Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MALAISIE

Confrontation et répression

· Inprecor (première série) n° 37, 6 novembre 1975 · p. 10-15 · 3 841 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Philippines et Asie du Sud-Est Chine Inde et Asie du Sud

Le gouvernement malais a pris, en moins d'un an, une série de mesures qui marquent un nouveau durcissement du régime policier de Tun Abdul Razak: arrestation de personnalités et de militants au nom de l'''Internal security act"' (loi de sécurité intérieure), main-mise directe sur les universités, instauration légale du principe de responsabilité collective et institutionnalisation de la délation, création d'une cour spéciale "anti-terroriste" qui échappe aux règles juridiques "normales" et opérations de police systématiques.

oeuvre de ce nouvel pressif est l'un des volets essentiels de la réponse que Razak compte apporter à la progressive modification du climat social et politique intérieur comme au profond changement des rapports de forces régionaux introduit par la victoire de la révolution indochinoise. Luttes paysannes et étudiantes L'économie malaise n'a pas connu de crise d'ensemble ces deux dernières années. Certains secteurs parmi les plus importants ont cepen-

PAUL PETITJEAN dant été durement frappés. Mais la Malaisie a échappé à la récession généralisée. La hausse des prix du pétrole ne l'a pas affectée. Sa production relativement modeste - de 90 000 barils par jour - suffit néanmoins largement à pour -voir à ses besoins. Si les cours du caoutchouc naturel sur le marché mondial se sont temporairement effondrés après une forte augmentation en 1973, ceux de l'huile de palme se sont maintenus. Malgré cela, la crise sociale s'est brusquement approfondie. Le revenu moyen par tête d'habitant est l'un des plus élevé d'Asie du Sud-est : 400 $ US par an. Mais ce chiffre cache de très fortes disparités sociales. Le rapport économique du ministère des Finances pour 1974-75 admet officiellement que 40% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté - c'est-àdire 140 dollars malais (280 FF) par mois par foyer moyen ou 25 dollars malais (47, 50 FF) par tête (1). Ce sont ces disparités sociales qui se sont aggravées. Les premiers à en souffrir furent les 545 000 petits planteurs d'hévéas qui assurent cinquante pour cent de la production de caoutchouc. La

Page 11

grande majorité d'entre eux vivent en effet carrément au-dessous de ce seuil de pauvreté (voir tableau 1). (2). Les résultats de l'enquête menée fin 1974 par Denzil Peiris de la "Far Eastern Economic Review", dans l'Etat de Kedah, en témoignent. (3) La livre anglaise de latex (453, 599 gr) était alors achetée 25 cents au petit planteur, ce qui lui assurait un revenu journalier moyen de 1,20 dollars malais. Selon Denzil Peiris, le minimum de confort réclamait un revenu journalier de 3 dollars et le niveau de subsistance se situait à 1, 5 dollars. C'était la misère pour les familles des petits planteurs - soit environ trois millions d'âmes - misère d'autant plus grave que l'inflation était forte (25% de hausse en 1973-74 et 17% en 1974-75). Le riz devenu trop cher, des paysans devaient se nourrir de tubercules sauvages, la malnutrition infantile s'étendait et des cas de mort par empoisonnement alimentaire étaient enregistrés. C'est dans ce contexte que d'importants mouvements de lutte éclatèrent et qu'une rencontre entre le mouvement étudiant et le mouvement paysan s'opéra. Le premier incident éclata à Tasek Utara, dans l'Etat de Johore Bahru, à l'extrême-sud de la péninsule malaise. A la veille des élections d'août 74, des familles paysannes sans terres occupent un terrain inutilisé pour y bâtir des habitations, En septembre, après la victoire électorale du "'Front national" de Tun Abdul Razak, l'épreuve de force s'engage avec la police anti-émeute. Les étudiants de l'université Malaya de Kuala Lumpur, de l'Université Nationale et de l'Université des sciences de Penang apportent leur soutien à l'occupation de terres. Des manifestations se déroulent ce mois de septembre dans la capitale tandis que d'autres étudiants viennent sur place à Tasek Utara participer aux mobilisations paysannes. La police arrête nombre de paysans, des dirigeants étudiants, dont Hishamuddin Rais, secrétaire général de l'UMSU (University of Malaya students' Union - union des étudiants de l'Université de Malaya) et responsable du "Club socialiste!' (4) ainsi que Syed Hamid Ali, secrétaire général du Partai Socialis Rakyat Malaya (PSRM) (5). L'UMSU était alors suspendue par le ministre de l'Education. Malgré cette première vague de répression universitaire et politique, la lutte allait rebondir durant les mois de novembre et décembre à Baling. Le 19 et le 20, ce sont 1000 paysans qui organisent une "'marche de la faim". Le 21, ils sont 12 000 à manifester. C'était la première fois depuis 28 ans - depuis les manifestations anti-britanniques de 1946 - qu'une telle mobilisation se déroulait là! Le gouvernement répond aux revendications par des grenades lacrymogènes. Mais une fois encore, les campus étudiants se rangent aux côtés des paysans. 10000 étudiants manifestent le 2 décembre à

Kuala Lumpur, 2000 à Penang et 10 000 à Ipoh. 1164 manifestants sont arrêtés. La mobilisation se poursuit néanmoins une semaine durant, les campus des universités Malaya, Kebansaan et Sains Malaysia sont occupés jusqu'à ce que la police les envahisse et procède à . une fouille systématique des chambres les 8 et 9 décembre

Cette jonction des luttes étudiantes et paysannes était triplement dangereuse pour le gouvernement. Elle permettait de briser l'isolement des luttes locales et faisait des "marches de la faim' un problème politique national, Elle mettait par là, à nu la démagogie sociale et la façade "libérale" du régime. Elle sanctionnait enfin, le début de dépassement des divisions ethniques qui affaiblissent la capacité de combat des travailleurs malaisiens. Les classes dominantes jouent en effet des oppositions communautaires entre Malais, qui forment l'essentiel de la population paysanne et Chinois qui composent le gros des travailleurs urbains et contrôle l'énorme majorité des intérêts économiques malaisiens, et les Indiens. Ces antagonismes communautaires ont même pris l'allure de pogromes anti-chinois en 1969. Or, la population universitaire qui s'est mobilisée en solidarité avec les paysans malais était bel et bien pluri-nationale, Les manifestations du 2 décembre de Kuala Lumpur était approximativement composée à 70% d'étudiants malais, mais à 30% aussi d'étudiants chinois et indiens. Cela implique qu'environ la moitié de ces derniers sont effectivement descendus dans la rue, Corrélativement, des Unions étudiantes d'universités comme l'UMSU, dirigée par des Malais, ont apporté un soutien actif à des grèves engagées par des travailleurs chinois et indiens dans la région de Kuala Lumpur. Le "Club socialiste", en fait, était l'une des premières formations politiques pratiquement pluri-ethnique de Malaisie. Et le Parti communiste malais, originellement implanté presque exclusivement dans la communuaté chinoise, semble avoir effectivement commencé à recruter des cadres d'origire malaise et musulmane. Ce dépassement des antagonismes raciaux et religieux n'est évidemment que partiel et progressif, Il correspond cependant à une évolution profonde que note le journaliste Philippe Devillers : "... une "nouvelle classe" de bureaucrates, d'aristocrates et de cadres économiques malais a émergé, acquise à la société de consommation de type américain, et avide, malgré l'Islam, d'en partager avec les Chinois bénéfices et avantages. L'inégalité sociale s'accroit au lieu de se réduire et les contrastes sont aussi vifs parmi les Chinois que parmi les Malais ou les Indiens. L'image d'une société divisée entre Malais pauvres et Chinois riches, ceux-ci exploitant ceux-là ne correspond plus guère à la réalité. La société malaisienne, multi - raciale, est en train de se cliver en classes sociales transcendant les origines ethniques. (7)"

Page 12

72.73E BIRMANIE

EPHILIPPINES Mér THAÏLANDE BANGKOK -Mar dAndamum CAMBODGE Meridionale DU SUD Isthme de Kra BROUNE) MEAL AY STA ACASSAR LUMPUR: Océan SINGAPOUR

ATRA

BORNEO Indien= IND ONE STE CELEBES R DÉTROIT DE LA SONDE) JAKARTA JAVA -BALE FLORES •-- Projet de Canal 1000 La répression universitaire Pour briser la mobilisation étudiante, le régime Tun Abdul Razak commença par utiliser l'appareil répressif traditionnel : intervention policière et arrestation au nom de l'Internal Security act (I.S. A., loi de sécurité intérieure). Cette loi, édictée en 1960 trois ans après l'indépendance de 1957, fait suite à l'Emergency Security Act de 1948 et permet d'emprisonner tout opposant pour deux années renouvelables sans même avoir à organiser un procès quelconque. Parmi les internés, on trouve nombre de professeurs, assistants et dirigeants étudiants dont le Dr. Syed Hussein Ali (frère du secrétaire général du PSRM et professeur à l'université Malaya) et Juliet Chin, secrétaire général de l'University of Singapore student's union (USSU - Union des étudiants de l'Université de Singapour). Symbole de l'élargissement du mouvement de lutte, on trouve aussi parmi les emprisonnés un assistant de faculté, Lim Mah Hui qui est membre du comité exécutif de la Fédération étudiante chrétienne mondiale et Annuar Ibrahim président du Malaysian Youth Council (Conseil de la jeunesse malaisienne) et dirigeant de l'ABIM : l'Anghatan (Force), Belia (Jeunesse), Islam, Malaysia, un mouvement musulman. Mais le gouvernement ne s'est pas contenté de suspendre l'UMSU et d'utiliser l'Internal Security Act. En avril il décidait d' "amender' la loi déjà très répressive de 1971 : l'University and universities college act. Dorénavant, la ministère aura, directement ou indirectement la haute main sur les nominations administratives universitaires. Il est interdit aux étudiants ou à leurs organisations de s'associer sous une forme quelconque à n'importe quel club, parti politique, syndicat ou n'importe quel autre type d'organisation extra-universitaire,

L'Etat de Malaisie - - ou Fédération malaise - - est composé d'une partie continentale (Malaisie occidentale) et d'une partie insulaire (Malaisie orientale). Singapour qui était rattaché à la péninsule malaise, appelée alors Malaya, a formé un Etat indépendant en 1965.

La population de la Malaisie continentale comprend 9 millions 770 mille habitants pour une surface de 135 000 km2. Dans la Fédération, 47% de la population est d'origine malaise, pour 34% chinoise et 19% diverse (indienne essentiellement, mais aussi habitants de l'Me de

Bornéo etc.). La Malaisie est le premier producteur mondial de caoutchouc, d'étain, d'huile de palme, de bois tropicaux et l'un des premiers producteurs de poivre et de conserves d'ananas. même si elles sont légales. Il est de même interdit aux étudiants ou à leurs organisations de dire quoi que ce soit qui puisse être interprété (sic!) comme une manifestation d'appui ou d'opposition à un quelconque parti ou syndicat ou organisations illégales. Les unions d'étudiants n'ont pas le droit d'organiser de collecte financière. Tout étudiant pouvant être raisonablement suspecté (sic!) d'avoir enfreint ces règlements peut être arrêté sans préavis. Tout étudiant traduit en justice est automatiquement exclu de

Tous les organismes étudiants antérieurs sont dissous d'office et doivent demander à nouveau leur légalisation. Seul un Student Representative Council (SRC - conseil représentatif des étudiants) représentera dorénavant l'ensemble du corps étudiant... S'il n'a pas réussit, en édictant cette nouvelle loi, à gagner le soutien du monde étudiant, le gouvernement Razak a néanmoins réussit à briser momentanément la mobilisation en cours. Hamid Ali, secrétaire général du PSRM reconnait dans une interview à "New Asia News" que "ces mesures ont été apparemment efficaces jusqu'à maintenant''. Mais le fait qu'aucun groupe étudiant n'ait demandé sa légalisation, montre, précise-t-il que "la répression peut obtenir un silence temporaire, mais pas un soutien" (8). Quelle direction pour les luttes? Pour justifier sa répression, le gouvernement Razak dénonça la main mise que le Parti communiste malais était censé avoir sur les luttes étudiantes par le biais de la Chinese language society de l'Université Malaya. Or, la direction effective de ce mouvement de masse aura été partagée entre des formations radicales de gauche (tel le "Club socialiste") et des courants islamiques beaucoup plus traditionnalistes, sinon de droite. L'université Kebangsan (université nationale) a, par exemple joué un rôle important

Page 13

en décembre. Elle est composée d'étudiants malais- généralement plus à droite que les Chinois - dont une majorité d'origine paysanne, musulmans, peu éveillés aux luttes de classes, mais sensibles aux traditions égalitaires et au purisme politique de l'Islam. Le point de rencontre de ces courant divers était l'affirmation d'une solidarité active avec les paysans pauvres de Baling. Mais seule l'aile la plus avancée du mouvement ajoutait à ce soutien élémentaire des objectifs clairement anti-impérialistes (voire anti-capitalistes) et récla-. maient la nationalisation du capital étranger qui contrôle environ 60% de l'économie (voir tableaux 2 et 3) (9). Le mouvement communiste proprement dit -clandestin - semble par ailleurs connaitre un double processus de croissance et d'éclatement, Jusqu'à maintenant, l'activité directe du PCM était limitée (depuis la défaite que lui avaient infligée les Anglais) à des actions de guérilla dans les jungles de la frontière malaiso-thallandaise. Le voyage que Tun Abdul Razak organisa à la fin du mois de mai 1974 à Pékin n'empêcha pas les guérillas maoistes d'accentuer leurs actions. Depuis le début de l'année 1975, c'est au moins 40 membres des forces de police et de sécurité qui ont été tués dans des embuscades. Mais le PCM a connut deux scissions qui toutes deux continuent à se réclamer du maoisme et de l'action armée. Pékin continuerait à reconnaitre le P.C. M., dirigé depuis maintenant 17 ans par Chin Peng : le 29 avril 1975, le Parti communiste chinois envoyait à son comité central un message de félicitations à l'occasion du 45° anniversaire de la fondation du PCM. Ce message réaffirmait la confiance du PCC dans le triomphe à venir de "la lutte armée révolutionnaire du peuple malais'' (10), ce qui créa quelque gêne à Kuala Lumpur dans l'entourage de Tun Abdul Razak! La première scission aurait eu lieu en 1970 et pris le nom de PCM (fraction révolutionnaire), la seconde en octobre 1974 et aurait donné naissance au PCM (marxiste léniniste). La cause immédiate des scissions aurait été selon des sources gouvernementales malaises, des ordres d'exécutions sommaires donnés par le CC par peur d'infiltrations policières (11). Mais elles auraient aussi été fondées sur des désaccords quant à la stratégie à suivre pour sortir de la seule guérilla de jungle. La radio du PCM de Chin Peng a en effet dénoncé à plusieurs reprises la "poignée de traitres" qui ont remis en cause la politique de la "marche vers le sud", à savoir de l'encerclement progressif des villes par les campagnes à partir des bases de guérillas situées à la frontière malaiso-thallandaise. Si les termes des divergences, la nature exacte des scissions et de l'orientation du PCM ''orthodoxe" sont difficiles à connaitre, le cadre du débat, lui, est plus clair. L'apparition de nouvelles générations de militants révolutionnaires la modification partielle de la structure sociale du pays et le renforcement des couches prolétariennes urbaines, la constitution d'un néo-colonialisme en remplacement de la domination britannique traditionnelle et la modification des rapports de forces régionaux - y compris au sein du mouvement communiste asiatique -avec la victoire de la révolution indochinoise imposent une réappréciation d'une stratégie "maoiste" adoptée durant les années 50, puis les années 60. De ce point de vue, il est probablement significatif que les dissidences semblent particulièrement fortes dans l'Etat du Selangor où est situé Kuala Lumpur. Toujours est-il que les actions armées se sont, cette année, partiellement déplacées vers la capitale. Au début de l'année une base aérienne située près de Kuala Lumpur a été bombardée au mortier. En juillet, un tract signé de l'Armée pour la libération du peuple de Malaisie (PALM) distribué dans la ville de Ipoh déclarait "Préparez-vous pour notre guerre civile urbaine qui est le résultat des actions du gouvernement depuis des années"... "la guérilla urbaine est inévitable"' (13). Cette Armée pour la libération serait liée à l'ancien 12° Régiment de l'Armée nationale de libération du PCM fondée en 1949 et au nouveau PCM (m-l). Des policiers chinois commencèrent à être la cible d'attentats. Le 26 août, c'est le "Monument national", construit à Kuala Lumpur en l'honneur de la "victoire" contre l'insurrection communiste qui est plastiqué. Enfin, le 3 septembre des grenades ont été, dans la capitale, lancées dans une caserne des forces paramilitaires chargées de la lutte anti-guérilla, faisant plusieurs morts et plusieurs dizaines de blessés. Un régime de terreur Incapable de tarir à ses sources sociales le développement en cours des luttes en Malaisie, le gouvernement Razak cherche à instaurer un véritable régime de terreur, L' "ordonnance sur les locataires" de 1951 est complétée par "l'Essential (community self reliance) Regulation" de 1975 - (réglement imposé concernant les communautés qui s'auto-suffisent). Des cours de justice "anti-terroristes" sont instaurées où, à l'inverse du droit formel anglais de tradition en Malaisie depuis la colonisation, l'accusé doit prouver son innocence. La délation est institutionnalisée : les témoignages à charge peuvent être tenus secrets, se faire par lettre anonyme. Les débats auraient lieu à huis-clos. La responsabilité collective est généralisée : chaque membre d'une famille est tenu pour responsable des actes de tous les autres. Il en est de même des membres d'une communauté telle qu'elle est définit dans le "Rukun Tetangga Scheme", les "piliers de la

Page 14

communauté". Le 24 juillet, Razak appelait à la formation de corps de vigiles. La politique de Tun Abdul Razak ne se réduit évidemment pas à la seule répression. Elle est aussi diplomatique (il fut l'un des premiers à prôner la création d'une "zone de paix et de sécurité' en Asie du Sud-est et le premier dans la région à reconnattre la République populaire de Chine). Elle est enfin économique: il cherche à renforcer la participation du secteur étatique aux grandes opérations, notamment en ce qui concerne l'exploitation pétrolifère. Mais cette rentabilisation de l'économie néo-coloniale implique une prolétarisation accrue de la population malaise, une épreuve de force sociale. Pour cela, Razak cherche à utiliser le succès de son Front national (Barisan Nasional) (14) aux élections-manipulées-d'août 1974. Le Barisan Nasional a obtenu 58% des voix et... 135 sièges sur 154 au Parlement fédéral. Il n'est pas difficile de voir ce qu'il en est de cette prétention parlementaire du régime. Même la "Far eastern economic review" de Hong-Kong est amenée à l'admettre : "'Les dernières élections ont amené la Malaisie, à travers les urnes de vote, presque à un Etat de parti unique". "'Les journaux et les movens d'information tenus par l'Etat, de même que les publications du secteur privé, ont opéré sous le contrôle et les directives du gouvernement"'. (15)

TABLEAU 1

REPARTITION DES TERRES ENTRE LES

PETITS PLANTEURS MALAIS :

48% ont moins de 3 à 5 acres (0,4 ha) chacun

20% ont entre 3 et 5 acres chacun

20% ont de 5 à 10 acres chacun

12% ont de 10 à 99 acres chacun

Source: 'Rapport économique et financier''

1974-75.

Note : de source officielle, on admet qu'un petit paysan a besoin au minimum de 6 acres de terre pour obtenir une récolte capable de maintenir sa subsistance. La même source admet que 25% des petits planteurs ne possèdent pas leur terre : ou bien ils paient un loyer fixe, ou ils partagent leur récolte avec le propriétaire. (2)

L'épreuve de force qui s'engage aujourd'hui en Malaisie est d'importance. Au Nord, la révolution malaise est organiquement liée au développement des luttes dans le sud-thallandais. Au Sud, l'unité profonde des combats menés dans la péninsule et dans l'ile de Singapour est constamment réaffirmée. Lors des manifestations de Tasek Utara, par exemple, les unions étudiantes de l'université de Singapour et de l'Ecole polytechnique ont multiplié communiqués et gestes de solidarité. Pour les révolutionnaires "malayens", la partition du pays n'est que temporaire. A l'est, les mouvements du nord Kalimatan (Bornéo) sont une composante des luttes de l'archipel indonésien. Plus fondamentalement, en Malaisie, comme dans les autres pays du sud-est asiatique, c'est la troisième vague de révolution asiatique qui se dessine, ouverte par la victoire ultime des peuples d'Indochine. La lutte s'affirme d'emblée difficile du fait des blessures laissées par les divisions inter-ethniques, du manque de traditions de luttes de classes de la paysannerie malaise, de l'emprise maintenue des chefs religieux traditionnels, de la violence de la répression instaurée par le régime, de l'inadéquation apparente de la stratégie élaborée antérieurement par le mouvement communiste de Malaisie. Au double titre de son importance et de ses difficultés, cette lutte réclame et mérite une solidarité internationale. TABLEAU 2

PROPRIETAIRES ETRANGERS DE CAPITAL PAR ACTION DE COMPAGNIES A RESPONSABILITE LIMITEE, MALAISIE OUEST, 1970. Secteur $ malais % du secteur Agriculture; sylviculture et pisciculture, 1. 079. 714 75, 3 Mines et carrières 393.910 72,4 Commerce 381.549 63,5 Industrie 804.282 59,6 Banques et assurances 332.790 52, 2 Construction 19.937 24, 1 Transports et communications 9.845 12,0 Divers 182.862 31,4

TOTAL 3.207.889 moy. 60,7 Source : Fédération de Malaisie, revue à mi-parcours du second Plan malais, 1971-75. Tableau 4-7, p. 83

Page 15

TABLEAU 3

PROPRIETAIRES ETRANGERS DE

PLANTATIONS

Superficie

Type de totale (acres) d'étrangers plantation

1.561.000

Caoutchouc

Huile de palme

529. 000

Noix de coco

54.000

Thé

7,000

TOTAL: 2.151,000

Source : "Berita Massal"' n°1,

30 décembre 1974 (1)

(1) "'Sunday Mail" du 2 mars 75, cité par Philippe Devillers, "Le Monde diplomatique"

d'août 1975.

(2) Les tableaux 1, 2 et 3 ont été reproduits dans le document de la Conférence annuelle du

FUEMSSO de mars 1975.

(3) Voir la "Far eastern economic review" du

10 janvier 1975.

(4) Hishamuddin Rais est maintenant rentré dans la clandestinité. Le "Club socialiste"

(Socialis Kelab) était une formation radicale étudiante dirigeant l'UMSU. Une interview d'un dirigeant étudiant, membre de cette organisation a été publiée dans "Inprecor'' n°9 du

3 octobre 1974.

(5) Le Partai Socialis Rakyat Malaya, ou Parti socialiste du peuple, est le seul parti politique d'opposition de gauche réelle légal.

(6) Voir à ce sujet l'Appel à la solidarité internationale publiée dans "Inprecor" n° 19 du 13 février 1975. Son auteur, Selamat Ahmed Kaactivités).

Propriété

%

867.000

55,5

283.000

53.0

36,000

66.7 tion " du 5 mai 1975.

4,000

57.1

1,294. 000 moy. 60.0

20.2.75 janvier 1975.

ADRESSES :

nisation.

et aussi :

Japan mal, ancien président de l'Union des étudiants de l'université Sains de Malaisie, était alors, entré dans la clandestinité, Il a cependant depuis accepté de retourner dans son université aux conditions gouvernementales (arrêt de toutes (7) "Le Monde diplomatique" d'août 1975. (8) "New Asia review" du 18 juillet 1975 (9) L'intervention publiée dans "'Inprecor" n°9 décrivait les efforts déployés par le "Club socialiste" pour faire prendre conscience aux étudiants et à la population de l'ampleur de l' emprise étrangère sur la Malaisie. Il montrait aussi que les dirigeants du "Club socialiste" savaient que la majorité qu'ils avaient obtenue au sein du mouvement étudiant de l'université Malaya ne signifiait pas que leurs idées étaient totalement comprises et assimilées. (10) Voir la déclaration dans "Pékin Informa(11) Voir "The Asia magazine" du 4 mai 1975, (12) Voir J, Decornoy dans "'Le Monde" du (13) "Far eastern economic review" du 12 septembre 1975, article de K, Das, (14) Le Barisan Nasional est dominé par le Parti de Razak : l'U. M. N. O (United Malay National Organisation - Organisation nationale unie des Malais) en alliance avec les partis bourgeois chinois et indien, (M. C. A. - Malaysian Chinese Association - Association des Chinois de Malaisie et M.I. C. - Malaysian Indian Congress - Congrès des Indiens de Malaisie), et cinq autres partis. (15) "Far eastern economic review" du 10 POUR SUIVRE L'ACTUALITE DES LUTTES EN MALAISIE ET A SINGAPOUR, QUELQUES

• Malaya News Service, 97 Drummond St., Carlton, 3053, Melbourne (Australia)

• FUEMSSO News Service

Fédération of United Kingdom and Eire Malaysian and Singaporean student orgaC/O NUS (international section) 3 Endsleigh St. London W. C. 1

• Center for information on asian political prisonners (CIAP) Suzuki Bild, 3F - B, 5-3 Sarugahu 1 - chome, Chiyoda-ku, Tokyo, 101,

Une erreur sur cette page ?