Déclaration du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale
La IVe Internationale condamne la proclamation de l'état de siège en Inde par le gouvernement d'Indira Gandhi et les mesures qui ont suivi cette proclamation, notamment l'arrestation de milliers de personnes, la mise hors la loi de 26 organisations et l'introduction d'une censure de presse rigoureuse. Si, à l'étape actuelle, ces mesures sont en premier lieu dirigées contre des partis de droite, elles incluent des attaques contre des partis ouvriers de masse, comme le Parti Communiste (marxiste), et la dissolution d'une série d'organisations maolstes. Elles constituent une attaque contre le mouvement ouvrier de l'Inde et les masses opprimées dans leur ensemble, qui souffriront le plus du tournant dictatorial pris par le régime d'Indira Gandhi. Ceci a déjà été confirmé par le blocage des salaires et la restriction du droit de grève. Les mesures prises par le gouvernement du Congrès marquent une nouvelle détérioration de la démocratie bourgeoise déjà fragile en Inde. Elles alignent le régime d'Indira Gandhi sur les autres régimes du sous-continent. L'Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka sont maintenant tous gouvernés sous le régime de l'état de siège. Au Bangladesh, le plus jeune des Etats du sous-continent, ce régime autoritaire a déjà été institutionnalisé par la création d'un régime de parti unique, par l'arrestation en masse de militants de gauche, et par l'interdiction de l'hebdomadaire de gauche Holiday. La suspension des droits civils reflète l'incapacité de la bourgeoisie indienne de trouver une solution à la crise sociale qui frappe le pays depuis près de deux décennies et qui a conduit à une perte de confiance massive dans le régime du Congrès. La victoire électorale écrasante qu'Indira Gandhi obtint aux élections parlementaires de 1971 fut le résultat de sa capacité de se présenter comme la "libératrice du Bangladesh", ainsi que de sa démagogie radicale au cours de la campagne électorale, synthétisée par le mot-d'ordre : "Supprimons la pauvreté". Cette démagogie reçut une crédibilité accrue de par son alliance avec le Parti Communiste de l'Inde, et par son élimination des dirigeants
-INDE
POLITIQUES!
de l'aile droite du Congrès et de l'appareil de ce parti. Mais l'aggravation de la crise sociale et économique depuis 1971 a provoqué une érosion graduelle de l'appui populaire, dont Indira Gandhi et le Congrès jouirent à ce moment-là. Une famine massive, sur une échelle inconnue depuis les années '30 et '40 ; le stockage des vivres ; l'épanouissement du marché noir ; la contrebande étendue ; l'accentuation d'une corruption généralisée : tous ces facteurs conduisirent à des explosions massives du mécontentement des masses dans d'imposantes mobilisations. L'impuissance des organisations de masse du mouvement ouvrier à fournir une direction à la colère des masses, leur incapacité à offrir une solution de rechange au régime d'Indira à l'échelle nationale, ont permis à des, forces réactionnaires d'exercer une grande influence au niveau de la direction de ces mobilisations, notamment grâce à l'utilisation d'une démagogie populiste. Voilà pourquoi le régime d'Indira attaque aujourd'hui surtout des forces politiques de droite, comme prélude à une attaque plus générale contre les masses dans leur ensemLa tragédie des ouvriers et des paysans pauvres de l'Inde réside précisément dans le fait que les deux partis les plus importants du mouvement ouvrier, le Parti Communiste de l'Inde (CPI) et le Parti Communiste (Marxiste) (CPM) sont totalement incapables de développer une lutte conséquente contre le capitalisme indien et de défendre de manière systématique les intérêts de la classe ouvrière et des autres couches pauvres et opprimées de la population. Cette incapacité s'est clairement révélée dans leur impuissance à organiser une riposte quelconque contre le blocage des salaires, dans leur échec lamentable de leur tentative de mobiliser un appui et une solidarité avec la grève des cheminots indiens de 1974, qui a été brutalement brisée par le gouvernement d'Indira Gandhi. Le CPI et le CPM avancent tous les deux une ligne de collaboration de classes, plutôt qu'une ligne de lutte de classes fondée sur les besoins des larges masses. Alors que le CPI
s'accroche aux jupes d'Indira Gandhi, le CPM n'a pas hésité à constituer un bloc avec d'autres partis bourgeois, y compris des forces de droite racistes. La décision du CPI d'appuyer la proclamation de l'état de siège et d'offrir une collaboration pleine et entière à Indira Gandhi, avec la bénédiction ouverte de la Pravda, révèle une fois de plus toute la faillite politique et morale du stalinisme. Sous le prétexte de s'opposer à la réaction, le CPI appuie maintenant ouvertement la répression, justifie l'arrestation de ses anciens camarades du CPM, chante les louanges de la censure imposée à la presse. • Tout en condamnant sans réserves les nouvelles mesures répressives du gouvernement d'Indira Gandhi et tout en réclamant leur révocation immédiate, la IVe Internationale insiste sur le fait qu'elles ne représentent qu'un nouveau point culminant de la répression qui s'accentue en Inde depuis 1967-68, essentiellement contre le mouvement ouvrier. La presse internationale de la bourgeoisie verse aujourd'hui des larmes de crocodile sur le déclin de la "démocratie indienne". Elle s'est tue sur l'arrestation, le maintien arbitraire en prison, la torture et l'assassinat de militants d'extrême-gauche. Il y a actuellement quelque 40. 000 prisonniers politiques en Inde, dont beaucoup appartienrent à des groupes maolstes. Des centaines d'entre eux ont été tués en prison. Deux d'entre eux, Kista Gowd et Bhoomia, condamnés à mort, attendent leur exécution dans une prison d'Andra Pradesh, La bourgeoisie internationale maintient le silence sur toute cette répression là, La IVe Internationale appelle tout le mouvement ouvrier international à organiser une campagne résolue en vue d'obtenir la levée immédiate de l'état de siège en Inde ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques. Elle appelle à la constitution du front unique le plus large pour atteindre ces objectifs. 6 juillet 1975 SECRETARIAT UNIFIE DE LA IVe INTERNATIONALE