CONSEILS OUVRIERS portugal
POUR LA
DES
La crise économique ne fait que s'approfondir. En janvier, les statistiques annonçaient plus de 200 000 chômeurs. Actuellement, le chiffre de 300. 000 est accepté dans les cercles gouvernementaux. L'industrie portugaise, axée essentiellement sur les exportations, est touchée de plein fouet par la récession internationale. Ainsi, la principale industrie portugaise, le textile et l'habillement - - qui occupe environ 200.000 travailleuses et travailleurs et exporte 90% de sa production - - est durement frappée par le recul drastique des commandes. Aux effets de la récession internationale, s'ajoutent les faiblesses structurelles de l'industrie portugaise et le sabotage économique. Le déficit de la balance commerciale va grandissant : les biens alimentaires, vu la crise de l'agriculture, constituent un des principaux postes des importations. Les répercussions de ce déficit sur la balance des paiements sont d'autant plus importantes que les compensations traditionnelles ne jouent plus, ou jouent moins : remises des immigrés et devises fournies par le tourisme. Face à l'accélération de cette crise et à la maturation politique au sein de la classe ouvrière, les tensions au sein du MFA reflètent de façon déformée la polarisation croissante entre les deux classes fondamentales de la société portugaise. La résolution du 21 juin, publiée par le Conseil de la Révolution exprime elle-même la crise de direction qui opère profondément au sein du MFA. Le projet fondamental semble devoir aller dans le sens d'une centralisation encore accrue du pouvoir et de la consolidation de l'appareil d'Etat qui implique un contrôle plus affirmé sur les organes d'auto-organisation des travailleurs ainsi que des soldats
(voir la réaction contre les comités de soldats). Néanmoins, les formulations de ce texte laissent ouverte la porte à des initiatives qui, sous le couvert du contrôle des instruments d'autoorganisation n'en vont pas moins dans le sens de liens entre soldats et travailleurs. Ne serait-ce que dans ce phénomène réside toute l'ambiguité de la situation actuelle. Tout nouveau pas en avant de la montée révolutionnaire pour -ra difficilement laisser intacte l'unité de plus en plus fragile du MFA. Les luttes ouvrières, si elles connaissent un certain ralentissement dans leur rythme, n'en continuent pas moins. Pour l'essentiel elles se développent autour des revendications concernant la garantie de l'emploi, la riposte aux licenciements, aux fermetures, aux lock-out. Cependant, transparait dans les rangs de la classe ouvrière le sentiment de l'insuffisance des occupations, des remises en marche et de la revendication de nationalisation. Ces initiatives et revendications apparaissent de plus en plus comme n'étant pas aptes, en tant que telles, à vaincre la crise économique. Et la "bataille pour la production"', mise au centre de la propagande du Parti communiste portugais (PCP), de l'Intersyndicale et du MFA depuis le ler Mai, possède une emprise limitée sur une classe ouvrière qui se pose de plus en plus les questions suivantes : Produire pour qui ? Produire comment et quoi ? Comment les entreprises nationalisées - - environ 60% -- vont-elles être gérées ? Qui va décider d'un plan économique central et comment les travailleurs vont-ils pouvoir en définir les objectifs et en contrôler l'application ? Si une hésitation se manifeste dans la classe ouvrière pour passer à un stade supérieur des luttes, il y a, en même temps, diffusion dans ses rangs de ces questions. Elles peuvent
DECLARATION DE LA LCI être résumées par la formule suivante:"Bataille pour la production" ou"bataille pour le pouvoir" ? Ce qu'il y a de plus significatif durant les deux dernières semaines réside dans la diffusion des initiatives d'auto-défense. Tout d'abord nombreuses sont les commissions de travailleurs qui insistent sur la nécessité de faire face au "sabotage fasciste". Dans de nombreux communiqués, les travailleurs mettent l'accent sur l'urgence qu'il y a à faire "partager l'instruction militaire" à tous les militants ouvriers. Ensuite, se développe une jonction effective entre les soldats et les commissions de travailleurs dans les comités de quartier. Des commissions de travailleurs reçoivent une instruction militaire dans certaines casernes. Des soldats entrainent des militants des "commissions de locataires" ou des "commissions de travailleurs". Ces initiatives n'ont pas encore une ampleur très grande, mais, néanmoins, elles marquent un changement dans les rapports entre les instruments d'auto-organisation des masses laborieuses et les soldats. Ceci est d'autant plus important que la réaction tente de mettre à profit la situation de crise pour se lancer dans des opérations de harcèlement contre les locaux des organisations ouvrières et de leurs militants. Ainsi, dans le Nord, à Viseu, des militants du PCP se sont vus attaqués par des bandes réactionnaires. A San Joâo de Madeira (près de Porto) c'est une manifestation d'environ un millier de personnes qui est organisée pour demander la libération d'un patron fasciste et membre de l'ELP (Armée de Libération du Portugal, d'extrême-droite). L'épiscopat de son côté s'efforce de regrouper une partie des forces de la réaction et va organiser le 29 juin un grand rassemblement à Lisbonne. La réaction se prépare de plus en plus à une confrontation avec le régime. La direction du PS, sous couvert d'une campagne pour le "socialisme dans la liberté" multiplie les initiatives pour la défense de la démocratie parlementaire bourgeoise (contre la démocratie ouvrière fondée sur les conseils des travailleurs et des soldats), pour le maintien de la propriété privée et contre l' "anarchie" dans les usines, pour l' "ordre dans l'armée" (contre En avant vers la construction et la généralisation des conseils ouvriers ! Créons et unifions les piquets armés d'autodéfense dans les syndicats, les quartiers et les entreprises! 1. - La situation se tend très rapidement. Coincidant avec une offensive des forces réactionnaires du FNLA et de l'UNITA (Front National l'auto-organisation des soldats). Lors de la manifestation du 23 juin, qui était présentée comme une manifestation de soutien au Conseil de la Révolution, la tonalité réactionnaire dominait, d'autant plus que se sont joints à la manifestation le PPM, le PPD, le CDS et les maoistes du PCP (m-1). Face à ces manoeuvres social-démocrates le PCP clame la nécessité de l'unité, mais donne pour objectifs aux travailleurs, afin de réaliser cette unité, "la bataille pour la production"'. Une "bataille" qui implique une mise en question des mobilisations et des revendications des travailleurs ! Un profond sentiment unitaire, issu de la victoire du l1 mars, existe dans la classe ouvrière. Il s'exprime aussi bien dans l'émergence et le renforcement d'organes d'auto-organisation des travailleurs (commissions de quartier, de locataires, de travailleurs, etc.), que sur le plan syndical où les travailleurs manifestent la volonté de trouver de réels accords, après discussion, sur les divers problèmes qui se présentent à eux. Face à la division que les appareils bureaucratiques peuvent stimuler dans la classe ouvrière, face à la nécessité de faire un pas en avant pour répondre aux problèmes économiques et sociaux fondamentaux qui se posent aux masses laborieuses portugaises et face à la conspiration réactionnaire, nos camarades de la LCI (Ligue Communiste Internationaliste, organisation sympathisante de la IVème Internationale) développent une campagne systématique : pour l'unité d'action de toutes les organisations et de tous les organes représentatifs des travailleurs et pour la généralisation et la centralisation d'organes de pouvoir démocratiques et prolétariens. Cette campagne, la LCI la mène en front unique avec d'autres organisations, telles le MES, la LUAR, etc.. Nous publions ci-dessous un appel de la LCI pour la "construction et la généralisation des conseils ouvriers". Dans un prochain numéro nous publierons de larges extraits d'un Manifeste de la LCI qui présente les réponses essentielles des révolu -tionnaires face à la crise et pour la lutte pour le socialisme. de Libération de l'Angola; Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola), la réaction capitaliste lance une fois de plus ses attaques : des bombes, des explosifs, des attaques contre les locaux des organisations ouvrières, spécialement dans l'intérieur du pays, des manifestations réactionnaires dans les Açores et à Madère. Les méthodes de la réaction sont celles de la provocation, de la terreur, du sa-
PORTUGAL botage économique, des licenciements massifs et des attaques systématiques contre le pouvoir d'achat des travailleurs. Le vol d'armes dans la caserne de Sta Margarida est un pas important dans l'offensive de la réaction. Cependant les travailleurs organisent leur riposte avec une détermination plus affirmée que celle qui a permis d'écraser les tentatives de coup d'Etat du 28 septembre et du 11 mars : surgissent et se généralisent des détachements armés d'auto-défense, comités de vigilance anti-fasciste, en commissions de locataires vailleurs. Mais, en même temps, le gouvernement et le MFA ne proposent pas les moyens fondamentaux qui permettraient d'écarter la réaction : dissoudre et désarmer les bandes fascistes, arrêter et juger publiquement les contre-révolutionnaires, armer les syndicats et l'Intersyndicale, les commissions de travailleurs et de locataires. 2. L'impasse actuelle ne peut se prolonger encore longtemps. Les travailleurs s'appuyant sur leurs organisations de masse peuvent prendre leur destin en mains ! La révolution avancera vers le pouvoir des travailleurs et de leurs organes représentatifs - - les conseils de délégués élus dans les entreprises, les quartiers et les villages - - que si, dès aujourd'hui, s'accomplissent les pas fondamentaux pour battre la résistance réactionnaire et mettre fin au chômage et à la misère, écraser la réaction et ses partis. On avancera dans cette voie en luttant pour :
la généralisation et l'unification de tous les comités de vigilance populaire reliés aux piquets armés d'auto-défense dans les syndicats, les entreprises et dirigés par une coordination locale des commissions ouvrières et de locataires.
La réalisation immédiate d'assemblées de zones qui centralisent et impulsent la création de conseils de délégués dans toutes les entreprises, qui suscitent le renforcement des commissions de travailleurs chargées d'appliquer le contrôle ouvrier sur les rythmes de travail, les commandes et les stocks, de réaliser des assemblées générales pour le contrôle de toutes les activités de l'administration ( comme à la CUF où les travailleurs réclament la nationalisation) et finalement de proposer aux commissions de locataires de fixer les prix et de contrôler les prix de l'alimentation, des trans-
Get des loyers. L'application d'une réforme agraire radicale remettant le produit de la terre à ceux qui la travaillent, unifiant la lutte commune des travailleurs de la terre et des villes contre l'exploitation capitaliste, pour la révolution socialiste.
3. Voilà les mesures qu'il faut appliquer immédiatement. Dans de nombreuses entreprises, les travailleurs ont déjà pris des initiatives allant dans ce sens. Voilà la voie de la lutte contre la réaction capitaliste, pour le socialisme. Pour avancer, aujourd'hui plus que jamais, il est nécessaire de construire un solide front de toutes les organisations ouvrières. Contre le Capital, contre la réaction, tous les travailleurs, tous les révolutionnaires, tous les militants qui luttent pour le socialisme, ceux du PCP, du PS et de toutes les organisations révolutionnaires, doivent s'unir dans les organes représentatifs des travailleurs. Pour écraser les bandes du PPD et du CDS, pour empêcher de nouvelles provocations réactionnaires, pour défendre les travailleurs et leurs luttes, pour vaincre le sabotage économique et la pression des impérialistes, il n'est pas suffisant d'affirmer la volonté d'unité. Nous devons participer massivement dans les commissions de locataires, de travailleurs, dans les assemblées de zones, dans les conseils de villages, dans les comités de vigilance populaire. 4. Mais pour que ces mesures soient étendues à tout le pays et réellement appliquées il est nécessaire de dépasser les hésitations de ce quatrième gouvernement provisoire. De crise en crise, il est chaque fois plus incapable de faire face au chômage frappant plus de 200. 000 travailleurs, à l'offensive réactionnaire et à la pression impérialiste. Il est nécessaire d'imposer un gouvernement qui rompe avec la politique de collaboration de classes, qui nationalise sans indemnisation et sous contrôle des travailleurs les grandes entreprises commerciales, industrielles et agricoles, qui monopolise le commerce extérieur et crée une banque d'Etat unique, qui désarme les réactionnaires, dissolve leurs organisations et interdise leurs activités, généralise le contrôle des travailleurs et des commissions élues par eux à tout le système de production et d'échange comme à l'ensemble de l'économie, et ceci à partir d'une planification centrale, et qui assure finalement les droits démocratiques des travailleurs et des soldats. Ce gouvernement des organisations ouvrières doit être contrôlé par les travailleurs et par les assemblées syndicales, de quartiers et d'entreprises, et il doit être responsable devant les conseils de travailleurs élus sur les lieux de travail et d'habitation. Ce gouvernement devra s'appuyer sur les travailleurs, sur leurs revendications, sur leurs décisions et sur leur mobilisation permanente. Il devra s'appuyer sur les comités représentatifs des soldats, des marins et des aviateurs, conduisant l'épuration des fascistes jusqu'au
bout, organisant des assemblées générales dans lesquelles ils élisent les officiers et assurant le droit de propagande et de réunion à tous les courants politiques et syndicaux.
Dès lors, pour le mouvement ouvrier et populaire, l'actuelle crise représente bien plus qu'une crise gouvernementale. Il est donc urgent d'élire des commissions de travailleurs ou des conseils de délégués qui puis -sent structurer l'offensive ouvrière, de préparer des assemblées de zones, d'organiser l'autodéfense et de coordonner les commissions de locataires avec les assemblées et les comités élus de soldats et de marins. Ce sera autour de ces organes que les travailleurs devront se regrouper de façon décidée : - pour appliquer la démocratie ouvrière, pour décider du futur, pour choisir des représen- pour préparer une véritable assemblée nationale des travailleurs, réunissant toutes les organisations des travailleurs et des paysans, en uniforme ou non, et luttant pour le socialisme.
Il est nécessaire de préparer les luttes décisives !
Pour la révolution socialiste, pour le sociase fondant sur les conseils des ouvriers et des soldats, sur la solidarité internationale avec la lutte des travailleurs et des révolutionnaires espagnols et des ex-colonies portugai-
Pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, direction prolétarienne du mouvement anti-capitaliste de masse !
En avant vers la révolution socialiste !
Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe !
Comité Exécutif de la
Ligue Communiste Internationaliste
(organisation sympathisante de la
IVème Internationale).
17 juin 1975