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L'assassinat "légal" de cinq prisonniers politiques par la dictature franquiste a provoqué non seulement des réactions importantes au sein du mouvement ouvrier et révolutionnaire européen, mais a également entrainé des réactions étonnamment fortes de la part de plusieurs gouvernements social-démocrates dans quelques pays capitalistes. La plupart des gouvernements européens ont rappelé leur ambassadeur à Mactions ternationale drid "en consultation" à l'exception du gouvernement Giscard d'Estaing qui attendit plus de
4 jours après les exécutions pour annoncer qu'il retenait pour consultation l'ambassadeur de France à Madrid - (celui-ci étant déjà à
Paris pour "'raisons personnelles"'). Le régime de Franco riposta en rappelant la plupart de ses ambassadeurs dans les capitales européennes.
Plusieurs Premiers Ministres, Joop Den Uyl
de Hollande et Olaf Palme de Suède par exemple, dénoncèrent le dictateur sénile espagnol en termes rarement utilisés au niveau "gouvernemental"' par des hommes d'Etat bourgeois. Le président mexicain Echeverria proposa d'expulser l'Espagne des Nations Unies jusqu'à ce qu'il y ait un changement de régime. Quelle est l'explication de ces violentes réactions qui vont bien au-delà de tout ce qui se passa lors de la condamnation à mort des nationalistes basques durant les procès de Burgos en 1970 ou quand Salvador Puig Antich fut garrotté en 1974 ? Tout d'abord les réactions de masse parmi le mouvement ouvrier organisé et la classe ouvrière en général furent beaucoup plus larges et universelles cette fois, exerçant ainsi une plus grande pression sur les institutions politiques dans les pays bourgeois démocratiques européens. La campagne systématique de préparation et de mobilisation par des comités unitaires animés par des organisations d'extrême-gauche et les sections de la IV° Internationale, produisit de bons résultats et sensibilisa plus que par le passé l'opinion ouvrière. Les gouvernements d'Europe de l'Ouest auraient da payer un prix extrêmement élevé s'ils avaient ignoré la vague de révolte et de mobilisation qui traversa le mouvement ouvrier, Ils choisirent de ne pas payer ce prix. Deuxièmement, depuis la politique infâme de "non-intervention" du gouvernement français de Front populaire de Léon Blum (1936-37) du -rant la guerre civile espagnole, la dictature franquiste en particulier et la "question espagnole" en général ont représenté la "mauvaise conscience' de la social-démocratie européenne. L'Espagne offre également aux leaders sociaux-démocrates une bonne occasion de parler "gauche" sans trop s'engager à grand chose. Une dénonciation violente d'une dictature dans un autre pays leur permet de détourner l'attention de leurs propres responsabilités dans l'attaque contre les droits démocratiques dans de nombreux pays européens où ils participent au gouvernement : par exemple la législation répressive mise en place par le gouvernement social-démocrate en Allemagne de l'Ouest où les mesures de gel des salaires prises par le gouvernement travailliste en Grande-Bretagne. A cette occasion, cependant (les cinq assassinats en Espagne), la violence des réactions de masse les obligèrent à faire quelque chose, à aller au-delà des dénonciations purement verbales. Le retrait des ambassadeurs semblait une bonne porte de sortie, permettant d'éviter des propositions d'actions de masse plus radicales, telles le boycott systématique par les syndicats, la fin de toute collaboration militaire, financière et commerciale, l'embargo que les exportations d'armes, etc.
Troisièmement, la place particulière occupée par le mouvement nationaliste basque dans la lutte anti-franquiste et la participation de nombreux membres des rangs inférieurs du clergé rend les organisations ouvrières catholiques (qui ont un poids non négligeable dans des pays comme la Hollande, la Belgique, la France et l'Italie) extrêmement sensibles à cette question, Ceci représente un grand changement par rapport à la situation qui existait lors de la guerre civile espagnole, quand le clergé international apportait son soutien unanime à la croisade anti-ouvrière de Franco, Cette fois-ci, un secteur significatif du mouvement ouvrier catholique ajouta sa pression à celle des partis sociaux-démocrates et communistes et à celle de l'extrême-gauche, forçant ainsi les gouvernements ouest-européens à faire des actions publiques plus fortes que d'habitude en "désapprobation'' des crimes de Franco, Quatrièmement, la bourgeoisie ouest-européenne a tiré certaines leçons importantes de l'expérience portugaise. Elle comprend que c'est une grave erreur que de laisser au mouvement ouvrier organisé le monopole de la lutte contre la dictature franquiste, Elle s'attend à la chute de cette dictature et elle veut que cette chute ait lieu dans des conditions présentant un maximum de garanties pour le maintien d'un Etat bourgeois et d'une économie capitaliste en Espagne, permettant à des formations politiques bourgeoises fortes d'apparaitre dans le pays, En accentuant l'isolement international de la dictature et en causant quelques dommages aux intérêts commerciaux de la bourgeoisie espagnole, les capitalistes du Marché commun espèrent pousser les cercles capitalistes espagnols à assurer une succession rapide du dictateur. Ironiquement, le principal avantage à court terme fut remporté par le secteur du capital international qui est le plus cynique face aux crimes de France : l'impérialisme US, Les capitalistes américains sont restés silencieux face à ces crimes alors que la vague de protestation s'étendait dans toute l'Europe, Ils étaient en train de préparer l'étape finale de leurs négociations avec le régime franquiste pour le renouvellement de l'alliance militaire américano-espagnole, Vu l'isolement momentané du régime espagnol en Europe, le prix que les franquistes avaient espérér tirer du renouvellement des locations des bases US en Europe a baissé. L'hypocrisie des défenseurs européens de la "démocratie" contre Franco est prouvée par le fait que bien que de nombreux ambassadeurs aient été retirés de Madrid, aucun gouvernement n'a envisagé de se retirer de l'OTAN, qui à travers les bases militaires US, maintient la collaboration la plus étroite avec l'armée espagnole.