Les nouvelles qui parviennent d'Union soviétique sur la situation des récoltes de céréales sont de jour en jour plus pessimistes : dans tous les cas il est clair que la production agricole sera cette année très largement inférieure non seulement au plan, mais à la production de l'année passée (peut-être égale ou même inférieure à celle, désas -
La production agricole représente plus de 20% (1) du revenu national, mais 3/4 des culture pour la croissance du revenu national est donc évidente.
(1) En fait, le taux réel est supérieur : les prix des produits agricoles sont en fait sous-évalués par rapport à ceux des produits industriels (voir à ce sujet T.S. Khacaturov - "Sovietskaia Economika na Sovremennom Etape", Moscou 1975, p. 273).
DE L'AGRI
ETTORE treuse de 1972). biens de consommation sont d'origine agricole. L'agriculture soviétique a toujours été le talon d'Achille de l'économie de ce pays. De la disette dans les régions de la Volga en 1921 (durant laquelle on enregistra des cas de cannibalisme), de la famine en Ukhraine en 1931-32 à la crise agricole du début des années 50 et, ensuite, dans les années plus récentes, aux cas les plus connus de mauvaises récoltes
LA CRISE
CULTURE
SOVIETIQUE
SALVINI L'importance de la situation de l'agride 63-64 et de 1972, les crises agricoles rythment l'histoire de l'économie et de la société soviétique. Les rapports avec les paysans ont été et sont, comme nous le verrons, un problème crucial et non résolu pour le groupe dirigeant soviétique.
U.R.S.S. Le processus d'industrialisation a changé le visage des Républiques soviétiques, mais, tout en ayant diminué le poids spécifique de la production agricole et des paysans dans la vie du pays, il n'a pas réussi - et il ne le pouvait pas vu la façon dont il est survenu - à résoudre les problèmes agricoles. La façon violemment répressive et despotique avec laquelle la bureaucratie soviétique conduisit de 1929 à 1932 la collectivisation de l'agriculture est certainement le noeud central des problèmes de l'agriculture dans ce pays. Il semblerait presque que les paysans expropriés par la force, en partie déportés, tous marginalisés dans la vie du pays, se vengent encore aujourd'hui de ce qui a eu lieu il y a 45 ans. Mais, en fait, les choses ne sont pas aussi simples. La politique de la bureaucratie face aux paysans a été soumise à des oscillations perpétuelles qui tournaient autour du problème des lots individuels de terre. En effet, la collectivisation avait fait naitre une structure double dans les campagnes : d'une part les champs collectivisés appartenant à l'Etat, (Sovkhoz) ou aux coopératives (Kolkhoz) mais dont la production était planifiée centralement et livrée aux réserves d'Etat; d'autre part, les lots individuels dont les produiis restaient propriété du paysan. Formellement, les lots individuels - qui représentent aujourd'hui environ 3% des terres cultivées - devaient servir exclusivement à l'autoconsommation de la famille paysanne. En réalité, encore aujourd'hui, 9% de la population agricole (mais 34% des pommes de terre) des -tinée à la vente et 15% de la production de cheptel (mais 19% de la viande) destinés à la vente proviennent de ces minuscules lots de terrain, cultivés de façon intensive par les paysans, mais sans aucune aide technique. Avant la guerre, ces proportions étaient encore plus défavorables au secteur collectivisé (53% de la production commerciale agricole et 54% de la production commerciale zootechnique venaient du secteur privé). Cela signifiait et signifie une productivité très faible du secteur collectivisé dans lequel est concentrée la totalité des machines et des investissements et une concentration extrêmement élevée d'efforts dans les champs privés, cultivés uniquement à la main. Les oscillations de la bureaucratie se développèrent selon le schéma suivant : - limitations de l'utilisation (et de la surface) du lot privé; baisse de la production agricole globale; concessions sur l'utilisation du lot privé; reprise de la production agricole; développement du secteur privé; premières difficultés dans le secteur collectivisé, limitations, etc. Entretemps, la production agricole stagnait substantiellement.
Le cercle vicieux était basé, économiquement, sur des investissements agricoles ridiculement bas et, politiquement, sur une gestion absolument autoritaire, que ce soit des Sovkhoz ou des Kolkhoz. La politique khroutchtchévienne ne s'était pas substantiellement éloignée du modèle stalinien classique dont nous avons décrit les traits essentiels. Il est vrai, certes, que les concessions furent plus larges et plus sytématiques que jamais dans le passé. Mais le cercle se referme avec les nouvelles limitations au début des années 60 et le désastre agricole de 1963 (2). La politique agricole de Brejnev Le groupe dirigeant qui remplace Khroutchtchev commença son oeuvre en abolissant les limites imposées au lot de terre individuel par son prédécesseur et en faisant une série de concessions aux paysans en ce qui concerne les prix des produits agricoles (qui furent augmentés) et les exemptions sur les remises à la réserve d'Etat. Il s'agissait donc d'une politique extrêmement modérée qui donna d'ailleurs, dans la seconde moitié des années 60, de bons résultats. Mais la nouveauté de la politique de Brejnev consiste dans le fait que la réaction à la mauvaise récolte de 1969 et à celle encore pire de 1972 n'a pas été le recours traditionnel aux limitations du secteur privé dans les campagnes mais une redistribution en faveur de l'agriculture. Il s'agit d'une nouveauté d'importance dans la politique économique soviétique qui a toujours considéré l'agriculture comme un secteur à exploiter de façon coloniale. De cette manière les investissements productifs dans le secteur agricole passèrent de 15,4% en moyenne de 1961 à 1965 à 16,9% en moyenne dans les années 66-73 ; mais ils atteignirent 20, 3% en 1972 et devaient être en moyenne de 21% dans le neuvième plan quinquennal 1971-75. (3) Cette politique avait en fait déjà été imposée par Khroutchtchev qui avait élevé le taux des inves -tissements agricoles, quasiment inexistants dans la période stalinienne (11, 7% de 1946 à 1950). Cependant, c'est Brejnev qui l'a systématisée et l'a menée à fond. D'autre part, la diminution importante de la population agricole rendait presque obligatoire la solution de l'intensification des investissements si l'on voulait augmenter la disponibilité en biens de consomParallèlement, le niveau de vie des paysans a augmenté considérablement et, chose plus importante encore, l'augmentation a été plus importante que dans les villes. En outre, pour la première fois des conquêtes sociales comme le revenu mensuel minimum garanti et les rentes pour les kolkhoziens ont été introduites dans les campagnes soviétiques. De cette façon les
prémisses ont été créées pour mettre fin à la marginalisation traditionnelle de la classe paysanne. Et cependant, les résultats de cette année, encore plus que ceux de 1972; montrent que tous les efforts faits se sont révélés insuffisants. Certes, l'agriculture soviétique est placée dans des conditions climatiques défavorables et surtout pires que celles des Etats-Unis. (4) Certes, la politique d'exportation des céréales de la période tsariste, mais également des années 1920-1950, n'était possible qu'à cause du bas niveau de vie global de la population. Certes, les investissements demandent des années avant de donner des résultats. Mais, malgré cela, la mauvaise récolte de cette année constitue un véritable échec dont les proportions seront particulièrement graves si la récolte de la culture la plus importante, celle des céréales, est inférieure à 168 millions de tonnes ; c'est-à-dire la limite minimale de ce plan quinquennal, atteinte avec la récolte déjà mauvaise de 1972. Les objectifs du neuvième plan étaient assez prudents dans le domaine agricole comme dans tout le reste : par rapport à une moyenne de 167 millions de tonnes de grains récoltés dans le quinquennat 66-70, on prévoyait une augmentation de 15%, donc une moyenne de 195 millions de tonnes en 1971-75. La mauvaise récolte de 1972, dont nous avons parlé, avait déjà mis cet objectif en danger. La récolte de cette année l'enterre définitivement. Ceci, comme nous le verrons, a des conséquences négatives sur l'économie soviétique dans son ensemble, ce qui, à son tour, probablement, ne restera pas sans conséquences dans le domaine politique. Il devient donc important de clarifier les raisons de l'échec de la politique brejnévienne dans le domaine agricole. Nous avons vu comment Brejnev à cherché à briser le cercle vicieux de l'agriculture soviétique en dirigeant vers celle-ci un taux d'investissement bien supérieur au passé. Mais rien n'a été fait sur le plan politique pour faire participer les paysans à la gestion des usines agricoles coopératives ou d'Etat. Les unes et les autres, toujours plus semblables entre elles, sont gérée de façon tout aussi autoritaire qu'il y a 30 ou 40 ans, en pleine époque stalinienne. Dans cette situation la fonction des "stimulants matériels", pour s'exprimer avec le langage soviétique, ne pouvait pas être décisive, mais, au contraire, elle ne pouvait que donner les résultats totalement insuffisants que nous avons vus. En effet, une structure d'entreprise autoritaire est parfaitement adéquate pour une économie de marché, où la logique du profit suffit pour assurer l'efficacité la plus grande compatible avec ce type de système. Là où il n'existe pas de marché, ni de logique du profit, comme dans la société soviétique, l'absence de démocratie économique (et politique) devient, au contraire, un frein puissant au développement qui est toujours moins compensé par les économies d'ensemble rendues possibles par une planification totale.
L'agriculture soviétique a également un autre point faible qui aggrave encore plus la situation, à savoir la double structure ou, mieux, la division schizophrénique entre les très grandes fermes mécanisées et le micro-fundio privé. Cette structure était nécessaire au début pour remédier au moins partiellement, aux conséquences négatives d'une collectivisation réalisée contre la volonté de la grande majorité des paysans et à un niveau quasi-inexistant d'industrialisation mécanisation et fertilisants chimiques) de l'agriculture. Ce compromis aux relents féodaux s'est révélé un puissant facteur de conservation économique : c'est à lui que remontent en grande partie les raisons de la stagnation économique. Cependant une abolition "administrative" (c'est-àdire bureaucratique) du lot privé amènerait moins un véritable soulèvement paysan, du moins des formes de résistance passive désastreuses pour les récoltes agricoles. Il ne reste plus qu'à viser à un dépassement progressif de l'intérêt du paysan pour son lot individuel à travers une amélioration du revenu qu'il retire de l'entreprise agricole collectivisée, et donc à travers une amélioration sensible de la productivité de celle-ci. Telle a été la politique suivie correctement par Brejnev dans le domaine économique. Mais les mesures économiques ne suffisent pas, il faut de profonds changements politiques. Et là, Brejnev, c'est logique, s'est arrêté. Une démocratisation politique n'aurait en effet pas pu être limitée à l'agriculture et, d'une façon ou d'une autre, aurait miné le pouvoir de la couche sociale que Brejnev représente brillamment : la bureaucratie. En théorie il y aurait naturellement une autre solution : celle du retour à la propriété privée généralisée dans les campagnes. Apparemment les lots privés pourraient constituer une base importante. Un examen rapide des structures actuelles des campagnes soviétiques est suffisant pour se convaincre de l'impossibilité de cette voie pour le retour au capitalisme. Il semble en effet on ne peut plus difficile d'imaginer comment, dans la situation actuelle, on pourrait diviser non pas tant les 6000 hectares environ qui constituent le terrain cultivable de chaque kolkhoz (ou les 20 000 ha de chaque sovkhoz), mais surtout, les 34 tracteurs, les 10 moissonneuses-batteuses, les
U.R.S.S. 16 camions, sans parler des étables mécanisées, des élevages de poulets et de tous les autres investissements fixes qui se sont accumulés au cours des années de collectivisation, surtout dans les deux dernières décennies. Agriculture et industrie Les échecs agricoles soviétiques ont un effet immédiat (en plus, naturellement des effets à plus longue échéance) sur l'industrie. En premier lieu, directement, sur l'industrie légère, dans la mesure où les 3/4 des matières premières utilisées par cette industrie en Union Soviétique sont d'origine agricole. En outre, la mobilisation de toute la population pour réduire les conséquences de la mauvaise récolte (5) a évidemment aussi des conséquences sur la production industrielle. Mais bien plus graves sont les conséquences indirectes. Le déficit céréalier sera partiellement comblé par des acquisitions à l'étranger (actuellement en cours), en particulier aux Etats-Unis et au Canada. Si on se base sur l'hypothèse d'un achat de 30 millions de tonnes (6), la dépense en devises étrangères pourrait atteindre un chiffre variant entre 2 et 3 milliards de dollars, selon le type de céréales qui seront achetées. Ces acquisitions seront effectuées pour la majeure partie dans les pays capitalistes avancés, c'est-à-dire dans des pays qui fournissent à l'Union Soviétique une technologie sophistiquée, essentielle pour le développement de l'industrie soviétique. T 'URSS devra donc réduire ses achats de ma-nines dans les pays occidentaux, au moins temporairement, pour pourvoir aux importations de grains (7) qui représenteront 20 à 30% du total des importations soviétiques de cette région. De plus, il est probable que pour chercher à rééquilibrer la situation agricole, il y aura de fortes pressions pour que soit effectuée une nouvelle redistribution des investissements en faveur de l'agriculture. Ceci ralentira évidemment le développement d'autres secteurs industriels. A plus longue échéance, il faut tenir compte du fait que les investissements dans l'agriculture n'assurent pas une croissance aussi rapide que ceux faits dans l'industrie: ceci pourrait avoir des conséquences à plus long terme sur les taux de développement de l'économie. La mauvaise récolte de 1972, comme celle de 1963, montre statistiquement que les résultats négatifs dans le domains agricole ont des effets négatifs immédiats sur le développement industriel. Ainsi, les résultats du neuvième plan quinquennal, déjà plutôt compromis, risquent d'être totalement insatisfaisants. D'autre part, le nouveau plan quinquennal s'ouvre non seulement sous de mauvais auspices, mais est contraint de supporter une lourde hérédité.
Il n'est évidemment pas possible d'en évaluer quantitativement l'impact sur les résultats de cette année et il est encore plus difficile d'établir en quelle mesure cela influencera le plan de 1976. Les problèmes de l'industrie Il est cependant utile de rappeler brièvement la situation de l'industrie soviétique en 1974 (8). Son développement d'ensemble a été supérieur à ce qui avait été prévu par les planificateurs l'année précédente, mais inférieur aux objectifs du plan quinquennal. rapport à celuici, une série de retards sont apparus dans des secteurs importants. Cela est dû à la réapparition de cette maladie endémique de l'économie soviétique qu'est la "dispersion des investissements" et, plus généralement, au manque de solution des problèmes de fond qui réapparaissent avec une intensité inchangée après l'enterrement de la réforme économique. En 1974, un échec qualitatif frappant s'annonçait par rapport aux objectifs du plan quinquennal. Celui-ci prévoyait en effet, bien que non sans ambiguité, une croissance plus rapide du secteur producteur des biens de consommation (groupe B) par rapport au secteur producteur de moyens de production (groupe A) En effet, à partir de 1972, les proportions s'inversèrent encore une fois, comme cela a toujours été le cas dans le modèle "classique" de développement de l'économie soviétique. Une fois de plus le groupe A recevait la priorité: et ceci bien qu'il fut désormais clair pour le groupe dirigeant soviétique qu'il était nécessaire politiquement de viser au développement de biens de consommation pour maintenir au stade latent les tensions socio-politiques qui affleuraient avec toujours plus d'importance. Mais il n'est pas facile de modifier des proportions qui se sont cristallisées au cours de décennies de développement économique, d'autant plus quand la conservation de leur "propre" part de pouvoir par des groupes influents de la caste dominante dépend du maintien de ces proportions. D'autre part, l'échec agricole de 1972 freina le développement de l'industrie légère dans un double sens. En premier lieu, en détournant une partie des investissements de l'industrie légère soit directement vers l'agriculture, soit vers les secteurs de production de moyens de production qui servent l'agriculture (tracteurs, engrais, etc.) Ces tendances ne pourront que s'accentuer dans les années à venir. Déjà aujourd'hui, la revue Planovoe Khozjaistvo (N°s 8 et 9 de 1975) se sert de notes inédites de Lénine pour reconfirmer, selon une vieille habitude dogmatique, la "loi" stalinienne du développement prioritaire de l'industrie lourde qui avait été jetée aux oubliettes depuis quelques années.
Mais un retour en arrière sur cette question -et non pas tant sur le plan de la théorie que sur celui de la gestion économique concrète - pourrait être grave de conséquences politiques. Tout comme le développement accéléré du secteur des biens de consommation servait à assurer la consommation, bien que passive, des masses, le retour des taux de développement inférieurs à ceux de l'économie dans son ensemble accentuerait et rendrait évidentes les tensions dues aux fortes inégalités, toujours moins compensées par des possibilités de promotion sociale. La politique de Brejnev Les dix dernières années sont sans doute les plus tranquilles de l'histoire soviétique depuis la révolution d'Octobre. Ceci représente le chef d'oeuvre de Brejnev et de ses collègues, chef d'oeuvre qui ne leur a pas coûté peu d'efforts. Les causes de cette tranquilité inattendue dans un monde qui, à l'Est comme à l'Ouest, change rapidement et souvent de façon dramatique, doivent être recherchées dans l'immobilisme de la société soviétique, accompagné d'une croissance économique constante mais non exceptionnelle et d'une augmentation modérée du niveau de vie des masses. La réforme économique enterrée en silence, le débat rampant sur le stalinisme, bien trop explosif, prudemment étouffé, les initiatives rénovatrices multiples mais confuses de la période khroutchtchévienne, rationalisées dans un sens conservateur. Les opposants pas as -sez connus pour aller à l'étranger étaient cachés derrière les murs ouatés des asiles d'aliénés criminels Au-delà des frontières, l'invasion de la Tchécoslovaquie, (qui clairement, troubla le calme) est l'autre face, et la prémisse de la détente avec les Etats-Unis. C'est à ces conditions que la bureaucratie retrouva son unité et son homogénéité, gravement minées au cours de la décade qui suivit la mort de Staline. Naturellement, il fallait payer un prix, à savoir justement renvoyer tous les problèmes qui pouvaient créer des oppositions, prendre seulement les initiatives strictement nécessaires. (9) Mais ceci ne pouvait pas être fait indéfiniment, d'autant plus que les conséquences d'une politique étrangère assez active sur le plan économique comme sur le plan politique commençaient à se faire sentir. Au début des années 70, parallèlement aux premières difficultés économiques, commencèrent les premiers effilochements du groupe dirigeant qui était resté jusqu'ici étonnament compact: Mahavanadze, Chelest, Pojanskii et, plus récemment Chélépine, furent exclus du Bureau Politique. L'intégration de Gromiko, Grechko (armée) et Andropov (police politique)
aurait dû rendre plus solide, parce que plus représentatif, cet organisme qui est le véritable détenteur du pouvoir en Union Soviétique (en tout cas le seul où l'on vote à la majorité). Mais la réalité ne correspond pas toujours aux intentions, même les mieux calculées, Dans le domaine de la politique extérieure, les rapports avec les Etats-Unis ne réussissent pas à retrouver le climat de coopération affectueuse des années de Nixon. Les défaites de l'impérialisme américain (Vietnam en premier lieu) ne sont pas devenues automatiquement des victoires de l'Union Soviétique. Le renforcement du dispositif militaire soviétique dans le monde (Méditerranée, Océan Indien) ne s'est pas toujours accompagné d'un renforcement de l'influence politique, Au contraire, en Egypte, c'est exactement le contraire qui est arrivé. C'est en Europe que les principaux succès ont été remportés par le Kremlin (traité de paix allemand, conférence d'Helsinki), mais il reste encore à prouver qu'il s'agit plus que de succès verbaux. C'est dans ce cadre que s'insèrent les rumeurs d'abord sur la maladie de Brejnev, ensuite, plus récemment, sur un changement au prochain Congrès du PCUS (prévu pour février 1975). A ce sujet, il vaut la peine de remarquer que si Brejnev devait être remplacé, les raisons de santé auraient une importance tout à faite secondaire; nous avons vu comment il a été difficile de remplacer Segni complètement paralysé, imaginons le remplacement du premier secrétaire d'un pays tout compte fait un peu plus autoritaire que l'Italie des années 60, D'autre part, il semble probable que l'on attende une initiative rituelle et sans pouvoir de décision comme le congrès du Parti pour prendre une mesure à la signification politique immédiate. Et après? Mais le problème n'est pas de faire des prévisions sur la date possible de la chute de Brejnev et/ou sur qui lui succédera. Il s'agit plutôt de constater, comme j'ai tenté de le faire qu'une période de l'histoire soviétique, celle que par facilité, nous pourrions définir "l'ère de Brejnev", arrive à sa fin, Ce qui ne signifie pas qu'elle se terminera nécessairement dans les prochains mois, mais simplement que l'ont perçoit l'usure des éléments qui l'ont caractérisée. Pour chercher à comprendre ce qui arrivera ensuite, il est utile de récapituler les problèmes auxquels Brejnev est confronté et que devra affronter son éventuel successeur: - Agriculture : augmenter encore les investissements ou non.; continuer (et éventuellement approfondir) la politique de libéralisation par rapport aux lots individuels privés, ou retourner à la politique de fermeture tradition-
nelle dans les moments difficiles ; mettre en chantier des réformes des structures agricoles visant à une décentralisation partielle ou maintenir les structures traditionnelles.
- Biens de consommation : en développer rapidement la production ou non ; dans l'affirmative au détriment de quel secteur (armement, industrie lourde ou agriculture); dans la négative comment faire front au mécontentement prévisible.
- Commerce extérieur : poursuivre ou non l'actuelle politique d'expansion des échanges avec les pays occidentaux (ou au contraire privilégier les pays du Comecon, ceux du Tiersmonde, ou bien ralentir l'expansion du commerce extérieur).
- Politique générale : "restauration de la discipline' à l'intérieur et donc autoritarisme renforcé ou libéralisation prudente ? Parallèlement, à l'étranger, poursuite de la coopération avec les Etats-Unis ou "durcissement" des positions (ligne qui semble avoir prévalu au cours des derniers mois). Il n'y a pas un lien étroit entre les choix extérieurs et les choix intérieurs : cependant une forte asymétrie (par exemple politique fortement autoritaire à l'intérieur et totalement de détente à l'extérieur) entrainerait à moyenne échéance l'apparition de contradictions. Il est évidemment difficile, sinon impossible de prévoir le type de choix qui sera fait conrètement et surtout le lien entre les choix dans les différents secteurs qui, en dernière analyse, définit une politique. Mais les choix que nous avons synthétisés sont ceux qui sont possibles dans le cadre de l'équilibre actuel des forces politiques et sociales en Union Soviétique. Dans ce cadre la ligne victorieuse à long terme est celle d'une libéralisation modérée à l'intérieur comme à l'extérieur. Ce qui n'exclut pas, mais au contraire présuppose, la possibilité de tournants "durs" pour des périodes plus ou moins longues, mais toujours limités. Il n'est pas dit pourtant que l'équilibre actuel des forces se maintienne indéfiniment. contraire, les premiers signes de changement de cet équilibre commencent à apparaitre dans le sens d'un retour sur la scène de l'histoire d'un acteur absent depuis des dizaines d'années : la classe ouvrière et, plus généralement, les masses populaires. Il est clair que cette rentrée, probablement improvisée, ne pourrait qu'être spectaculaire et changerait tous les termes des problèmes que j'ai tenté d'examiner. Il s'agit d'une perspective qui n'est peut-être pas pour demain, mais en tout cas pour notre génération. 13 octobre 1975 (2) Nous ne faisons pas allusion ici au défrichage des terres vierges - élément central de la politique agricole de Khroutchtchev dont l'échec ne contribua pas peu à la chute de la production agricole de 1963. Mais mon but n'est pas de faire l'histoire de la politique agricole de Khroutchtchev, mais bien d'en mettre en relief les éléments structurellement similaires à ceux de la période précédente. (3) Chiffres cités par Khacaturov, op. cit., p. 273; dans "Gosudarstvennyi Piatiletnii Plan Razvitia Narodnovo Khozjaistva SSSR ba 1971-1975, " Moscou 1972 p. 180, les chiffres sont calculés selon des critères différents, mais les augmentations qui en résultent sont analogues. (4) Voir à ce propos R. Dumont : "Sovkhoz, kolkhoz et la problématique du communisme' Paris 1964, pp. 17-21. (5) Par exemple, selon des voyageurs occidentaux, dans la région de Kostroma, depuis la fin août, toute la population active est engagée dans les campagnes au moins un jour par semaine (le samedi). (6) C'est-à-dire le montant nécessaire pour couvrir la différence entre une récolte égale à celle de 1972 ( 168 millions de tonnes) et la moyenne prévue par le plan (195 millions de tonnes). (7) Evidemment, pas pour la même somme. L'URSS aura en partie recours à la vente d'or, en partie à un endettement plus grand sur les marchés financiers. En premier lieu, les importations de biens considérés comme non essentiels seront coupées. (8) Pour une analyse plus détaillée, voir "L'économie soviétique en 1974" par E. Salvini, dans "Inprecor" n° 26, du 22 mai 1975). (9) Ceci sur le plan interne. La politique extérieure semble au contraire, et est en partie, beaucoup plus active. Mais si on l'analyse, ce qui n'est pas le but du présent article, on verrait que les éléments de réelle nouveauté sont également très petits ; il s'agit plus du développement et de la rationalisation des choix khrouchtchéviens. (suite de la page 31) de leurs luttes pour la révolution prolétarienne. La presse quotidienne et hebdomadaire française a reconna l'importance politique et la réussite de la Fête rouge. L'ampleur de l'accueil, l'effort considérable d'organisation, la diversité et l'unité, la richesse et la vitalité des débats et des spectacles situent le lancement du quotidien Rouge comme un évènement politique qui déborde le cadre organisé de la Ligue communiste révolutionnaire (section française de la IVème Internationale) et s'adresse déjà à la masse des travailleurs de toutes catégories et de la jeunesse en lutte ouverte contre le capita-