Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EGYPTE

Arrestation de 20 militants révolutionnaires

Inprecor (première série) n° 33, 11 septembre 1975 · p. 27-29 · 1 531 mots

Liban Syndicalisme IVe Internationale Palestine et Israël

Au début d'août, le gouvernement égyptien a annoncé par l'intermédiaire de sa presse aux ordres que vingt militants révolutionnaires avaient été arrêtés au début juillet, parmi eux, cinq jeunes femmes. Ils étaient accusés d'appartenir à la Ligue communiste internationaliste, le nouveau nom de l'ancien Groupe communiste Mustapha Khamis, une organisation qui adhère aux principes du marxisme révolutionnaire. (Pour le texte du premier manifeste du Groupe communiste révolutionnaire Mustapha Khamis, voir "Inprecor" n° 14/15 - 12 décembre 1974). Selon des informations parues dans d'importants quotidiens du Caire, les militants arrêtés étaient accusés d'avoir établi des relations avec le Groupe communiste révolutionnaire du Liban et la Quatrième Internationale et d'avoir organisé "le renversement du régime politique et économique" de l'Egypte pour le remplacer par un "régime communiste-trotskyste extrémiste". (Le récit le plus détaillé des arrestations est paru dans l'édition du 3 août du quotidien "Al Akhbar". Ci-dessous une traduction des principaux extraits de l'article de "'Al Akhbar"). Les "preuves" présentées par le Parquet se composaient d'une machine à écrire et de quelques imprimés comprenant des tracts et des brochures. Dans son édition du 16 août, le quotidien libanais "Beyrouth" a publié une liste partielle des militants arrêtés. Parmi eux :

- Oussama Khalil, employé à l'Université du Caire

- Ibrahim Azzam, étudiant de l'Université du Caire

- Najwa Abdel Ghaffar Al-Baassi, étudiante à la faculté des sciences économiques et politiques de l'Université du Caire

- Randa Abdel Ghaffar Al-Baassi, étudiante de la section commerciale de l'Université du Caire (selon "Al-Akhbar", elle est étudiante en agronomie à l'université Ain Shems du Caire

- Mohammed Beshir Al-Sibai, employé au département international de l'agence de presse égyptienne

- Le docteur Mohammed Bayuni, vétérinaire

- Mohammed Tayel, Ibrahim Ramadan, Mohammed Said Al-Jerjawi, Atef Salim et deux de ses soeurs (qui ne sont pas nommées), tous étudiants à l'Université du Caire révolutionnaires

- Trois militants ouvriers, dont les noms ne sont pas donnés. Les mêmes journaux mentionnent que ces camarades étaient détenus à la prison AlKalaa au Caire et que l'Etat avait empêcher leur famille de leur rendre visite. Des sources liées au bureau du Procureur disent que beaucoup parmi les prisonniers ont refusé de parler en dehors de la présence d'un avocat et que la plupart d'entre eux avaient demandé à être défendus par l'avocat égyptien bien connu Ahmed Nabil Al-Hilali. L'édition du 3 août du quotidien de Beyrouth "'Al Anwar" rapporte que deux des vingt prisonniers, Muzahim Takriti et Abdel Kader Shakir étaient des Irakiens qui avaient été envoyés au Caire pour "instruire" les militants égyptiens dans l'usage de "l'encre sympathique et de l'écriture codée". Un des aspects particulièrement odieux des arrestations est que le Procureur, agissant avec une mauvaise foi délibérée, essaya d'associer les camarades arrêtés à l'Organisation communiste arabe (OCA), une organisation ultra-gauche qui a da faire face à la répression au Liban, en Syrie et au Koweit. Dans sa déposition devant le tribunal, le Procureur remarqua que cinq membres reconnus de l'OCA avaient récemment été pendus à Damas. Le fait est cependant, que ni les camarades égyptiens, ni le Groupe communiste révolutionnaire du Liban n'avaient un lien quelconque avec l'Organisation communiste arabe, excepté celui-ci : les trotskystes arabes ont toujours défendu l'OCA contre la répression des régimes arabes bourgeois. Les divergences politiques fondamentales entre les trotskystes arabes et l'OCA sur des ques -tions comme celle du terrorisme ne sont pas un secret, elles ont été suffisamment discutées dans la presse marxiste révolutionnaire du monde arabe, Le but du gouvernement égyptien est parfaitement clair : cet amalgame fait partie de la mise en scène destinée à obtenir les sentences les plus dures possible contre les camarades égyptiens et à justifier l'étroite collaboration des polices secrètes égyptienne, libanaise et syrienne par la démonstration que tous les régimes du monde arabe ont à faire face à un "complot terroriste" international,

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accusation qui a servi d'arme principale pour la chasse aux sorcières menée par les impérialistes et leurs alliés depuis plusieurs années maintenant. Pourquoi ces arrestations? Le régime Sadate se propose clairement de faire un exemple avec nos camarades dans l'espoir d'intimider tous les révolutionnaires et les mouvements de gauche qui agissent actuellement parmi les travailleurs et les paysans égyptiens. Il s'inquiète de l'activité politique croissante des travailleurs et de toutes les masses laborieuses du pays, activité que l'appareil de répression a été incapble de faire cesser. Le renouveau du mouvement de masse égyptien commença avec les grèves étudiantes et les manifestations de janvier 72. Depuis lors, les étudiants sont descendus dans la rue à de nombreuses occasions, généralement pour protester contre la politique de capitulation du gouvernement à l'égard de l'Etat sioniste d'Israel et de ses soutiens impérialistes. Vers l'automne 74, la crise économique aggravée et les tensions sociales qui en découlaient ont entrainé un réveil de la classe ouvrière égyptienne. En septembre 74, date à laquelle fut mis en place le gouvernement du "libéral" Abdel Aziz Hegazi, les grèves ouvrières balayèrent Helwan, Shubra Al-Khaima et d'autres centres ouvriers. Les grèves furent si puissantes que le gouvernement fut obligé d'accorder des concessions économiques importantes. La grève de l'automne 74 a culminé avec la manifestation ouvrière massive du Caire le ler janvier 1975. Le gouvernement riposta à la manifestation par une vague d'arrestations. Cette répressior cependant échoua à endiguer la marée. A la fin mars, les travailleurs de Mahalla Al-Kubra se mobilisèrent pour l'une des luttes les plus avancées de l'histoire récente du mouvement ouvrier égyptien, organisant des comités de grève, occupant les usines et résistant aux agressions armées La mobilisation de Al-Kubra convainquit les classes dominantes égyptiennes que le gouvernement Hegazi avait fait son temps. La montée des luttes de la classe ouvrière était un obstacle majeur pour la politique de Sadate d'''ouverture" économique et politique à l'impérialisme et à son capital. Les capitaux occidentaux n'aiment guère être plongés dans une situation instable, surtout pendant une récession internationale. Par ailleurs, les formes d'organisation qui apparurent durant les luttes de Mahalla Al-Kubra mirent en évidence la possibilité pour les travailleurs égyptiens de précipiter une explosion sociale généralisée. La solution trouvée par les dirigeants égyptiens fut de remplacer Hegazi, le symbole de "l'ouverture économique" par Mahmoud Salim, un officier de police de carrière. La politique d'''ouverture" continua et s'approfondit même. On offrit aux travailleurs quelques concessions verbales destinées à les calmer. Mais la nomination d'un policier comme premier ministre était le signe de ce qui allait suivre : une forte intensification de la répression pour tenter de pacifier ce "front interne" auquel faisait référence le Procureur du Caire. L'arrestation des camarades de la Ligue communiste internationaliste est un premier essai pour éprouver la capacité du régime de décapiter le mouvement ouvrier. Il y a quatre raisons principales pour les -quelles Sadate a décidé d'attaquer particulièrement les marxistes révolutionnaires égyptiens :

- Premièrement, les camarades ont joué un rôle important dans les manifestations étudiantes contre la politique de capitulation de Sadate devant le sionisme et, avec la signature du dernier accord avec Israël, le régime a des raisons de craindre de futures mobilisations en opposition à ce nouveau pas dans la capitulation.

- Deuxièmement, les camarades avaient été activement impliqués dans l'organisation et la défense des luttes des travailleurs pour les revendications économiques.

- Troisièmement, le régime craint tout spécialement que l'organisation marxiste révolutionnaire ne soit capable de jeter un pont reliant la protestation étudiante contre la politique de Sadate envers Israel et les mobilisations ouvrières ; le régime est pleinement conscient du rapport étroit entre les fronts "intérieur! et "extérieur" ainsi que de la nécessité où il se trouve d'empêcher les masses égyptiennes de prendre conscience de ce rapport.

- Quatrièmement, le régime espère qu'en imputant aux camarades égyptiens le fait d'avoir établi des relations avec des "étrangers" de la Quatrième Internationale, il pourra les isoler du reste de la gauche égyptienne, réussissant ainsi dans ses plans de répression tout en cachant sa propre capitulation devant l'impérialisme derrière un vernis nationaliste. La nécessité de la solidarité Il est crucial que la bourgeoisie égyptienne échoue dans ses tentatives, non seulement à cause de l'importance intrinsèque du mouvement ouvrier égyptien, mais aussi à cause du rôle d'avant-garde que ce joue ce mouvement pour toute la révolution arabe. L'échec de la tentative de Sadate d'écraser l'organisation marxiste révolutionnaire égyptienne aiderait à prévenir les attaques de la répression dans les autres pays arabes. Inversement, si Sadate réussit en Egypte, il sera

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plus facile pour les autres gouvernements arabes de prendre la même voie. Déjà, les arrestations en Egypte ont été utilisées par la presse bourgeoise libanaise pour lancer une campagne contre le Groupe communiste révolutionnaire du Liban. Les révolutionnaires et la gauche arabes ont déjà commencé à riposter. Le 4 août un communiqué commun pour la défense des camarades égyptiens fut publié par quatre , organisations dont le Front populaire pour la Libération de la Palestine et le Front-populaire-Commandement général, une scission du FPLP. (Nous publions ci-après le texte du communiqué). Cette solidarité doit maintenant s'étendre internationalement pour que les attaques de Sadate contre les droits démocratiques les plus élémentaires, liberté d'association et liberté de la presse soient mises en échec.

LIBEREZ TOUS LES MILITANTS

REVOLUTIONNAIRES EMPRISONNES

EN EGYPTE!

SOLIDARITE AVEC LES MASSES

EGYPTIENNES ET LES MILITANTS

REVOLUTIONNAIRES!

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