Britain
will win
with
Labour.
-BRIAN HERON Le 30 juin 1975, Harold Wilson proclama encore : "'Nous rejetons toute solution de panique'. Deux jours plus tard, son Chancelier de l'Echiquier, Dennis Healey, annonça au Parlement des mesures draconiennes de contrôle des augmentations des salaires. Ces mesures recevraient force de loi s'il n'y avait pas d'accord volontaire avec la confédération syndicale T.U. C. en l'espace d'une semaine. Elles incluent essentiellement une limite rigide de 10 % à toute augmentation des salaires dans le renouvellement des contrats en cours (généralement d'une durée d'une année) ; des sommes fixes que les divers ministères ne peuvent plus dépasser en matière de dépenses publiques ; la fin des subsides "excessifs" au secteur public. La mince concession faite en échange de ces mesures anti-ouvrières, c'est que la limitation des augmentations des salaires ne sera pas imposée à travers des mesures pénales. Des syndicalistes qui ne la respecteront pas n'iront pas en prison et ne devront même pas payer des amendes. Ce sera le devoir des patrons individuels de ne pas dépasser le plafond imposé aux augmentations des salaires par le gouvernement. S'ils accordent des augmentations des salaires au-delà de ce plafond, ils ne pourront plus augmenter leurs prix pour récupérer l'accroissement des coûts. Il y aura encore d'autres sanctions contre des patrons trop "dispendieux" à l'égard de leurs ouvriers, comme par exemple le refus de leur attribuer des contrats gouvernementaux. Bien qu'il soit question d'assurer les patrons contre les risques de luttes salariales trop dures et trop prolongées, la logique des mesures annoncées par Dennis Healy, c'est de le gouver nement wilson s'attaque aux salaires pousser à la banqueroute des entreprises qui n'ont pas le pouvoir de s'opposer aux luttes ouvrières. Cette logique est une logique d'accroissement du chômage, au moment où le chiffre des sans-emploi atteint déjà près de 900, 000 travailleurs. Sous le fouet de la crise économique Harold Wilson n'avait cessé d'affirmer qu'il était opposé à toute politique des revenus contraignante en temps de paix. Il a donc maintenu la fiction de la possibilité d'un accord volontaire des syndicats avec le plan Healy. Dans son n. du 2 juillet 1975, le Financial Times résuma la situation de la manière suivante : "Les syndicats et le patronat ont reçu une semaine de préavis pour se con. former au plafond de 10% des augmentations des salaires dans la prochaine étape des négociations salariales). S'ils n'y parviennent pas, le gouvernement a l'intention de rendre ce plafon obligatoire". Il semble que la vitesse avec laquelle le T.U.C. se précipita pour accepter les propositions gouvernementales était encore considérée comme insuffisante. Dans son n. du 10 juillet, le Financial Times rapporte en effet qu'il "y aura presqu'à coup sûr des décisions imposées par la loi aux patrons pour renforcer le projet accepté volontairement par les syndicats''. Le 9 juillet, le T.U. C. avait accepté les propositions gouvernementales par 19 voix contre 13. Il avait ajouté à cette capitulation une demande de blocage des prix pour une période de six mois, ce qui était déjà en retrait sur sa proposition antérieure d'un blocage des prix pour certaines marchandises-clé pendant une durée indéterminée. Pour le moment cependant, le gouvernement ne semble pas
avoir l'intention de dépasser les mesures déjà en vigueur de contenir l'augmentation de certains prix de produits de première nécessité au moyen de subsides gouvernementaux. Le gouvernement et la Confédération de l'Industrie britannique s'opposent de même à d'autres concessions mineures réclamées par le T.U. C. en échange de l'acceptation du freinage des augmentations des salaires, comme p. ex. sa demande de ne plus tolérer aucune augmentation des traitements dépas -sant 7.000 L par an (15. 000 $ ; 62.500 FF ; 560.000 FB ; 36.000 DM ; 40.000 FS), aussi longtemps que les mesures Healy restent en vigueur. Jusqu'ici, les salaires réels des travailleurs britanniques ont augmenté en moyenne de 6 % par an, tenant compte d'un taux d'inflation de 25%. Si les mesures Wilson sont effectivement appliquées (et sans tenir compte des réductions des prestations sociales), et si le taux d'inflation reste ce qu'il est à présent, une réduction du niveau de vie de la classe ouvrière de l'ordre de 15 % aura été impoLes mesures de freinage des augmentations des salaires ne sont pas tout-à-fait comparables à celles prises par le gouvernement Wilson de 1964-1970. La différence la plus manifeste, c'est que la situation économique s'est sensiblement aggravée et qu'aujourd'hui l'inflation est combinée avec le chômage massif et la récession. Malgré un redressement de la balance des paiements, surtout par suite d'une chute verticale du cours de la livre sterling, l'augmentation des exportations n'a pas stimulé une reprise des investissements. Un sondage publié récemment par le Financial Times (n. du 2 juin 1975) affirme que les industriels prévoient en général un déclin des investissements pendant au moins une année encore, Le patronat se plaint que ses ressources supplémentaires en capitaux sont absorbées par l'accroissement des coûts (surtout des coûts salariaux) et par les lourdes charges des crédits nécessaires pour financer les stocks et les autres palliatifs qui évitent des réductions massives de production en temps de récession et de balance des paiements déficitaire. Mais les crédits étrangers commencent à s'épuiser. La chute de la livre, qui a perdu 28,9 % de son cours par rapport à d'autres devises depuis décembre 1971, a créé le risque d'une véritable évasion des capitaux, sapant ainsi la base de nouveaux crédits à l'industrie et du financement d'énormes déficits budgétaires (ce déficit est actuellement évalué à 9 milliards de £ pour l'année en cours, soit presque 20 milliards de $ et plus de 46 milliards de DM). Alors que Wilson bavardait tous les jours sur la nécessité d'éviter des "mesures précipitées", un véritable effondrement de l'économie britannique commençait à paraitre possible. Lorsque 260. 000 mineurs réclamèrent une augmentation des salaires de 64 %, et un salaire de base de 100 ₺ par semaine (215 $, 515 DM, 900 FF), la situation du capitalisme britannique sembla s'aggraver de manière catastrophique aux yeux de la bourgeoisie. Tout cela provoqua une atmosphère de véritable hystérie au sein du groupe parlementaire du Labour. Des "principes de base' du programme électoral furent abandonnés l'un après l'autre, Dans ces conditions, les mesures Wilson y rencontrèrent dans l'immédiat relativement peu d'opposition, et seulement un peu plus de résistance de la part de la bureaucratie syndicale. Comment on a pu en arriver là L'instabilité politique et sociale que la chute du cabinet Heath avait accentuée, surtout parce que cette chute résulta fondamentalement de la grève des mineurs et des menaces d'extension des grèves, avait renforcé la combativité de la classe ouvrière et accru l'hésitation et la paralysie politique au sein d'importants secteurs de la classe dominante, Cette paralysie déborda jusque dans l'arène du parlement bourgeois. L'arrivée au pouvoir d'un gouvernement travailliste minoritaire, et la décentralisation au sein du parti conservateur reflétèrent cette crise, L'issue du récent référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun a créé la possibilité pour la classe dominante de dépasser cette paralysie. Elle représente une défaite partielle pour la classe ouvrière. L'explication de cette défaite réside dans la contradiction entre l'alignement des forces sociales d'une part, et l'absence d'une alternative politique de classe d'autre part. Toutes les organisations de masse de la classe ouvrière étaient favorables à la sortie de la Grande-Bretagne du Marché Commun, comme elles avaient été opposées au gouver -nement Heath en février 1974, à l'époque de la grève des mineurs et de la semaine de trois jours introduite par Heath, Mais pareille intensification de la lutte de classes, alors que toute base économique pour d'importantes réformes avait disparu, ne pouvait pas ne pas entrainer des conséquences importantes au sein de la social-démocratie. S'alignant de manière totale et servile sur la bureaucratie syndicale, la gauche travailliste avait fait son début politique en tant que direction de rechange de la classe ouvrière au cours de la campagne préparatoire au référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans la C. E. E. Mais elle se lança dans cette bataille pieds et mains liés. Alors qu'elle était investie de toute la légitimité travailliste, qu'elle défendait des décisions
prises par les congrès du Parti et des syndicats, qu'elle avait derrière elle des votes majoritaires de l'Exécutif du Labour et du T.U. C., elle s'abstint volontairement de jeter dans la balance toutes les ressources, tout l'appareil et toutes les finances du Parti, générosité pour laquelle la droite ne la récompensera guère si jamais les rapports de forces devaient changer. Il ne s'agit ni d'une question de bêtise politique, ni d'une question de manque de caractère, mais bien d'un choix politique délibéré et débilitant, résultant de la situation particulière qu'occupe la gauche réformiste sur la scène sociale et politique de la Grande-Bretagne. Cherchant à conquérir la direction du Labour comme expression politique des syndicats, elle ne dépasse guère le cadre de l'identification traditionnelle réformiste de la "lutte pour le socialisme" avec la "conquête de la majorité parlementaire". De ce fait, elle se trouve doublement handicapée dès le départ. D'une part, elle doit éviter une scission profonde du Labour qui, selon elle, détruirait toute possibilité de reconquérir une majorité parlementaire à court ou même à moyen terme. D'autre part, elle doit éviter toute exacerbation de la crise sociale telle qu'une aile importante de la bureaucratie syndicale se rangerait dans le camp des "défenseurs de l'ordre traditionnel". Or, une mobilisation totale des ressources du Labour pour arracher la victoire du "non" au référendum aurait incontestablement provoqué et cette scission et cette crise institutionnelle. Il y avait même, du point de vue des réformistes de gauche, le risque sérieux que la majorité des députés (tous les députés bourgeois plus la droit travailliste) ne respecte pas le verdict de l'électorat, ce qui aurait provoqué une crise extrêmement grave de la légitimité des institutions parlementaires. Pour éviter tous ces risques, les dirigeants de la gauche travailliste se sont abstenus de toute initiative mobilisatrice des masses contre le Marché Commun. Ils se sont alignés sur une plateforme d'opposition nationaliste étroite qui n'avait aucune chance d'être considérée comme une politique de rechange à caractère de classe par la masse ouvrière. Dès lors, ils couraient à la défaite politique certaine, qu'ils ont sans doute préférée aux risques qu'auraient entrainés leur Mais ce recul politique de la gauche travailliste et la défaite des ''non" au référendum qui en résulta fatalement donna à la direction parlementaire du parti travailliste et de la bourgeoisie un écho au sein de la classe ouvrière, par-dessus la tête des directions de ses organisations de masse. La victoire politique de la classe dominante et des sociaux-démocrates de droite fut rapidement consolidée par l'élimination des réformistes de gau -che de quelques-unes des positions-clé au sein du cabinet (leur leader officiel, Antony Wedgwood-Benn, perdit le poste-clé de ministre de l'Industrie). Une première épreuve de force sur une question politique très complexe se terminant de manière favorable pour la bourgeoisie, les pré-conditions pour une attaque contre la classe ouvrière sur tous les terrains semblaient être créées. Ce qui a effrayé la bureaucratie syndicale et l'a amenée à appuyer les mesures Wilson, c'est sans doute la menace implicite que Wilson a agitée de faire passer ces mesures au Parlement avec l'appui des députés bourgeois, contre l'opposition de la gauche travailliste. Cela aurait créé de fait une majorité de rechange au Parlement : droite travailliste + groupes conservateurs et libéraux, avec tous les risques de scission ouverte du Labour qui en auraient découlé. Le spectre d'un "nouveau 1931" n'est pas une menace gratuite de la part de la droite travailliste. Mais une scission ouverte du Labour aurait, dans les conditions présentes, des conséquences désastreuses pour la bourgeoisie britannique, livrant pratiquement le parti travailliste et les syndicats à une direction de gauche considérée comme incompatible avec le fonctionnement normal du système parlementaire dans des conditions de crise économique et sociale aggravée. Aussi est-il peu probable que Wilson aurait marché dans un gouvernement d'union nationale, abandonnant le Labour à Wedgwood Benn. Il lui reste plusieurs solutions de rechange, p. ex. abandonner le gouvernement aux tories comme Attlee le fit en 1951. Mais au lieu d'obliger Wilson à abattre ses cartes, la gauche travailliste s'empressa de capituler et fit réussir son bluff -du moins pour le moment-. Wilson, qui est incontestablement un manoeuvrier extrêmement habile, a appliqué de manière exemplaire la "'tactique du salami" tout au long de l'année 1975. Il commença par mettre au pied du mur la gauche travailliste dans l'affaire du référendum, La bureaucratie syndicale accepta la défaite politique du référendum, et conseilla à Wedgwood Benn de ne pas démissionner, quand on lui enleva le portefeuille de l'Industrie. Elle espéra qu'en échange de cette manifestation de ses sentiments "unitaires", Wilson négocierait un nouveau "contrat social" avec elle. Elle voulut éviter une nouvelle tentative d'imposer une politique des revenus ayant force de loi, votée par la majorité de rechange : droite travailliste + députés bourgeois. Elle fut, au contraire, acculée à accepter les mesures Wilson, infiniment plus défavorables pour les travailleurs que le "contrat social". Benn et la gauche travailliste se trouvent en partie neutralisés, estimant qu'il est "inopportun" de se battre ouvertement, aussi longtemps que les gros bataillons syndicaux ne sont pas lancés dans la bataille.
E & SC MERCE Benn, Foot, et Shore. Dirigeants de la gauche du Parti travailliste Tout revient maintenant à savoir comment les militants syndicaux de base et certains secteurs de la classe ouvrière répondront aux attaques contre leur niveau de vie. Si ces réactions sont vigoureuses, la bureaucratie syndicale accentuera ses critiques, mais elle le fera alors d'une position de départ fortement affaiblie par l'approbation donnée à Healy le 9 juillet. Le sens des mesures Wilson La forme précise des mesures Wilson est assez importante. Certains secteurs de la classe dominante, exprimant exclusivement ou principalement les intérêts du capital financier, auraient préféré une politique classique de déflation, avec fermetures massives d'entreprises, perte d'une partie de l'appareil de production (considérée de toute manière comme vétuste et non-compétitif) et chômage massif (2 à 3 millions de sans-emplois), afin de briser la force syndicale et de ralentir ou d'arrêter la hausse des salaires nominaux. Healy a plutôt agi en fonction des intérêts des secteurs du capital industriel qui, pour des raisons économiques autant que pour des raisons politiques, veulent éviter pareille Néanmoins, en imposant au patronat la charge de tout dépassement du plafond des augmentations des salaires, les entreprises financièrement les plus vulnérables seront de toute manière frappées et le chômage risque d'augmenter. Le but central de ce choix, c'est de rendre les mesures plus acceptables par la bureaucratie syndicale qu'une politique déflationniste traditionnelle, et que des pour -suites pénales contre des syndicalistes.
Un autre aspect particulier des mesures, qui constitue un avantage appréciable pour Wilson, c'est qu'il n'y a plus de point de mire central que peuvent viser tous les secteurs de la classe ouvrière qui vont s'opposer aux mesures Wilson. L'opposition se manifestera de manière diffuse et décentralisée et risque de s'effriter dans des escarmouches avec des secteurs du patronat et des administrations séparées des industries nationalisées. En dépit de l'approbation contrainte et forcée que la bureaucratie syndicale lui a accordée ; en dépit de la neutralisation temporaire de la gauche au sein du cabinet sinon du groupe parlementaire, Wilson veut éviter toute possibilité d'une offensive unifiée contre ses propositions. L'idée d'une augmentation égale pour tous (6 ₺, soit 13 $, 31 DM et 53, 5 FF par semaine) va à l'encontre des différences traditionnelles de salaires approuvées et même réclamées par certains syndicats. La plupart des bureaucrates qui ont voté contre les mesures Wilson au sein du T.U.C. l'ont fait, du moins en partie, en fonction de pareilles considérations, ce qui ne favorise évidemment pas une unification de toute la classe ouvrière contre l'attaque que le gouvernement vient de déclencher contre son pouvoir d'achat. Les perspectives et la gauche A présent, il semble que le secteur de la gauche travailliste qui siege au gouvernement va avaler la pilule dans son ensemble. Wedgwood Benn a résumé les raisons de cette capitulation dans un discours qu'il a prononcé le 9 juillet devant le congrès du syndicat des mineurs : "L'échec du gouvernement travailliste de 1970, ce fut sa séparation avec le mouvement ouvrier. La clé de l'avenir,., c'est le développement de rapports (unis) entre le mouvement syndical, le Parti travailliste et le gouvernement travailliste" (Financial Times, 10 juillet 75). En d'autres termes : Moi et mes amis, nous ne ferons aucun geste contre le cabinet Wilson, si ce n'est avec l'approbation de la bureaucratie syndicale", Dans ces conditions, toute opposition contre les mesures Healy qui pourrait encore se manifester dans l'immédiat au sein du groupe parlementaire travailliste, émanera plutôt des porte-parole des sections locales du Parti (les Tribunites) que des représentants du groupe Benn et des porte-parole directs des syndicats. Néanmoins, il est improbable qu'on assistera à une répétition pure et simple du schéma des luttes de la deuxième moitié des années 60, à savoir une confrontation entre militants de base d'une part et la plupart des bureaucrates et dirigeants travaillistes d'autre part à travers une série de grèves sauvages. Ceux qui, jusqu'ici, misent sur une telle confrontation du type syndicaliste, comme le font
les centristes du groupe International Socialism, expriment un jugement erroné sur la situation. La lutte contre les mesures Wilson sera, dès le départ, intimement liée aux développements au sein de la gauche travailliste. Il en est ainsi pour une série de raisons. Tout d'abord, la bureaucratie syndicale a été poussée vers la gauche comme résultat des luttes des années '60. Elle est profondément divisée. Les directions des syndicats des métallos, des mineurs, des services publics, des conducteurs de locomotives et d'autres ont voté contre les propositions Healy-Wilson au sein du T.U. C. La situation de la bureaucratie syndicale dans son ensemble est beaucoup plus instable qu'au cours des années '60. L'aile pro-gouvernementale du T. U. C. a au moins besoin d'un répit pour aligner les autres secteurs de la bureaucratie sur ses positions. Mais ce répit ne lui est pas laissé. Le Congrès du TUC aura lieu en septembre, avec pratiquement pas de possibilité pour la bureaucratie de réunifier ses rangs d'ici là. La demande d'augmentation des mineurs sera présentée autour de la Noel, et d'après la plupart des indices, la situation économique du capitalisme britannique se sera aggravée à ce moment, imposant la nécessité de mesures anti-ouvrières encore plus draconiennes. Ensuite, il y a eu une série de luttes sociales importantes au cours de la dernière période, luttes qui, contrairement aux mobilisations des années '60 (campagne pour le désarmement nucléaire unilatéral et mouvement de solidarité avec la révolution vietnamienne) étaient caractérisées, du moins dans certains cas, par une participation réelle des syndicats, du sommet à la base. Parmi ces luttes, quelques-unes avaient des objectifs
MARXEST
INA
IONTERNATIONAL ROUP
INTE
Fourth
British
Internatior
section directement politiques, comme l'opposition aux tentatives récentes de modifier la loi sur l'avortement dans un sens réactionnaire (beaucoup de syndicats participèrent à la grande manifestation qui réunit de 25. 000 à 30.000 personnes à Londres sur ce sujet). Il y eut des occupations d'usines et la demande que le gouvernement nationalise des entreprises malades pour défendre l'emploi des travailleurs. Il y eut des luttes pour la défense du Service National de la Santé, les réductions des dépenses publiques. Le dirigeant des travailleurs des services publics, Alan Fisher, qui vota contre les propositions Healy-Wilson au sein du TUC, motiva d'ailleurs son opposition en affirmant qu'il n'y avait point de garanties contre de nouvelles réductions des dépenses sociales. Toutes ces luttes ont entrainé des secteurs de la social-démocratie de gauche. Elles ne disparattront pas avec l'application des mesures Wilson de freinage des salaires. Il est même probable que celles-ci accentueront la tendance de celles-là à être centralisées autour de l'axe d'opposition à Wilson comme dirigeant du parti travailliste et du gouvernement. La place que la gauche travailliste occupe au sein de ces luttes donne une dimension politique nationale à la question de savoir comment elles se rapportent au gouvernement et au parti travaillistes. En troisième lieu, la lutte au sein du parti travailliste lui-même sera probablement intensifiée. La division entre le "parti réel" et le gouvernement n'a jamais été aussi profonde depuis la deuxième guerre mondiale. En outre, il faut signaler comme fait nouveau qu'un début de vie politique commence à réémerger à la base et à la périphérie du parti travailliste. La plupart des observateurs signalent un petit redressement du nom. bre d'adhérents du Parti et de leur activité, en comparaison avec la période précédente. Voilà d'ailleurs une autre différence avec la situation de la deuxième moitié des années '60, marquée par un déclin continuel et massif du nombre de membres ouvriers du parti travailliste, et de leur participation à la vie Finalement, la possibilité que le plafond actuellement imposé aux augmentations de salaires ne soit qu'un prélude à des mesures plus draconiennes vers la fin de l'année ou au début de 1976 ne peut être écartée. Si elle devait se réaliser, elle porterait des coups à la racine même du parti travailliste. Pareille situation provoquerait inévitablement l'explosion de luttes de masse qui impliqueraient des confrontations frontales entre le gouvernement et des secteurs des syndicats, qu'une défaite électorale catastrophique si le gouvernement travailliste devait se présenter aux électeurs pour défendre sa anti-inflationniste" sur une ligne d'opposition aux syndicats.
----- photo credits and running heads -----
OF THE
Pareil conflit, déjà contenu en germe dans le vote divisé du T.U. C. sur les mesures Wilson provoquerait des tensions insoutenables au sein du parti travailliste. Il semble clair que, dans ces conditions, la bourgeoisie aurait intérêt à ramener au pouvoir les tories (alliés ou non aux libéraux) plutôt que de sacrifier l'atout politique majeur que représente pour elle l'existence d'un parti de masse de la classe ouvrière, sous une direction modérée et contrôlable, capable de canaliser l'énergie combative des travailleurs politiquement vers des voies compatibles avec la survie du régime capitaliste, Des élections anticipées conduisant à une majorité bourgeoise seraient préférables à une coalition à la 1931, dans laquelle seule une frange marginale de députés de la droite travaillis -te resterait au Parlement, et par suite de laquelle le parti travailliste dans son ensemble serait livré à la gauche travaillisie, même s'il était dans l'immédiat fort affaibli sur le plan parlementaire. Une défaite électorale, même avec le risque de devoir engager une bataille contre la gauche avec une position affaiblie au départ, serait préférable pour Wilson et pour la bourgeoisie qu'un abandon pur et simple du parti à Wedgwood Benn. Quoi qu'il en soit, une confrontation de classe à un niveau plus élevé est en gestation, Un cabinet Wilson obligé de prendre des mesures nouvelles d'attaque contre le niveau de vie des masses, remettrait en question des éléments de base de l'actuel système bipartite en Grande-Bretagne. La question de divers types de coalition, de scissions de droite ou de gauche de la social-démocratie, est posée. Il est donc extrêmement improbable que tout cela reste sans influence sur les luttes spontanées des travailleurs pour la défense de leur pouvoir d'achat. Les travailleurs qui déclencheront des luttes contre les propositions Wilson comprendront dès le départ au moins quelques-uns des aspects de cet enjeu politique, se rappelant ce qui avait provoqué la chute du gouvernement travailliste de 1970. En d'autres termes : les luttes syndicales de base de la période à venir posent la question de la continuité du gouvernement travailliste sous sa forme actuelle. Dans ces conditions, les travailleurs suivront avec une grande attention l'orientation et l'action politiques des dirigeants de la gauche travailliste, ou leur refus de présenter pareille orientation de rechange. tion à préparer contre Healy-Wilson ne peut pas se limiter à des revendications syndicalistes, mais doit inclure une ligne politique capable d'offrir une réponse à toutes les questions posées par la crise économique, sociale et politique du capitalisme britannique, à la mesure de l'agression que la classe ouvrière est en train de subir. Le pas immédiat à faire est celui d'assurer la centralisation politique et organisationnelle de la résistance à cette agression, La question du programme de rechange Wilson est parfaitement capable de poser la question de la survie du gouvernement travailliste comme dépendant du succès ou de l'échec des mesures Wilson. En vérité, le gouvernement ne pourra pas survivre dans sa forme actuelle si ces mesures sont défaites de manière rapide et décisive, De ce point de vue, l'attitude de la gauche travailliste est suicidaire. En ne déclenchant pas immédiatement la lutte contre Wilson, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du parti travailliste, elle refuse d'offrir une direction aux travailleurs qui entrent en lutte et crée ainsi la possibilité qu'elle-même, son parti et toute la classe ouvrière subissent une défaite majeure, Pour des millions de travailleurs, la question de la survie du gouvernement travailliste n'est pas purement académique, Dans l'absence d'une politique de rechange claire et précise, la démagogie de Wilson aura un impact dans une partie des masses laborieuses. Aucun secteur important de la classe ouvrière ne voudra prendre la responsabilité de renverser le gouvernement pour ramener au pouvoir les tories prêts à légiférer contre les syndicats ; mais la logique de leur lutte pourrait conduire à un tel résultat. De même, la politique de rechange par rapport à celle de Wilson-Healy ne peut être abstraite, Vu la profondeur de la crise actuelle, elle sera peu crédible si elle n'attaque pas le mal à la racine, c'est-à-dire la base même du régime capitaliste. Mais le programme des sociaux-démocrates de gauche est totalement inadéquat, abstraction faite de l'absence de vigueur avec laquelle ils se battent pour sa réalisation. Il combine des conceptions économiques utopiques avec des formules politiquement dangereuses.
Des projets d'accroissements massifs des investissements publics, grâce à la nationalisation des banques et des compagnies d'assurances, n'atteindront guère le résultat espéré si l'ensemble de l'industrie n'est pas nationalisée et si le pouvoir politique de la bourgeoisie n'est pas brisé car ils seraient accompagnés par une grève et un sabotage systématique des investissements et de la production dans le secteur privé, comme le confirme l'exemple du Portugal après celui du Chili et de tant d'autres. Des contrôles sur les exportations de capitaux, et des mesures de restriction des importations conduiraient simplement à la pénurie, au marché noir et à l'inflation accentuée, en l'absence du monopole du commerce extérieur et de l'expropriation de la bourgeoisie. Mais, sans présenter un programme de rechange attrayant et convaincant, la gauche travailliste est désarmée devant Wilson, qui a l'avantage d'une position cohérente : sauver le capitalisme britannique dans le cadre de la logique du système capitaliste. Pas pour la première fois dans l'histoire, il faut préciser : l'énorme force et cohésion de la classe ouvrière britannique sur le plan de l'organisation syndicale -plus de 10 millions de syndiqués dans un pays de 50 millions d'habitants - ne suffit pas en elle-même pour gagner une épreuve de force décisive contre un ennemi hautement qualifié du point de vue de la manoeuvre politique. Pour utiliser cette énorme force de manière efficace, il faut la concentrer et l'orienter sur un objectif principal. Le mot-d'ordre central de l'Inter -national Marxist Group, section britannique de la IVème Internationale, pour faire face à l'attaque que subit actuellement la classe ouvrière, est le suivant : la gauche doit s'unir et s'organiser pour écraser la politique procapitaliste de Wilson. Il faut assurer l'unité à l'intérieur et à l'extérieur du Parti travailliste, qui sont prêts à agir pour infliger une défaite aux mesures de Wilson et de ses alliés au sein du gouvernement. Au sein du parti travailliste, il faut exiger l'élimination des Wilson, Healy et Cie de tous leurs postes de commandement. D'autres revendications s'articulent logiquement autour de celle-là, dans l'ensemble des organisations et de la classe ouvrière : - Contre toute politique des revenus, qu'elle soit légale ou volontaire, dans le cadre du régime capitaliste. Solidarité avec tous les travailleurs qui s'opposent au plafond imposé aux augmentations des salaires. Terminez les discussions entre syndicats et patrons sur une politique des revenus. - Echelle mobile des salaires et des allocations sociales. Augmentations automatiques des dépenses publiques à caractère social, pour compenser la hausse des prix et conserver la valeur du salaire social.
- Ouverture des livres de comptes patronaux.
Contrôle ouvrier sur la production et répartition de la production entre tous les travailleurs sans réduction des salaires, afin de supprimer les licenciements et le chômage. - Nationalisation des banques et de tout le système de crédit, en vue de faciliter le contrôle de l'industrie et de détruire la spéculation sur les devises. Suppression du budget militaire et confiscation de tous les revenus supérieurs à 10.000 ₺ pour libérer les ressources nécessaires aux investissements. - Un programme massif de travaux publics afin de résorber le chômage et l'inflation.
Nationalisation sans indemnités ni rachat de toutes les firmes licenciant du personnel. Développement d'un plan économique pour étendre la production, fondé sur la reprise de toutes les firmes industrielles et financières importantes. - Avortement libre sur demande. Distribution gratuite des moyens anticonceptionnels.
Garderies publiques et gratuites ouvertes
24 heures sur 24, contrôlées par les collectivités locales. - Opposition à toute forme de racisme. - Retrait immédiat des troupes d'Irlande. - Solidarité avec la révolution portugaise et avec les luttes ouvrières en Espagne. L'I. M. G. ajoute à ces revendications des propositions pour une convocation immédiate de congrès extraordinaires du Parti travailliste et des syndicats T.U. C. ; pour l'établissement d'une liaison entre tous les groupes ouvriers de base en vue d'une action commune contre les mesures Wilson, pour la tenue de conférences locales du mouvement ouvrier, qui devraient déboucher sur la constitution de comités locaux pour la coordination de la lutte. Les mesures Healy-Wilson servent à donner sous une forme ou une autre une réponse à la crise globale du capitalisme britannique. Il faut leur opposer des contre-propositions globales. Ces mesures impliquent une attaque contre le niveau de vie des travailleurs, une première ébauche d'attaque contre l'indépendance politique de la classe ouvrière, une attaque contre toutes les forces au sein de la social-démocratie que la bourgeoisie et ses agents les plus directs au sein du Labour considèrent comme une menace immédiate pour la direction établie. L'enjeu de la bataille est décisif. Le mouvement ouvrier de GrandeBretagne se trouve à un tournant important de son histoire. 1l juillet 1975