Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ANGOLA

Vers la guerre civile ?

· Inprecor (première série) n° 33, 11 septembre 1975 · p. 20-26 · 5 103 mots

Afrique australe Portugal URSS et Russie Chine

C. GABRIE Une accélération brutale de la situation politique angolaise s'est amorcée à la suite de la conférence de Nakuru au Kenya, où les directions respectives du MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l'Angola), le FNLA (Front national de libération de l'Angola) et l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) s'étaient accordées pour le "désarmement des civils", sorte d'amendement aux accords d'Alvor. Cette conférence, ayant une certaine fonction de baroud d'honneur pour sauver le gouvernement de coalition, ne pouvait donner des illusions qu'à la direction du MPLA. Ni Holden Roberto (FNLA), ni J. Savimbi (UNITA) ne considéraient le gouvernement de coalition comme la forme stable de régime politique après l'indépendance prévue pour le 11 novembre (Voir INPRECOR N° 31 du 17 juillet 1975). La puissance du mouvement de masse en milieu urbain rendait illusoire un gouvernement où cohabitaient un mouvement nationaliste pres -sé par sa base populaire et deux organisations agissant comme cinquième colonne de l'impérialisme. C'était dans le cadre de cette illusion que la direction du MPLA "instrumentalisait" le mouvement de masse, en cherchant à l'utiliser tactiquement en faveur des rapports politiques au sein du gouvernement de coalition et des batailles politiques. pels à la modération, les proclamations pour "élever la production" et finalement l'accord de Nakuru illustraient cette ligne droitière de la direction du MPLA après les accords d'Alvor (Voir pour plus de détails INPRECOR N° 31). Et puis vint la décision d'expulser le FNLA de Luanda, ouvrant une nouvelle période d'affrontements et de guerre civile. Y-a-t-il, alors, un changement de nature de la direction du MPLA ? Sans aucun doute, non ! Mais les rapports entre cette direction petite-bourgeoise et les masses sont extrêmement complexes dans la conjoncture sociale présente. Le MPLA entre hier et aujourd'hui A l'origine de sa formation, la direction du MPLA est petite-bourgeoise urbaine (Voir INPRECOR N° 2 et 3). Son passage à la lutte armée rurale lui a permis de se construire une base paysanne de petite production villageoise dans des zones de développement social

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très retardataire, Dans ce cadre, parler de "fin de l'exploitation de l'homme par l'homme" n'avait guère les mêmes résonnances qu'en milieu urbain. Durant les dernières années de lutte, alors que se développaient rapide -ment des tendances bureaucratiques au sein de l'appareil, les villes se grossissaient de milliers de nouveaux salariés, suite aux courants nouveaux d'investissement et d'industrialisation. Dans cette phase suivant le 25 avril 1974, un phénomène très important va se produire : l'entrée au sein du MPLA d'éléments jeunes, issus de milieux urbains radicalisés dans la dernière période, notamment pour ce qui est des étudiants venant de Lisbonne. Ces éléments prendront rapidement une part de responsabilités intermédiaires dans le cadre du "pouvoir populaire", des commissions de quartier. Ils cons tituent, par leurs liens avec les masses, une force de pression considérable sur la direction du mouvement. Malgré les insuffisances, leur influence maolsante et leur référence à une "démocratie populaire", ils ont cherché à exprimer les potentialités anti-capitalistes du mouvement de masseurbain. Pour eux "la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme" a une signification anti-capitaliste précise -signification qu'ils ont pu partiellement enseigner aux travailleurs. C'est pourquoi, avant et après les accords de Nakuru, les pressions ont dû se multiplier sur la direction du mouvement. Par exemple, nous avons connaissance d'un communiqué des travailleurs de SIGA, après l'annonce de la conférence de Nakuru, déclarant : "Mais nous, en tant que militants et sympathisants, et progressistes de SIGA, nous exigeons que notre Président et tous les camarades du Comité central et du Bureau politique n'acceptent pas que le sommet se réalise en dehors du pays, mais au contraire dans le pays, dans la capitale. C'est pourquoi tous les travailleurs de l'entreprise SIGA appuient et encouragent notre cher président camarade, le Dr. Agostino Neto, pour qu'il n'accepte pas de céder un millimètre dans la réalisation du sommet en dehors du pays et de la capitale". En fait, il y a tout lieu de penser que l'hétérogénéité du MPLA s'est fortement accélérée après le 25 avril. Aujourd'hui les conflits doivent être multiples, notamment entre cette nouvelle couche et les cadres formés dans une lutte armée paysanne. Ce type de conflit s'ajoute à bien d'autres, qui, au sein de la bureaucratie dirigeante, impliquent les rapports avec des Etats africains, les rapports avec l'UNITA, la situation portugaise, etc.. Mais rien ne peut s'expliquer uniquement par la "pression de la base". En fait, la conjoncture sociale détermine encore pour une période l'attitude de la direction vis-à-vis du mouvement de masse. En effet, malgré sa ligne multiclassiste, la direction du MPLA n'a pas, pour le moment, d'appui bourgeois quelconque, angolais ou colonialiste. Ses tractations, ses batailles politiques vis-à-vis du FNLA et de l'UNITA ne peuvent se règler par cercles bourgeois interposés. Seul le mouvement de masse constitue aujourd'hui l'argument décisif du MPLA. Cette situation peut effectivement évoluer, soit au premier degré par l'appui soudain de cercles bourgeois au MPLA, soit au second degré par la médiation d'un accord MPLA-UNITA. Cette dernière, sentant le vent tourner militairement, peut effectivement jouer la carte du "cheval gagnant" en maintenant son activité de pression sur l'aile droite de la direction du MPLA. Un personnage comme Lucio Lara représente la composante droitière de la direation et ne supporte les formes d'auto-organisation des masses que parce qu'il n'a pas, lui, les moyens politiques de s'opposer à elles. Mais une telle perspective reste improbable, ou du moins périlleuse pour la cohésion du mouvement. La guerre civile va jouer dès lors un rôle décisif dans les rapports de forces politiques au sein du MPLA, La contre-offensive du MPLA Alors que se déroulait sagement la conférence de Nakuru, le FNLA, par nature, se servait du respect mythique de la "légalité d'Alvor" de la part du MPLA pour se livrer à une offensive en règle. Le 15 juin il attaquait au nord les villages de Forte Republica, Brito Godins, Caombo, Duque de Bragança, Cuale et Cangola. Le 18 juin il passait à d'autres dont Quinculungo, Samba Caju et Barra do Dande. Appuyée par son arrière zairois la direction du FNLA vise alors à faire des districts de Zalre et Urge de véritables bastions autonomes et impénétrables. Dans le même temps, à Luanda, le FNLA reprenait sa pratique d'intimidation et de terrorisme, Après quelques jours d'accalmie à la suite des fameux accords de Nakuru, le 4 juillet, le FNLA repart à l'attaque des villages de Tango et Kassumba Kambala dans le district de Cuanza-Norte. Le 9 juillet, dans la capitale, il mitraille le local de l'Union nationale des travailleurs angolais, syndicat de masse fortement implanté et lié au MPLA, ainsi que le cortège funèbre d'une militante du MPLA. Le 10 juillet, à 9 heures du matin, il reprend son attaque contre le siège de l'UNITA, puis contre celui du MPLA. Le FNLA concentre alors un nombre important de troupes dans Luanda, prêtes à prendre la totalité du pouvoir et à règler son compte au mouvement de masse. C'est dans ces cir-

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constances que la direction du MPLA décide une contre-offensive visant à expulser le FNLA de Luanda. L'opération sera de courte durée (2 à 3 jours) et se soldera par une victoire totale. Le communiqué du 16 juillet, émanant de la représentation d'Alger (Paulo T. Jorge) présente les FAPLA (Forces armées populaires de libération de l'Angola -- forces armées du MPLA) comme le principal acteur des affrontements, et se contente de mentionner la population luandaise "acclamant" les FAPLA et les aidant à vider les locaux du FNLA. Opération purement militaire encore une fois ? Probablement. Mais cette fois-ci les conséquences impliquent directement les capacités futures de résistance de la population face à la nouvelle offensive du FNLA pour reprendre la ville. C'est donc maintenant que se pose véritablement la question de l'armement populaire, des milices armées et du potentiel militaire. C'est pourquoi l'armée portugaise n'est pas neutre. L'armée portugaise Beaucoup plus qu'au Mozambique et sans comparaison avec la Guinée Bissau, l'armée coloniale d'Angola est une armée divisée. Certes, une partie de la troupe, écoeurée par cette guerre sans fin, sensibilisée par le 25 avril, a fait cause commune avec le MPLA dans lequel elle voyait "l'allié du MFA". Mais l'existence dans ce pays d'une bourgeoisie importante, le poids d'une vie urbaine aisée loin des combats, a largement permis une osmose entre l'armée et la bourgeoisie et petite-bourgeoisie coloniales. Coutinho tenait difficilement ses troupes et principalement l'aviation. Après lui, Cardoso prit fait et cause pour le FNLA et l'UNITA. Aujourd'hui c'est son bras droit, Macedo, plus favorable au MPLA, qui a pris la relève. Mais, quoi qu'il en soit, l'armée portugaise est divisée et une large fraction d'entre elle est prête à s'opposer au MPLA. Des troupes portugaises attaquèrent le siège du MPLA de Luanda (Villa Alice) faisant prêt de 30 morts. A la suite des derniers affrontements elle a engagé un mouvement de repli général sur Luanda et les grandes villes, libérant le nord du pays et facilitant ainsi l'aide sans retenue de l'armée zalroise au FNLA. Par ce mouvement, l'armée portugaise oblige toute la population blanche à rallier les grandes villes, à abandonner plantations et commerces et à demander son rapatriement. Dans les combats entre le FNLA et MPLA, l'armée portugaise est restée neutre, se contentant de proposer ses bons offices pour d'éventuelles négociations. Dans une telle situation la présence de la troupe portugaise est néfaste. Dans le pire des cas elle représente un danger de coup de poignard dans le dos du MPLA et, dans le meilleur des cas, elle maintient les pires illusions dans le mouvement de masse et retarde sa volonté d'auto-défense (1). Le seul mot d'ordre doit donc être à ce propos : "Troupes portugaises hors d'Angola, toutes les armes et tout le matériel au MPLA et aux comités populaires". Alors qu'on annonce la présence de troupes sud-africaines dans le Sud après qu'elles aient délogé le MPLA victorieux à Pereira Deca, on attend encore une prise de position de l'état-major portugais en Angola. Ceux qui, au Portugal se battent pour le boycot pur et simple des transports de troupes métropolitaines en Angola, ne font que la moitié du travail. L'armement des milices populaires et du MPLA doit être inclu dans cette bataille. Or, le refus d'aller en Angola "contre l'impérialisme et le social-impérialisme" constitue évidemment un refus de soutien au MPLA, implicitement désigné comme l' "agent de Moscou". Par contre, ne rien dire du tout sur la présence des troupes portugaises sous prétexte de pouvoir sur place prêter main forte au MPLA est aussi une erreur grave. La situation présente et la nature de l'armée portugaise en Angola interdisent un tel pronostic. Le FNLA dispose aujourd'hui de rapports de forces qu'il n'avait pas au moment du 25 avril. De ce point de vue il a renforcé sa crédibilité aux yeux des fractions impérialistes qui le soutiennent. Fondamentalement lié et dépendant du régime zalrois, il dépend en partie des rapports entre le Zatre et l'impérialisme mondial. Mobutu n'est pas un "fantoche manipulé". Il est aujourd'hui un dictateur s'appuyant sur les richesses colossales de son pays pour monnayer entre les différentes fractions impérialistes son rôle contre-révolutionnaire en Afrique centrale. Autour du régime mobutiste et des batailles d'intérêt concurentiels peuvent se faire et se défaire diverses alliances et influences conjoncturelles. Sans remettre en question pour le moment, l'alliance privilégiée avec des intérêts nord-américains, il se peut qu'à l'avenir viennent interférer d'autres pressions comme à pu l'annoncer le voyage de Giscard d'Estaing à Kinshasa. Le MPLA a dénoncé l'existence d'un pont aérien américain entre le Zalre et une base aérienne en territoire angolais, gracieusement laissée au FNLA par l'état-major portugais. "Le Monde" a aussi noté l'existence possible de livraisons d'armes françaises au FNLA et la présence d'un militaire français sur le terrain. A l'heure où l'Afrique du Sud pénètre au

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Sud pour reprendre des villes des mains du MPLA il ne fait plus de doute que le voyage de Chipenda (vice-président du FNLA) en Namibie voilà quelques semaines aura été un voyage décisif pour la simultanéité des opérations militaires. La direction du FNLA sera donc amenée à composer et à mesurer, jour après jour, les soutiens prudents qu'elle obtient de-ci, deLa rentrée en territoire angolais des milliers de réfugiés du Zalre, crée dans les zones contrôlées par le FNLA un problème insolu-' ble de déficit vivrier. Le refus de la part de la Conférence de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) de condamner l'attitude portugaise en Angola sur proposition zalroise a montré la précarité des appuis diplomatiques africains du FNLA, non par sympathies pour le MPLA, mais par peur de cette puissance économique et militaire que représenterait un axe Kinshasa-Luanda sous l'égide d'un Mobutu et d'un Roberto Holden. De son côté, l'UNITA avait joué, dès le 25 avril, la carte de l'apparente neutralité entre MPLA et FNLA. Dans cette période elle recherchait prioritairement, au nom d'un Angola multi-racial, l'appui des secteurs réactionnaires du colonat et y compris du Front Uni Angolais du fasciste Falcao. Or, la fuite de toute cette colonie portugaise a coupé l'herbe sous le pied de l'UNITA. (2) Confrontée par ailleurs aux affrontements répétés entre MPLA et FNLA, le mouvement de J. Savimbi a bien dû réviser sa tactique. Jouant à fond la carte régionaliste, l'UNITA s'attela à la construction de son fief, Implantée au sud du fleuve Cuanza, l'UNITA a cherché à éviter que la guerre ne se généralise au Sud. Savimbi a encouragé les activités économiques de "sa" zone. Il a affirmé garantir la sécurité des vies et des biens des populations européennes. Des rumeurs ont circulé d'une possible sécession de cette région sous responsabilité de l'UNITA en cas de conflit généralisé. Cette région est effectivement la plus riche, la plus pénétrée par les intérêts européens (chemins de fer de Benguela, mines de Cassinga...) L'appui des cercles européens de la CEE, des intérêts français et allemands (Krupp est majoritaire dans les mines de fer de Cassinga) est un atout que ne veut pas perdre Savimbi. Mais la généralisation des conflits rend difficile cette régionalisation de l'UNITA. C'est pourquoi, on assiste à une incroyable partie de poker entre le MPLA et le FNLA à propos de l'UNITA. Alors que les troupes de Savimbi font cause commune avec celles du FNLA contre le MPLA, ce dernier annonce des négociations avec l'UNITA. Le dimanche 17 se tenait à Luanda une grande manifestation de masse de soutien au MPLA. A cette occasion, Lopo de Nascumento, membre du MPLA et du gouvernement de coalition a déclaré à l'Agence France-presse que l'alliance de son mouvement avec l'UNITA était nécessaire! Au même moment, les deux mouvements s'affrontaient à Luso dans le sud-est du pays et le MPLA était encerclé dans Lobito par les troupes conjointes du FNLA et de l'UNITA. Une telle démarche met bien en évidence l'opportunisme de la direction du MPLA qui reconnaît publiquement (interview de Neto le 3 mai dans "Sempre Fixe", hebdomadaire de Lisbonne) l'implantation de l'UNITA au Sud. Mais elle révèle aussi le caractère conflictuel d'une alliance entre FNLA et UNITA, obligeant cette dernière à monnayer tout azimut sa "représentativité" régionale, Plus faible militairement, l'UNITA est prête à rallier le MPLA suivant les fléchissements du soutien impérialiste au FNLA. Mais cela ne supprimera pas pour autant sa nature contrerévolutionnaire ; cela ne fera pas oublier ses attaques contre l'auto-organisation des travailleurs et contre les grèves, cela ne supprimera pas ses alliances avec certains secteurs impérialistes. Aujourd'hui, le FNLA et l'UNITA constituent les forces uniques dont dispose l'impérialisme pour imposer une solution néo-coloniale en Angola. Etant donné la présence déjà considérable des investisseurs étrangers dans ce pays, la rencontre entre les intérêts des uns et les ambitions des autres placent ces deux organisations au centre des tractations. Le mouvement de masse urbain ne s'y trompe pas, surtout lorsqu'il met à sac la "maison du peuple" (sic) du FNLA à Luanda et y trouve une série de salles de torture parfaitement équipée et des charniers où s'entreposent des dizaines de victimes. C'est pourquoi la direction du MPLA, encore une fois, donne des réponses insuffisantes pour l'avenir de la lutte. La direction du MPLA maintient sa ligne Dans sa déclaration du 16 juillet, Paulo J. Jorge, membre de la Commission des relations extérieures donne le ton en inscrivant comme première cause de la nouvelle situation "le manque de respect des accords d'Alvor, fondamentalement de la part du FNLA mais souvent en collusion avec l'UNITA" et il ajoute un peu plus loin : "dans la légitime préoccupation de surmonter les affrontements armés et trouver une nouvelle plate-forme commune entre le MPLA, le FNLA et l'UNITA - malgré des divergences

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politiques et idéologiques et des antécédents historiques entre eux - afin de permettre un développement harmonieux, dans l'ordre et dans le calme, du processus de décolonisation, les dirigeants de ces trois organisations se sont rencontrés à Nakuru (Kenya), en juin 75 et un nouveau protocole a été signé, réaffirmant plus ou moins les clauses fondamentales des accords d'Alvor. Mais le FNLA, une fois de plus n'allait pas respecter les nouveaux accords malgré (sic) l'évidente bonne foi (resic !) des dirigeants du MPLA". Voilà comment un membre important de l'appareil fait l'histoire récente de son pays! Dans le numéro 14 de son journal "Victoria certa", du 19 juillet, en pleine contre-offensive, le MPLA publie un court article sur le pouvoir populaire où est exprimée la nécessité de développer le pouvoir populaire : "Les formes organisationnelles du pouvoir populaire doivent être renforcées et amplifiées, afin que le peuple puisse librement s'exprimer et défendre ses intérêts, qui sont, fondamentalement, les intérêts des ouvriers et des paysans. Ces classes doivent être largement représentées dans les organes populaires et ceci indépendamment des mouvements de libération, des tribus ou des races. Le peuple doit s'exprimer de façon organisée, le peuple doit lutter et choisir librement son avant-garde" Dans un communiqué radio-diffusé à Luanda, le B.P. du MPLA "lance un appel véhément aux commissions populaires de quartier pour qu'elles constituent des groupes de vigilance dans tous les quartiers, formés par des citoyens conscients et disciplinés, avec pour objectif d'empêcher que des groupes marginaux à la solde ou non de la réaction, commettent des actes de banditisme, comme des assassinats, pillages, déprédations et violences"' Le MPLA appelle l'organe coordinateur des communes populaires de quartier pour que "ensemble avec la municipalité de Luanda, ils étudient la manière de donner une solution pratique aux problèmes de l'enterrement des cadavres, du manque d'eau et de lumière et d'autres de leur compétence" ("'A Capital" - 17.7. 75). Ces déclarations sur le pouvoir populaire restent largement ambigues dans la mesure où elles en définissent une fonction pratique et non pas une stratégie de développement de l'auto-organisation et de l'auto-défense comme forme première de pouvoir d'Etat des masses laborieuses. Les rapports entre MPLA et appareil d'Etat restent d'autant plus dans l'ombre qu'est rappelé en permanence le respect aux accords d'Alvor, c'est-à-dire à une forme de gouvernement bourgeois. Là se situe la contradiction fondamentale qui induit dans le mouvement de masse les pires illusions.

Si les troupes du mouvement sont aujourd'hui encerclées à Lobito, Luso et NovaLisboa par des troupes du FNLA à des centaines de kilomètres de leur base arrière zalroise, si l'UNITA a fait du Sud son fief, c'est grâce à l'égalité formelle que confèrent les accords d'Alvor aux trois organisations. En pleine guerre civile, au moment où se joue le sort de la révolution angolaise, évoquer les accords d'Alvor comme toile de fond de la bataille politique du MPLA est irresponsable. Ceci confirme à loisir les choix nationalistes de la direction du mouvement. Celle-ci n'a déclenché la contre-offensive que parce que sa propre survie était menacée par le FNLA. Chaque membre de cette direction sait qu'en l'absence de tout autre soutien que celui des masses, le FNLA les éliminera physiquement sans délais. Mais qu'un an et demi de compromis pourris avec ces agents de l'impérialisme aient produit ces rapports de forces instables échappe totalement à l'analyse de la direction du MPLA. Elle continue à fournir aux masses une analyse moralisante des "méchants qui refusent de respecter leur parole". Pour lutter contre le FNLA, il faut placer le combat des masses angolaises dans le cadre de toute la révolution africaine. Il faut réveiller les masses des pays néo-coloniaux et ne pas se contenter de combats à fleuret moucheté sur la scène de l'OUA. Quand à l'UNITA, voici l'analyse d'A. Neto dans l'interview du 3 mai au "Sempre Fixe" : "Actuellement, l'UNITA suit le même chemin que le FNLA et c'est pourquoi nous n'avons aucune possibilité de travailler ensemble à l'intérieur du gouvernement. On ne peut pas dire que l'UNITA soit neutre. Bien sûr, le choc principal n'est pas avec l'UNITA ; nous avons néanmoins de bonnes raisons de penser que si l'UNITA était seule en présence, son attitude ne serait pas différente. Même dans ces conditions nous espérons encore que l'UNITA suivra le chemin de la conciliation, le chemin de la véritable paix". Curieuse conception de la conciliation et de la paix, après avoir mis sur le même pied FNLA et UNITA. Tout cela ne peut favoriser une éducation de mouvement de masse. Au contraire, chaque déclaration est soigneusement dosée pour satisfaire tout le monde et laisser la porte ouverte à de nouvelles négociations véreuses pour un gouvernement d'unité quelconque. Il est bien vrai qu'aujourd'hui l'UNITA s'est taillée une base dans le Sud. Mais ce n'est pas en faisant une alliance tactique sur le dos du mouvement de masse urbain qu'on fera revenir l'histoire en arrière.

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C'est avant tout un corps de mots d'ordre en direction de ses secteurs paysans et petits-bourgeois qui pourrait encore démasquer l'UNITA. Et si cela est en préparation, tout peut être à nouveau compromis en redorant le blason de Savimvi par une alliance de dernière minute. Pékin et la contre-révolution angolaise La bureaucratie soviétique s'était contentée pendant de longs mois de soutenir le MPLA sans prendre de position clairement hostile au FNLA. Le respect des accords d'Alvor, mais surtout le ménagement de tout le monde face à un avenir incertain guidaient la diplomatie soviétique. Depuis quelques temps le ton change. Le 17 août, la "Pravda"' accusait le FNLA d'être soutenu par "Pékin, par les racistes d'Afrique du Sud et par les monopoles multinationaux qui veulent conserver les richesses naturelles de l'Angola'. Le soutien au MPLA qualifié "d'avant-garde révolutionnaire éprouvée dans ce pays" (Krasnaia Zvezda du 17.8) est décisif pour la diplomatie soviétique en Afrique australe et centrale. La défaite du MPLA conduirait à une pénétration décisive de la diplomatie US, à un recul des positions gagnées par le SWAPO de Namibie et par l'ANC de Rhodésie, qui sont les meilleurs espoirs de la diplomatie du Kremlin. Toutefois, le "travail" est déjà bien ébauché par l'attitude ouvertement contre-révolutionnaire de la direction chinoise. On sait que Pékin envoya plus de deux cents instructeurs dans le FNLA à la suite des accords sino-zalrois. On signale aujourd'hui la présence de Chinois sur des lignes avancées du front, à Caxito (interview d'un camarade de la LCR française de retour d'Angola), révélée par un prisonnier FNLA. Les explications qui sont données aujourd'hui sont implicitement des dénonciations du MPLA. Le 26 juillet "Chine nouvelle" écrivait qu'il n'existe "aucun conflit d'intérêt' entre les différents mouvements de libération en Angola, et les heurts qui peuvent les opposer sont essentiellement dus aux "manoeuvres de dissenssion" perpétrées par l'Union soviétique. "A la veille de l'indépendance de l'Angola, et juste après la signature de l'accord de Nakuru par les trois organisations angolaises, les sociaux-impérialistes soviétiques ont provoqué d'une manière flagrante un conflit armé en Angola pour saper l'indépendance de ce pays et en obtenir le contrôle en raison de son emplacement géographique stratégique".

"Chine nouvelle" accuse l'URSS de livrer à Luanda (implicitement pour le MPLA), "d'importantes quantité d'armements lourds". "Bien que l'OUA reconnaisse et soutienne les trois mouvements de libération angolais, le social impérialisme soviétique les a classés d'une manière vicieuse en trois catégories : révolutionnaire, non-révolutionnaire et contrerévolutionnaire... et cela malgré le fait que ces trois mouvements aient pendant des années persévérer dans la lutte armée". Le 12 juillet Chai-Se-Min président de l'association pour l'Amitié avec les pays étrangers, a reçu une délégation du FNLA. La délégation du FNLA reçue à Pékin était conduite par Hendrik Vall Neto, secrétaire d'Etat à l'Information du gouvernement de coalition. Cet individu est celui-là même qui en février attaqua à la tête d'un commando du FNLA, les installations de la radio de Luanda, enlevant et torturant un speaker, sympathisant du MPLA et malmenant les travailleurs car ils avaient donné trop d'écho à la campagne de pouvoir populaire. Cette réception à Pékin (émission de l'agence Hsinhua captée à Tokyo) se déroula au moment même où le MPLA vidait le FNLA de Luanda! Pour un combat anti-capitaliste On ne saurait rester neutre entre les trois mouvements de libération sous prétexte d'une conception gradualiste qui jugerait comme première étape la lutte "du nationalisme angolais" contre la présence portugaise. La pénétration internationale des capitaux en Angola rend la question du "néo-colonialisme portugais" totalement dépendante de la soumission de l'économie angolaise aux intérêts impérialistes divers qui se partagent les concessions. C'est pourquoi, la démarche prioritaire est de déceler la jonction entre des forces telles que le FNLA et l'UNITA et les intérêts des différentes fractions impérialistes. (cf. "Inprecor" n° 31).C'est là une critique fort pertinente aux réformistes portugais qui se disent contre toute solution néo-coloniale mais se taisent sur les accords passés par Lisbonne avec une multitude d'entreprises impérialistes pour le pillage de l'Angola. Les divisions au sein du "nationalisme angolais"' recouvrent bel et bien les conflits entre les tenants d'une solution néo-coloniale immédiate et un mouvement de masse ayant fait ses premières expériences d'auto-organisation et partiellement contrôlé par une direction nationaliste petite-bourgeoise. Lorsque nous disons soutenir le MPLA nous nous adressons aux masses angolaises et nous leur disons : "Nous soutenons le MPLA parce qu'il est aujourd hui la force politique et militaire dans laquelle vous placez votre confiance et dont vous remplissez les rangs. Nous soutenons le MPLA parce qu'il est aujourd'hui l'u-

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nique force militaire qui s'oppose à la plus brutale réaction qu'ait connue la révolution africaine. Mais les raisons pour lesquelles vous vous battez, pour la fin de toute exploitation, pour un Angola réellement libéré de toute contrainte impérialiste, la direction du MPLA ne pourra en définitive les satisfaire.

Votre direction croit concilier votre combat avec la diplomatie africaine et "l'unité nationale", en faisant l'économie d'une véritable révolution socialiste. En soutenant le MPLA c'est votre lutte que nous travailleurs et des paysans pauvres, celle des militants et cadres révolutionnaires du MPLA. Mais nous vous mettons en garde contre les zigzags de la direction nationale, contre ses illusions et ses hésitations". Convaincus qu'une ligne de classe passe à travers ce mouvement, nous estimons que la voie qui peut mener à une radicalisation de la lutte et à sa transcroissance en révolution sociale passe par la construction d'une authentique direction communiste. C'est donc dès maintenant que les éléments conscients du mouvement doivent pouvoir s'organiser et avancer leurs perspectives propres. Une tendance de lutte de classes s'affirmerait dans la période actuelle en refusant tout nouvel accord politique avec le FNLA et l'UNITA en tirant un bilan critique des accords précédents et en dénonçant la formule du gouvernement de coalition. Une telle tendance dépasserait les formules vagues des éléments maolsants sur une "démocratie populaire", pour formuler les tâches concrètes d'une révolution socialiste. Le développement des comités de quartier et des milices populaires comme formes préparatoires au pouvoir d'Etat des masses, l'expropriation sans indemnités des capitalistes, un corps de mots d'ordre en direction de la paysannerie, des réponses claires quant à l'auto-détermination des groupes ethniques, à l'usage des langues nationales, à la destruction des formes de propriété en zones caféières, etc. ; tout cela doit contribuer à relancer un mouvement de masse déjà fatigué par la famine et les massacres. Briser les illusions nationalistes en dénonçant la mascarade de la diplomatie africaine, appelant les masses congolaises, zaïroises et zambiennes à se mobiliser et en appelant la solidarité militante des révolutionnaires africains et du mouvement révolutionnaire international, voilà la meilleure réponse aux appels unitaristes d'un Kaunda. Un tel regroupement d'avant-garde serait non seulement les prémisses d'une direction révolutionnaire reconnue, mais aussi, la seule alternative face à une direction actuelle du MPLA que chaque pas risque de briser en fractions au sujet de négociations avec l'UNITA ou encore sur une déclaration unilatérale d'indépendance et bien d'autres choses... Les risques d'internationalisation du conflit n'ont pas disparu. Déjà, on parle d'intervention militaire sud-africaine au sud pour "protéger" le barrage de Calueque sur le fleuve Cunene, régions où les Sud-Africains ont fortement investit pour produire l'énergie hydro-électrique que réclamne la Namibie. Tout ceci concourt à donner aux luttes du peuple angolais un rôle décisif pour les futurs rapports de forces dans toute l'Afrique australe, au moment où le régime rodhésien négocie sa dernière carte et où Prétoria s'apprête à parquer les peuples de Namibie dans des Bantoustans concentrationnaires. Aujourd'hui, le MPLA se bat pour le contrôle des côtes. Moçamedes, Benguela, Lobito, sont les batailles décisives pour l'approvisionnement et la logistique. Les escarmouches de Caxito à 55 km au nord de Luanda, point le plus avancé du FNLA, prouvent que les troupes de Holden ont échoué pour le moment dans leurs tentatives de reprendre Luanda. Le 15 août, le successeur de Cardoso, le général Antonio Ferreira Macedo déclarait le gouvernement de coalition incapable de prendre aucune responsabilité et décidait d'assumer seul le pouvoir exécutif. C'est face à cette décision que le MPLA, véritable maltre de Luanda a évoqué une déclaration éventuelle d'indépendance unilatérale. La formule juridique n'est pas décisive, d'autant plus qu'elle peut dans l'esprit des dirigeants du MPLA impliquer de nouvelles tractations pour la reconnaissance diplomatique par une série d'Etats africains. Face aux tergiversations du Portugal, il faut exiger aujourd'hui tout le pouvoir au MPLA.

- Troupes portugaises, sud-africaines et zalroises hors d'Angola

- Pour une solidarité internationale avec luttes des travailleurs et paysans angolais

- Bas les pattes devant la révolution angolaise! (1) Dans les rapports de forces militaires actuels, la question de l'aviation est décisive. Le premier mouvement qui disposera de quelques appareils aura toutes les chances de modifier fondamentalement la situation en sa faveur. (2) Depuis plusieurs semaines, des milliers de Portugais attendent à l'aéroport de Luanda et à celui de Nova-Lisboa un avion de rapatriement. Certains de dirigent en colonnes de centaines de voitures vers la Namibie où les Sud-Africains les logent quelques temps avant de les réexpédier au Portugal. Presque tous les jours se déroulent à Luanda des manifestations de colons anti-communistes et anti-MFA. La question de ces rapatriés réactionnaires n'est pas sans importance pour la situation intérieur portugaise. 22 août 1975

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