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Par sa position stratégique et ses potentialités économiques, l'Angola représente un enjeu important pour l'ensemble de la Révolution africaine. D'ores et déjà l'économie angolaise tisse de nombreux liens avec les pays de la région : l'aménagement du bassin du Cunene qui implique les intérêts sud-africains et intéresse le Nord de la Namibie ; la production de café liée aux importations du Zaire ; le chemin de fer de Benguela qui évacue la production minière de Zambie et du Sud-Zalre... en sont autant d'exemples. L'existence de groupes ethniques écartelés de part et d'autre des frontières (Bakongos au Nord, Ovambos dans le Sud...) renforce encore plus ces liens en impliquant les gouvernements néo-coloniaux de toute la région. La réaction néo-coloniale a d'ailleurs bien compris l'enjeu angolais pour la stabilité future des régimes congolais, zalrois, zambien et même tanzanien. Le régime de Mobutu au Zatre confirme sa vocation de maillon fort de l'ordre impérialiste, en armant, entrainant et finançant le FNLA, organisation droitière constituée à l'origine sur une base régionaliste bakongo. La Zambie et le Congo ont multiplié leurs manipulations fractionnelles au sein du MPLA, notamment lors du Congrès de Lusaka d'août 1974 de cette organisation. D'un autre côté, Cabinda et son pétrole sont convoités par les compagnies pétrolières par l'intermédiaire des bons offices de Brazzaville et Kinshasa, qui abritent les deux fractions d'un prétendu Front de Libération de Cabinda (FLEC). Mais c'est aussi l'ensemble de la diplomatie africaine, par l'intermédiaire de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine), qui pèse sur la situation angolaise dans le sens d'un règlement néo-colonial, le Kenya jouant le rôle d'entremetteuse entre le FNLA, le MPLA et l'UNITA (lors de l'accord de Mombassa et dans les dernières négociations de Nakuru). Dans le cadre de la modification actuelle de la tactique impérialiste en Afrique Australe, la situation angolaise joue donc un rôle décisif. La diplomatie sud-africaine qui vise momentanément un consensus avec les régimes néo-coloniaux et le FRELIMO au Mozambique, s'inquiète d'une situation angolaise qui pour -rait non seulement menacer les intérêts économiques sud-africains dans ce pays, mais plus particulièrement engager une crise politique et sociale dans l'ensemble de la région. C'est donc l'ensemble des fractions et forces impérialistes et pro-impérialistes qui cherchent à intervenir dans la situation angolaise pour y préserver leur part de profits, jusqu' au Brésil qui, au nom de sa "lusitanité" joue la carte de l'aide "désintéressée" Parallèlement, il est du devoir du prolétariat et du mouvement révolutionnaire international de ne pas abandonner sans réplique l'Angola aux appétits impérialistes. D'ores et déjà, à travers les luttes ouvrières qui s'y déroulent et les formes exemplaires d'organisation qui surgissent parmi les masses urbaines, les leçons révolutionnaires à tirer de la mobilisation des masses travailleuses en Angola dépassent largement le strict cadre national, pour intéresser l'ensemble de la Révolution Africaine. Il est donc indispensable que la jeunesse africaine et le mouvement international anti-impérialiste prennent dès à présent conscience de la dimension continentale de la crise angolaise et des tâches nécessaires de soutien qui en découlent. Contre la sainte alliance néo-coloniale, il est décisif d'organiser les éléments révolutionnaires du Congo, du Zatre et de Zambie dans le cadre d'un soutien militant permanent aux masses angolaises en lutte pour leur émanciMais la situation angolaise est aussi importante pour tous les révolutionnaires européens et nord-américains, dans la mesure où elle implique d'importants investissements des différentes bourgeoisies européennes et des Etats-Unis et où elle pèse sur les rapports de force au Portugal. La solidarité internationaliste envers les masses angolaises sera donc, à l'avenir, un facteur important de l'évolution des rapports de force dans ce pays.
Et ce, d'autant plus que la politique maolste d'appui au jeu trouble de Mobutu, dans le cadre des bons rapports sino-zalrois, et de soutien au FNLA (des conseillers militaires chinois encadrent les troupes d'agression du FNLA) contribue au renforcement du projet impérialiste d'un axe néo-colonial Kinshasa-Luanda. Tandis que de leur côté, l'Union Soviétique et les "démocraties populaires", se contentent d'une aide au compte-goutte au MPLA, dans le but de ménager leurs relations futures avec Holden Roberto (FNLA). L'évolution de la situation politique en Angola conditionne donc en grande partie l'avenir des rapports de force en Afrique centrale et dans le sous-continent austral, et notamment l'avenir du nouvel Etat indépendant du Mozambique. C'est dans le cadre d'une conception qui intègre l'évolution angolaise à l'ensemble du processus révolutionnaire africain, que doit s'inscrire l'élaboration des tâches politiques des marxistes révolutionnaires angolais. Du projet de Spínola au gouvernement de transition La réorientation de la stratégie impérialiste en Afrique Australe opérée dans la dernière période a pour but essentiel de limiter l'impact de la "décolonisation"' des territoires portugais d'Afrique et la dynamique des mobilisations populaires qui s'en suivirent, tout en assurant la transition vers une nouvelle intégration économique et politique régionale autour de l'Afrique du sud. En Angola, sous la houlette de Mobutu et avec la participation du gouvernement portugais est donc tentée la mise en place d'une solution néo-coloniale. C'est à l'aide du projet néo-colonial de Spinola, qui préconisait un plan de "décolonisation'' lent et complexe comprenant un cessez-le-feu immédiat, la formation d'un gouvernement de coalition et un référendum dans le cadre d'une fédération avec le Portugal, que la bourgeoisie portugaise et l'impérialisme comptaient mettre un terme au problème épineux de la guerre coloniale, tout en assurant la pérennité de l'exploitation capitaliste en Angola. Ce processus s'appuyait sur la reconnaissance exclusive des forces nationalistes droitières (FNLA et UNITA) et l'élaboration d'accords d' "'indépendance" associant les représentants directs de la bourgeoisie coloniale (FUA, PCDA...) en vue de leur participation au gouvernement de transition. Les entretiens secrets de l'ile de Sal au Cap Vert, entre Spinola et Mobutu qui se présentait au nom de Chipenda (dissident du MPLA), Holden (FNLA) et Savimbi (Unita), participaient clairement de ce projet qui visait à la marginalisation du MPLA, au moment où une grave crise interne, non sans liaison avec l'approche d'échéances politiques importantes, déchirait cette organisation (dissidence de la Tendance Chipenda qui rejoindra plus tard le FNLA, et du groupe "Révolte Active" des frères Andrade). Cependant, l'intransigeance relative du MPLA sur le principe de l'indépendance, sa popularité au sein des masses urbaines, et l'évolution politique au Portugal même (avec l'éviction de Spinola) modifièrent le déroulement du processus néo-colonial initial. C'est surtout l'entrée sur la scène politique des masses travailleuses angolaises, au travers de grèves ouvrières et de mobilisations d'ampleur dans les centres urbains, qui força la bourgeoisie portugaise à reconnaitre le droit des peuples des colonies à l'indépendance. Pourtant, après le départ de Spinola, la trame de son projet néo-colonial sera réaffirmée par son successeur Costa Gomès, Une nouvelle rencontre eut lieu sur ce thème le 10 octobre 1974, entre Fontes Pereira de Melo, Mobutu, Holden et Chipenda, alors qu'en Angola se déchalnait la fureur raciste des colons blancs contre les masses africaines. Cependant, l'approfondissement de l'influence du MPLA parmi les travailleurs urbains, la radicalisation croissante des luttes et la réaction violente quasi-spontanée des masses populaires des musseques (bidonvilles) aux agressions racistes, imposèrent la reconnaissance du MPLA et signifièrent_la fin des pré= tentions fédéralistes des Spinolistes et un camouflet partiel pour la stratégie impérialiste, On assistait alors à une accélération du "processus de décolonisation' , avec la "réconciliation" spectaculaire des trois mouvements de libération à Mombassa (Kenya), la signature des accords d'Alvor avec le gouvernement portugais et l'installation d'un gouvernement de transition quadripartite chargé d'administrer le pays jusqu'aux élections prévues à la veille de l'indépendance légale de novembre 1975, Ainsi le projet néo-colonial initial était largement altéré par le développement des luttes révolutionnaires des travailleurs d'Angola et du Portugal. Néanmoins, le cadre dans lequel s'inscrit la reconnaissance du MPLA (en association avec les mouvements nationalistes droitiers FNLA et UNITA) correspond à la volonté impérialiste de "neutraliser" la dynamique révolutionnaire des luttes pour l'indépendance, en intégrant de fait le MPLA au processus néo-colonial au sein du gouvernement de transition. Muets sur l'avenir des intérêts impérialistes en Angola, les accords d'Alvor sont très explicites quant au "respect" des intérêts de la bourgeoisie coloniale. Ils fixent ainsi le ca-
dre général d'une solution néo-coloniale d'ores et déjà inscrite dans les faits et dont l'instrument privilégié est le gouvernement de transition. L'absence en son sein de la fraction Chipenda du MPLA et des représentants directs de la bourgeoisie coloniale, apparait donc comme une mesure provisoire destinée à échelonner l'intégration des différents éléments du plan néo-colonial. En effet, depuis lors, Chipenda a rejoint le FNLA et sa participation au gouvernement est envisagée (il était d'ailleurs présent dans la délégation du FNLA à Nakuru). La tâche centrale attribuée au gouvernement de transition réside dans la préparation du cadre juridico-politique néo-colonial, permettant d'assurer, au moment de l indépendance, grâce à la "légitimité électorale", une transmission du pouvoir en dehors de toute mobilisation populaire anti-capitaliste d'envergure. Les premières mesures prises par ce gouvernement (interdiction des "rassemblements populaires!!; appels à la reprise du travail ; "militarisation' du travail dans les ports) témoignent parfaitement de cette préoccupation. Le gouvernement de transition apparait aujourd'hui comme une couverture "légale" pour les mesures anti-ouvrières proposées par le FNLA. l'UNITA et le haut commissaire portugais, et cautionnées de fait par le MPLA, de plus en plus coincé entre sa collaboration au sommet avec les forces réactionnaires, et son appui tactique au mouvement de masse. Dans la dernière période, la multiplication des affrontements compromettait dangereusement le "processus pacifique de décolonisation" et notamment la perspective électorale et rendait nécessaire une "réunion d'amendements" permettant d'assurer l'application réelle des accords d'Alvor. La diplomatie africaine se mobilisa à nouveau pour désamorcer la poudrière angolaise. Le Kenya servit une nouvelle fois d'intermédiaire entre les trois mouvements, le président Kenyatta cherchant ainsi à résorber la crise de son propre régime en apparaissant comme "l'homme providentiel de la réconciliation" aux yeux de l'opinion africaine. A cette conférence de Nakuru, il fut décidé, outre la constitution des forces armées nationales angolaises, le désarmement de la population civile, la promulgation d'une loi électorale pour le 15 juillet, l'élaboration d'un recensement en vue des élections à l'Assemblée Constituante d'octobre 1975. Le projet de désarmement des masses urbaines recouvre pour le FNLA et l'UNITA la volonté plus large de porter un coup à toutes les structures d'auto-organisation des travailleurs "'non prévues" par les accords d'Alvor. L'attitude du MPLA à Nakuru révèle un peu plus la nature opportuniste de sa direction, prête à se cramponner au pouvoir gouvernemental à n'importe quel prix. Cependant, le désarmement des masses urbaines était réellement imposé, il représenterait une modification nouvelle et décisive des rapports de force face à la contre-offensive impérialiste, et un facteur d'approfondissement des contradictions au sein du MPLA. Une telle politique pourrait bien se révéler suicidaire, y compris pour les éléments du MPLA les plus respectueux de l'unité gouvernementale. Car, une fois que de défaite partielle en massacres sélectifs, les masses travailleuses angolaises seraient vaincues, la direction petite-bourgeoise du MPLA, devenue inopérante, pour -rait bien être balayée de la scène gouverneCependant, la constitution d'un axe néo-colonial Zatre-Angola sous la houlette de Mobutu et du FNLA, susceptible, plus tard, de monnayer un peu trop sévèrement son rôle de gendarme de la région, peut apparaitre, à terme, comme une solution dangereuse pour certains intérêts impérialistes. Les récents échos d'un coup d'Etat au Zatre pourraient déjà représenter la crainte de certains secteurs impérialistes de voir se constituer un tel bloc. Dans ce cadre, l'UNITA pourrait essayer de tirer son épingle du jeu en apparaissant comme une solution miracle, avec l'appui des éléments les plus droitiers du MPLA. C'est certainement le sens qu'elle a voulu donner à la tournée organisée par ses représentants auprès des gouvernements européens. La mobilisation des travailleurs Ces dernières années, le centre de la lutte des masses angolaises s'est déplacé des régions rurales, où étaient auparavant circonscrites la lutte armée et les zones libérées du MPLA, aux centres urbains où va s'affirmer la combativité ouvrière comme en témoigne la grève générale de Luanda de septembre 1973. Alors même que le MPLA connaissait de sérieuses difficultés (divisions internes, difficultés militaires...), apparaissait dans les centres urbains un prolétariat jeune, fortement concentré et assez combatif, produit direct de l'exploitation capitaliste qui, sans liens organiques avec la lutte armée, mais fortement marqué par le prestige du MPLA, entrait sur la scène politique en unissant dans ses luttes, malgré la répression coloniale, les revendications économiques à une conscience anti-colonialiste avancée. La nouvelle situation créée par le coup d'Etat du 25 avril 1974 au Portugal et la relative libéralisation qui s'en suivit va donner le signal d'une offensive de lutte. La combativité du prolétariat angolais, longtemps contenue par la répression coloniale, va alors exploser dans une multitude de grèves locales qui témoignent parfois de la volonté des travailleurs d'expulser les patrons et cadres fascistes, et d'en finir avec la surexploitation
capitaliste. Cependant, la première victoire significative du prolétariat angolais face aux atermoiements du gouvernement portugais sera constituée par la riposte quasi-spontanée des masses travailleuses aux crimes racistes perpétrés par la réaction coloniale. Le rapport de force entre les masses travailleuses et la classe dominante dans les centres urbains se transformait ainsi brutalement, permettant à des dizaines de milliers de travailleurs de faire l'expérience de mobilisations et de luttes. La période des grèves revendicatives isolées et durement réprimées par la réaction coloniale cédait alors la place à une période de lutte pour les droits démocratiques élémentaires au sein des entreprises. A travers ces mobilisations, le prolétariat angolais se familiarisait progressivement avec des formes d'organisations et de luttes tout-à-fait nouvelles pour lui. Des expériences avancées d'auto-organisation des travailleurs, à travers la constitution de comités de base dans les quartiers et les entreprises, témoignent de la radicalisation de ce mouvement. Ainsi, en pleine période d'investiture du gouvernement de transition, se tenait à Luanda, à l'initiative de la coordination des comités de quartier de la capitale, une "semaine nationale d'action pour le Pouvoir Populaire" qui proposait à toutes "les organisations étudiantes progressistes, aux commissions de travailleurs et à leurs associations" de débattre en assemblées générales dans les usines et les quartiers du mot d'ordre "consolidons le pouvoir populaire". On assiste aussi à une multiplication des grèves dans la dernière période et à une chute conjoncturelle de la productivité de secteurs économiques importants. Face à cette situation, le gouvernement de transition a prévu par décret la "militarisation" de toute entreprise (publique ou privée) "en cas d'urgence", pour ne pas''laisser tomber dans le chaos et l'anarchie" le processus de production et l'économie en général. Appliquée aux activités portuaires de Luanda et Lobito, cette mesure reçut une riposte d'ampleur de la part des travailleurs du port de Luanda. Ils dénoncèrent ce décret, à travers leur comité syndical, refusant "d'être traités comme objets ou instruments de richesse dans un processus d'exploitation qui se maintient inaltéré", tandis qu'une manifestation de plusieurs milliers de travailleurs eut lieu dans la capitale. Ceci témoigne des premiers assauts des masses travailleuses contre l'instrument même du processus néo-colonial issu des accords d'Alvor, le gouvernement de coalition. A travers ces expériences de luttes, ces grèves et ces mobilisations, et sous l'impulsion du MPLA, dans le cadre de son appui tactique à la mobilisation populaire, un mouvement syndical se structure qui sera à l'avenir une donnée importante de l'évolution des rapports de force. Ainsi le 22 Mai 1975, à Luanda, des centaines de milliers de travailleurs ont, à l'appel de l'Union Nationale des Travailleurs Angolais (UNTA), manifesté leur solidarité au MPLA, dénoncé l'offensive réactionnaire du FNLA, le soutien que lui apporte le Zalre dans cette entreprise et la passivité complice des autorités portugaises. Ils ont aussi demandé la destitution du haut commissaire portugais en Angola, le général Silva CardoSO. Ainsi, à travers l'ébauche d'une situation de double pouvoir est posée la question centrale de la prise du pouvoir par les travailleurs comme débouché aux luttes actuelles. L'initiative coordinatrice des comités de base pour le Pouvoir Populaire prise à Luanda est un premier pas dans ce sens. Mais la simple référence au pouvoir populaire, au contenu de classe relativement imprécis, n'est pas suffisante pour tracer la voie de la prise du pouvoir par les masses travailleuses. La multiplication des grèves revendicatives, qui mettent directement en danger les profits de la bourgeoisie coloniale et qui affirment la volonté des travailleurs d'en finir avec l'exploitation capitaliste pour obtenir une réelle indépendance, nécessite de manière urgente des perspectives anti-capitalistes unifiantes, capables d'offrir une alternative globale indispensable pour éviter l'effilochement de la combativité ouvrière sous les coups de la réaction. C'est une des tâches essentielles de l'avant-garde révolutionnaire angolaise d'avancer un programme d'action anti-capitaliste concentrant les revendications économiques unifiantes à partir des luttes actuelles, les revendications pour imposer les droits démocratiques au sein des entreprises, demandant l'expulsion des patrons fascistes et la nationalisation sous contrôle des travailleurs de leur entreprise, dénonçant la mainmise impérialiste sur l'économie angolaise et appelant à nationaliser les trusts étrangers, développant les structures syndicales démocratiques dans l'entreprise et les organes de base dans les quartiers, appelant enfin au développement des milices populaires d'auto-défense contre les agressions réactionnaires, dénonçant le jeu de la bourgeoisie zalroise et de l'impérialisme pour imposer une solution néo-coloniale en Angola, liant enfin la lutte pour l'indépendance à celle pour la transformation sociale et la révolution socialiste. Contre l'offensive réactionnaire auto-défense ouvrière! Les récentes provocations des bandes armées du FNLA expriment la volonté de renverser les rapports de force à l'approche de l'échéance électorale de l'indépendance face à la
radicalisation croissante des luttes des travailleurs angolais. Après une vive campagne_ de dénonciation des structures de pouvoir populaire, des grèves et des formes d'organisation autonome des travailleurs, c'est dans une véritable offensive militaire contre les militants du MPLA et les éléments radicalisés des mobilisations ouvrières que s'est lancé le FNLA à partir du mois de mars 1975. Ces opérations meurtrières (plusieurs milliers de morts parmi la population civile) se caractérisent par une volonté marquée d'intimidation des masses populaires (mitraillage de manifestations, assassinats dans les bidonvilles pro-MPLA...). D'abord localisés dans la capitale, ces affrontements se sont ensuite généralisés à l'ensemble des centres urbains du pays. Ils se combinent aussi à une vague d'occupation, en collaboration avec les planteurs coloniaux, des régions du nord frontalières avec le Zalre, par le FNLA (les militants du MPLA y sont systématiquement pourchassés), tandis que la fraction Chipenda dans l'est et l'UNITA dans le centre-sud tentent d'occuper le terrain face au MPLA hégémonique dans les centres urbains. Ces affrontements, qui compromettaient la tenue d'élections avant l'indépendance, ont, dans un premier temps, bénéficié de la passivité complice des autorités portugaises. Cependant, la réaction militaire du MPLA et la mobilisation armée de certains comités de quartiers pour assurer la défense des quartiers populaires contre les agressions militaires des forces du FNLA, ont mis en échec cette offensive. Loin d'être un coup d'arrêt à la mobilisation populaire, agressions, en démontrant ouvertement la nature contre-révolutionnaire du FNLA et en entrainant le développement de formes élémentaires d'auto-défense armée dans certains quartiers populaires, devenaient un danger pour la bonne marche du "processus de décolonisation". Aussi les autorités portugaises et notamment le haut-commissaire Silva Cardoso sortirent-elles de leur mutisme pour dénoncer la participation de milices civiles au côté du MPLA dans les affrontements. Un nouvel accord, dont l'enjeu serait l'existence même de ces formes avancées d'auto-organisation des masses, était alors nécessaire. C'est ce qui s'est discuté à Nakuru au Kenya. Le FNLA est donc bien aujourd'hui le pion le plus sûr de la stratégie impérialiste en Angola. Ses liens avec l'impérialisme sont évidents, à travers l'aide qu'il reçoit de Mobutu au Zatre (bastion des investissements capitalistes en Afrique centrale) et les relations qu'il entretient avec le CAAT (Centre Afro-américain de la CISL -Confédération Internationale des Syndicats "Libres"- ). Foncièrement régionaliste (formé à partir de l'ethnie bakongo du Nord) et droitier, ce mouvement a recruté dans l'émigration angolaise au Zalre une véritable armée des frontières qui occupe aujourd'hui le Nord de l'Angola. Le FNLA, qui s'est affirmé comme l'élément moteur de la répression, apparait de plus en plus comme l'axe central du potentiel militaire réactionnaire. Renforcé par l'intégration récente de la fraction Chipenda (dissidente du MPLA), le FNLA est l'instrument essentiel d'une stratégie qui procède par coups de boutoir successifs contre les mobilisations populaires dans le but d'infliger des défaites significatives aux masses travailleuses avant l'accession à l'indépendance. Or, loin d'entamer jusqu'ici de façon significative la combativité des travailleurs, les agressions répétées du FNLA ont permis le renforcement de la mobilisation et de la vigilance des masses ouvrières. Cependant, combinée à une absence de perspectives centrales alternatives, la répression anti-ouvrière menée par le FNLA contre les éléments radicalisés du MPLA et du mouvement de masse peut, à terme, entraîner un phénomène de démoralisation et de repli localiste, dans une situation de tension qui se prolonge. D'autant plus que la répression prend un tour plus sélectif. Après l'assassinat à Cabinda, dans une embuscade, du commissaire politique à l'Etat-Major général du MPLA, le commandant "Jika", c'est le dirigeant des Jeunesses du MPLA, M. Pereira Dos Vandunen, qui est abattu au volant de sa voiture, alors même que le MPLA dénonce la présence à Luanda d'un "escadron de la mort" brésilien, composé d'individus ayant "travaillé au Chili pour la CIA". Quant à l'UNITA de Jonas Savimbi, qui a longtemps collaboré avec les troupes portugaises contre le MPLA, c'est un mouvement constitué sur une base régionale (centre-sud, autour de Nova Lisboa). Malgré le soutien dont elle a bénéficié de la part de la Chine jusqu'en 1970, son caractère régionaliste l'a très tôt intégrée au projet impérialiste. Après le 25 avril 1974, l'UNITA bénéficiera du soutien de certains colons blancs de la région centre-sud de l'Angola et Savimbi tissera de fructueux contacts avec le FUA (Front Uni Angolais) de l'ingénieur Fernando Falcão. Sa collaboration passée avec l'armée coloniale portugaise et sa relative reconnaissance par une fraction non négligeable du colonat blanc, l'imposèrent comme partie prenante des négociations d'Alvor, en tant que représentant indirect des intérêts de la bourgeoisie coloniale. Après son intégration au gouvernement de transition, et pour tenter d'obtenir un minimum d'implantation dans les centres urbains, l'UNITA mettra "'en veilleuse" ses contacts gênants avec les colons blancs et affirmera sa position de médiatrice entre le FNLA et le MPLA lors des récents affrontements. Par
cette attitude, l'UNITA espérait capitaliser son influence à partir du discrédit du FNLA dans les masses travailleuses urbaines et à l'aide d'appels "à la paix et à l'unité". Cependant, loin d'être une "troisième force" autonome, l'UNITA, par les liens qu'elle a tissés avec la bourgeoisie coloniale et l'appui qu'elle semble recevoir de la fraction impérialiste européenne, apparait comme complémentaire du FNLA, et éventuelle solution de réserve pour l'impérialisme. Aujourd'hui, le départ massif des petits colons blancs vers la métropole coloniale supprime à l'UNITA une partie importante de sa base sociale. Aussi ce mouvement tente-t-il une recomposition de sa base sociale, en essayant d'élargir son influence à partir d'une propagande régionaliste. Utilisant le sentiment d'insécurité que font régner à Luanda les exactions du FNLA, l'UNITA favorise des manifestations de travailleurs du centre et du sud de l'Angola dans la capitale, pour obtenir leur rapatriement vers les régions d'origine, La "position rigide dans le sens de ne pas permettre l'exode" des travailleurs de la capitale, adoptée par le gouvernement angolais peut paradoxalement servir à renforcer l'impact de la propagande régionaliste développée par l'UNITA, et permettre à terme l'accroissement de son influence parmi les couches les plus arriérées des masses angolaises. Les réponses ambiguës du MPLA Face à l'existence en Angola de forces sociales et politiques particulièrement attachées au maintien de la domination impérialiste à travers la stabilisation d'un régime néo-colonial les réponses du MPLA, qui s'accroche à la participation au gouvernement et aux accords signés avec les forces réactionnaires du FNLA et de l'UNITA, sont insuffisantes pour tracer la voie à une véritable indépendance. En ne préparant pas les masses travailleuses à l'affrontement inévitable avec la réaction, et en semant des illusions sur la possibilité d'un "processus démocratique de décolonisation" dans un tel contexte, elles tracent déjà en pointillé la trajectoire du reflux de la mobilisation ouvrière sous les coups des attaques contre-révolutionnaires. L'acceptation du "compromis" d'Alvor se situe ainsi dans la lignée des décisions opportunistes assumées bureaucratiquement par la direction du MPLA, sous les pressions néo-coloniales, L'exemple le plus grossier en est le congrès du MPLA à Lusaka (août 74), où à l'approche d'échéances politiques importantes (les négociations avec le Portugal), les manipulations de la diplomatie africaine se firent au grand jour pour constituer l'Etat-Major du MPLA. Les pressions néocoloniales, couplées aux illusions gradualistes du mouvement, interdisent aujourd'hui le dépassement, par le MPLA dans son ensemble, de la politique d'appui tactique au mouvement de masse, dans le cadre d'un projet réformiste à dimension étroitement nationale. Dès après le 25 avril, alors que sa participation aux négociations n'était pas encore acquise, le MPLA a lancé depuis Brazzaville le mot-d'ordre de constitution de comités d'action du mouvement dans les centres urbains d'Angola, Cet appel, en rencontrant l'irruption spontanée des masses travailleuses ur -baines sur la scène politique, permit la multiplication des structures de base du mouvement ainsi que l'adhésion massive de tout un courant de travailleurs radicalisés qui allaient par la suite former l'essentiel des cadres moyens du MPLA dans les centres urbains, Cependant, devant la radicalisation de ces mobilisations, le MPLA adoptera une attitude ambigue. A partir d'une conception d'instrumentalisation du mouvement de masse en vue d'améliorer les rapports de force au sommet, le MPLA soutiendra les mobilisations populaires pour imposer sa participation au gouvernement, Ensuite, s'en remettant au strict cadre des "accords conclus", le MPLA offrira comme seul débouché aux luttes des travailleurs, la perspective électorale fixée par les accords d'Alvor. Ainsi, se voulant "réaliste" pour barrer la route aux colons ultras, le MPLA préconise l'alliance avec les secteurs'démocratiques", qu'il met en pratique en collaborant avec le Mouvement Démocratique Angolais. D'un côté, il appelle à une collaboration plus étroite au sein du gouvernement au nom de "l'unité nationale" ; de l'autre, il défend, lors des meetings populaires et dans les quartiers le thème du "pouvoir populaire". Or, la simple référence tactique au "pouvoir populaire" n'est pas suffi -sante pour ouvrir la voie à la prise du pouvoir par les masses travailleuses, d'autant plus qu'elle reflète des conceptions multiclassistes. Ainsi, pour Neto (président du MPLA) le "pouvoir populaire" est celui de "toutes les couches sociales de la société"',
tandis qu'il fixe à l'indépendance la tâche centrale de faire "participer au pouvoir politique l'ensemble des couches sociales de la société'. Ces illusions frontistes sont au centre même des limites politiques du MPLA. Mouvement hétérogène constitué à partir de la petite-bourgeoisie urbaine, le MPLA héritera des illusions frontistes et gradualistes propres au nationalisme petit-bourgeois, renforcées de plus par les conceptions staliniennes du noyau communiste angolais. Pourtant, à partir d'une approche empirique de la nature spécifique du colonialisme portugais, l'orientation vers la lutte armée et la mobilisation de la paysannerie, constitueront une réelle rupture avec le nationalisme réformiste. Ainsi le MPLA, mouvement nationaliste révolutionnaire, se situe aux confins du nationalisme gradualiste petit-bourgeois et d'une approche révolutionnaire empirique à dynamique socialiste. Cependant, cette évolution s'est faite sans une profonde clarification politique, notamment par rapport aux illusions frontistes. Le MPLA s'est donc trouvé être un mouve -ment à vocation multiclassiste, impuissant à concrétiser un front inter-classiste plus large dans le cadre de la formation sociale angolaise des années 60. En effet, la petite bourgeoisie affairiste des villes avait partie liée avec les fractions "démocratiques" du colonat, tandis que le prolétariat restait faible en nombre. La formation sociale angolaise des années 60 a donc été une base favorable au développement d'illusions multiclassistes au sein du MPLA et ce d'autant plus que son influence se stabilisera essentiellement dans des zones rurales à faible différenciation sociale . Or, sous l'effet de l'évolution de la domination coloniale et du pillage impérialiste, la structure sociale angolaise dans les centres urbains s'est largement différenciée depuis cette époque. L'ouverture aux capitaux impérialistes à partir des années 60 engendre le développement d'un prolétariat jeune et très fortement concentré, quoique peu qualifié et sans tradition de lutte. Plus tard, avec le développement d'une industrie de transformation liée au marché colonial, c'est un véritable prolétariat industriel qui apparait autour des années 70. En 1973, la production manufacturière occupait environ 130. 000 salariés, principalement concentrés dans les zones industrielles de Luanda et de Lobito. Ainsi, la capitale angolaise regroupe la moitié de la main-d'oeuvre qualifiée employée dans l'industrie manufacturière. D'autre part, les retombées économiques de la présence coloniale, comme les vélléités néo-coloniales portugaises, favoriseront le développement d'une petite-bourgeoisie autochtone (commerçante et administrative). Aujourd'hui, les limites politiques du MPLA ne lui permettent pas d'apprécier l'importance fondamentale de l'apparition d'une force sociale prolétarienne au coeur de l'appareil industriel imrérialiste, et rendent compte de son impuissance à avancer des réponses politiques en termes de classes et à dépasser ses positions multiclassistes originelles. Cependant, alors que la volonté affirmée par le MPLA de "mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme" et d'instaurer un "pouvoir démocratique et populaire" n'était pas une preuve de radicalisation extrêmement profonde lorsque cette perspective était avancée au coeur des zones libérées, essentiellement rurales et à faible différenciation sociale, une telle référence a bien d'autres implications lorsqu'elle est affirmée aujourd' hui dans les centres urbains. D'emblée, pour les masses travailleuses, la référence au pouvoir populaire et à la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme a, dans les centres urbains, un contenu de classe tout-à-fait précis : celui du pouvoir des travailleurs et des paysans pauvres, et de la fin de l'exploitation capitaliste. Prisonnier de conceptions gradualistes, le MPLA est, dans son ensemble, incapable d'offrir aux masses travailleuses une perspective anti-capitaliste centrale, pouvant déboucher sur un pouvoir ouvrier et paysan. Or, la dynamique anti-capitaliste des luttes ouvrières réclame de manière urgente une telle perspective. Face à cela, le MPLA se trouve écartelé entre sa liaison au sommet avec les forces réactionnaires et la participation à la base à la mobilisation des travailleurs. D'autant plus que se dessinent les premiers assauts des masses contre les mesures anti-ouvrières du gouvernement de transition. Ainsi, malgré la radicalisation des luttes ouvrières, le MPLA s'en tient à la perspective électorale "prévue" par les accords d'Alvor et réaffirmée à Nakuru. Or, dans le contexte actuel de l'Angola, on peut avoir les plus grands doutes sur la possible réalisation "démocratique" de ces élections. Le Nord du pays, par exemple, est "occupé" par les troupes du FNLA, qui y pourchassent les militants du MPLA, tandis que, dans le Sud, c'est l'UNITA qui remplit cette fonction. De plus, l'exemple du Portugal est là pour le prouver, face à des masses travailleuses dans l'ensemble peu politisées, encore soumises dans certaines régions aux pressions tribalistes exacerbées par le FNLA et l'UNITA, il ne faut pas sous-estimer les possibilités de manipulations réactionnaires du jeu électoral dans le but d'éviter que se reflète la réalité des rapports de force sur le terCependant, il est certain que la campagne électorale pour une majorité MPLA à l'Assemblée Constituante, sera pour les travailleurs urbains un enjeu important et l'objet de
mobilisations d'ampleur. Ce pourrait être l'occasion pour les travailleurs d'avancer un véritable cahier de revendications, reprenant l'ensemble des revendications soulevées dans les luttes actuelles, les centralisant dans une perspective clairement anti-capitaliste et en imposer l'application à l'Assemblée constituante issue des élections. Toutefois, c'est dans les luttes ouvrières, à travers leur centralisation et leur unification dès aujourd'hui que se situe la véritable alternative révolutionnaire à la collaboration de classe avec les forces réactionnaires. D'autant plus que se manifeste un inquiétant processus unifiant entre l'UNITA et les éléments les plus droitiers du MPLA, autour de la dénonciation des "grèves qui mettent en danger l'économie nationale" et de l'appel à la colnon présentes à Alvor", jetant ainsi les bament de transition. Ainsi ce sont donc l'hétérogénéité et les limites politiques du MPLA, ses déviations bureaucratiques, son intégration au jeu diplomatique africain qui, de l'acceptation du compromis d'Alvor aux récents accords de Nakuru, en passant par la collaboration avec le FNLA et l'UNITA au sein du gouvernement, l'intègrent de fait au processus néo-colonial. Pour une alternative révolutionnaire Cependant, la mobilisation sur laquelle le MPLA s'appuie tactiquement, engendre une dynamique de lutte qui entre en opposition avec la politique opportuniste de sa direction envers la petite-bourgeoisie et la fraction "libérale" de la bourgeoisie coloniale, accentuant ainsi les contradictions internes du mouvement. La pratique bureaucratique de la direction et les limites qu'elle fixe à la mobilisation des travailleurs sont des facteurs qui permettent, a contrario, la radicalisation des militants de base en contact direct avec la mobilisation populaire. La participation à l'appareil d'Etat accentue d'autre part les pressions néo-coloniales sur le MPLA, tandis que s'accroft l'autonomie politique de sa direction par rapport à la base militante. Les récentes agressions du FNLA ont eu un double effet sur le MPLA. D'une part, elles ont favorisé l'éclosion de milices populaires armées et provoqué la radicalisation d'éléments du MPLA au contact de ces mobilisations ; d'autre part, elles ont rendu plus crédible aux yeux des éléments droitiers du MPLA, la nécessité d'un compromis avec l'UNITA. Ainsi, les jeunesses du MPLA ont dénoncé dans un communiqué l'union avec "les forces réactionnaires qui, sous le masque d'un faux nationalisme, ne font rien d'autre que de semer l'horreur au sein du Peuple Angolais, en le massacrant sans discrimination", alors même que la direction du MPLA décidait à Nakuru (Kenya) le désarmement des civils lors de la "conférence de la paix"' avec le FNLA et l'UNITA. Aujourd'hui, le MPLA est l'objet d'une double recomposition interne : d'une part, le renforcement du courant Neto, l'élimination des deux autres tendances issues du dernier congrès et le développement d'une tendance droitière de plus en plus affirmée ; d'autre part, l'amorce d'une radicalisation de sa base et d'un éparpillement au sein de comités locaux traversés par de nombreux courants politiques. Les dernières décisions du Comité Central du MPLA (février 75) illustrent clairement cette évolution. Alors même qu'une réorganisation du mouvement est envisagée pour que le MPLA "suive plus conséquemment une ligne de masse" et que s'opère "une étroite liaison entre la base et le sommet", est réaffirmée par ailleurs la volonté du MPLA "de collaborer étroitement" au gouvernement, Le renforcement du courant Neto, du fait de son prestige "historique" au sein des masses angolaises, et du soutien des réformistes 1ocaux, s'est concrétisé par l'intégration au sein du MPLA des membres du Mouvement Démocratique Angolais (organisation aux conceptions "libérales", composée d'avocats, membres des professions libérales, assez proches du Parti communiste portugais). Ainsi, ce courant est hégémonique au sein des organes dirigeants du MPLA. De plus, les deux tendances issues du congrès de Lusaka sont aujourd'hui éliminées. Les pourparlers engagés entre la direction Neto et les représentants de la tendance "'Révolte Active", Mario et Pinto de Andrade et Gentil Viana, semblent s'orienter vers une réintégration individuelle de ces éléments. Coupés de la mobilisation des travailleurs, ces éléments semblent aujourd'hui sans avenir. D'ailleurs, bon nombre d'entre eux ont soit "décroché" purement et simplement, soit ont déjà rejoint, individuellement, le MPLA. Le cas de la tendance "Révolte de l'Est" de Chipenda est différent et a été réglé de façon beaucoup plus énergique. Le MPLA a lancé une opération militaire contre les représentations de cette fraction qui apparaissait de plus en plus ouvertement comme l'élément d'un projet réactionnaire de guerre civile. Mais cette "opération militaire" entreprise sans faire appel à la mobilisation des travailleurs est inscrite par le MPLA dans le cadre du respect des accords d'Alvor, "bases politiques et constitutionnelles... de la décolonisation de notre pays". Et aujourd'hui, c'est au sein du FNLA que Chipenda peut participer aux négociations d'Etat-Major et s'intégrer à la stratégie impérialiste, "couvert" par les accords d'Alvor. Or, cette politique de tractations au sommet ne peut que renforcer l'agressivité des forces réactionnaires
et la cohésion des courants droitiers au sein du MPLA. Une telle tendance apparait aujourd'hui au sein des organes dirigeants du MPLA. Foncièrement anticommuniste, elle prône une alliance privilégiée avec l'UNITA contre le FNLA. Sans aucune base militante, elle est notamment représentée par Lucio Lara au Comité Central. Sans grande autonomie politique cette tendance a pour fonction essentielle de permettre à Neto d'assurer un rôle de balance entre ces éléments droitiers et la gauche du MPLA, et de pousser ainsi celle-ci à toutes sortes de compromis au nom de l'unité du mouvement. L'absence de débat et de vie démocratique de l'organisation, tout comme ses limites politiques, se traduisent aujourd'hui par une extrême hétérogénéité et l'omnipotence d'une direction politique représentant un courant nationaliste réformiste. Aussi, c'est surtout à la base du MPLA, au sein des comités locaux, que se regroupent les éléments les plus radicalisés des travailleurs urbains, partie intégrante de l'avant-garde ouvrière issue des luttes des masses travailleuses urbaines après le 25 avril 1974, qui apparait aujourd'hui par la place qu'elle occupe dans le processus d'exploitation capitaliste, comme le fer de lance de tout le processus révolutionnaire. Agostinho Neto (MPLA), Holden Roberto (FNLA), Jonas Savimbi (UNITA). Cependant, l'ensemble de ces groupes se situe encore dans le cadre du nationalisme radical enrobé de formulations maolsantes gradualistes, et se limitent à un alignement suiviste sur la direction du MPLA, assorti d'un gauchissement du "programme maximum" par une propagande pour la "démocratie populaire". Ces groupes maolsants sont aussi quelque peu gênés par leur référence internationale, étant donné la politique actuelle de la Chine par rapport à la crise angolaise. Face à l'affirmation du nécessaire dépassement du MPLA dans la perspective d'une lutte résolue pour la révolution socialiste, ces courants, faisant abstraction des tâches de centralisation des luttes ouvrières dans la perspective d'une prise de pouvoir révolutionnaire, se cramponnent à une conception quasi "morale" de l'unité du MPLA, niant ainsi sa profonde hétérogénéité.
Face à l'émergence, au travers des récentes mobilisations, d'une avant-garde ouvrière dans les centres urbains, qui se retrouve au sein des organes de base du MPLA (comité d'action), de l'UNTA et des commissions pro syndicales, les réponses politiques de ces groupes sont insuffisantes. Car à travers ces luttes dispersées, c'est la question du maintien de l'exploitation capitaliste qui est posée.
Les travailleurs angolais refusent de faire les frais d'un "processus d'exploitation qui se maintient inaltéré". Pour eux, la seule véritable indépendance sera celle qui permettra leur émancipation totale et mettra fin à la domination capitaliste. C'est face à cette nécessaire transcroissance de la lutte pour l'indépendance en lutte pour l'émancipation sociale des travailleurs, en lutte pour la révolution socialiste, que doivent se déterminer les militants révolutionnaires angolais. La nécessité d'un tel dépassement n'est pas le fruit d'une imagination intellectuelle, mais bien au contraire la question centrale posée par des dizaines de milliers de travailleurs en lutte dans les usines, les entreprises et les ports en Angola. Ainsi, contrairement à ce que veut laisser croire la direction réformiste du MPLA, l'heure est bien à la lutte des classes en Angola. Une lutte dont l'enjeu est décisif pour l'avenir des luttes révolutionnaires de toute, la région. Or déjà, au sein du MPLA, apparaissent des éléments conscients de cet enjeu, qui se définissent autour d'une position "lutte de classe" et se battent pour qu'apparaisse une alternative anti-capitaliste centrale. Ces militants révolutionnaires se fixent comme tâche de faire apparattre dans toutes ses dimensions l'enjeu des luttes actuelles du prolétariat angolais, en développant une propagande pour l'auto-organisation et l'autodéfense, popularisant les grèves ouvrières exemplaires et leur assurant une solidarité militante, dénonçant les partis réactionnaires et leur collusion avec les mouvements nationalistes droitiers, appelant à la constitution de syndicats de classe du prolétariat, seule force sociale capable de mener réellement à bien les tâches de libération nationale à travers leur dépassement dans la lutte pour le pouvoir des ouvriers et paysans, à travers l' "union révolutionnaire" du prolétariat et de la paysannerie pauvre angolaise, inscrivant enfin leur lutte dans le combat des masses opprimées de tout le continent africain pour leur émancipation totale, pour la révolution socialiste. A côté des réponses ambigues du MPLA, c'est la seule réponse stratégique capable d'éviter l'effilochement de la combativité ouvrière face aux coups de la réaction, et d'opposer à toute solution néo-coloniale, la voie du pouvoir des travailleurs en Angola.