Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Contre l'AMI - Interview d'un membre du SUV

Inprecor (première série) n° 37, 6 novembre 1975 · p. 5-6 · 1 533 mots

Portugal

Dans le dernier numéro d'Inprecor (N° 36 du 23 octobre 1975) nous avons publié une interview d'un membre d'une des commissions mises en place lors de l'occupation de la caserne du RASP (Régiment d'artillerie de Serra do Pilar), occupation constituant la première riposte à la dissolution du CICAP (Centre d'instruction auto de Porto). La lutte du RASP et du CICAP revêt une très grande importance au moment où, d'une part, 1' Etat major met en place une armée professionnelle (l'AMI) constituée de volontaires ex-commandos, ex-légionnaires etc., renvoie chez eux des milliers de recrues, met en congé illimité des officiers miliciens et d'autre part, où les officiers de l'Etat-major qui se présentent comme "progressistes" cherchent par tous les moyens à contrôler le mouvement des soldats. Nous publions ici une interview d'un membre du SUV (Soldats unis vaincront) de la région du Inprecor : En ce moment, quelle est la tactique de la hiérarchie militaire et du gouvernement ? Par exemple, Fabiao - chef de l'Etat-major -fut le premier à dénoncer le SUV comme "contrerévolutionnaire", aujourd'hui, il cherche à l'intégrer ! Quelle doit être, selon toi, la réponse du mouvement des soldats ? Tous les camarades qui croient à la possibilité d'utiliser Fabiao contre Veloso, une aile de la hiérarchie contre une autre, doivent comprendre qu'une telle tactique ne peut que créer la confusion et prépare la défaite. Inprecor - La victoire de la lutte du RASP exige une mobilisation du mouvement ouvrier à l'échelle régionale et nationale. Quelle est la position du PS et du PC face à la nécessité de cette mobilisation ? S. U. V. - En fait, à l'échelle nationale, la mobilisation fut insuffisante. Pourtant les conditions existaient pour utiliser les capacités énor -mes que possède le mouvement des soldats afin de créer des "commissions d'appui" à notre lutte. Par exemple, à Lisbonne, la solidarité ne fut organisée que le jour où Fabiao vint à Porto (le 14 octobre); c'était déjà fort tard. D'une certaine façon les partis implantés dans

Nord, élu à la "commission de lutte"' du RASP-CICAP, commission devant assurer la direction de cette mobilisation. Le 24 octobre une assemblée plénière du RASP-CICAP devait se tenir pour examiner la situation et établir un bilan, suite aux promesses faites par Fabiao le 14 octobre (voir Inprecor N° 36), Utilisant le prétexte du danger de coup d'Etat, l'Etat-major du Nord a consigné les soldats. l'assemblée plénière ne put réunir qu'une minorité de soldats, trois cents environ. 29 octobre, une manifestation fut organisée à Porto. Son succès relatif - - cinq cents soldats et quelques milliers de manifestants - - révéla, d'une part, les problèmes posès par une aussi longue mobilisation et, d'autre part, la capacité de manoeuvre dont dispose l'Etat-major qui décréta que des manoeuvres nocturnes devaient avoir lieu le 29 au soir, afin d'empêcher les soldats de sortir des casernes. Nous avons exprésément limité l'interview à des questions d'intérêt S. U. V. - Pour nous, il est évident que les officiers et la hiérarchie cherchent à défendre leurs positions, les positions qu'ils ont, au fond, acquises et défendues durant des années au service de la bourgeoisie. Toute la structure hiérarchique fonctionne dans le but de s'opposer au développement de l'organisation autonome des soldats. Nous pouvons le voir au travers d'exemples concrets. Aucun d'entre nous n'a oublié que la première réaction de Fabiao fut de caractériser le SUV comme "contre-révolutionnaire". jourd'hui, il cherche à lancer le mot d'ordre d'intégration du SUV dans l'appareil hiérarchique de l'armée, pour chercher à nous désarmer et à rétablir la discipline. Ce qui est aussi significatif, c'est que jamais il ne s'est opposé aux mesures prises par Veloso (commandant de la région militaire Nord) ou à la constitution de l'AMI. Toutes ses positions -- ce que taisent les réformistes - - permettent en fait aux réactionnaires de marquer des points. ci doit aussi être mis en rapport avec l'attitude du gouvernement face au mouvement ouvrier : l'actuel gouvernement ne prend pas, pour l'instant, des mesures de répression ouvertes et violentes. Il cherche plutôt à manoeuvrer et tend à isoler les luttes les plus avancées des travailleurs, évitant une confrontation ouverte et décisive à court terme, pour préparer le terrain afin de porter de nouveaux coups au mouvement ouvrier.

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PORTUGAL la classe ouvrière sont les principaux responsables de cet état de chose. Le PS, à tous moments, hurle à la discipline. Le résultat de cette politique est évident : elle facilite les manoeuvres des pires réactionnaires qui s'accrochent à leur veste même si par -fois les socialistes essaient de leur faire lâcher prise. Il est important de signaler que demain, le 25 octobre, est organisée une manifestation d'appui à Pinheiro de Azevedo (le premier ministre). Le PS a publié une déclaration dans laquelle il accuse le CDS (Centre démocrate et social -- d'extrême-droite) de chercher à profiter de cette manifestation. Le PS comprend qu'il a en ce moment des alliés peu recommandables ! Mais cela ne diminue en rien la responsabilité de la direction social-démocrate qui tourne les travailleurs contre les travailleurs sous l'uniforme, contre les soldats luttant pour leurs droits démocratiques, se battant contre la création d'une armée professionnelle, ce qui représente au fond l'essentiel de notre lutte. Cependant, la participation de nombreux travailleurs socialistes à notre lutte fut très positive. Quant au PC, le problème est le suivant : il cherche à utiliser le mouvement des soldats pour gagner une influence sur des secteurs de la hiérarchie militaire et jouer sur les contradictions existant en son sein. Le PC a déjà dit qu'il était possible de gagner Fabiao aux côtés des travailleurs. Tout ceci a pour fonction d'imposer un nouveau gouvernement en quelque sorte un gouvernement 5 et 1/2, mélangeant deux gouvernements, le cinquième et le sixième. C'est-à-dire un gouvernement prêt à appliquer une politique d'austérité (le cinquième) et un gouvernement combattu par les travailleurs qui voient la nécessité de défendre leurs intérêts, comme ce fut le cas pour les ouvriers de la métallurgie, les ouvriers agricoles, les soldats du RASP... Nous pouvons donc considérer que ces perspectives réformistes contribuent à démobiliser les soldats et créent la confusion dans leurs rangs. Inprecor - Quelles sont les perspectives du SUV pour la campagne contre l'AMI et pour le développement des organes autonomes des soldats ? S. U. V. - Le SUV est un front de lutte qui englobe un grand nombre de soldats disposés à se battre pour l'auto-organisation. Sa plate-forme est claire; le SUV ne prétend pas représenter tous les soldats et, dans ce sens, c'est une organisation fort limitée, qui possède des fonctions bien précises dans cette phase de la lutte de classes. Le SUV ne prétend pas se substituer, ni à une organisation politique des soldats et marins révolutionnaires (existant comme projet stratégique), ni aux commissions de soldats. C'est très important de souligner cela pour éviter des fausses interprétations. Quant à la tâche centrale, dans ce moment, c'est indiscutablement celle d'accélérer la liaison entre les organisations propres des travailleurs et des soldats pour engager le combat contre la création d'une armée professionnelle, l'AMI. Sa formation signifierait que tout pas en avant de la révolution prolétarienne impliquerait des confrontations violentes avec une armée professionnelle fermement décidée à empêcher l'instauration du socialisme. Nous ne pouvons pas faire croire que l'AMI fonctionnera même comme le Régiment de commandos d'Amadora ou une quelconque force désignée par le VIème gouvernement pour accomplir des tâches de répression. Recrutée parmi les troupes les plus influencées par les fascistes et les spinolistes, ce sera une arme terrible dans les mains de la bourgeoisie. Déjà maintenant, les forces de police militarisées - - la PSP et la GNR -- sont en train d'être réorganisées rapidement. Des spinolistes convaincus sont placés dans divers postes. Ils ne se satisferont pas d'un rétablissement de l'ordre à la manière du VIème gouvernement. Voici un exemple : lors de la manifestation du PS (le 10 octobre à Porto), des bandes fascistes bien armées, bien organisées disposant de mitraillettes légères et de pistolets descendirent dans la rue et s'attaquèrent aux locaux des organisations du mouvement ouvrier. Ces bandes, comme les spinolistes, ne seront satisfaites qu'avec une défaite complète de l'ensemble du mouvement ouvrier. C'est pour cela que la lutte pour le socialisme, dont les soldats du RASP-CICAP ont cherché à donner un exemple, est une lutte décisive qu'il est nécessaire de mener avec toutes nos forces. Si les réactionnaires gagnent cette première bataille contre le mouvement des soldats, ils chercheront aussi à frapper l'ensemble des mobilisations des soldats à l'échelle nationale ainsi que le mouvement ouvrier. Nous n'excluons pas qu'il y ait une courte période d'hésitation durant laquelle les soldats reculent un peu, partiellement. C'est le prix que nous payons pour les illusions et la confusion. Il s'agira alors de tirer les leçons et de se préparer à entrer mieux armés politiquement dans les prochaines luttes. Je suis convaincu que la tâche des révolutionnaires consiste à préparer des nouvelles offensives, à faire accomplir un pas en avant au mouvement d'auto-organisation des soldats à l'occasion de nouvelles mobilisations sur des objectifs précis. La lutte contre l'AMI, voilà la tâche des soldats révolutionnaires, où qu'ils se trouvent ! Porto le 24 octobre 1975

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