aux revendications salariales exorbitantes et aux mauvaises habitudes de travail), et une pénurie aigue de capital (les entreprises échouant dans cette tentative). Il découle de ceci que, si -- et seulement si -- l'avidité des travailleurs organisés peut être freinée et la distribution des revenus retournée en faveur des profits, la grande machine de prospérité pourra fonctionner encore plus glorieusement dans le futur que dans le passé "pour tous les Américains". Dans la première partie de cet article, nous présenterons, sous forme de thèses, les résultats préliminaires d'une analyse des statistiques et certaines interprétations qui en découlent et qui peuvent permettre de réfuter de telles constructions idéologiques. Dans la seconde partie nous soulignerons la méthode d'analyse utilisée. (1) Les rapports de forces économiques immédiats étaient en fait défavorables à la classe ouvrière durant cette période, et encore plus défavorables après 1969, c'est-à-dire précisément durant les années où l'inflation sévère et les prétendues pénuries de capital apparurent. Pour parler plus précisément : la tendance du taux d'exploitation dans l'industrie manufacturière américaine a crá durant toute la décade et a crû encore plus fortement après 1969 (graphique III). La baisse de la part des profits par rapport aux salaires ne fut pas le résultat de quelque amélioration sociale des travailleurs, mais presqu'exclusivement de l'augmentation de la proportion des travailleurs improductifs par rapport aux travailleurs productifs. Dans une large mesure, cette augmentation fut une conséquence de l'incapacité de l'économie à développer les emplois productifs. (2) Des processus biens différents, qui doivent être clairement distingués, opèrent dans le déclin du "taux de profit observé". Plus précisément, jusqu'à 1969 environ, les conditions fondamentales de rentabilité dans le principal secteur productif de l'économie ( le secteur manufacturier) restèrent assez stables, et le déclin du "taux de profit observé" fut essentiellement dû au dégagement d'une surcapacité de production chronique, caractéristique du capitalisme du troisième âge (Spatkapitalismus), et à la réaction du Capital, à la fois au niveau spontané économique et au niveau politique conscient, visant à améliorer cette condition (expansion des dépenses improductives...). Jusqu'en 1969, ce que nous appelons le "taux de profit de base" - - défini comme le rapport entre la masse de la plus-value produite durant une période de rotation du capital circulant et la valeur totale du capital directement engagé dans sa production - - a peu changé. De faibles augmentations de la composition organique du capital furent compensées par de faibles augmentations du taux d'exploitation (graphiques IV et V). Durant cette période, le déclin du taux de pro fit observé est du presqu'entièrement d'un côté à des difficultés de réalisation et, de l'autre, à la fois à la rapide expansion du secteur commercial improductif de l'économie - - qui accrolt la masse de capital auquel un volume donné de plus-value doit être distribué -- et à l'expansion rapide des revenus de l'Etat, ce qui réduit la masse de plus-value disponible pour des fins privées. Parallèlement, ces deux poids croissants qui pèsent sur la plus-value produite résolvent partiellement les difficultés de réalisation et freinent ainsi le déclin du "taux de profit observé". (En effet, en leur absence, et toutes choses restant égales par ailleurs , l'économie connaltrait certainement une crise de réalisation d'une telle ampleur que la reproduction sociale cesserait tout simplement). (3) Les oscillations annuelles du taux de profit de base offrent une évidence claire des difficultés de réalisation face à un taux de profit de base relativement stable entre 1964 et 1969 (graphique VI). Ce taux est simplement la masse de plus - value produite en une année par rapport à la valeur du capital directement engagé dans sa production. En d'autres termes, il s'agit du taux de profit de base multiplié par le nombre de périodes de rotation du capital circulant sur une année. Dans la mesure où les difficultés croissantes de réalisation entramnent une période moyenne plus longue entre l'achat et la vente des marchandises et donc un temps plus long de rotation du capital circulant, la tendance déclinante du graphique VI entre 1964 et 1969 (et bien sûr dans l'année de récession 1970) témoigne de la gravité toujours plus grande des problèmes de réalisation au cours de ces années. En même temps, le fait que la baisse très rapide entre 1966 et 1967 n'ait pas précipité une récession témoigne de l'efficacité générale des processus de compensation. (4) La situation change fondamentalement après 1968. On assiste à une dégradation rapide des conditions fondamentales de rentabilité dans le secteur productif. La cause immédiate de cette dégradation réside dans une explosion de la composition organique du capital, une croissance qui va bien au-delà de la compensation due à l'augmentation assez rapide du taux d'exploitation après 1969 ou 1970. Depuis 1968, les mêmes processus qui s'étaient trouvés à la base du déclin du "taux de profit obser vé" -- expansion de la part des revenus de l'Etat dans la
plus-value et expansion des secteurs improductifs -- mais qui écartaient en même temps une crise massive de réalisation se sont accélérés. De plus, s'y ajoute ce déclin abrupt du taux de profit de base. Qu'est-ce qui explique cette croissance de la composition organique du capital ? Tout d'abord, il est bon de noter ce qui ne l'explique pas. Il est évident que le fait que l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) ait réussi à multiplier par quatre le prix mondial du pétrole brut n'est absolument pas responsable, dans la mesure où cela ne s'est passé qu'en 1974. Les augmentations généralisées des prix des matières premières après 1970 ne sont pas responsables non plus, car la forte croissance de la composition organique commence environ deux années avant que le prix des matières premières ne commence à augmenter plus rapidement que ceux des produits intermédiaires, qui sont eux-mêmes, pour la plus grande partie, les produits de l'industrie manufacturière américaine. (L'index des prix de gros des matières premières a augmenté d'environ 6% entre 1969 et 1971, tandis que l'index des prix pour les produits intermédiaires a augmenté de 7.6% durant la même période). Il faut plutôt chercher l'explication dans les changements structurels, à long terme, des conditions technologiques de l'industrie manufacturière américaine elle-même. Le changement le plus probable s'opère de la façon suivante : au cours des deux décades ou plus qui ont suivi la seconde guerre mondiale, les investissements propres à la troisième révolution industrielle -- dans le sens à la fois de l'engagement de la plus-value dans la recherche et le développement de processus de production fondamentalement nouveaux et de l'accumulation du capital dans les équipements qui concrétisent les résultats de cette recherche et de ce développement - - eurent généralement un effet stabilisateur sur le développement de la composition organique du capital. Il est certain que le remplacement très prononcé du travail vivant par le travail mort, des hommes par les machines, a tendanciellement réduit la masse du capital variable par rapport au capital constant. Il est certain que l'importance croissante des investissements dans les biens de production combinée avec la réduction de la vie économique de ces biens de production (la réduction du temps de reproduction du capital fixe) a accra tendanciellement la masse du capital constant par rapport au capital variable. Mais ces investissements ont également puissamment accra la productivité du travail, en particulier dans les secteurs manufacturiers qui fabriquent des produits intermédiaires. Et ces augmentations de productivité entraînèrent une baisse de la valeur de ces produits par rapport à la valeur des biens de consommation, baisse suffisante pour compenser, dans la valeur totale du capital constant, l'accroissement de la valeur de sa partie fixe.
Néanmoins, au-delà d'un certain point, le taux des investissements dans le cadre de la révolution industrielle commence à décliner, parce que ces investissements nécessitaient l'engagement de masses énormes de plus-value et sont intrinsèquement assez risqués. conditions sont nécessaires pour justifier le maintien de leur expansion : un marché qui se développe rapidement pour leurs résultats et une structure de ce marché qui puisse assurer de larges profits monopolistiques. mière condition fut graduellement minée par la disparité inévitable entre le taux de croissance des forces productives produit par la troisième révolution industrielle elle-même et le taux de croissance du pouvoir de consommation de
Dans ce sens, le problème de réalisation est à la base même de la croissance de la composition organique du capital. Un boom d'investissement éternellement auto-soutenu, avec une plus-value se concrétisant dans des moyens de production indéfiniment réalisée dans l'achat d'autres moyens de production afin de produire plus de moyens de production, indépendamment de l'état de la demande de biens de consommation, est tout aussi impossible aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque de la libre concurrence ou à l'époque de l'impérialisme "classique"). La seconde condition fut minée par la montée progressive de concurrents sérieux pour le capital américain en Europe occidentale et au Japon . Mais avec le déclin des investissements dans la révolution industrielle, l'accumulation en capital fixe perd progressivement son efficacité pour faire baisser le prix des matières du capital circulant constant par rapport au capital variable. L'effet direct de la croissance des investissements fixes n'est plus de stabiliser la composition organique du capital, mais de l'augmenter.
s'auto-reproduire. Le déclin du taux de profit de base occasionné par la croissance de la composition organique du capital décourage particulièrement les investissements en technologies qualitativement nouvelles à cause de l'importance du capital et des risques engagés. Donc, une fois atteint le point où les investissements fixes ont pour effet net d'augmenter la composition organique du capital, le taux de croissance de la composition organique a tendance à s'accélérer. La baisse du taux de profit de base dans l'industrie manufacturière américaine depuis 1969 -- causée par cette explosion de la composition organique du capital -- marque la fin de la troisième révolution industrielle. (5) Les conséquences du déclin du "taux de profit observé" ', dans lequel un déclin du taux de profit de base opère également, peuvent être tout à fait différentes de celles d'un déclin du taux de profit observé, causé en premier lieu par la tendance chronique à la surproduction. Nous allons considérer un aspect important de cette différence.
USA
En général, les choix auxquels les stratèges du capital sont confrontés ne sont pas du tout limités à plus (ou moins) de liquidités contre moins (ou plus) d'intérêts des investissements comme l'implique le concept de "'liquidité préférentielle". Au contraire, les capitalistes recherchent une utilisation spécifique de la plus-value appropriée qui leur promette des profits maximum sur une période de temps ou une autre (les risques relatifs et les besoins de liquidité jouent évidemment un rôle pour déterminer l'utilisation de la plus-value).
La baisse du "'taux de profit observé" a comme effet d'augmenter la rentabilité des investissements improductifs (par exemple dans le secteur du commerce) par rapport aux investissements productifs, parce que justement ces investis sements improductifs permettent de contrecarrer la baisse du taux de profit. En outre, sous le régime du capitalisme monopoliste, une croissance tendancielle de la demande pour une marchandise donnée ou de demande globale n'entraine pas automatiquement un accroissement correspondant de la production des marchandises dont la demande a augmenté et donc ne tend pas à un ajustement assez rapide des prix de marché à la valeur relative (ou prix de production) de la production. Au contraire, le monopoleur attendra ordinairement que s'établisse une combinaison entre l'augmentation de prix -- supérieure à celles correspondant à l'augmentation des prix de production - - et l'extension de la production (et donc des investissements productifs) lui rapportant des profits maximum dans une période de temps donnée. Mais dans des conditions de baisse du taux de profit, cette combinaison se déplacera en faveur des augmentations de prix au détriment de l'expansion de la production et donc des investissements productifs. Car le taux de profit de base mesure précisément l'efficacité d'une unité de plus-value, accumulée sous forme de capital productif, à produire de la nouvelle plus-value. En d'autres mots, dans des conditions de baisse du taux de profit de base, une proportion plus grande de chaque dollar ajouté à la demande effective se traduit en augmentations de prix et des investissements improductifs, une proportion plus petite en accroissement de la production, de l'emploi et des investissements productifs. Ceci aggrave à son tour tendanciellement les difficultés de réalisation et encourage le déplacement des investissements productifs vers les investissements productifs. Le graphique VI témoigne du succès total remporté par le capital américain sur ses problèmes de réalisation durant le boom qui suivit la récession de 1970. Face à la chute rapide du taux de profit de base, ce taux, sur une base annuelle, connut une augmentation soutenue telle qu'on n'en avait pas connue au cours des années de boom de la décade 1960/70. Cependant, après le démarrage initial entre 1970 et 1971, le "taux observé" repris sa courbe descendante - - témoin sûr du tournant continu des investissements productifs vers les investissements improductifs. Parallèlement, malgré la disparition temporaire des problèmes de réalisation, avant le commencement de la récession actuelle, l'utilisation d'ensemble des capacités de production (face à de sérieuses réductions dans certaines industries) demeura plus basse que dans tous les cycles montants d'après la seconde guerre mondiale, et le taux de chômage ne commença même pas à décliner au niveau de la fin des années 60. Néanmoins, les Etats-Unis durent faire face à une poussée inflationniste sans comparaison depuis la guerre. Dans la mesure où les monopoleurs étaient assurés de bénéficier de politiques fiscales et monétaires qui leur permettraient d'agir ainsi, il était devenu proportionnellement plus ren -table pour eux d'élever les prix que de développer la production et l'emploi. mença à susciter des anticipations inflationnistes dans l'économie qui,, combinées à la masse croissante de plus-value qui ne pouvait plus être accumulée de façon productive, a conféré ce fort aspect spéculatif au boom. ticulier, les réductions de capacité dans certaines industries productrices de matériaux furent presque à coup sür le résultat du stockage de ces matériaux par les utilisateurs en quantité bien supérieure aux besoins pour la produc-
Il n'y avait pas de pénurie de capital, mais plutôt une disproportion croissante dans la distribution de capital due en très large mesure au déclin du taux de profit de base. (6) La récession de 1970 réussit admirablement à augmenter le taux d'exploitation. L'armée de réserve des chômeurs a essentiellement été reconstituée grâce au fait que le mouvement syndical est dominé par une direction que ne savait pas comment, et n'était pas très portée à lutter contre le chômage. Cette récession ne toucha pas la croissance de la composition organique du capital. La récession actuelle, bien plus sévère, ne la réduira probablement que très légèrement. Car même un répit temporaire exigerait une dévaluation de capital tellement massive - - par le biais d'une vague de fermetures d'entreprises - - que même les monopoleurs les plus puissants seraient sérieusement frappés pour une longue période, et elle serait associée à un niveau de chômage qui provoquerait une désorganisation sociale désastreuse, sinon nécessairement une révolution socialiste victorieuse. L'Etat bourgeois peut agir et agira pour empêcher cela, mais en le faisant il minera une fonction hygiénique importante des récessions, à savoir la réduction de la composition organique La baisse de l'efficacité des méthodes fiscales et monétaires maintenant traditionnelles pour affronter des conditions de crise va devenir de plus en plus évidente. Dans un monde où le taux de change flottant rend plus difficile l' "ex-
portation" de l'inflation domestique - - à la différence de la période antérieure à 1971, quand la prospérité de tout le monde capitaliste dépendait du déficit de la balance des paiements
US--, plus d'inflation et moins d'expansion par dollar amènera la classe dominante à rechercher des solutions plus fondamentales.
Etant donné l'impossibilité d'une réduction significative , même à court terme, de la composition organique du capital, ces solutions consisteront dans des mesures qui entraineront une augmentation réellement massive du taux d'exploitation. La perspective est celle d'une attaque très concentrée contre les conditions de vie des travailleurs américains et contre les syndicats dans un futur pas très lointain. Beaucoup dépendra du développement d'une direction qui peut riposter à cette attaque et prendre la contre-offensive sur la base d'un programme de revendications transitoires qui pourra mettre fin une fois pour toutes à la domination du Capital. L'élaboration des données montrées dans les graphiques Ill à VI part de la distinction entre le secteur productif et le secteur improductif de l'économie. Nous laissons de côté la classification "fourre-tout" : "société par actions non-financières" et dirigeons notre attention sur le secteur dans lequel la production de plus-value est concentrée : l'industrie manufacturière. Mais une partie très substantielle de la plus-value produite dans l'industrie manufacturière n'y est pas réalisée et est réalisée dans le secteur commercial. Pour utiliser une simplification utile, nous prenons pour acquis que toute la plus-value réalisée dans le secteur commercial est produite dans l'industrie manufacturière. Il s'agit là d'une approximation assez grossière. En premier lieu, la plupart des marchandises produites dans le secteur productif de l'agriculture entre dans le secteur commercial avant d'atteindre leurs consommateurs finaux, et le secteur productif des transports est intermédiaire entre les secteurs manufacturiers et commerciaux et entre les différents établissements du secteur commercial lui-même. Ainsi, une portion non négligeable de la plus-value réalisée dans le commerce est produite par le secteur agricole et le secteur des transports et non par le secteur manufacturier. Deuxièmement, le secteur commercial n'est pas improductif dans sa totalité; il opère en par ticulier certains transports de marchandises et certaines parties du travail inclu dans l'empaquetage et le stockage doivent être comptées comme productives. Finalement, certai nes parties de la plus-value produite par l'industrie manufacturière sont sans aucun doute réalisées dans le secteur non-productif des services.
Mais la contribution du secteur agricole et du secteur des services au produit national est relativement petite par rapport à celle de l'industrie manufacturière, et leur part relative n'a pas beaucoup changé au cours des années prises en considération ici. Et bien que nous n'ayons. pas les données nécessaires pour analyser les différents éléments de "profit" du secteur très diversifié des services dans ses différentes composantes - - plus-value réalisée dans des activités commerciales menées dans certains secteurs, plus-value qui y est produite, revenus des professionnels - - il n'y a aucune raison de supposer que la proportion de ces composantes ait beaucoup changé au cours de la décade en question. Cette simplification ne déforme donc probablement pas trop les changements d'année en année. La deuxième opération est de regrouper les données sur les revenus, salaires et traitements, profits, etc., - - en fonction de leur provenance dans les rapports de production - - capital variable et plus-value. Nous avons procédé en fonction des critères suivants:
1. Du point de vue des rapports de production, tous les impôts représentent des composantes de la plus-value. L'Etat n'est
"facteur de production" à côté du capital et du travail (ou des capitalistes et ouvriers) avec un coût de reproduction qui doit être couvert. hors des rapports de production -- bien qu'il soit essentiel à leur reproduction -- et ne peut donc être entretenu que par la plus-value. Nous estimons donc la part des impôts venus et la sécurité sociale dans les "salaires et traitements" des travailleurs des secteurs du commerce et de l'industrie manufacturière et l'assignons à la plus-value. De même nous assignons les impôts sur le revenu des entreprises et les "impôts indirects d'affaires" (principalement les impôts sur les. ventes et les assurances sociales) payés dans ces secteurs à la plus -value. Et, bien sûr, nous allouons les profits réalisés dans ces secteurs et les intérêts nets payés par ces secteurs à la plus-value produite dans l'industrie manufacturière.
2. La partie des "compensations aux employés" constituées par les paiements de retraites privées et de fonds d'assurance médicale et contre le chômage est assignée à la plus-value. Les travailleurs ne les reçoivent pas comme revenu courant; ils reçoivent seulement un droit de revendication conditionnelle sur certains fragments de la plus-value à être reçus dans le futur.
3. Les revenus des PDG, des directeurs et managers des secteurs du commerce et de l'industrie manufacturière sont assignés à la plus-value. Nous identifions la somme de ces revenus à la différence entre "salaires et traitements' dans les comptes du revenu
USA national (les PDG touchent aussi un traitement) et les versements des employés classifiés comme "salariés et travailleurs" dans les statistiques du Bureau du Travail. Nous considérons les revenus des "ouvriers de la production' dans le secteur manufacturier comme des revenus d'ouvriers productifs et les assignons à l'échange de force de travail contre du capital variable. Il nous reste ensuite la différence entre les versements salariaux aux ouvriers dans la production et ceux de l'ensemble des employés dans l'industrie manufacturière. Ici, de façon arbitraire, mais non sans fondement, nous moitié de ces versements aux échanges de force de travail contre du capital variable et la moitié à des échanges avec du capital constant. Le premier correspond avant tout à cette armée croissante d'ingénieurs et de techniciens qui, bien qu'ils aient peu de contact immédiat avec le processus physique de production, sont techniquement nécessaires à son fonctionnement. Le dernier correspcad aux travailleurs improductifs dont le nombre croissant reflète la pénétration des "efforts de vente" dans le secteur manufacturier lui-même. Le dernier pas dans l'analyse est d'estimer, à partir des flux d'argent pour lesquels nous disposons de données, l'ampleur des différents stocks. Nous commençons avec un stock pour lequel nous avons des données : les inventaires des entrepreneurs. La valeur moyenne de ces inventaires au cours d'une année représente approximativement la valeur moyenne du capital que les industries manufacturières gardent "gelé" dans les matériaux avec lesquels travaillent les ouvriers utilisant les moyens de production. Il s'agit en d'autres termes de la fraction en matières premières et produits intermédiaires du capital constant cir(1) Le graphique I indique le rapport des profits, impôts déduits, au total estimé des investissements fixes des sociétés américaines non-financières. Le graphique Il indique le rapport des profits, impôts déduits, à la "rémunération des employés" des mêmes sociétés. La catégorie "rémunération des employés" dans les comptes du revenu nationa aux Etats-Unis comprend les salaires et traitements de tous les membres de sociétés, du directeur général à la femme de ménage qui nettoie ses bureaux, ainsi que les contributions des entreprises aux assurances maladie privées et assurances chômage et aux caisses de retraite privées. Tous les graphiques ont pour indice 100 : 1964, c'est-à-dire qu'ils indiquent la valeur de chaque année comme un pourcentage de la valeur de
Ensuite, nous déterminons le temps de rotation de ce capital circulant. Pour faire ceci nous estimons les dépenses annuelles en matériaux des entrepreneurs en soustrayant le produit brut du secteur manufacturier du total annuel des ventes de ce secteur. dépenses annuelles en matériaux divisées par la valeur moyenne des inventaires nous donnent une estimation de la durée moyenne, en fraction d'année, qui s'écoule entre l'achat de ces matériaux jusqu'à la réalisation, par la vente, de leur valeur et de la valeur ajoutée. Ceci est précisément le temps de rotation de la composante matérielle du capital constant circulant. Nous rapportons ensuite tous les autres taux à ce temps de rotation. Nous définissons la grandeur de la part fixe du capital constant comme étant la dépréciation annuelle multipliée par le temps de rotation de ce capital; la grandeur du capital variable est définie comme étant les salaires des ouvriers productifs (moins la part de plus-value contenue dans ces salaires) compte-tenu du temps de rotation de ce capital circulant. Nous calculons ensuite la composition organique du capital comme étant le rapport du capital constant au capital variable et le taux d'exploitation comme le rapport de la plus -value produite (estimée à partir de la plus - value réalisée dans les secteurs manufacturiers et commercial pris ensemble) sur une période de rotation du capital constant circulant au capital variable. Le taux de profit de base est ensuite calculé à partir de la formule habituelle : taux d'exploitation divisé par un plus la composition organique du capital : pl pl
-= CT V -+ V le taux de profit de base annuel est donc le taux de base divisé par le temps de reproduction du capital en circulation. 1964. Toutes les données utilisées pour la détermination des graphiques sont tirées des sources gouvernementales; spécialement les comptes du revenu national qui sont publiés chaque année , en juillet, dans le Survey of Current Business (Bureau of Economic Analysis, U.S. Department of Commerce, Washington, D.C.). William Nordhaus a publié une analyse statistique importante du "taux de profit observé" et de la répartition relative des profits et des salaires dans The Falling Share of Profits, Brookings Papers on Economic Activity, N° 1, 1974 (The Brookings Institution, Washington, D.C.). Malheureusement, le professeur Nordhaus méconnait les notions telles que "composition organique du capital"', "taux d'exploitation", et la distinction entre "sphère de la circulation" et "sphère de la production". Son explication du déclin du "taux de
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profit observé relève de la thèse de la "liquidité préférentielle" que nous même.
(2) Les mesures spécifiques qui empêchèrent une crise de réalisation se rapportent certainement, dans le budget de 1968, aux décisions prises par l'administration Johnson de financer la guerre du Vietnam par un large déficit
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"Taux de profit observé"
fig Il mentionnons ici fig I
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66 position plus élevé est appliqué aux reveplique l'augmentations du taux d'exploitation entre 1967 et 1968.
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66
72
70 budgétaire. Au même moment, un taux d'imnus. Cela se traduit dans le graphique par le fait que, statistiquement, il y a une croissance de la part relative des impôts sur les salaires des travailleurs productifs qui exfig lI 68 70 72 Rapport des profits aux salaires Taux d'exploitation
130
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6 6
68 fig IV
Composition organique du capital
70
72
100 L
90
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1964 fig
Taux de profit de base
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1964
6 6 fig
L'ECONOMIE
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68
70
V
70
68
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VI
Taux de profit de base annuellement