Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLITIQUE EXTERIEURE DE LA CHINE (Débat)

Du Chili au Portugal : nature et implications de la politique internationale de la Chine (A propos d'un texte de Lotta Continua)

· Inprecor (première série) n° 37, 6 novembre 1975 · p. 16-25 · 7 171 mots

Chine Portugal Argentine et Chili URSS et Russie

LIVIO MAITAN

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à propos d'un texte de Lotta Continua

Les positions adoptées par la Chine face à la situation portugaise, les déclarations sur l'Angola, l'accueil réservé à une délégation du gouvernement chilien, la présentation des lettres de crédit de l'ambassadeur Li Lien-pi aux autorités de la CEE ont posé de nouveau au mouvement ouvrier et à l'extrême-gauche en particulier, le problème de la politique internationale de la direction chinoise. L'imminence de la visite à Pékin d'une délégation assez représentative d'industriels italiens et la crainte qu'il n'en sorte quelque déclaration peu agréable pour les ouvriers engagés dans la lutte pour le renouvellement des contrats sont propablements des éléments supplémentaires qui ont poussé Lotta Continua également à aborder directement cette question dans la réunion de septembre de son comité national. La position définie dans un rapport publié par le quotidien Lotta Continua du 18 septembre, se caractérise d'une part, par la constatation de certaines données de fait et du rappel que l'organisation s'est dissociée à plusieurs reprises des positions les plus difficiles à digérer et, d'autre part, par une tentative d'interprétation et de justification qui rappellent le style de certains amis de l'URSS des années 30 et 40 qui disposaient toujours de l'interprétation apte à satisfaire les exigences des palais les moins grossiers. Nous sommes d'accord, en tout cas, avec Lotta Continua que le débat le plus large est utile autour des questions liées à la politique de la direction chinoise et à la définition d'une stratégie différente ; nous considérons donc utile pour notre part, de reprendre une série de thèmes sur lequels devrait s'exercer la reflexion critique des militants révolutionnaires. Les deux «super-impérialismes»: une théorie fausse A la racine théorique des positions chinoises, on trouve la théorie selon laquelle l'URSS serait une puissance impérialiste, ou plus précisément, social-impérialiste. Ce sont surtout les maoistes les moins orthodoxes qui soulignent cette spécificité de "social-impérialisme" afin de surmonter les difficultés qui découlent du fait incontestable que la politique de l'URSS comporte des motivations et des positions qui sont bien difficilement identifiables avec celles de l'impérialisme américain (Lotta Continua y fait recours, par exemple, à propos des positions respectives de l'URSS et des USA sur l'Angola). Il n'en reste pas moins que, selon les dirigeants chinois, l'analogie, et mieux l'identité, concerne l'essentiel, à savoir la nature de classe. Le fait que, la plupart du temps, surtout dans la propagande courante, on remplace cet élément par le concept, qui n'a rien de scientifique, de "grandes puissances"' ou de "super-puissances"' ou de pays d'une première catégorie à opposer aux pays d'une seconde ou d'une troisième catégorie, différents des "superpuissances", ne change rien en substance, Pour les Chinois, l'identité consiste, en dernière analyse, dans le fait que l'URSS est capitaliste, comme les Etats-Unis. La difficulté réside dans la compréhension de la nature double, contradictoire de la caste dominante en Union soviétique. Cette caste s'est surimposée aux masses ouvrières et paysannes, a détruit pratiquement la démocratie soviétique imposant sa propre dictature. Dans l'intention de sauvegarder sa propre domination et sa propre condition privilégiée, elle a opéré et elle opère, en ligne générale, en faveur d'un statu quo nant à cette exigence les intérêts du mouvement ouvrier et révolutionnaire mondial, Cependant, cette caste est issue et s'est maintenue dans le cadre d'une société de transition post-révolutionnaire, sur la base des rapports de production et de propriété instaurés par la révolution d'Octobre et, pour cette raison même, elle est intéressée au maintien de ces rapports. D'où la lutte contre les tendances à la restauration du capitalisme, surtout au moment où celles-ci commencent à constituer une réelle menace et non seulement une tendance potentielle. D'où son intérêt à s'opposer à l'expansion de l'impérialisme et à soutenir des forces sociales et des mouvements en lutte contre l'impérialisme et des pays dans lesquels la révolution ou des processus structurellement révolutionnaires ont amené au renversement du système capitaliste. Le cas de Cuba est en lui-même éloquent. La bureaucratie soviétique n'a rien fait pour que la révolution triomphe, le PC cubain dans la période pré-révolutionnaire a soutenu à plusieurs reprises Batista et ne s'est rattaché que dans un deuxième temps à la lutte de Fidel Castro et de son mouvement. Mais quand est né à Cuba un Etat ouvrier dans lequel ont été expropriées non seulement les entreprises des impérialistes mais également de la bourgeoisie prétendue nationale, la direction de l'Union soviétique a eu intérêt à empêcher que les Etats-Unis n'attaquent Cuba pour réinstaurer le vieux régime et a donc fourni une aide économique et militaire vitale. Des considérations analogues s'imposent également dans le cas du Vietnam. L'URSS n'aurait pas voulu que les accords de Genève sautent ni que les révolutionrépondent aux nouvelles opérations des impérialistes et de leurs fantoches par une reprise de la lutte armée, Elle a fait son possible pour imposer des compromis, rendant plus difficile, spécialement dans les moments cruciaux, la tâche de la direction vietnamienne (à partir de 1971, au moins, ceci vaut également pour la Chine). Cependant, au cours du conflit. l'URSS a été du côté du Vietnam à qui elle a assuré une aide militaire consistante - même si, par certains aspects, tardive -. Et le Vietnam a été pendant de nom-

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DEBAT breuses années l'épicentre de l'affrontement entre classes à l'échelle mondiale : les prises de positions ne pouvaient donc pas être déterconsidérations tactiques. des intérêts conjoncturels ou secondaires bien par la nature de classe des forces en jeu. En ce qui concerne la nature des structures socio-économiques - d'où évidemment l'analyse doit partir - la définition de l'URSS comme un Etat ouvrier, c'est-à-dire dans lequel existent des rapports de production collectivistes et non des rapports de type capitaliste-bourgeois, malgré la dégénérescence bureaucratique est confirmée par une donnée de fait actuelle dont personne ne peut sous-estimer l'importance. Depuis un an et demi, tout le monde capitaliste est secoué par la crise économique la plus grave depuis la grande dépression des années 30. Pour les marxistes, il est hors de doute que cette crise n'est pas due, fondamentalement, aux facteurs conjoncturels ou partiel's ou aux disfonctionnements que mettent en relief les économistes et les politiciens de la bourgeoisie, mais au mécanisme même du système, à ses contradictions intrinsèques, et que l'ampleur et la profondeur du phénornène sont liées à la crice d'ensemble de l'impérialisme à l'échelle mondiale. La récession n'investit pas la Chine : non parce que l'éconornie chinoise serait plus développée que les autres ou aurait atteint un niveau supérieur de consolidation (par rapport aux pays capitalistes développés, c'est plutôt le contraire qui est vrai), mais parce que la révolution a instauré des rapports de production qualitativement différents de type collectiviste. Mais l'URSS n'est pas non plus envahie par le cyclone. Prendra-t-on note de ce fait irréfutable et en comprendra-t-on les raisons structurelles ? Ou attendra-t-on que le Bettelheim de service invente une autre explication adaptée aux nouvelles circonstances ? Quand la polémique sur la prétendue restauration du capitalisme en URSS s'est développée dans les années 60, les arguments sur lesquels on insistait le plus étaient que l'URSS s'était insérée dans le marché mondial capitaliste. qu'elle développait toujours plus des échanges avec les pays capitalistes, qu'elle faisait construire des usines entières par des capitalistes étrangers, qu'elle avait recours à des prêts étrangers, etc. Nous avons déjà expliqué à cette époque pourquoi ces éléments n'étaient pas décisifs pour définir la nature sociale de l'Union soviétique. De toutes façons, aujourd"hui la Chine fait exactement la même chose, et à large échelle. Qu'en pensent les maoistes, qu'ils soient dogmatiques ou sophistiqués ? peut-être ont-ils l'intention de suivre la voie déjà indiquée par certaines sectes - par exemple certains ex-maoistes des Etats-Unis - qui, conséquents dans l'application de certaines prémisses (fausses) ont tiré la conclusion que le capitalisme a été restauré en Chine également ?

L'URSS «ennemi principal»: les implications pratiques La première implication analytico-politique des thèses des dirigeants chinois est que la situation mondiale est interprétée beaucoup plus comme le reflet du conflit entre les deux "superpuissances" que comme le développement de la crise du système capitaliste international et l'affrontement entre les forces sociales antagoniques. Les frontières de classe apparaissent, sinon abolies, du moins atténuées et estompées. Cela ressort encore plus des prises de position pratiques que de l'analyse : et d'autant plus nettement dans la mesure où les dirigeants chinois ne mettent plus un signe d'égalité absolue entre l'URSS et les Etats-Unis, Il Schone comme a s'agit, selon eux, dans les deux cas de "superpuissances" impérialistes, mais l'URSS est dénoncée comme la plus agressive et la plus dangereuse : "Tandis que l'une des deux super-puissances continue sa poussée en avant, l'autre regroupe ses forces et marque le pas" (Pékin Information, n° 32, 1975, p. 8) ; "Dans cette lutte à mort, l'Union soviétique fait preuve d'un esprit agressif, les Etats-Unis étant plutôt sur la défensive". (Id. p. 9); "Celui qui prêche de la façon la plus bruyante la paix et la sécurité est exactement celui qui place les peuples du monde, en particulier les peuples européens sous sa menace militaire flagrante" (déclaration de Teng-Hsiao-ping à Paris). Il en découle - pour utiliser la terminologie maoiste - que l'URSS est actuellement 1' "ennemi principal"'. De là découlent les positions de Pékin face à l'Europe, face au Marché commun et l'OTAN, sur la Conférence d'Helsinki. "La Chine - a dit Teng Hsiao Ping - appuie fermement l'Union de l'Europe occidentale". "Depuis la fondation de la CEE - a déclaré à son tour le ministre du Commerce extérieur Li Kiang au moment de la signature de l'accord sur les relations entre la Chine et la CEE - la tendance des pays européens vers l'unité s'est accentuée. Ils ont tenu bon, face à l'intervention et à la pression exercée sans trêve de l'extérieur, pour sauvegarder leur souveraineté et leur indépendance. Voici un facteur positif de l'évolution internationale". 'Pékin Information n° 20, 1975). Peu après, l'agence de presse chinoise commentait favorablement la victoire du "oui" lors du referendum sur le Marché commun en Grande-Bretagne, dénonçant l'hostilité de l'URSS au Marché commun : "'La Communauté européenne a justement été créée dans le but de s'opposer à l'expansion des super-puissances et pour sauvegarder les droits politiques et les intérêts économiques des Etats membres" (Hsinhua, ed. anglaise 18 juin). Donc le Marché commun n'est pas une expression de la tendance à la concentration du capital, n'est pas une association entre impérialistes (les puissances européennes, même si elles ne sont pas "superpuissances" restent toujours impérialistes !), mais est une espèce d'instrument de légitime défense d'Etats dont on fait tout simplement

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disparaltre la nature de classe! Un raisonnement analogue est valable pour l'OTAN dont les chinois déplorent ouvertement un affaiblissement éventuel (Pékin Information N°33, 1975) allant jusqu'à suggérer que le renforcement de l'unité européenne ne devrait pas nécessai -rement impliquer le retrait des troupes américaines d'Europe (discussion entre Teng-Hsiao Ping et Giscard d'Estaing). Quant à la conférence d'Helsinki, au-delà de sa portée intrinsèque, elle a fourni un test particulièrement intéressant. En effet, il n'était jamais auparavant apparu avec tant de clarté que la critique chinoise ne portait pas sur le fait qu'il y avait eu compromis avec l'impérialisme laissons de côté les fantasmes de Lotta Continua qui affirme que, par certains aspects, la politique chinoise semble animée par la volonté de combattre un "compromis historique à l'échelle mondiale''). Au contraire, l'URSS est dénoncée parce que derrière le masque de la détente et des déclarations pacifistes, elle développerait une politique agressive contre l'Europe préparant une guerre (voir par ex emple Hsinhua éd. anglaise 13001975) Il ne faut pas s'étonner si, pour soutenir une telle thèse, les agences de presse chinoises n'hésitent pas à se prévaloir des témoignages des journaux conservateurs de toute l'Europe de la Neue Zürcher Zeitung à Die Telegraf et à The Guardian; Il ne faut donc pas s'étonner qu'une figure de la réaction internationale comme Franz Josef Strauss - qui offre évidem ment des garanties dans la mesure où il dénonce sans faillir la "super-puissance" moscovite et toutes ses manoeuvres trompeuses, ait été reçue plusieurs fois à Pékin avec poignée de main affectueuse du "grand timonier": Les implications pratiques logiques de la théorie du social-impérialisme et de l'ennemi principal amènent à cela : et il est inutile de s'évertuer à trouver des justifications. Lotta Continua explique que la Chine fait un "usage de provocation et de conditionnement' des invitations à des hommes comme Strauss. Il s'agirait, de toutes façons, d'un conditionnement - des gouvernements sociaux-démocrates, de centre-droit ou centristes - d'un point de vue de droite tandis que la "provocation' en admettant qu'elle existe, ne frappe pas les impérialistes américains ou européens, mais dans le cas de Strauss, la classe ouvrière et les révolutionnaire d'Europe occidentale qui voient accueillir avec tous les honneurs à Pékin celui qu'ils considèrent à juste titre comme un de leurs ennemis les plus dangereux. Dans la mesure où elle a une influence politique réelle - et nous avons vu dans quel sens elle en avait une - la thèse de l'URSS "'ennemi principal' amène à privilégier un des deux "super-impérialismes", à concentrer l'attaque contre Moscou, en plus de donner des brevets de défenseurs de l'indépendance nationale à des représentants parmi les plus conservateurs de la bourgeoisie européenne. Disons en passant que cette dernière position trouve ses origines également dans une conception radicalement erronée sur le rôle "anti-impérialiste" accordé à la bourgeoisie soi-disant nationale, conceptions qui ont eu et qui ont des implications encore plus grandes dans le cas des pays coloniaux ou néo-coloniaux. Les dirigeants chinois et les luttes en Europe occidentale

Concentrer le feu sur le thème de la lutte entre les deux super-puissances amène à mettre au second plan les contradictions structurelles -sociales et politiques - qui opèrent de façon particulièrement aigues en Europe occidentale dans la période actuelle. Certes, des analyses - pour le moins sommaires - sur la crise et sur le chômage et des informations sur les grèves dans les différents pays paraissent de temps en temps dans les publications chinoises. Mais répétons-le, l'accent est mis sur la lutte entre les super-puissances, par exemple au Portugal. Le fait que souvent cela soit fait sur la base de citations de journaux obscurs de groupes maoistes "nationaux"' non moins obscurs n'y change rien, car le but de la direction chinoise est d'appuyer ses propres thèses grâce aux témoignages fidèles de ses partisans, Mais il existe un autre aspect du problème, Les dirigeants chinois font depuis environ 15 ans. un énorme effort de propagande en diffusant des bulletins hebdomadaires et quotidiens en différentes langues, L'instrument peut-être le plus diffusé est Pékin Information, dont la fonction est de faire connaitre dans le monde entier les positions chinoises sur tous les problèmes théoriques et politiques concernant la Chine elle-même et les autres pays, Eh bien, dans l'année en cours (jusqu'au n° 37 du 15 septembre 1975! sur un pays comme l'Espagne, n'est parue qu'une courte information sur une série de grèves. sans aucune mention de la situation politique générale. Sur un autre pays-clé comme l'Italie, trois nouvelles seulement ont été publiées. mais dont. une seulement peut être considérée comme telle sur la grève du 23 février), tandis que les autres concernaient une visite de l'organisation des communistes marxistes-léninistes d'Italie dirigée par Osvaldo Pesce et une reprise d'un article de Nuova Unità intitulé "L'URSS principal danger pour la paix en Europe". Sur un évènement comme les élections du 15 juin, ni Pékin Information, ni le bulletin quotidien le plus important, celui de Londres n'ont publié une seule ligne, A Pékin, il semble que l'on trouve plus important de faire de la propagande pour la minuscule secte de Osvaldo Pesce que d'analyser le fait que le PCI ait obtenu plus de ll millions de voix aux élections! Depuis le mois de mars, le Portugal est, sans aucun doute l'épicentre des luttes révolutionnaires et ouvrières en Europe, Il ne semble pas que

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DEBAT l'on s'en soit aperçu en Chine. Les agences de presse chinoises ne parlent pas des différentes organisations ouvrières portugaises, à part le pathétique PCP-ml, mais elles citent un organe autorisé des maoistes suisses, Octobre, par qui on apprend que "l'offensive du social-impérialisme soviétique est le principal danger pour le Portugal" (Hsinhua, 18 août). Ceci au moment où était en plein développement la contre-offensive modérée au cours de laquelle les réactionnaires et les fascistes donnaient l'assaut aux sièges du PCP! Sur les évènements de mars, il n'y eut pas plus d'une dizaine de lignes, tout à fait anodines, et seulement une courte information sur les élections d'avril (sans nommer ni le PCP, ni l'extrême-droite). Quant aux évènements du ler mai, sur lesquels, dans un sens ou dans l'autre, toute la presse internationale s'est prononcée, pas un mot non plus. Pour compenser cela, le bulletin londonien a donné bonne place à une information sur une manifestation organisée par le PC-(ml) de Grande-Bretagne. Dans les quelques rares infurmations consacrées au Portugal, le thème prévalant a été la dénonciation des dangers de la pénétration du "social-impérialisme" soviétique à propos de laquelle, les agences chinoises n'ont pas hésité à utiliser les mêmes arguments que les journaux occidentaux les plus réactionnaires en reprenant l'accusation générale - de caractère policier - de "pêcher en eau trouble" (Hsinhua, 16 juin). Il n'existe pas pour le moment d'éléments suffisants qui permettent de juger dans quelle mesure l'URSS aurait cherché à faire valoir sa propre influence, directement ou à travers le PCP, à qui elle a assuré, jusqu'ici, une couverture idéologico-propagandiste officiellement sans réserve. L'hypothèse la plus probable est que les dirigeants soviétiques ont été pris par surprise le 25 avril et surtout par les évènements ultérieurs et que, dans l'attente d'une définition plus précise, ils ont eu recours à la politique traditionnelle d'aide et de renforcement d'un Parti communiste qui avait d'ailleurs donné des preuves répétées de rigoureuse En même temps, ils ont essayé d'utiliser de façon opératoire la plus grande "orthodoxie" de sens polémique contre des partis communistes comme le PCI et le PCE, considérés comme trop "indépendants" à Moscou. Il n'apparait pas, au moins pour l'instant, que I'URSS soit intervenue d'une autre façon dans les développements internes portugais, qu'elle ait eu une influence consistante. Et puis, si on veut souligner que l'URSS peut être favorisée par l'affaiblissement que la crise portugaise a représenté pour l'impérialisme occidental et pour l'OTAN, on ne voit pas pourquoi la classe ouvrière et les révolutionnaires devraient se plaindre de cet affaiblissement, comme semblent le faire, même s'ils ne le disent pas ouvertement dans ce cas, les dirigeants de Il est un fait, au contraire que l'impérialisme américain, et, sur le plan politique encore plus peut-être les impérialismes européens ont manoeuvré et manoeuvrent désespérément au Portugal, intervenant avec des menaces, blocages, pressions, actions de différents types, y compris des actes terroristes dans le but fondamental de bloquer et donc d'étouffer la lutte révolutionnaire, se taire sur tout cela, pointer au contraire les canons contre l'Union soviétique, revient à favoriser assez concrètement les réactionnaires, à donner un coup à la révolution portugaise. Au Portugal, le maoisme, favorisé par la dégénérescence bureaucratique et opportuniste du PCUS et du PCP, a réussi à réaliser ce qu'il n'avait pas réussi dans les autres pays européens qui ont traversé une crise révolutionnaire, c'est-à-dire à créer des organisations assez consistantes qui ont été en mesure non seulement de reproduire les textes choisis ou des variations sur ces textes, mais également de traduire en pratique une orientation déterminée. C'est pourquoi l'analyse de la politique de certaines organisations portugaises constitue un test important. Les organisations qui ont appliqué, avec la référence la plus orthodoxe aux dirigeants chinois la conception des deux super-puissances en sont arrivées à appuyer les manifestations de Soarès, à faire bloc avec les sociaux-démocrates dans de nombreux syndicats, à considérer comme révolutionnaires les mobilisations réactionnaires au Nord et jusqu'à participer à l'attaque contre les sièges du PCP, aberrations de "maoistes" entre guillemets, ou de "prétendus" maoistes ? Non, ce sont des maoistes qui appliquent de façon conséquente la théorie avec laquelle de nombreux s'amusent sans avoir le courage de la vérifier scientifiquement et encore moins d'en tirer toutes les implications pratiques. Si l'URSS est une puissance impérialiste, mieux, l'ennemi principal, si le PCP n'est que l'agent de l'URSS, si -ajoutons nous -l'axe stratégique de la lutte dans la période actuelle est l'indépendance nationale contre les deux super-puissances, il est alors logique de flirter et de passer des accords avec le PSP -agent de 1 '''ennemi secondaire", et expression possible de la bourgeoisie nationale disposée à se battre pour l'indépendance contre le social-impérialisme -, il est parfaitement légitime de faire ce que certaines organisations maoistes portugaises ont fait et on ne peut pas se débarrasser du problème en parlant de folie ou en recourant à des épithètes dénigrants. S'ils voulaient tirer les conséquences d'une théorie qu'ils continuent à défendre, s'ils voulaient être conséquents avec leurs prémisses théorico-analythiques générales, les camarades de Lotta Continua, comme tous ceux qui acceptent les thèses du PC chinois, devraient, en Italie, mettre sur le même pied le PCI et la Démocratie-Chrétienne, tous deux partis bourgeois liés à une super-puissance impéria-

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liste ou même, en vertu de la logique de l'ennemi principal, concentrer le tir contre le PCI, favorisant au moins objectivement la Démocratie-chrétienne. Nous savons très bien que tous les militants refuseraient fermement une telle orientation. Mais s'il en est ainsi, pourquoi cela ne se reflète-t-il pas sur le fond d'une conception et d'une analyse qui ont des implications aussi aberrantes ? Pourquoi ne cherchent-ils pas à vérifier théoriquement la consistance scientifique de certains concepts en rapport avec des problèmes dont la solution est fondamentale pour définir de façon non contingente sa propre position dans le cadre et la dynamique de la lutte du mouvement ouvrier international. Holden Roberto et Pinochet La politique chinoise n'est pas moins nocive en ce qui concerne les pays coloniaux ou néocoloniaux qui représentent le principal centre d'intérêt pour les dirigeants chinois. Les exemples éclatants n'ont pas manqué dans le passé, surtout à partir du tournant marqué par la visite de Nixon à Pékin. Il nous suffit de rappeler le soutien à la dictature militaire du Pakistan qui pratiquait un génocide au Bengale, l'amitié manifestée à Nymeiri au moment même où il assassinait les syndicalistes et les communistes soudanais, pire encore, l'appui et les félicitations dans une lettre scandaleuse de Chou-en-Lai publiée par les quotidiens de Colombo et jamais démentie) au gouvernement de Sirina Bandaranaike qui massacrait un mouvement révolutionnaire de jeunes paysans, étudiants et intellectuels, jetant dans des camps de concentration, sans procès, près de 20.000 militants ou suspectés tels. L'épisode de la visite à Pékin d'une délégation de l'assassin Pinochet lors du second anniversaire du ll septembre a rappelé, en outre, une autre page noire de la politique des dirigeants de Pékin, qui n'ont pas hésité à maintenir de bons rapports avec la dictature militaire la plus sanguinaire d'Amérique Latine, à l'opposé de ce que faisaient non seulement l'Union soviétique, mais également différents gouvernements bourgeois préoccupés de ne pas se discréditer aux yeux de leurs opinions publiques. La position prise sur l'Angola n'est pas moins éloquente. En principe, un Etat ou un parti ouvrier peut souhaiter l'unité de différents mouvements qui se battent pour l'indépendance contre l'impérialisme et, dans un contexte donné, peut choisir de ne pas accorder une préférence pour le soutien politique et matériel. Mais, en premier lieu, la Chine n'a pas été neutre, dans la mesure où, pendant une certaine période, elle a aidé militairement le FNLA, au moment même où celui-ci révélait son orientation néo-coloniale. En deuxième lieu, l'interprétation selon laquelle la guerre civile aurait été provoquée par l'URSS, comme l'ont répété à plusieurs reprises les sources officielles chinoises, est fausse et ouvertement mystificatrice (Pékin Information, n° 31 et 36

1975). La logique de classe du conflit angolais est cachée et faussée. Une fois atteint le stade de l'indépendance (même si il manque encore quelques mois pour sa réalisation effective), la lutte a dû transcroftre du terrain anti-impérialiste au terrain de la lutte entre les classes indigènes. Sans vouloir attribuer à quiconque des diplômes que personne ne semble d'ailleurs ambitionner, on ne peut pas ne pas considérer que le MPLA exprime les positions les plus avancées et subit les pressions des massers qui ne veulent pas se voir voler leur victoire contre les colonialistes par les couches indigènes dominantes ou par des opérations néocolonialistes; elles ont commencé, surtout à Luanda, à s'organiser démocratiquement à la base: alors que le FNLA regroupe derrière lui soit des couches possédantes "nationales" soit des candidats à ce rôle et jouit de l'appui de Mobutu sans parler des faveurs des USA. La vérité est que dans le sous-continent indien comme au Soudan, en Angola, comme au Chili, la politique chinoise, loin d'être caractérisée par des déviations épisodiques ou des contradictions peu compréhensibles, répond à une logique d'ensemble, à la logique que nous avons déjà soulignée dans les autres parties du monde. Faisant disparaitre ou diluant au maximum les différences qualitatives basées sur le critère de la nature de classe et élevant au rang de critère suprême les différences d'intérêts, réelles ou potentielles et les divergences qui en découlent par rapport aux deux "super-puissances"', les dirigeants chinois cherchent de façon indis -criminée des convergences, des accords, des alliances avec les bourgeoisies prétendues nationales et avec leurs gouvernements, même s'ils sont conservateurs et réactionnaires. La spécification selon laquelle l'URSS est l'ennemi principal fait le reste : en opposition à l'URSS tout est considéré comme licite, des rapports amicaux avec le Shah de Perse aux félicitations lors de la répression à Ceylan et aux visites amicales des réactionnaires chiliens. On pourrait peut-être penser, un peu ingénuement, qu'en Amérique Latine au moins, la qualification d'ennemi principal reviendrait aux Etats-Unis. Mais ce n'est pas le cas. L'exemple chilien le démontre. Le gouvernement Allende, sans être un pion du "social-impérialisme", avait certainement de meilleurs rapports avec l'URSS qu'avec les Etats-Unis. C'est justement pourquoi quand il tomba, Pékin ne s'associa pas à la campagne internationale de dénonciation du coup d'Etat, au contraire, il s'empressa d'exploiter les marges de manoeuvres ouvertes afin de profiter de l'affaiblissement des positions de l''ennemi principal". Y-a-t-il un seul révolutionnaire un seul militant du mouvement ouvrier chilien qui soit disposé à accepter ou à justifier un tel calcul, une telle politique ? Tirer les conclusions générales Il est, à ce point, possible de tirer quelques conclusions.

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DEBAT Les théories et les interprétations des dirigeants chinois - intrinsèquement erronées - ont des implications pratiques nuisibles que l'on peut synthétiser de la façon suivante :

- dans le jeu politique international en concen- annian soi

trant le feu contre l'URSS, ils couvrent les responsabilités de l'impérialisme américain, facilitant objectivement son action.

- les orientations de la Chine par rapport à l'Europe occidentale et les choix politico-diplomatiques qui en découlent, favorisent la bourgeoisie dans les pays du Marché commun et hors du Marché commun; les initiatives de leurs gouvernements et de leurs hommes politiques, même s'ils sont réactionnaires, sont souvent présentées sous un jour favorable.

- la même tendance a opéré dans les pays coloniaux et néo-coloniaux, en particulier dans des situations critiques où une claire position de classe était une nécessité impérieuse. Affirmer, comme le fait Lotta Continua, que le "choix chinois s'opère sur un plan différent et distinct de celui sur lequel s'opère l'engagement des forces révolutionnaires dans la lutte des classes de chaque pays", c'est faire un piteux euphémisme, c'est de la justification craintive. Les positions chinoises et les actions de ceux qui s'inspirent de ces positions sont en contradictions avec les intérêts de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière. Même en lais -sant de côté la preuve théorique, le Portugal le Chili, l'Angola, Ceylan, etc., le montrent de façon irréfutable. Les rapports que les dirigeants chinois entretiennent avec le mouvement ouvrier et en particulier avec l'extrême-gauche des autres pays fournissent eux-mêmes un élément significatif. Selon Lotta Continua, la Chine utiliserait "comme provocation les partis marxistes léninistes européens inexistants sinon quand on parle de leurs voyages à Pékin". Mais contre qui serait tournée cette provocation ? Certainement pas contre les impérialistes; ils ne font tout simplement pas attention à des opérations de ce genre dans la mesure où, de leur point de vue, elles sont vides de sens. Contre les "sociaux-impérialistes" ? Mais les dirigeants soviétiques ont tout à gagner à de telles démons -trations qui revalorisent à l'évidence leur comportement et surtout les partis communistes qui sont sous leur influence. La provocation devrait toucher les militants et les groupes qui ont interprété de manière favorable la soi-disant révolution culturelle, qui considèrent la Chine comme un "point de référence" nécessaire, qui ont gagné un certain crédit dans les pays où ils agissent et qui se voient, au contraire, préférer des personnages et des groupes grotesques et sans consistance par les dirigeants de Pékin. Mais s'agit-il seulement de démonstrations et d'utilisation peu profitable des fonds de l'Etat chinois ? Non, là aussi il y a une logique. C'est la logique de celui qui veut établir des rapports de subordination inconditionnelle, qui exige l'orthodoxie la plus rigoureuse, l'adaptation automatique à tous les tournants, qu'ils soient stratégiques ou tactiques. En d'autres termes, le rapport que les dirigeants chinois établissent est éminemment bureaucratique. Réserver des pages et des pages aux activités de groupes qui n'existent pas, aux citations de journaux qui ne font que renvoyer à Pékin l'écho de ce qu'ils ont entendu à Pékin, et ne rien dire sur les luttes des révolutionnaires et munistes de pays comme le Portugal, l'Espagne, la France et l'Italie signifie exprimer de la façon la plus paradoxale un critère qui se trouve à la base des positions de la bureaucratie chinoise, tout comme il fut au temps de Staline et comme il est encore aujourd'hui à la base des positions de la bureaucratie soviétique : la subordination aux exigences propres de la bureaucratie des exigences de la lutte de la classe ouvrière dans le monde. Nous le répétons : seuls ceux qui veulent se tromper eux-mêmes ou tromper les autres peuvent présenter les choses comme s'il s'agissait de cas particuliers, de déviations épisodiques. Toute une série d'évènements et de prises de position dans des moments cruciaux, indiquent qu'il s'agit d'une ligne d'ensemble. Ceux-là mêmes qui ont applaudi et soutenu la direction chinoise dans l'espoir qu'elle agisse comme une direction révolutionnaire, ouvrant de nouvelles perspectives au mouvement ou -vrier international, devraient ressentir le besoin impérieux de réfléchir à fond sur sa nature. Les conclusions que Lotta Continua tire de ses remarques empiriques sur la politique chinoise sont, au moins objectivement, pessimistes : "Le problème est aujourd'hui vraiment de compter sur ses propres forces - pour la gauche révolutionnaire européenne et plus directement pour la gauche révolutionnaire méditerranéenne - et de savoir construire, pratiquement et théoriquement, la réponse concrète au défi contenu dans les positions des camarades chinois : est-il possible de faire la révolution dans cette région, en se libérant de la tutelle de l'impérialisme américain sans tomber sous le contrôle du social-impérialisme" ? Le choix de compter sur ses propres forces comporte - qu'on le veuille ou non - un renoncement pour lequel on paie évidemment un prix. Il vaut la peine de citer l'exemple du MIR chilien qui a subi la marque d'une conception similaire durant les années de l'Unité populaire, où il n'a pas dépassé un internationalisme général, une référence globale à Cuba, n'assurant pas une position précise face aux problèmes cruciaux du mouvement ouvrier international. Ainsi, dans la pratique, s'est atténuée au maximum la compréhension concrète du fait que la lutte au Chili était partie intégrante d'un contexte mondial dans lequel opéraient des forces et des tendances destinées

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à influencer, d'une façon ou d'une autre, sur la situation chilienne elle-même (et cela aurait encore été plus le cas si l'expérience s'était poursuivie ou si l'on était arrivé à l'instauration d'un Etat ouvrier). Parmi ces forces se trouvaient en premier lieu l'impérialisme américain et les bourgeoisies "nationales" latino-américaines, mais également il y avait la bureaucratie soviétique et bien que dans une moindre mesure la bureaucratie chinoise elle-même, pour ne pas parler de l'influence contradictoire exercée par la direction cubaine. Dans cette phase, plus que jamais, sans une dimension internationale, une lutte révolutionnaire ne peut pas être victorieuse. Cela vaut à plus forte raison non pas tant pour la "'zone méditerranéenne' pas très bien définie, mais pour l'Europe occidentale qui a désormais atteint un degré significatif d'interdépendance économique, sociale et politique. Une révolution victorieuse dans un pays européen comme l'Espagne, la France ou l'Italie, se trouverait immédiatement confrontée, tout d'abord, à des choix économiques drastiques, dans l'impossibilité d'envisager le repli autarcique d'un nouveau "socialisme dans un seul pays", Pas moins que pour la dynamique politique, la dynamique économique poserait l'alternative ou extension de la révolution ou son étouffement et sa défaite. Et il sera très difficile de trancher le noeud de façon positive si cette perspective n'a pas été posée clairement dès le départ, si le mouvement ouvrier européen et international n'a pas su se préparer pour une telle échéance. Il y a plus. Seule une myopie politique ou l'attachement à un schéma dont nous avons mis en lumière l'erreur ou le caractère extrêmement équivoque, peuvent amener à traduire ce dilemme dans les termes : dans l'orbite des USA ou dans l'orbite de l'URSS. Il faut au contraire dire nettement qu'une transformation structurelle qualitative de l'économie en Espagne, en France, ou en Italie rendrait possibles et réalistes des projets non seulement de collaboration mais de véritable intégration économique avec l'Europe de l'Est et avec l'Union soviétique elle-même (sans exclure évidemment les rapports avec la Chine). Si l'on a présent à l'esprit les difficultés que la bureaucratie soviétique a eu à imposer son hégémonie à des pays comme la Tchécoslovaquie et la Pologne et si l'on se rappelle l'échec essuyé par Staline lors de sa tentative de soumettre un petit pays comme la Yougoslavie, on comprend qu'ilne sera pas si facile au "social-impérialisme" de s'annexer dans des rapports de subordination des pays comme la France ou l'Italie. Laissons une telle hypothèse à la propagande et aux fantasmes crépusculaires des réactionnaires. Pour nous le contraire est plus probable, à savoir qu'une révolution et le début de l'édification socialiste dans un pays au haut niveau économique et culturel et avec un mouvement ouvrier solidement organisé et politiquement mûr, auraient des répercussions très grandes en Europe orientale et en URSS elle-même. Ceci pourrait constituer un facteur décisif pour le déblocage d'une situation de paralysie qui se perpétue mais qui contient cependant - les expériences de 56 en Hongrie et en Pologne, de 68 en Tchécoslovaquie, de 1970 en Pologne à nouveau, l'ont montré - des contradictions énormes, susceptibles de précipiter des explosions. Plutôt que de "compter sur nos propres forces" pour assurer le développement d'une expérience à l'abri des tendances qui agissent dans d'autres pays du monde, il faut s'appuyer en même temps sur nos propres forces et sur les forces des sur l'interdépendance dialectique des et des autres, dans une perspective globale dans laquelle les liens sont indissolubles et tendent à devenir toujours plus étroits. Nous ne voulons pas ajouter un autre problème, mais nous ne pouvons pas ne pas le mentionner : peut-être n'est-il pas réaliste de penser qu'une révolution dans un pays européen aurait un impact sur la classe ouvrière américaine elle-même, créant ainsi un obstacle supplémentaire pour l'action de l'impérialisme ? Une polarisation inféconde»? "Développer l'initiative et le débat sur ce thème crucial (celui mentionné de la perspective révolutionnaire pour l'Europe) - écrit Lotta Continua - est un devoir d'autant plus important pour la gauche révolutionnaire en Italie - la plus solidement liée à la réalité et aux leçons de la lutte de classe - envers une gauche européenne où tend à se concrétiser une polarisation inféconde entre un courant "marxiste léniniste" et un courant "trotskyste"'. Développer le débat sur tous les thèmes auxquels le texte de Lotta Continua fait référence est effectivement important. On pourrait ajouter d'autres thèmes à ceux déjà abordés. Il est à peine besoin de rappeler la problématique que l'expérience portugaise a rendu d'une actualité brûlante, à savoir la problématique des forces motrices d'une révolution socialiste, de ses instruments, des modes de conquête du pouvoir. C'est un fait que durant toute une période cruciale (un peu moins maintenant) l'extrême-gauche italienne a repris les illusions qui existaient dans la gauche portugaise sur le rôle de garant du processus révolutionnaire que le MFA aurait joué et sur la possibilité que les garants en seraient en particulier certains de ses porte-parole les plus bruyants qui donnaient des interviewes très "avancées", recevant en échange des saluts enthousiastes. Il ne s'est pas agi d'une simple erreur d'analyse, mais bien d'une erreur radicale de conception. En d'autres termes, on a envisagé une délégation du rôle de force motrice de la révolution et d'instrument-guide de la révolution à une force

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DEBAT autre que le prolétariat et qui n'était pas et ne pouvait pas être un parti révolutionnaire. L'expérience a démontré rapidement - mais malheureusement au prix d'un grave arrêt de la révolution - que, si les variantes du processus révolutionnaire peuvent être imprévisibles, si les modes et les rythmes de construction d'une direction peuvent varier au maximum, si le devoir des révolutionnaires est toujours de saisir derrière des formes contingentes et des appadéformées les éléments substantiels des processus, des voies "particulières", des exceptions, des raccourcis, des "originalités" ne sont pas possibles, ni en ce qui concerne le rôle de force motrice hégémonique qui ne peut être rempli que par la classe ouvrière, ni en ce qui concerne la nécessité de l'organisation

Teng Hsiao-ping de la classe ouvrière elle-même dans un parti révolutionnaire de type léniniste. Ne pas comprendre cela signifie ne pas avoir réfléchi assez sur le drame chilien ni sur la situation portugaise encore ouverte. Nous le répétons, le débat est nécessaire. Il doit être ponctuel, véritable et sans exclusive. Il ne servira à personne d'utiliser des formules d' "exorciste" comme celle de la "polarisation inféconde" qui serait apparue dans la gauche révolutionnaire européenne. Si on a la phobie des sigles, des dénominations, qu'on les laisse de côté: on discute des problèmes, des conceptions qui correspondent à ces problèmes et qui sont à la base des différences politiques et organisationnelles. Les positions "marxistes-léninistes", ou mieux maoistes, sont une réalité qu'on n'annulera pas aussi vite: soit parce qu'elles ont des matrices historiques qui, dans certaines conditions, tendent à se revitaliser (dogmatisme, sectarisme, aventurisme, etc.), soit, encore plus, parce qu'elles sont alimentées, directement ou indirectement, par la force représentée par la direction de l'Etat chinois avec tout le prestige qu'elle conserve. Les positions trotskystes sont une autre réalité que personne ne peut contester et que Lotta Continua comme les autres, doit apprendre à analyser et à juger pour leur portée intrinsèque, pour ce qu'elles sont effectivement, sans considérants tactiques trompeurs, sans prétendues distinctions entre interlocuteurs considérés plus ou moins valables en fonction de leur influence actuelle. Il est à peine besoin d'ajouter que les positions des partis communistes, qui continuent à représenter un courant international du mouvement ouvrier, ne peuvent être seulement dénigrées de façon désinvolte, elles doivent être réfutées dans leurs matrices théoriques et stratégiques et être dénoncées dans leurs implications pratiques. Lotta Continua semble suggérer une initiative de la gauche révolutionnaire italienne qui pourrait s'opposer à la tendance à la "polarisation inféconde". Il ne fait aucun doute pour nous, que l'extrême-gauche italienne ait gagné des titres qui lui permettent de faire entendre sa propre voix et qu'elle ait fait une expérience sur laquelle les militants d'autres pays, probablement de toutes les tendances, n'ont pas assez réfléchi. Cette expérience peut aider à comprendre plus à fond, plus concrètement, toute une série de problèmes sans nécessairement apporter des solutions "nouvelles" ou particulières. Et dans l'affirmation de Lotta Continua il nous semble d'ailleurs trouver une note de particularisme, sinon de messianisme national qui, indépendamment de ceux qui y ont souscrit, se rattache à une tradition qui ne peut être considérée que comme partiellement positive. Le mouvement ouvrier italien a eu à différentes époques des traits qui l'ont distingué du mouvement ouvrier des autres pays de l'Europe occidentale. Le PSI des deux premières décennies avait une place particulière dans le cadre de la deuxième Internationale, tout comme son continuateur l'a eu par rapport à la social-démocratie européenne après la chute du fascisme. Le PCI également peut revendiquer, non sans fondement, une physionime "nationale" propre qui le caractérise. Même le phénomène du PSIUP, dans les années 60 n'a peut-être eu de véritable équivalent dans aucun pays. Ces particularités ont fait que le mouvement ouvrier italien a été sauvé, durant la première guerre mondiale d'une capitulation aussi honteuse que celle qui a englobé la grande majorité du mouvement ouvrier de nombreux autres pays, tout comme elles ont empêché le PSI de s'associer à la social-démocratie dans les opérations réac. tionnaires de la soi-disant guerre froide. De même, les particularités du PCI ont permis de réduire la durée et la portée des ravages staliniens les plus classiques et de dépasser, à un certain moment, les formes les plus stérilisantes de conditionnement de la part de la bureaucratie soviétique. Toutefois, ces ten dances ont eu comme contre-partie, le développement et la consolidation de positions centristes, éclectiques, intermédiaires de différents types, à différents niveaux et à différentes époques. Ceci a facilité les équivoques, les ambiguités, les illusions (que l'on pense

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au PSI qui, au lendemain de la lère guerre mondiale adhère à la III° Internationale et vote dans un congrès la dictature du prolétariat!) ; cela a retardé les clarifications nécessaires, les prises de conscience nécessaires des militants d'avant-garde et a donc fait obstacle à la construction d'un parti révolutionnaire léniniste. Même le processus de réflexion critique initié par le PCI à partir de 1956, original dans son genre et en avance sur tous les autres partis communistes des pays capitalistes, a été lourd de conséquences négatives qui continuent à peser, 20 ans après. Avec l'adoption parallèlement, d'une ligne toujours plus "constitutionaliste", "gradualiste", il a alimenté un fort courant critique de droite du stalinisme, courant aujourd'hui largement majoritaire parmi les cadres du Parti. Parallèlement, justement à cause de cette involution accentuée, à cause de cette tendance à la social-démocratisation, il a rejeté vers le stalinisme orthodoxe, le néostalinisme et le maoisme, nombre de ceux qui ne voulaient pas accepter une perspective réformiste. L'extrême-gauche doit donc se demander si ce qui forme ses particularités constitue effectivement un titre de supériorité par rapport au reste de l'extrême-gauche européenne comme résultat de l'expérience faite dans la crise sociale et politique la plus longue de l'Europe capitaliste. Elle doit analyser ces particularités de façon critique, également à la lumière du passé du mouvement ouvrier italien, en en saisissant les ambiguités et les contradictions, Elle doit avoir toujours plus une optique internationale, ce qui signifie faire les comptes avec toutes les tendances internationales, se définir par rapport aux grands problèmes du mouvement ouvrier dans le monde entier. Il s'agit d'une nécessité théorique inéluctable, d'une exigence politique concrète. Le 20 septembre 1975

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