Il y a moins d'une année, la revue américaine "'Time" définissait l'Italie -- à qui elle faisait l'honneur d'une couverture - - comme un pays à l'agonie. Il y a quelques semaines, le président de la Chase Manhattan Bank, David Rockefeller, faisait écho aux grands industriels et aux gouvernants italiens et par -lait d'un "nouveau miracle italien", à cause de la rapidité avec laquelle l'Italie se serait sortie d'une situation extrêmement difficile. Cette dernière affirmation - - en plus d'être tout aussi et même plus exagérée que la première -- se ressent fortement du climat de campagne électorale que connatt actuellement l'Italie. En somme l'oncle d'Amérique fait un peu de réclame pour les neveux démocrates-chrétiens en difficulté. Cependant, au-delà des poussées conjoncturelles, il semble utile d'analyser sur la base de données objectives l'économie d'un pays qui, dans un laps de temps aussi court, donne lieu à des jugements tout aussi contradictoires. ( D'autant plus qu'il s'agit d'un pays qui a connu le Mai le plus long du monde, dans lequel un mouvement de masse extrêmement large se mobilise depuis des années sans don-
LA DIS
IL LAVO YESTICE economie
ETTORE SALVINI ner de signes durables d'épuisement, sans avoir connu aucune période de reflux et de repos.
Afin de comprendre les origines de la crise économique actuelle, son évolution et ses perspectives, il est nécessaire de rappeler, même brièvement, les étapes du développement économique de la période précédente.
Les caractéristiques du développement économique d'après-guerre
Après la guerre, l'Italie a connu un processus d'industrialisation qui en a fait une des principales puissances économiques du monde capitaliste et qui a considérablement augmenté la force structurelle de la classe ou - vrière. Ce processus d'industrialisation a eu des caractéristiques spécifiques que nous nous efforcerons de synthétiser. Tout d'abord il s'est basé principalement sur des secteurs industriels "labour intensive", qui ont pu utiliser une main d'oeuvre bon marché
(automobile, électro-ménager, bonneterie, habillement, etc.). Toutefois la sidérurgie
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et la chimie de base ont également connu un développement significatif, dû en grande partie à l'intervention de l'Etat. De plus, les secteurs industriels pilotes ont été ceux qui étaient liés à l'exportation, Le marché interne a connu un développement nettement moins important et continue à être limité. Dans pratiquement tous les secteurs industriels, le développement économique s'opéra à travers l'adoption de technologies venant de l'étranger. Aucun effort autonome ne fut entrepris. En fait, les secteurs qui auraient justement demandé un tel effort (électronique, nucléaire) ont été abandonnés à leur propre sort. L'agriculture, après la réforme agraire du début des années 50, a reçu plus de subsides électoraux que d'investissements réels et se trouvent dans un état déplorable, Le marché commun agricole a contribué de façon significative à cette situation. En conclusion, l'Italie, importatrice de matières premières et de technologie, est exportatrice de produits manufacturés et de force de travail et de capital. De 1950 à 1970, 2 millions de travailleurs italiens ont émigrés. Les exportations "clandestines" de capital d'Italie sont évaluées à 10 000 milliards de lires (environ 15 milliards de dollars) au cours des dix dernières années. L'Italie est très sensible aux oscillations du marché mondial et donc aux échéances de la balance des paiements. L'économie italienne fait preuve d'une très grande fragilité structurelle par rapport à l'économie des autres pays capitalistes avancés. La crise de 1964 et la reprise ultérieure Au début des années 60, la force structurelle accrue de la classe ouvrière italienne se fait sentir par une série de luttes qui amenèrent des résultats positifs sur le plan salarial. Ceci s'ajouta à une certaine surchauffe de l'économie en pleine phase de boom. L'inflation et le déficit de la balance des paiements furent les résultats inévitables. Les autorités monétaires freinèrent violemment le crédit, précipitant ainsi la crise conjoncturelle qui mûrissait. Du point de vue de la production industrielle totale les effets de cette crise furent minimes : on assista à un simple ralentissement de la croissance qui ne dépassa pas les 2% en 1964. La reprise commença en 1965 et elle se poursuivit jusqu'à la fin de l'automne chaud en 1969. Les conséquences sur l'emploi et les investissements furent bien différentes et bien plus lourdes. Les investissements diminuèrent en termes absolus en 1964 et 1965 et reprirent lentement au cours des années suivantes. En 1969 on retrouva avec peine le niveau de dépenses en bâtiments et en machines ( à prix constants) de 1963. L'emploi continua à baisser jusqu'au premier trimestre de 1966; il y eut ensuite une faible reprise, mais à la veille de l'automne chaud, l'emploi total dans l'industrie n'était que légèrement supérieur au niveau atteint au début de 1964. Ainsi la phase ascendante du cycle se réalisa grâce à une intensification inhumaine de l'exploitation des ouvriers, tandis que, d'autre part, l'Italie entra structurellement affaiblie, avec un appareil industriel rapidement dépassé, dans la nouvelle phase qui s'ouvrit pour le capitalisme mondial à la fin des années 60, avec la fin du long boom d'après-guerre, L'automne chaud et la crise de 1970-72 Cette forte augmentation de l'exploitation fut un des éléments qui contribuèrent à créer les prémisses objectives de la situation pré-révolutionnaire que l'on connut en Italie en automne 1969. Naturellement ce ne fut pas l'unique élément, mais nous sommes obligés de laisser de côté, dans cet article - - pour des raisons de place mais également vu le thème choisi -les éléments sociaux et politiques sans lesquels le cadre reste très incomplet. Il est cependant peut-être opportun de rappeler que la crise qui bouleversa la société italienne depuis 1969 ne fut pas exclusivement économique, mais qu'il s'agissait d'une crise globale, politique, idéologique et sociale, dont les différents aspects s'influencèrent activement les uns les autres. Il est évident que les résultats de l'automne chaud concernant les salaires et les conditions de travail ont attaqué le taux de profit et il n'est pas besoin de le démontrer de façon détaillée, Il faut plutôt ajouter que la diminution pré-citée du chômage (1) agit également dans le même sens et entraina une forte dévaluation des salaires réels par rapports aux salaires contractuels avant les luttes de l'automne. Dans une telle période, un phènomène comme les exportations clandestines de capitaux fut encore plus stimulé politiquement (en plus de l'être économiquement comme nous l'avons signalé plus haut). Après une brève récupération "physiologique" au début de 1970, la production industrielle stagna pratiquement durant toute cette année. En 1971 on assista à une aggravation globale qui se refléta également dans les chiffres ( - 0.5% par rapport à l'année précédente), et la reprise ne commença qu'à la fin de l'année 1972. La politique des autorités monétaires fut substantiellement la même qu'en 1964. Les effets sur l'emploi furent cependant différents : le taux de chômage ne s'aggrava pas, si ce n'est pour une brève période à la fin de 1972, au moment où la reprise qui allait réintégrer les nouveaux chômeurs allait commen-
cer. Les effets furent également différents sur les salaires dont la dynamique avait été fortement freinée par la crise de 1964 et n'avait pas été particulièrement forte au cours de la période suivante sous l'influence du chômage. Dans les deux cas il faut en rechercher les causes dans le maintien de la combativité ouvrière. La reprise "droguée" de 1973-74 A la fin de 1972 se dessina la reprise qui se consolida, après quelques hésitations, au début de 1973. Depuis quelques temps -- au moins un an -- la reprise à l'échelle mondiale était déjà en cours. Pendant toute une période donc, l'Italie se trouva dans une situation anti-cyclique : quand elle rejoignit finalement la reprise que connaissaient les autres pays industrialisés, le processus inflationniste était déjà déchainé à l'échelle mondiale, la hausse spectaculaire des prix des matières premières avait commencé et culminera une année plus tard avec l'augmentation du prix du pétrole. Ainsi, avec la reprise, l'Italie importe l'inflation avec les matières premières et les moyens de production. Mais la reprise même est due en grande partie à une politique consciemment inflationniste, qui gonfla les dépenses publiques, favorisa l'augmentation des prix, stimula les exportations grâce à un assouplissement du crédit. en février 1973 de laisser flotter la lire fut cruciale ; cette décision équivalait à une dévaluation d'environ 20% et permit l'augmentation effrénée des prix à l'intérieur et donc la reconstitution de marges de profits, sans mettre en danger la compétitivité des produits italiens à l'étranger. Dans ce sens on a justement parlé d'une reprise "droguée" drogue de l'inflation, avec les seules forces du marché, on n'aurait pas obtenu beaucoup, probablement même pas la reprise tardive que l'on a connue. Mais les résultats sur la balance des paiements furent désastreux du fait des prétendus "effets pervers" de la dévalutation, et ils furent particulièrement graves pour la structure de l'échange italien avec l'étranger (la rigidité des importations est bien plus grande que celle des exportations). Tout ceci s'ajoute à des poussées inflationnistes présentes depuis quelque temps dans l'économie italienne, et dues à des raisons structurelles (le retard du secteur commercial,
Production in- 1974 dustrielle juin sept. oct. variations tendancielles (en %) +6.5 +2.6 -4. 5 Indice désaisonalisé (1970 = 100) 125.2 123.3 116.6 extrêmement dispersé, et le retard de la construction dû à la spéculation sur les terrains à construire). Le résultat fut que, en 1973, le pourcentage de l'inflation avait déjà atteint les 2 chiffres (10.2%). Mais le produit intérieur brut, à prix constants, augmenta de 6.3% (3.2% en 1972) et l'activité industrielle connut un bond de 8.9%. La bourgeoisie, contrainte de prendre en considération des augmentations importantes face aux vigoureuses luttes ouvrières des premiers mois de 1973, tenta d'annuler ces dernières par le biais de l'inflation. D'autre part, la reprise de la production industrielle, permettant une meilleure utilisation des établissements, entraîna des accroissements de productivité qui permirent de reconstituer les marges de profit. Les mêmes tendances se prolongèrent de façon exaspérée dans la première moitié de 1974, quand les principales économies capitalistes entraient déjà en crise. Le résultat premier et le plus évident (attribué immédiatement par la propagande bourgeoise à la seule augmentation des prix du pétrole qui n'en est au contraire qu'une des composantes) fut une puissante détérioration de la balance commerciale et une détérioration encore plus grave de la balance des paiements. Les autorités monétaires se tournèrent vers l'étranger pour demander des prêts importants qui devinrent de plus en plus difficiles à obtenir à partir du mois de mars. Le Fonds Monétaire International exigea également des conditions politiques (le blocage des salaires) pour accorder un crédit à l'Italie. Le gouvernement inaugura une politique de restrictions draconiennes du crédit. Les syndicats lui accordèrent une trève qui dura pratiquement jusqu'au mois de septembre. Historique de la crise Pendant toute cette période, les indices de la production continuèrent à s'améliorer, grâce également aux spéculations sur les stocks et à la réalisation pratique d'investissements décidés précédemment. En juin, la production industrielle était encore en augmentation de 6.5% et en septembre l'augmentation était encore de 2.6% par rapport à l'année précédente. Mais la rupture eut lieu entre juillet et septembre : le nombre de faillites s'intensifia, une série de petites et moyennes entreprises profitèrent des vacances d'août pour fermer leurs portes. A partir d'octobre les indices de la production industrielle commencèrent à être négatifs et le sont restés jusqu'à maintenant .
1975 nov. déc. janv. janv. fév. mars -12.1 -8.5 -14.8 - 7.3 - 14.3 110.3 105.3 109.3 111.6 107.6
La crise a frappé tous les secteurs industriels, y compris ceux, comme l'industrie chimique, qui semblaient destinés à une expansion continue. Cependant, les secteurs les plus touchés ont été le secteur textile (-17.4% par rapport au premier trimestre de 1974), les transports (-15.8%), la construction mécanique (- 11.3%) et la métallurgie (-8.4%). La balance commerciale italienne s'améliora nettement dans les derniers mois de 1974 par rapport à la situation catastrophique de la première moitié de l'année. Ceci fut obtenu grâce à l'effondrement des importations provoqué par la chute de la production industrielle et par une nette diminution de la consommation vue l'augmentation des prix, l'augmentation des impôts pour les travailleurs, les augmentations des services publics (électricité, téléphone, etc.). Cependant le passif de 1974 égal à 6 290 milliards de lires (environ 1l milliards de dollars) représente un maximum absolu et représente plus du double de celui, déjà élevé, de 1973. Il faut seulement ajouter que à la mi-74 on prévoyait un passif supérieur de 50% à celui qu'on a réellement eu. Au cours des premiers mois de 1975 la tendance à l'amélioration de la balance commerciale s'est quand même consolidée. Le déficit pour le premier trimestre est de 606 milliards contre 1 995 milliards pour la période correspondante de 1974. Par rapport au premier trimestre de l'année passée les importations ont diminué de 3.8% tandis que les exportations ont augmenté en valeur de 27.9%, ce qui signifie, si l'on tient compte de l'inflation, qu'il y a eu une augmentation importante des exportations et une forte diminution des importations. Les chiffres pour avril (les derniers dont nous disposons) confirment cette tendance : le passif est de 109 milliards contre 815 pour avril 1974. Ces chiffres - - qui ont permis aux banquiers du monde entier d'enlever l'Italie des listes noires des "risques dangereux" - - permettent aux principaux représentants de la bourgeoisie italienne de pousser un soupir de soulagement et à Rockefeller de parler - - avec une certaine superficialité - - d'un nouveau miracle italien. Il s'agit bien plus simplement du fait que, il y a un an, on pensait que l'Italie ferait faillite alors que, maintenant, on pense qu'elle y a échappé, pour cette fois. Mais rien de plus.
Les perspectives à court terme
"1975 sera l'année la plus négative de l'après guerre", telle est la conclusion d'une étude de l'ISPE, présentée récemment au Comité technico-scientifique pour la programmation. Toutes les conclusions concordent pour dire que, pour la première fois depuis la guerre, on connattra une diminution du produit national brut, diminution évaluée entre 1 et 4%. La baisse des investissements devrait être particulièrement grave : entre 15 et 20% pour le secteur industriel et entre 4 et 7% pour le secteur de la construction, alors que l'on devrait enregistrer une expansion modérée des investissements agricoles et une augmentation des investissements dans le tertiaire, entre 4 et 5%. La balance des paiements (non compris les mouvements de capitaux) devrait se clore avec un passif de 1 500 à 2 000 milliards de lires, ce qui reste assez considérable. Les exportations, en volume, n'augmenteront probablement pas plus que 3% - - étant donné la stagnation de la demande mondiale--, alors que les importations baisseront d'environ 10%. Les observations économiques les plus optimistes pensent qu'une reprise de la production est possible pour la fin de l'année, mais une telle prévision est liée étroitement aux perspectives de reprise à l'échelle mondiale qui, comme les mirages, semblent s'éloigner chaque jour un peu plus. D'autre part, la profondeur de la crise italienne est telle qu'il est possible que la reprise se fasse en retard par rapport aux principaux pays capitalistes. Actuellement, l'hypothèse la plus probable semble être que, dans les prochains mois, on assistera à une reprise purement technique due à la nécessité de renouveler les stocks. On ne voit actuellement se dessiner aucun des éléments qui permettraient de transformer cette reprise technique en une reprise effective. Si et quand cette reprise aura lieu (et elle aura lieu tôt ou tard, en raison des lois intrinsèques de l'économie capitaliste) on prévoit qu'elle entrainera rapidement une nouvelle explosion inflationniste, également par suite des investissements insuffisants effectués au cours des dix années précédentes. effet aujourd'hui aux premières tentatives encore timides de provoquer la reprise à travers des injections inflationnistes. toute politique économique cohérente de la part du gouvernement, ceci semble être le sens des mesures prises par le gouvernement au cours des derniers mois (assouplissement du crédit à l'exportation, financements pour l'agriculture, les travaux publics, etc.). L'étranglement de l'offre ne ferait rien d'autre qu'augmenter l'inflation qui sera la cause et non l'effet de la reprise. Il ne faut pas, entre autres, oublier que, maintenant, en pleine crise économique, les augmentations des prix à la consommation continuent au rythme de 15% environ annuellement. Mais c'est justement dans cette situation que la dose d'inflation nécessaire pour provoquer une reprise dépasse non pas tant la décence - - perdue depuis longtemps - - mais la possibilité pour la bourgeoisie de la contrôler et donc d'en tirer les avantages attendus.
Crise conjoncturelle et crise structurelle Comme c'était déjà le cas pour la crise de 1970-72 on discute en Italie pour savoir si la crise actuelle est structurelle ou conjonc -
L'amour de l'éclectisme qui caractérise culturellement les italiens les a poussés à trouver une formule qui satisfait tout le monde : la crise est à la fois conjoncturelle et structurelle. Ce qui, cependant, n'est pas suffisant pour en éclairer la nature précise, les articulations et pour en tirer des éléments de prévision pour le futur. La crise est structurelle dans la mesure où sont apparues au jour, soit au niveau des structures économiques, soit au niveau des structures sociales et de l'Etat, les contradictions accumulées au cours de 25 années de développement capitaliste tumultueux, ces contradictions mêmes qui ont caractérisé la façon d'être spécifique du capitalisme italien depuis ses origines. La (et maintenant les) crise conjoncturelle s'insère dans ce cadre de crise structurelle. Ceci est parfait mais n'explique pas pourquoi la crise structurelle s'est manifestée dans ces années-ci. Quelques théoriciens marxisants de l'extrême-gauche font tout remonter aux luttes ouvrières. Ceci nous rapproche de la solution du problème, mais n'est pas suffisant. Le fait est que le caractère structurel de la crise doit être vu dans le cadre du renversement de tendance plus général de l'économie capitaliste internationale, dont, entre autres, les luttes ouvrières (et pas seulement italiennes) sont un élément important, mais pas uni-
Le renversement de tendance a été le révélateur qui a fait apparaitre les contradictions de fond, structurelles, de l'économie capitaliste italienne. La faiblesse du capitalisme italien a, d'autre part, fait que le renversement de tendance s'est manifesté en Italie avant les autres pays et de façon plus profonde. Dans ce cadre, les crises conjoncturelles sont plus graves, plus longues et plus fréquentes que dans la période de long boom de l'après-guerre. La crise de 1970-72 et la crise actuelle ont démontré l'exactitude de ces prévisions faites par la IVème Internationale. Le passage du soit-disant "miracle économique" à la crise structurelle a signifié l'apparition de toute une série de modifications des équilibres internes du capitalisme italien, équilibres qui avaient été établis dans la phase précédente. Ces modifications sont encore bien loin d'avoir pris un caractère clair et définitif. Il est cependant utile d'essayer d'en saisir certaines tendances. En premier lieu, un renforcement du capital financier, au détriment du capital industriel, est en cours. La tendance historique de l'impérialisme, définie par Lénine comme domination du capital financier, tendance qui semblait démentie par le développement d'après guerre, se réaffirme avec force dans cette phase de crise. L'endettement des entreprises a cra de façon fantastique dès les années 60 et est devenu extrêmement lourd dans les dernières années. Le niveau d'endettement est tel que les banques sont devenues de fait - - même si, selon le système italien, elle ne peuvent pas l'être directement - - les "patrons'' de la plus grande partie des entreprises. Ceci explique la proposition du Gouverneur de la Banque d'Italie, Carli, de réformer la loi bancaire italienne afin de permettre aux banques de contrôler effectivement et de devenir les patrons de l'industrie, également de droit. Même si cette proposition a peu de chances d'être réalisée dans son intégralité, il est hors de doute que l'importance des banques dans le système économique italien continuera de s'accroitre. Il est significatif, d'autre part, que le rôle des principales sociétés financières (Edison, Bastogi, etc.), qui semblaient avoir reçu au début des années 60 un coup très dur après la nationalisation de l'énergie et de l'électricité, soit redevenu considérable au cours des dernières années. Ceci est un aspect important de la lutte obscure de pouvoir qui s'est jouée autour de la Montedison, dont la direction effective est aujourd'hui entre les mains des représentants les plus purs du capital financier italien. Le capitalisme d'Etat élargit qualitativement et quantitativement son rôle. Ceci est vrai en particulier dans les périodes de crises conjoncturelles pour jouer un rôle anti-cyclique : les investissements publics (étatiques) passent de 40 à 48% de la masse totale de 1970 à 1972. Mais si, avec la reprise des investissements privés en 1973, la part des investissements publics redescend à 36%, les nombreuses entreprises acquises par l'Etat au cours de ces années ne sont pas rendues aux capitaux privés. D'autre part, au cours de la décade passée, le marché financier en Italie est passé presqu'entièrement sous le contrôle du capitalisme d'Etat : en présence d'une Bourse toujours plus asphyxiée, l'épargne a été canalisée par l'industrie par le biais du marché des obligations, dontdes pourcentages toujours plus importants -- et au cours des dernières années près de 100% -- sont allés vers les organismes et les industries à capital d'Etat. Ceci ne signifie naturellement pas un étouffement du capital privé et encore moins de ses profits : ceci signifie que le capitalisme d'Etat assume en propre toujours plus le rôle de soutien fondamental des profits privés. Mais ceci n'est pas sans conséquences sur les rapports de forces au sein de la bourgeoisie. Enfin la dépendance de l'Italie par rapport au marché mondial a augmenté. Ce phénomène s'est manifesté de deux façons bien distinctes. D'un côté la dépendance de l'Italie par rapport à l'échange avec l'étranger a augmenté. Au-
jourd'hui l'Italie importe non seulement des matières premières industrielles et des biens à haute composition technologique (machines), mais elle dépend largement de l'étranger pour les produits alimentaires (viande et lait en premier lieu, mais pas seulement). Certains secteurs industriels importants comme celui des machines-outils, dans lequel l'Italie occupe une des premières places du monde, se sont basés au cours des dix dernières années principalement sur les exportations, vu surtout la faiblesse de la demande interne due au faible développement des investissements. Le taux d'augmentation des exportations a été de 8% en 1973 alors que le revenu national n'a crû que de 4%. D'un autre côté, au cours des toutes dernières années, en particulier durant la crise de 1970-72 , un nombre important d'usines est passé sous le contrôle de sociétés étrangères. D'après certaines évaluations, un quart des grandes et moyennes usines italiennes seraient propriété étrangère. Naturellement on ne dit pas que les deux tendances se développent parallèlement comme cela a été le cas jusqu'à un passé plus récent. Un approfondissement de la crise pourrait entrainer l'affaiblissement du premier aspect et le renforcement du second. Cette année, on prévoit que l'augmentation des exportations en volume dépassera 2.5% (OCDE), subissant donc, en accord avec la situation de l'économie mondiale, un important ralentissement. Il est bien vrai que le revenu national connaltra une diminution. Les industries "pilotes" dans le développement économique italien (électro-ménager, automobile, chimie de base, mais également chaussures, confection, etc.) tendent à se tranférer dans des pays à main d'oeuvre meilleur marché et / ou aux matières premières abondantes. D'autre part, l'Italie, comme nous l'avons dit au début, n'a pas effectué les investissements dans le secteur de la recherche qui lui per -mettraient de développer des secteurs technologiquement avancés; du reste le développement de ces secteurs - - là où il serait possible -- ne serait pas en mesure d'absorber tous les travailleurs expulsés des secteurs aujourd'hui en crise. Ainsi, aussi et surtout à moyenne échéance, la position de l'Italie apparaît extrêmement difficile : avec un coût du travail trop élevé pour maintenir l'expansion des secteurs qui ont jusqu'ici soutenu le développement économique, mais avec un capital technologique insuffisant pour rentrer en plein dans la spécialisation de production qui pourrait être créée - - non sans de dures luttes -- entre les pays capitalistes avancés. Pour le moment la bourgeoisie italienne ne semble pas avoir abordé ce problème ou, mieux, elle semble essayer de le résoudre dans la pratique par une compression salariale qui lui permette de revenir aux "favorables" (pour elle !) années 50. Cependant cet objectif ne semble pas facile à réaliser et il faudrait d'abord passer par une lourde défaite de la classe ouvrière. Pour leur part, les organisations réformistes parlent de "nouveaux modèles de développement" dans lesquels on ne sait pas comment on devrait concilier ce qui - - au moins dans la phase actuelle de la société capitaliste -est inconciliable , à savoir l'expansion de secteurs hautement technologiques et le développement de l'emploi. Les conséquences de la crise pour la classe ouvrière En 1974, pour la première fois au cours des dernières années les chiffres officiels ont enregistré une baisse du niveau de vie -- bien que limitée - - de la classe ouvrière, En effet, face à une augmentation de la vie de 27.4%, les revenus ouvriers n'ont augmenté que de 23.2% dans l'industrie, de 22,7% dans le commerce et de 24,8% dans les transports (2), En ce qui concerne l'emploi, malgré la confusion et le manque de précision des statistiques italiennes qui, selon les catégories montrent des différences de 100%, on peut tracer la dynamique suivante : dans la première moitié de 1974 on assiste à une légère baisse du chômage en lien avec la dernière phase du boom, Entre juillet et août 1974 une série de petites et moyennes entreprises commencent à licencier ou à fermer. Le nombre des chômeurs est en augmentation et continue à augmenter jusqu'à aujourd'hui. Toutefois, l'augmentation du nombre des chômeurs (difficilement quantifiable pour les raisons n'est pas absolument proportionnelle à la diminution de la production dans la même période. Et il ne s'agit pas purement et simplement d'une mise à l'écart temporaire. Le fait est que, au lieu des licenciements que la situation aurait "justifiés"', du point de vue de la logique capitaliste - - comme dans les autres pays frappés par la crise -- , on a eu largement recours à la "Caisse d'intégration des salaires" (caisse de chômage partiel) système qui permet au capitaliste italien de réduire fortement la production (à 36, 24, 12 ou même O heures) avec une compensation salariale de 60 à 90% du salaire normal selon les cas, Les fonds de cette caisse de compensation sont fournis par les contributions obligatoires des ouvriers et des employeurs. Le recours à la caisse d'intégration était déjà en 1974 supérieur de 23% à 1973. Mais, dans le premier trimestre de 1975, selon des chiffres syndicaux, il y aurait eu une augmentation de 800% des heures payées par la caisse d'intégration par rapport à la même période de l'année précédente. Ce sont surtout les grandes entreprises qui ont eu recours à la caisse d'intégration, alors que dans les petites entreprises, où la classe ouvrière est plus faible, les licenciements
ont été plus nombreux. tion a été pour la bourgeoisie un moyen pour ne pas devoir déclencher un affrontement ouvert avec la classe ouvrière, affrontement fort probable dans le cas de licenciements massifs dans les grandes entreprises. effet, que la réaction des travailleurs est différente face à une réduction de l'horaire de travail avec 90% du salaire que face aux licenciements. Le nombre des chômeurs menté plus par suite du blocage de fait de l'embauche que par suite des licenciements. En outre, comme toujours, la crise a frappé particulièrement les régions les plus pauvres et les moins développées, donc surtout le Sud. Ceci également parce que, comme nous l'avons déjà souligné, la crise est particulièrement forte dans des secteurs comme le bâtiment qui ont un poids et une importance particuliers dans le Sud. Cependant, malgré cette situation difficile qui risque de diviser la classe ouvrière, frappant un secteur après l'autre en commençant par les plus faibles, les luttes ouvrières ont été intenses depuis l'automne passé. Le nombre d'heures de travail perdues pour fait de grève dans toute l'année 1974 est inférieur de 18.3% à 1973 car, comme nous l'avons déjà dit les organisations ont accordé une trève de fait durant toute la première moitié de l'année. dernier trimestre de 1974, le nombre des heures de grève a atteint 66. 3 millions contre 19.3 millions pour la période correspondante de l'année précédente et, durant le premier trimestre de 1975, elles ont été de 49 millions, contre 18.4 millions dans la période correspondante de l'année passée. Ceci montre que la combativité ouvrière est encore très élevée. Le recours à la caisse d'intégration a permis d'atténuer l'intensité des conflits sociaux. la caisse d'intégration n'est qu'un palliatif, un remède à court terme, valable seulement à condition que la crise soit un phénomène passager et que la reprise s'affirme rapidement.
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La caisse d'intégrapas au coin de la rue.
Il est clair en surtout, une chute disponibles, cela n'ont pas été créées.
semble avoir augmatique.
subirait non des luttes.
syndicales l'automne.
Mais au cours du
Juin 1975 il y avait pénurie.
persistait.
(2) Si on inclut les catégories
IV INTERNAR
Nous avons vu plus haut que la reprise n'était
L'hypothèse la plus probable, comme on l'a souligné, est que, au minimum, toute l'année 1975 sera une année de crise profonde. De plus, cette crise ne signifie pas seulement une baisse des niveaux de production, mais, des investissements. Ce qui signifie que, même dans une phase de reprise, il n'y aura pas de nouveaux postes de travail car les prémisses nécessaires pour Il est donc fort probable que, à partir de l'automne, la situation de l'emploi deviendra draSi à ce moment les luttes de la classe ouvrière ne réussissent pas à arrêter la vague de licenciements qui sera, selon toute probabilité, demandée par les capitalistes, la classe ouvrière seulement une grave défaite politique, mais sa force structurelle en sortirait affaiblie. Une victoire ouvrière poserait au contraire les bases pour une relance massive
Mais il est clair que, dans une situation comme la situation italienne, dans laquelle la crise économique est étroitement liée à une profonde crise politique, la situation politique des prochains mois aura peut-être une importance décisive pour l'issue des luttes de (1) La demande de main d'oeuvre concernait
Men effet les soit-disant "couches fortes" -- les hommes entre 20 et 40 ans --dont Le chômage des "couches faibles", les femmes et les vieux, d'employés, on a, au contraire une augmentation des rétributions de 28.1%, c'est-à-dire légèrement supérieur à celle du coût de la vie.