Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

La situation pré-révolutionnaire mûrit -- Résolution du Secrétariat Unifié de la IVème Internationale

· Inprecor (première série) n° 29, 19 juin 1975 · p. 18-28 · 7 965 mots

Portugal IVe Internationale Syndicalisme État espagnol

Ième internationale la pré révolu tionnaire mûrit au portugal résolution du secrétariat unifié de la

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Le coup d'Etat manqué du 11 mars marque une lourde défaite politique pour la bourgeoisie portugaise. La puissante mobilisation populaire paralysa les instruments politiques et militaires sur lesquels pensait pouvoir s'appuyer la réaction capitaliste. La bourgeoisie est réduite aujourd'hui à la défensive, sans que cela supprime la possibilité de tentatives golpistes de certaines fractions bourgeoises. Sa crise de direction politique ne fait que s'accentuer. Le degré de combativité, d'organisation et d'auto-organisation, de conscience de classe des travailleurs a fait un nouveau bond en avant. Au sein de l'armée, soldats et marins ont non seulement montré une capacité de riposte très grande contre les factieux, mais la politisation et le processus d'auto-organisation du contingent se sont aussi développés. La crise de l'armée s'approfondit. Cela a facilité la contre-offensive de l'aile dite socialisante du MFA (Mouvement des Forces Armées), face à des courants se réclamant plus ou moins explicitement du projet spinoliste. Si l'emprise des néoréformistes s'est renforcée, l'audience de la gauche révolutionnaire dans le cadre de l'ascension impétueuse des luttes ouvrières s'élargit considérablement, au niveau des entreprises, des quartiers, des syndicats et au sein de l'armée. Ceci s'est confirmé lors des élections du 25 avril où les partis ouvriers ont recueilli une majorité de voix quasi sans précédent dans l'histoire du mouvement ouvrier. Ainsi, depuis un peu plus d'une année s'est produite une radicalisation progressive de la montée des luttes ouvrières qui débouche sur la maturation d'une situation pré-révolutionnaire. 1. CRISE ET SABOTAGE

ECONOMIQUE Le capitalisme portugais est confronté à une crise d'une rare profondeur. Aux faiblesses structurelles et aux déséquilibres hérités de l'époque salazariste s'ajoutent les effets de la récession internationale, de la décolonisation, du changement brusque des rapports de forces entre le Capital et 'le Travail. Sabotage économique, grève des investissements de la part du capital financier portugais comme des trusts multinationaux, restrictions ou suppression des crédits aux petites et moyennes entreprises, fuite des capitaux ont encore accentué le marasme économique. Des secteurs aussi importants que la construction ou le textile traversent une crise quasi-généralisée. L'agriculture, prisonnière de ses structures archalques, est inapte à produire en masse suffisante des produits vivriers à bas prix. Sur un an, le taux d'inflation est officiellement de 35%, mais est, en réalité, beaucoup plus élevé en ce qui concerne les produits vivriers. Le pouvoir d'achat des travailleurs est durement touché. Fermetures et licenciements se multiplient depuis le début de l'automne 1974. Le chômage touche 250. 000 travailleurs.

La reconversion de l'appareil de production, dans la perspective d'une intégration accentuée au Marché Commun, et la fin de la guerre coloniale, exigeait une mutation profonde des formes de domination bourgeoise, de même qu'une canalisation des mobilisations ouvrières dont la dynamique anti-capitaliste, dans une telle situation, ne pouvait que se renforcer. Or, la résistance et la contre-offensive ouvrières battirent en brèche aussi bien le coup d'Etat présidentialiste du 28 septembre, la sur le droit de grève et le lock-out, la loi sur les occupations de maisons, que l'essai de paralysie des travailleurs au travers de la constitution d'une vaste armée de chômeurs. Face à cette riposte des masses laborieuses qui rend caduques les projets de réorganisation industrielle, le Capital utilise de plus en plus l'arme du sabotage économique avec l'intention de se rallier de larges secteurs de la petite-bourgeoisie en faisant la preuve de l'incapacité du gouvernement à assainir la situation écono2. LA MONTEE DES LUTTES Dès le mois de décembre 1974, une nouvelle phase s'ouvre dans l'ascension des mobilisations ouvrières. Tout d'abord, des secteurs de plus en plus larges de la classe ouvrière font le constat de la précarité des conquêtes salariales obtenues au début de l'été. Ainsi, le 14 janvier, 300. 000 travailleurs manifestaient à Lisbonne. Ils transformèrent partiellement la manifestation organisée par l'Intersyndicale et le PCP( Parti communiste portugais) afin de soutenir le MFA et la loi sur l'unité syndicale, en une vaste mobilisation contre l'exploitation capitaliste et pour l'unité des travailleurs dans la lutte. Ensuite, l'attaque à la sécurité de l'emploi, spécialement dans les petites et moyennes entreprises, déclenche des luttes de type nouveau : occupations, remises en marche, expériences de contrôle ouvrier. Enfin, face au sabotage économique et aux tentatives de réorganisation de la réaction, se multiplient des initiatives préparant la mobilisation contre la tentative de coup. La classe ouvrière portugaise, quasi-spontanément et avec une extraordinaire rapidité, reprend, assimile et parfois enrichit les expériences de lutte les plus avancées qui se sont développées en Europe depuis 1968. Ceci est dû à la conjonction entre divers facteurs. Tout d'abord, l'acuité de la crise strúcturelle et conjoncturelle du capitalisme portugais limite considérablement la base objective pour le développement d'expériences réformistes et explique en grande partie le processus de radicalisation progressive qui a pris place depuis une année. Ensuite, depuis la seconde moitié des années 60, la classe ouvrière s'est renforcée socialement, Dans les régions de Porto et de Lisbonne, une nouvelle génération de travailleurs, qui n'a connu que le déclin du régime salazariste, est entrée assez mas-

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sivement dans la production. une partie essentielle de l'avant-garde ouvriè-

Enfin une politisation relative fut stimulée dans ces couches par la lutte des combattants africains et, au travers de l'immigration, des dizaines de milliers de travailleurs non seulement ont fait l'apprentissage de la lutte ouvrière, mais ont également acquis une compréhension de la nouvelle situation qui se développe en Europe depuis 1968. s'adjoint, dans le cadre de la chute du régime fasciste, une réceptivité très grande aux idées farouchement combattues par la dicta-

La combinaison entre l'accentuation de la crise économique et sociale, la montée des luttes et un climat permanent de débat politique crée un terrain extrêmement favorable à la maturation de la conscience anti-capitaliste, quand bien même , sur le plan de la capacité d'intervention autonome au niveau politique, les effets de 48 ans de fascisme ne sont pas effacés. Ainsi se développent, dès la mi-décembre, diverses expériences qui augurent de la mobilisation qui se déroulera le l1 mars et des mouvements qui y firent suite. (1) Les occupations d'entreprises se font de plus en plus nombreuses. Elles conjuguent fort souvent la lutte pour l'épuration des cadres et des administrateurs fascistes, contre le sabotage économique et pour la revendica -tion de nationalisation. Le contrôle des stocks, le contrôle sur l'embauche et les licenciements, l'ouverture des livres de compte deviennent des armes de plus en plus utilisées par les travailleurs. Ceci n'implique évidemment pas que les travailleurs aient déjà assimilé toute la richesse ainsi que les implications sur le plan politique de l'ensemble des expériences auxquelles ils participent activement. aux occupations d'entreprises et de banques s'ajoutent les occupations de terre dans le Sud. défendues militairement par les paysans et les travailleurs agricoles. (2) Les travailleurs outrepassent les limites légales et font voler en éclats, dans les faits, la loi sur les grèves qui interdit l'occupation, les réunions plénières dans les

Au même titre, les interdictions de manifestations ne sont pas respectées. De même, les soldats s'organisent à la base et se réunissent en Assemblée générale dans des casernes. (3) Face aux tentatives de réorganisation des fascistes, une avant-garde significative de travailleurs réagit avec force : les meetings du CDS ( Centre Démocratique et Social), qui regroupe de nombreux notables de l'ancien régime, sont boycottés, comme ce fut le cas le 25 janvier à Porto. Les cadres du régime salazariste dans les entreprises, la presse, la radio, sont écartés par des initiatives des commissions de travailleurs et des sections syndicales.

(4) Le mouvement syndical se renforce et s'étend. Les batailles pour un fonctionnement démocratique des syndicats se multiplient. Parallèlement l'influence des commissions ouvrières s'accrolt, spécialement dans les grandes entreprises de la région de Lisbonne. Ces organes regroupent en permanence l'avant-garde ouvrière et peuvent représenter la majeure partie des travailleurs au moment d'une mobilisation. Lors du 28 septembre, elles avaient pris les premières l'initiative de la mobilisation ouvrière. Le 7 février, plus de 30. 000 travailleurs participèrent à la manifestation ultra-combative organisée par la coordination des commissions ouvrières de Lisbonne. Dans les entreprises, afin de renforcer l'organisation unitaire des travailleurs, des assemblées générales élisent des commissions de travailleurs. Lors des occupations d'infrastructures sociales (cliniques privées, hôtels transformés en crèches pour enfants ou maisons de repos pour travailleurs) des commissions de gestion sont mises en place et parfois élues. Dans certains cas elles entrent en relation avec des commissions ouvrières pour planifier l'utilisation des locaux occupés et "mis au service du peuple'. Stimulées souvent par le PCP, des assemblées populaires surgissent dans les quartiers po-

Elles débattent des problèmes sanitaires, de logements, de transports et prennent plus ou moins en charge l'organisation de ces services sociaux. Ainsi émergent à divers niveaux des organes qui peuvent fournir l'embryon de formes de dualité de pouvoir. (5) La jonction entre ouvriers et soldats se manifesta clairement pour la première fois le 7 février. Les soldats du RAL 1 rejoignent les premiers rangs de la manifestation des commissions ouvrières et reprennent les slogans lancés par les travailleurs. (6) Les manifestations de solidarité avec la lutte de leurs camarades espagnols se renforcent. L'opposition au Pacte Ibérique, à la participation du Portugal à l'OTAN, s'affirme plus nettement et témoigne de la progression dans la conscience de larges secteurs de la classe ouvrière de l'internationalisme prolétarien. C'est sur cette toile de fond qu'il faut situer la riposte à la tentative de coup d'Etat. Cette mobilisation indique que les leçons du 28 septembre avaient été intégrées par des dizaines de milliers de travailleurs. Elle contient en elle-même la richesse des expériences qui ont commencé à modeler la conscience des travailleurs. Mais elle eut aussi comme effet de démultiplier leurs initiatives dans la mesure où elle se conclut par une victoire écrasante contre la réaction et confirme aux masses laborieuses leur propre force.

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3. UNE DEFAITE POLITIQUE DE

LA BOURGEOISIE Suite à l'échec du 28 septembre, la fraction dominante de la bourgeoisie portugaise misait tout d'abord sur le renforcement de son parti central, le PPD ( Parti Populaire et Démocratique) pour se forger une victoire électorale. Ensuite, dans la perspective d'une détérioration des rapports de forces entre les deux classes fondamentales de la société, elle se montrait prête à accepter un processus d'institutionnalisation du MEA comme instrument servant, en dernière instance, à contrôler la situation et à rééquilibrer l'appareil d'Etat. Cette institutionnalisation, exprimant la fonction bonapartiste du MFA, devait prendre forme selon les voeux de la bourgeoisie, sous le couvert d'une victoire électorale du centre-gauche, d'une offensive des secteurs spinolistes au sein même du MFA et d'un certain contrôle du processus de décolonisation, spécialement en Angola, au travers d'une valorisation du FNLA et de l'UNITA. Une autre fraction de la bourgeoisie ne partageait pas cette optique. Constituée par les secteurs les plus durement frappés par la chute du régime salazariste et la décolonisation, elle se préparait à une attaque frontale contre la classe ouvrière et ses conquêtes sociales, à une reprise en main du contingent et à l'élimination des éléments les plus radicalisés du MEA. L'accélération de la montée ouvrière, la crise croissante au sein de l'armée, les quelques succès des spinolistes lors des élections dans le MFA au début du mois de mars, le manque de sens -- après 48 ans de régime corporatiste -- de l'opportunité politique et des réels rapports de forces sociaux ont certainement incité ces milieux à se lancer dans une tentative de coup d'Etat. Sa faillite révèle deux traits significatifs. Les putschistes furent incapables d'organiser effectivement une coordination entre les secteurs militaires et civil et de s'assurer effectivement un soutien direct dans les couches sociales prêtes à soutenir un tel projet. La rapidité de la riposte, son ampleur, comme la résistance ou l'opposition ouverte des soldats et marins à toutes manoeuvres golpistes des officiers, enleva à la réaction la possibilité de disposer d'une part significative de l'appareil militaire et politique pour l'accomplissement de ses plans. Après l'essai de coup d'Etat constitutionnel de juillet 1974, après la tentative de coup d'Etat civil du 28 septembre, le ll mars, la bourgeoisie brûla une nouvelle cartouche sans résul tat, ou plutôt avec le résultat inverse de celui espéré. La perte de Spinola, qui pouvait jouer le rôle de point de ralliement, amplifie la crise de direction politique du camp bourgeois. Le plan économique d'urgence, approuvé par le conseil des ministres le 7 février et reflétant l'influence du PPD et du PS, est balayé. Non prévue explicitement par ce plan, la nationalisation des banques et des assurances sous la pression des mobilisations des travailleurs crée une dynamique pouvant faire éclater les limites dans lesquelles étaient envisagées d'éventuelles nationalisations par le plan d'urgence. Au sein du MFA, les rapports de forces se sont modifiés en faveur des secteurs non spinolistes. L'institutionnalisation imposée contre un coup d'Etat, manifeste un caractère objectivement contradictoire. D'une part, elle se fait contre les secteurs putschistes et, dans ce sens, tend à favoriser des initiatives des travailleurs et des soldats pour l'épuration des cadres fascistes; d'autre part, le MFA consolide sa position comme organe de pouvoir autonome jouant dans une certaine mesure un rôle d'arbitre bonapartiste au-dessus des classes, et tendant à mettre hors jeu les instruments traditionnels de la démocratie bourgeoise (partis, parlement...). Cependant, l'échec du coup d'Etat ne représente ni une victoire définitive du secteur "progressiste" du MFA, ni la liquidation du secteur spinoliste des Forces armées. Celui-ci, bien qu'affaibli, continue à occuper non seulement une position dans le Conseil supérieur de la Révolution lui-même, mais peut récupérer les positions perdues, dans la mesure où la structure hiérarchique de l'armée est maintenue; dans ce sens, s'il est certain que l'institutionnalisation du MFA garantit la stabilité de la coalition gouvernementale de collaboration de classe, elle n'écarte pas la possibilité à terme d'un virage graduel vers un régime de droite. Sous l'impact de la mobilisation massive des travailleurs et ayant l'espoir d'une aide financière suite à la nationalisation des banques, la petite-bourgeoisie pourrait bien ne plus offrir un support aussi stable aux formations politiques de la bourgeoisie, qui ont dû céder du terrain au PCP-MDP dans le gouvernement, ainsi que dans l'appareil écoconomique et étatique. Sur la défensive, la bourgeoisie se vit contrainte, après le 1l mars, d'accepter les mesures de nationalisation des banques, des assurances, des transports, de l'électricité, de la sidérurgie et l'institutionnalisation du MFA, sous une forme qu'elle ne put pas discuter. chéance électorale du 25 avril, elle se devait de retrouver une crédibilité, avec l'espoir qu'une victoire électorale lui permette d'infléchir le processus de nationalisation et de l'insérer dans un cadre compatible avec la survie du système capitaliste.

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Sous le couvert de la signature du Pacte et vu la possibilité d'utiliser la tribune électorale, les partis bourgeois - - plus spécifiquement le CDS - - purent réorganiser leur base et se préparer à la contre-offensive. Dans ce sens il serait absolument erroné de sous-estimer les résultats électoraux obtenus par le PPD et le CDS, d'autant plus si on les compare à ceux du PCP. Néanmoins, bien qu'ayant mis l'accent après le 1l mars sur son renforcement sur le plan électoral et sur les possibilité d'opérer certains rééquilibrages au niveau gouvernemental, y compris en mettant à profit la campagne anticommuniste du PS, la bourgeoisie dans son ensemble ne va pas se limiter à concentrer ses efforts sur le seul terrain légal. La crise de direction politique de la bourgeoisie, accélérée par la montée du mouvement de masse depuis le ll mars, va encourager le choix pour une tactique terroriste, de harcèlement, de sabotage et d'attaque contre les organisations et les militants ouvriers. Sur le plan international, la bourgeoisie garde ouvertes les deux options de l'aide et de l'étranglement. Pour l'instant, la bourgeoisie européenne, en utilisant les divers moyens de pression et de chantage, semble avoir misé sur la carte de l'aide, comprenant que l'asphyxie économique dans l'immédiat pourrait avoir des effets radicalisants. Ceci n'empêche évidemment pas que des efforts se dirigent déjà vers la structuration et le financement de l'offensive réactionnaire aussi bien au Portugal même que dans les colonies, plus spécialement l'Angola. 4. L'ACCELERATION DU PROCESSUS

REVOLUTIONNAIRE La mise en échec du projet golpiste le ll mars, grâce à une mobilisation massive et rapide des masses laborieuses, débouche sur une modification des rapports de forces à deux niveaux : d'une part entre la bourgeoisie et la classe ouvrière, d'autre part entre l'avant-garde révolutionnaire et les courants réformistes. (1) Ce nouveau déplacement des rapports de forces s'exprime dans l'accroissement de la crise de l'armée, sa division, la multiplication des ruptures de discipline et du refus par le contingent de cette "nouvelle hiérarchie" dont se réclamait le MFA. La politisation au sein de l'armée a fait un grand bond en avant. Elle se trouve nourrie par la jonction qui s'est établie à plusieurs endroits entre les travailleurs les soldats le 11 mars. à tel point que des armes furent distribuées à des piquets de vigilance populaire. Elle s'est renforcée durant la campagne électorale au travers du débat politique systématique qui traversa la troupe. Ceci s'ajoutant aux problèmes de fonctionnement même de l'armée -- faiblesse de l'encasernement, débilité de l'encadrement, conditions sociales et matérielles misérables -- renforce le processus d'auto-organisation, la participation ouverte des soldats au travail des organisations révolutionnaires, le rapprochement et les activités communes avec les travailleurs. Néanmoins, ces phénomènes se développent à un rythme fort inégal au sein des Forces armées à l'échelle nationale, ce qui peut faciliter des manoeuvres réactionnaires. A court terme, les Forces armées ne représentent donc plus une entité suffisamment homogène et contrôlée par la hiérarchie militaire pour être aisément utilisées dans un projet golpiste. Ce projet ne peut que concourir à accentuer l'instabilité générale et à prolonger la période de crise de la direction politique bourgeoise. (2) La levée en masse des travailleurs à l'annonce de l'essai de coup d'Etat ne déboucha pas uniquement sur l'écrasement des factieux, mais sur une victoire considérable pour les masses laborieuses : la nationalisation des banques et des secteurs des transports, de l'électricité, de la sidérurgie, du ciment, du tabac et de l'alimentation, ainsi que des mesures nouvelles préparant une réforme agraire. D'un point de vue objectif, ces nationalisations peuvent évidemment s'inscrire dans un projet consistant à soutenir ou renforcer la marge de profit de certains secteurs privés dans le cadre d'une économie capitaliste. Le secteur nationalisé fonctionne alors comme garant de la rentabilité du secteur privé, en fournissant des matières premières et des produits énergétiques à bas prix, en allouant des crédits à très bas taux d'intérêt ou en faisant de purs et simples dons, en fournissant des crédits à l'exportation, en socialisant les coûts pour le développement d'infrastructures nécessaires aux investissements privés nationaux et impérialistes. Cependant, cette série de nationalisations est décidée au moment même où des dizaines de milliers de travailleurs, depuis le mois de décembre, revendiquent la nationalisation de leurs entreprises, occupent les locaux des banques et des assurances et menacent de prendre sous leur contrôle le secteur des transports. En outre, les ramifications du secteur bancaire dans l'ensemble de l'industrie portugaise créent des conditions objectives favorables au déclenchement d'une dynamique qui outrepasse la fonction que la majeure partie du MFA et des secteurs significatifs de la bourgeoisie assignaient initialement à la prise en main par l'Etat du système bancaire et de divers secUn certain nombre de conditions doivent cependant être réunies pour assurer le développement d'un tel processus, pour assurer la destruction du pouvoir économique et de tous les postes de contrôle et de décision du capital dans la structure économique. Tout d'abord, il est impératif de nationaliser sans indemnisation tous les secteurs décisifs de l'économie : la grande industrie, la banque, les transports et le secteur énergétique, le secteur de la distribution

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et le commerce extérieur. A cela doit s'ajouter l'élimination dans le secteur nationalisé de tous les administrateurs bourgeois, le refus de la "cogestion", la généralisation du contrôle ouvrier, la gestion centralisée de toute la propriété et de toutes les entreprises nationalisées par un organisme central placé sous le contrôle des organisations ouvrières et fondée sur l'application d'un plan économique d'urgence élaboré par ces dernières. Mais de telles mesures d'expropriation de la bourgeoisie ne sont pas possibles dans le cadre actuel de l'Etat bour -geois, dans un contexte où la bourgeoisie détient encore le pouvoir politique et organise la riposte sous toutes ses formes, dont le sabotage économique et la fuite des capitaux représentent l'arme préférée dans la conjoncture présente. La crise économique que traverse actuellement le capitalisme portugais, les mesures de nationalisations qui affaiblissent la bourgeoisie, la montée du mouvement de masse, indiquent clairement que la pré-condition pour arracher son pouvoir économique à la bourgeoisie, son pouvoir de sabotage économique, réside dans la suppression de son pouvoir politique. C'est ici que toutes les initiatives de contrôle ouvrier, d'occupation des usines, de remise en marche de la production sous le contrôle des travailleurs, de coordination des commissions de locataires pour aborder les questions du logement ou des infrastructures sociales, prennent leur importance et expriment la volonté plus ou moins consciente des masses laborieuses de prendre en main le pouvoir politique et économique, de passer d'une économie capitaliste à une économie socialiste, ce qui ne peut se réaliser que par la centralisation des instruments d'auto-organisation des masses. La dynamique même du mouvement va radicalement à l'encontre des objectifs proposés et répétés à satiété par le PCP et par le MFA, se résumant à la bataille pour la production, dans un contexte où la bourgeoisie détient encore les postes de décision déterminants et le pouvoir sur le plan économique et politique. (3) La modification des rapports de forces après le ll mars et la radicalisation profonde qui atteignit un nouveau palier dès le mois de décembre, s'expriment aussi sur le plan électoral. Le 11 mars, une fusion s'est opérée entre la montée ouvrière et l'émergence sur la scène politique du mouvement de masse. Ceci s'est rapidement traduit par l'exigence d'un approfondissement du processus d'épuration à tous les niveaux -- armée, industrie, presse - - et par l'apparition d'une revendication plus ou moins confuse de "gouvernement populaire" doublée de la demande d'exclusion des représentants du PPD du gouvernement. Le ll mars a donc fonctionné comme un catalyseur de la conscience des masses laborieuses sur le plan politique. Le sentiment de victoire et de force acquis par les travailleurs au travers de la mobilisation, de l'obtention des nationalisations et de l'accélération des épurations, comme la faiblesse extrême de toute alternative politique bourgeoise, se traduit dans le vote massif pour les partis ouvriers. Globalement, le résultat électoral ne peut qu'accroltre la confiance des travailleurs dans leur propre force, accentuer les mobilisations anti-capitalistes et susciter dans la base ouvrière une volonté d'unité dans la lutte contre la bourgeoisie et ses partis. Certes, les votes pour le Parti socialiste sont partiellement issus de la petite-bourgeoisie, sous l'impact de la campagne anti-communiste des dirigeants socialistes, et prennent le sens de votes pour une solution d'ordre et de défense de la propriété privée. Des fractions de la bourgeoisie encourageaient le vote PS. Mais il serait tout à fait erroné de réduire le vote PS à cela. Très majoritairement, il représente la volonté primitive de larges secteurs de travailleurs de lutter contre les conditions d'exploitation et d'oppression dont ils sont victimes et pour le socialisme, ainsi qu'une défiance élémentaire face aux méthodes bureaucratiques utilisées par le courant stalinien. Il est d'ailleurs significatif que le PS obtienne le plus de suffrages précisément dans les régions où le pourcentage de salariés est le plus élevé. En fait il est le produit d'une part de la mutation des rapports de force entre Capital et Travail et, d'autre part, du niveau de conscience encore retardé de nombreuses couches de travailleurs qui, lentement, à des rythmes divers, se radicalisent et se politisent. Le PC obtient un résultat électoral qui ne traduit pas exactement sa capacité de mobilisation et sa force organisationnelle. Electoralement, le PC paie le prix de sa politique de collaboration de classe qui le conduisit aussi bien à trahir plus ou moins ouvertement de nombreuses luttes qu'à subordonner toutes les possibilités d'unification de la classe ouvrière dans la lutte anticapitaliste à la possibilité de jouer un rôle de pression sur l'appareil d'Etat; le fait que l'extrême-gauche et les centristes aient gagné un tiers des suffrages du PCP indique l'ampleur de ses pertes sur sa gauche. ment où le débat sur le modèle socialiste est une préoccupation de larges couches de travailleurs, il ne fait pas de doute que le PCP paie aussi son da à la défense inconditionnelle du "modèle socialiste" représenté par le régime bureaucratique des Etats ouvriers dégénérés ou déformés. Quant au MDP/CDE, il est totalement marginalisé et, dès lors, apparait de plus en plus comme une simple couverture du PCP et organe d'appui au MFA. Enfin, les résultats obtenus par l'ensemble des organisations se revendiquant de la gauche révolutionnaire expriment les progrès d'influence et d'implantation des différents courants maoistes, centristes et marxistes-révolutionnaires et l'existence de larges couches ouvriè-

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res en rupture avec la politique des organisations réformistes, tout spécialement dans des bastions ouvriers tels que Porto, Lisbonne, Sétubal, etc.. Il ne fait pas de doute que le PS va chercher à utiliser sa force électorale pour intervenir au sein du MFA et obtenir une certaine réorganisation des rapports de forces, ainsi que pour tenter de trouver un correspondant à sa force électorale sur le plan syndical et dans les entrepri-

Quant au PC, tout en s'affirmant le défenseur inconditionnel du MFA, il devra faire montre de sa capacité de mobilisation afin de consolider sa position et de contrecarrer les projets (4) Le ll mars et le 25 avril 1975 apparaissent à première vue comme assurant le renforcement des organisations réformistes. la tentative de coup d'Etat, le PCP et l'Intersyndicale ont pris la direction du mouvement et ont réussi, dans l'immédiat, à capitaliser une grande partie de la mobilisation. Les initiatives lancées par l'Intersyndicale, les appels à la grève générale - - en rupture avec ce qui s'est produit le 28 septembre -ont placé l'organisation syndicale à la tête de la riposte et ne peuvent que renforcer aux yeux des travailleurs son rôle comme unique représentant de la classe ouvrière. Elle peut évidemment chercher à s'en servir pour marginaliser les instruments d'auto-organisation, limiter quelque peu les expériences se dirigeant dans ce sens et accroftre la crédibilité de sa campagne pour la "bataille de la production". Les élections permettent par contre au PS de se faire valoir comme le principal parti ouvrier (sur le plan électoral) et dès lors de multiplier ses prétentions sur le plan du gouvernement, des municipalités, des syndicats. Néanmoins, cette affirmation des partis ouvriers réformistes et néo-réformistes s'opère dans un contexte de montée du mouvement de de radicalisation de nouvelles couches de travailleurs, de multiplication d'actions autonomes des masses dans les quartiers comme dans les entreprises, qui consolident le sentiment de force et d'indépendance des travailleurs. Ainsi sont créées les conditions pour que, d'une part, s'exacerbent les contradictions au sein même des formations réformistes et, d'autre part, pour que se renforce l'avant-garde révolutionnaire ainsi que son audience dans les couches influencées et organisées par les partis réformistes. Ce double processus est à la base des adaptations tactiques gauches opérées par le PCP depuis la fin de 1974. L'heure n'est donc plus à l'opposition frontale du PCP aux mobilisations. Ainsi, après le 11 mars, contrairement à ce qu'ils firent au lendemain du 28 septembre, le PCP et l'Intersyndicale revendiquèrent des mesures de nationalisation et nombreuses furent les sections syndicales à prendre des initiatives dans cette perpective. Ces adaptations que le PCP et l'Intersyndicale se doivent de faire pour récupérer,. ne pas perdre ou renforcer leur position, fonctionnent cependant aussi comme des éléments accentuant les contradictions internes et modifiant les rapports avec l'avant-garde. Vu sous cet éclairage, la permanence de l'hégémonie relative des formations réformistes, facteur négatif essentiel pour le futur de la montée révolutionnaire, est sujette à de nombreuses modifications, fonction aussi bien d'un accroissement de l'activité autonome des masses que de la capacité de l'avant-garde révolutionnaire d'unifier autour de ses initiatives des couches larges de travailleurs. Dans la phase ouverte par le 11 mars, le PCP tente donc d'isoler les luttes d'avant-garde, de freiner toutes les expériences d'auto-organisation aussi bien dans les casernes, les quartiers, qu'au sein des entreprises. Au même titre où, au nom de la consolidation de l'étape démocratique, il s'opposait grossièrement aux grèves dans une première période, il met l'accent aujourd'hui sur la "bataille pour la production" pour assurer la "stabilisation économique et financière gravement menacée par la récession et la désorganisation provoquée par le sabotage économique". La "bataille pour la production" remplace la "bataille pour le pouvoir", comme ce fut déjà le cas au Chili. Dans ce sens, coller au maximum au MFA représente pour le PCP l'assurance de la fixation de cette"étape démocratique". Cette ligne ne peut que renforcer parmi les travailleurs les illusions sur le "rôle d'avant-garde révolutionnaire" du MFA et dévier la dynamique anti-capitaliste des luttes, vers un projet de collabora-

Cependant après avoir mené une campagne électorale avec des accents triomphalistes, le PCP se doit de manifester sa capacité de mobilisation, sa force organisationnelle, son rôle de premier parti structurant les travailleurs face au premier parti ouvrier sur le plan électoral : le PS. Un certain sectarisme face à la base du PS ne fournit pas une réponse suffisante à ce problème, d'autant plus qu'il existe une réelle pression à l'unité dans ces deux par -tis. Dès lors, il lui sera difficile de se cantonner strictement dans la bataille pour la production. Il se devra soit de participer, soit d'accompagner les mobilisations de travailleurs et de paysans, tout en essayant de les contrôler. Le PCP n'échappera pas de sitôt à ces oscillaLe PSP quant à lui, se trouva écartelé durant la campagne électorale entre l'essai de capter les suffrages de la clientèle petite-bourgeoise du PPD et la nécessité de rétablir, de garder ou de consolider si possible ses liens avec la classe ouvrière. Dans cette période post-électorale, il continue d'être traversé par ce même type de contradictions. Le projet de sa direction -- bien plus que toute alliance de type centre-gauche avec le PPD - - consiste à déga-

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ger au sein du MFA une aile qui, sous le vocable de "socialisme portugais", prendrait des mesures aptes à limiter au maximum la portée des nationalisations, à donner des assurances à l'impérialisme, à "rétablir l'ordre". Les pressions que subit le PSP de la part de la socialdémocratie européenne vont dans le même sens et sa campagne anti-communiste s'inscrit par -faitement dans ce cadre. Néanmoins, ce parti s'est gonflé de milliers de membres qui viennent d'émerger sur la scène politique, ne sont pas marqués par la tradition légaliste social-démocrate et sont suscepde se radicaliser rapidement. répercutera immanquablement au sein du parti et augure soit de la formation de nouveaux courants gauches, soit de ruptures centristes. Les thèmes de contrôle ouvrier et d'auto-gestion mis en avant démagogiquement sur les affiches du ler mai par le PSP indiquent déjà l'exis -tence de ce type de pression au sein du PS.

au grossissement très rapide des rangs du PCP et du PS, face à la faiblesse de l'encadrement politique, à la réceptivité des membres à la propagande de l'extrême-gauche dans un climat de débat politique permanent et d'exacerbation de la combativité, les révolutionnaires disposent objectivement de possibilités très grandes d'accroltre leur audience au sein des travailleurs organisés ou influencés par ces partis. Cette dialectique des rapports entre réformistes, néo-réformistes et forces centristes, ainsi que la gauche révolutionnaire est telle que cette dernière possède déjà un poids suffisant pour initier des mouvements qui, effectivement, emportent l'adhésion de secteurs significatifs des masses. Dès lors, l'application audacieuse et souple d'une tactique de front unique se développant à divers niveaux, depuis l'entreprise en passant par les quartiers, jusqu'à des initiatives plus importantes, est décisive pour l'avant-garde révolutionnaire aussi bien pour riposter immédiatement à toute offensive réactionnaire, à toute mise en question des droits démocratiques du mouvement ouvrier, que pour élargir vOla PCP* QA HAIS FORCA vota P LUERDATE PCP: juntaa tra à noRa v vota l'influence des révolutionnaires et restreindre la durée de l'emprise des réformistes sur la

En prônant l'unité d'action de l'ensemble de la classe ouvrière et de tous ses courants, sans aucune exclusive, les révolutionnaires pourront mettre à profit la volonté unitaire existant parmi de larges secteurs ouvriers pour renforcer ce front anti-capita-

SOLA

MARIEI

Toute rupture de fait de cette unité d'action risque de désorienter profondément les masses laborieuses, de susciter des phénomènes de

Get de début de démoralisation et de provoquer ainsi une stagnation du processus révolutionnaire qui faciliterait une contre-offensive

C'est pourquoi tant les méthodes bureaucratiques des dirigeants du PC contre la démocratie ouvrière et leur sectarisme (obstruction des élections syndicales, affaire du "Republica", etc.) que les tentatives des dirigeants du PS de freiner le processus révolutionnaire au nom de la défense de la démocratie bourgeoise, attisent aujourd'hui la division dans les rangs du prolétariat et constituent de véritables attentats contre ses intérêts.

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Contre ces diviseurs, les marxistes-révolutionnaires luttent pour le renforcement de l'unité d'action de toutes les organisations et de tous les organes représentatifs de la classe ouvrière et pour sa consolidation par la création d'un réseau de comités d'ouvriers, de soldats et de paysans, démocratiquement élus, qui peuvent à la fois garantir le respect de la démocratie la plus large et assurer la marche en avant de la révolution. La tâche la plus urgente est de passer à la création de tels organes de pouvoir démocratiques et prolétariens. L'aspect désastreux de la politique du courant maoiste qui caractérise le PCP comme "social-fasciste" et en fait l'ennemi principal est d'autant plus mis en lumière si l'on considère la fluidité qui existe dans les rangs mêmes du • PCP et du PSP et l'écho que les courants d'extrême-gauche peuvent y recevoir. Dans la mesure où le courant maoiste, plus spécialement l'UDP, dispose d'une influence significative dans l'avant-garde ouvrière large, la politique des maoistes fonctionne effectivement comme un élément de division de la classe et risque d'isoler cette avant-garde ouvrière du coeur de la classe. 5. LE ROLE DU MFA Dans un contexte marqué par une crise de direction politique ouverte de la bourgeoisie, par une réelle division au sein de l'armée, par l'influence croissante des partis ouvriers réformistes et par la continuation de l'ascension dés luttes ouvrières, le MFA, après le 11 mars, consolide sa position en centralisant l'essentiel des prérogatives législatives et exécutives. L'affirmation du MFA, dès le 25 avril 1974 est le fruit non seulement du rôle qu'il joua dans l'organisation du coup d'Etat mais aussi de la crise de l'armée sous les coups de la défaite subie dans la guerre coloniale et de la faiblesse sur le plan politique des deux clas-

D'autre part, la bourgeoisie, après un demi-siècle de régime corporatiste, ne disposait pas d'instruments politiques aptes à fonctionner efficacement dans le cadre d'une démocratie bourgeoise face à une montée progressive du mouvement de masse. D'autre part, le manque d'expérience politique des travailleurs après 48 ans de dictature ne permettait pas à la classe ouvrière d'exprimer immé diatement ses propres solutions. C'est la convergence de cette double faiblesse politique qui créa les possibilités pour le MFA d'occuper cette place centrale, spécialement après l'échec de deux tentatives hâtives de coup d'Etat présidentialiste en juillet et septembre 1974 et suite à la débâcle du 11 mars. Le MFA représente en réalité deux phénomènes différents : d'une part une partie intégrante de l'appareil d'Etat (Président de la République,

Conseil de la Révolution, Etat-Major de l'armée, etc.), d'autre part, un mouvement composé d'une partie du corps des officiers, ayant des assises parmi les sous-officiers et les soldats et traversé par tous les courants sociaux et politiques d'un Portugal entrainé dans un processus révolutionnaire. En tant que partie intégrante de l'appareil d'Etat, il assure le maintien des rapports de production capitalistes, surtout à un moment où, dans le cadre d'une profonde crise de direction politique de la bourgeoisie, la montée du mouvement de masse met en danger la survivance même du système de domination capitaliste. En tant que mouvement, sa composition sociale majoritairement petite-bourgeoise implique qu'il est loin d'être homogène sur le plan idéologique. Il a connu de même une modification dans sa composition, une radicalisation de certains de ses secteurs et, en même temps, une polarisation croissante entre ses diverses composantes. A côté de courants spinolistes, qui ne sont pas sur le devant de la scène dans la phase actuelle, il existe divers courants plus ou moins influencés par les idéologies réformistes du mouvement ouvrier, mais qui ne possèdent aucun lien organique avec ce dernier. La plupart d'entre eux manifestent une profonde défiance face au mouvement de masse, défiance qui est le propre de cette élite militaire entretenant des rapports paternalistes avec les masses. Ceux-ci mettent l'accent sur le strict contrôle de l'activitédes masses, sur la tâche d'arbitre que doit jouer le MFA, révélant par là leur volonté de perpétuer son rôle bonapartiste. Cette fonction bonapartiste s'exprime d'ailleurs concrètement aussi bien dans son institutionnalisation que dans le Pacte qu'il a passé entre les partis bourgeois et ouvriers réformistes, Pacte ayant pour fonction objective de voiler les contradictions exacerbées qui se manifestent tous les jours plus fortement entre Capital et Travail, entre exploiteurs et exploités. Néanmoins, cette fonction objectivement bonapartiste peut difficilement trouver une stabilité dans la mesure où, précisément, les mobilisations de masse d'une part stimulent les différenciations au sein du MFA et suscitent des réalignements entre les diverses tendances et, d'autre part, nécessitent des ajustements permanents afin de contrôler plus ou moins le mouvement de masse. Confronté à la fois à une crise au sein de l'armée, à l'accélération de la radicalisation de la classe ouvrière et à une crise économique de plus en plus profonde, le MFA pour -ra difficilement sauvegarder son cadre unitaire plus fragile, d'autant plus que les options à prendre rendront de plus en plus aléatoire le jeu de balance et de concessions à droite et à gauche. Dans le cas d'une convergence entre, d'une part, une offensive bourgeoise prenant la double forme d'une campagne de sabotage économique du capital internatioanl et d'une réorganisation au sein de l'armée du courant réactionnaire et, d'autre part, une nouvelle vague

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de luttes, une rupture dans le MFA n'est pas à exclure. Dans ce contexte, la généralisation des formes d'auto-organisation et d'autodéfense, la confrontation du mouvement ou -vrier avec la bourgeoisie pourront précipiter une nouvelle situation caractérisée par l'émergence d'organes de dualité de pouvoir, dans les usines, les campagnes et les casernes, et l'apparition des premières expériences de coordination de ces différents organes. Face à cette polarisation, il n'est pas exclu que des éléments du MFA, influencés par les courants réformistes et même par des organisations d'extrême-gauche, puissent passer dans le camp de la classe ouvrière dans les moments décisifs. Mais, contrairement aux centristes, les marxistes-révolutionnaires n'attendront pas le moment où cette possible division affaiblira l'appareil de l'armée bourgeoise ni le début de la mobilisation qui conduira à l'insurrection armée, mais essaieront de créer dès maintenant toutes les conditions pour que cette scission accompagne le développement des luttes des masses travailleuses : elle sera fortement stimulée par la généralisation d'un système de dualité de pouvoir qui permette de gagner dans le camp de la révolution l'immense majorité de la classe ouvrière et prépare l'affrontement final. Dès maintenant, la transformation de la lutte pour la généralisation et la centralisation des instruments d'auto-organisation (démission des officiers, élection de comités de contrôle des sorties) et la liaison de la lutte organisée des soldats et des marins avec le mouvement ou -vrier permettront de préparer le terrain de la confrontation. Par contre, dans le cas où le capital international n'étrangle pas l'économie portugaise, où la crise sociale et économique se perpétue mais sans modification profonde des rapports de force globaux entre les classes, où l'hégémonie réformiste se maintient vu le retard dans l'émergence d'un pôle révolutionnaire et où le mouvement de masse recule en fonction de divisions au sein de la classe ouvrière et de l'absence d'objectifs précis à atteindre pour faire avancer la révolution, existe la possibilité d'une stabilisation relative de la fonction bonapartiste du MFA, et d'une contre-offensive des courants se revendiquant plus ou moins ouvertement du spinolisme. Elle ne pourra que s'exprimer au travers de mesures de reprise en main de l'armée, de limitations imposées à l'activité du mouvement de masse, de répression contre les organisations révolutionnaires, de renforcement de la hiérarchie, de suppression d es organes propres des soldats. Ce qui n'implique évidemment pas que la période d'instabilité qui est la résultante de la victoire du 11 mars prenne fin, mais que le processus de montée va connaitre un certain répit, avant de nouvelles confrontations. La perspective pas trop lointaine d'une chute du régime franquiste introduit dans cet ensemble un facteur qui sera décisif pour l'avenir de la révolution portugaise. Un changement radical de la situation politique en Espagne peut soit relancer le mouvement de masse au Portugal, dans le cas où il manifesterait une certaine pause, soit se combiner avec l'actuelle montée des luttes et créer une situation explosive dans toute la péninsule ibérique, dont les répercussions fantastiques se manifesteraient rapidement à l'échelle de l'Europe toute entière. 6. LES TACHES DES MARXISTES-

REVOLUTIONNAIRES (1) La fusion entre la mobilisation du 11 mars et l'ascension des luttes depuis décembre a accéléré la diffusion d'expériences d'auto-organisation à tous les niveaux, d'auto-défense et de contrôle ouvrier ainsi que l'élévation de la conscience de classe anti-capitaliste. Néanmoins, ces expériences restent fragmentées et empêchent, dès lors, de canaliser dans un effort unique le potentiel de combativité qui s'est manifesté depuis le 11 mars. de sauvegarder les acquis de la riposte victorieuse face à la réaction capitaliste, pour user à fond de l'avantage que possède la classe ouvrière dans la situation actuelle, pour mettre en déroute toute nouvelle contre-offensive antiouvrière, il est essentiel, au travers d'une tactique souple de front unique, de regrouper autour des initiatives de l'avant-garde prolétarienne les couches les plus larges de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre et des soldats, ainsi que de renforcer les organes autonomes de combat dont se sont dotées les masses laborieuses au cours des mobilisations successives. Pour ce faire il est primordial pour les marxistes-révolutionnaires d'utiliser toutes les opportunités pour coordonner , centraliser, unifier l'ensemble de ces instruments de lutte des travailleurs et soldats : commission ouvrière, commission d'immeuble et de quartier, comité de soldats et marins, comité de vigilance anti-fasciste, ligue de paysans pauvres, etc.. La centralisation démocratique à l'échelle nationale de tous ces organes dans une structure permettant la jonction avec l'ensemble des organisations, syndicats et partis ouvriers, serait susceptible de stimuler l'émergence et la généralisation d'organes de dualité de pouvoir. Ainsi serait créé un état de fait limitant ou empêchant une récupération de la montée ouvrière et créant les meilleures conditions pour l'élévation rapide de la conscience de classe au travers des affrontements globaux avec le pouvoir et pour la construction du parti révolutionnaire. C'est dans cette perspective que nos camarades de la Ligue Communiste Internationaliste, au long de la campagne électorale, lors des vastes manifestations du ler mai, comme dans leur propagande quotidienne, ont mis en avant

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le mot d'ordre d'Assemblée nationale des travailleurs. (2) Dans la phase actuelle, en rupture avec la plupart des courants politiques, la LCI a mis systématiquement l'accent :

sur l'importance vitale du FRONT UNIQUE sans exclusive de la classe ouvrière pour la défense de ses conquêtes sociales et économiques, de ses droits démocratiques et pour l'offensive contre le Capital;

sur la nécessité d'une mobilisation permanente des travailleurs qui permette d'imposer leurs revendications, d'expulser tous les ministres bourgeois du gouvernement et de former un GOUVERNEMENT OUVRIER ET PAYSAN, c'est-à-dire des organisations ouvrières et des représentants des travailleurs agricoles et des paysans pauvres : un gouvernement PS, PC, Intersyndicale et d'autres organismes représentant des secteurs de la classe ouvrière et des travailleurs agricoles. Pour que progresse de façon décisive le processus révolutionnaire, un tel gouvernement devrait s'appuyer sur un système de conseils ouvriers, de paysans et de sol(3) Afin d'écarter définitivement la réaction capitaliste et d'approfondir la montée ouvrière et l'activité autonome des masses, les marxistes-révolutionnaires mèneront des campagnes politiques autour des axes suivants :

-pour la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle ouvrier des principales industries, des secteurs de la distribution et pour le monopole étatique du commerce extérieur;

pour la généralisation du contrôle ouvrier dans tous les secteurs déjà nationalisés ce qui implique, entre autres, le droit de révoquer les administrateurs nommés par l'Etat, le droit de réunion et d'assemblée générale sur les lieux de travail et durant le temps de travail, le droit de veto sur les licenciements et l'embauche, etc.;

pour la gestion centralisée de toute la propriété et de toutes les entreprises nationalisées par un organisme central placé sous le contrôle des organisations ouvrières et fondée sur l'application d'un plan économique d'urgence élaboré par ces dernières;

- pour l'expropriation des grandes propriétés foncières, sous contrôle des travailleurs et pour une réforme agraire radicale;

- pour le renforcement du mouvement anti-militariste, la généralisation et la coordination des comités élus de soldats, de marins et d'aviateurs, afin, d'une part, d'assurer la totale épuration des officiers réactionnaires, d'élire les commandants dans les assemblées générales, de contrôler la fonction de toutes les opérations militaires, de prendre en charge la défense des intérêts matériels et des droits des soldats et, d'autre part, d'assurer la jonction systématique avec les travailleurs organisés dans les quartiers, avec les organisations ouvrières et les syndicats, pour préparer la riposte la plus rapide et décidée, aussi bien à des provocations fascistes qu'à une nouvelle tentative de coup d'Etat;

- pour une centrale syndicale unique, le respect du droit de tendance, avec l'élection démocratique de délégués et responsables à tous les niveaux et. totalement indépendante de l'Etat;

- pour la suppression de toutes les lois tendant à limiter l'action syndicale des travailleurs dans les entreprises, les occupations de logements vides et contre toutes les mesures restreignant l'activité des organisations révolutionnaires;

- pour la généralisation des piquets armés d'auto-défense, l'armement des syndicats et des commissions ouvrières;

- pour la sortie du Portugal de l'Alliance atlantique et la rupture du Pacte ibérique;

- pour la solidarité active des travailleurs portugais avec leurs camarades d'Espagne dans leur lutte pour abattre la dictature franquiste. Pour faire face à ces tâches, les camarades de la LCI se devront :

- d'assurer une implantation encore plus large de leur organisation au sein de la classe ouvrière;

- d'élargir l'influence des marxistes-révolutionnaires dans tous les secteurs qui aujourd'hui se mobilisent et de leur donner une perspective de lutte pour le socialisme;

- de consolider l'organisation de centaines d'adhérents afin de faire de la LCI une réelle force de frappe politique apte à contester l'hégémonie réformiste sur le terrain concret de la lutte des classes. Face à la montée ouvrière au Portugal, la campagne anti-communiste à l'échelle internationale s'accentue et les menaces impérialistes se multiplient. Il ne fait pas de doute qu'au moment d'une accentuation de la poussée révolutionnaire, d'autant plus si elle coincide avec la chute de la dictature franquiste, les menaces impérialistes se feront plus pressantes. La bourgeoisie européenne et américaine n'est pas prête à rester les bras ballants au moment où la révolution éclatera dans la péninsule ibérique. Dès maintenant, les marxistes-révolutionnaires, la IVème Internationale, sauront prendre toutes les initiatives de solidarité politique avec la lutte des travailleurs portugais, afin de préparer les couches les plus larges de la classe ouvrière et de la jeunesse à empêcher demain une intervention contre-révolutionnaire. La montée des luttes depuis 1968 en Europe, le renforcement de l'avant-garde révolutionnaire, l'audience qu'a déjà acquis dans la classe ouvrière européenne le combat des masses laborieuses portugaises, représentent les meilleurs garants de la mobilisation de la classe ouvrière européenne contre la réaction capitaliste internationale.

ler juin 1975

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