Run ALF L'appareil politique mexicain fonctionne à plein pour préparer la campagne de José Lopez Porex-secrétaire aux Finances, désigné par tillo, le Président Echeverria comme son successeur pour le sextennat 1976-1982. Les procédés utilisés pour la "désignation" du candidat du parti officiel, et qui ne diffèrent en rien de ceux utilisés dans d'autres occasions semblables, démontrent d'une façon encore plus nette, si l'on veut, le caractère totalement antidémocratique du système bonapartiste qui opprime le peuple mexicain depuis plus de 50 ans. Les marxistes révolutionnaires ont toujours considéré le système politique qui règne au Mexique comme un système dictatorial. Evidemment, l'idéologie officielle le nie et considère le Mexique comme une "démocratie", très spéciale, il est vrai. "à la mexicaine' , mais toujours une démocratie. Une montagne de livres et d'études, tous plus savants les uns que les autres, a été élaborée, provenant principalement des départements de "politologie latino-américaine" des universités yanquees et exposant les théories les plus sophistiquées sur les mécanismes de la "démocratie oligarchique à la mexicaine". On cherche par là à camoufler idéologiquement cette farce totale qui constitue l'essence de la "démocratie mexicaine". En pratique, au Mexique, il n'y a qu'un grand électeur, un électeur unique : le président en exercice. C'est lui qui décide de façon absolue qui sera son successeur. C'est ainsi que le bonapartisme mexicain s'est perpétué pendant 50 ans sans changer ses méthodes, mais en changeant cependant, tous les six ans, (au début c'était tous les quatre ans) le bonaparte président. Une brève description de la façon dont s'est effectuée la désignation de Lopez Portillo est très instructive. Sans qu'il existe aucune démocratie, le régime a permis et favorisé une certaine souplesse de façade et une possibilité de jeu entre les ministres les plus forts, principaux aspirants à la candidature présidentielle. Au terme de la course pour la succession, il s'était formé deux blocs, l'un autour de Mario Moya Palencia, secrétaire à l'Intérieur, l'autre autour de Hugo Cervantès del Rio, secrétaire à la Présidence. Ce fut le premier qui parut d'abord le plus fort et devant
MEXIQUE:
LE SUCCESSEUR
D'ECHEVERRIA:
amı de l'imperialisme
et de la bourgeoisie
ONSO RIÓS - qui s'inclinait la couche des politiciens professionnels, spécialement ceux du parti officiel, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). A la fin de cette course à la succession, il était également évident que Echeverria essavait de donner une façade démocratique aux méthodes traditionnelles. Il devint clair, par la suite, que tout cela n'était qu'une basse manoeuvre présidentielle pour exercer avec encore plus de force son hégémonie et pour dérouter les opposants potentiels.
On déclara que le PRI élaborerait d'abord un programme et qu'ensuite il penserait à l'homme chargé de le mettre en pratique dans les six années à venir. C'est ainsi qu'il en fut jusqu'à quelques jours avant le 22 septembre, date de la désignation de Lopez Portillo, on disait toujours que le candidat du PRI serait nommé au début d'octobre, après la tenue de l'Assemblée nationale ordinaire de ce parti. c'est-à-dire après les 22/25 septembre.
Une analyse marxiste de ce qui est arrivé doit prendre en considération l'impossibilité de connaitre aujourd'hui les détails les plus concrets et les plus précis et il faut tenter de la faire dans le cadre d'une compréhension générale de la nature du régime. Il est nécessaire d'en tenir compte pour comprendre ce qui est arrivé ensuite.
L'Assemblée ordinaire devait avoir lieu pen - dant les jours cruciaux pour la désignation du candidat. Une manifestation massive de la
Confédération nationale des organisations populaires (CNOP): convoquée pour le 24 septembre était destinée à être le théâtre de possibles surprises. L'astucieux leader de cette branche du PRI, qui avec la CNC et la CTM est un des piliers fondamentaux du parti, avait publiquement déclaré que le vote du président dans l'élection du candidat était prépondérant. On sut par la suite pourquoi il disait cela.
Le président choisit son successeur, mais son choix n'est pas arbitraire et dispose d'un champ restreint. Concrètement, pour les cinq derniers présidents, ce choix a favorisé les secrétaires à l'Intérieur des différents gouvernements. L'inertie de l'énorme bureaucratie politique et le poids décisif du contrôle des masses à travers le PRI et les autres organisations officielles qui sont coordonnées par le Secrétariat à l'In-
térieur, donnait au titulaire du poste un avantage décisif sur les autres membres du Cabinet. Mais avec le nombre croissant de conflits et de contradictions qui s'accumulent aujourd'hui sur la scène politique et économique, l'appareil politique du PRI-gouvernement se voit secoué chaque fois plus fort depuis 1968, année de la grande crise. Echeverria a répondu à ces tensions avec son "ouverture démocratique", les neutralisant en partie avec des mesures réformistes plus ou moins timides. C'est ainsi que sous ce gouvernement, bien que tous les successeurs possibles fissent foi d'echeverrisme, le secrétaire à l'Intérieur fut toujours considéré comme le plus lié au secteur répressif et partisan d'une manière plus forte. D'autre part, le régime de Echeverria confronté, au milieu des années 70, à des problèmes économiques chaque jour plus graves : déficit commercial croissant, endettement colossal auprès des agences de l'impérialisme, chômage structurel organiquement lié aux entrailles de l'économie et une hausse du coût de la vie qui appauvrit de vastes secteurs des "classes moyennes". Avec Echeverria, on mit en pratique pour la première fois dans ce pays, un plan technocratiquement élaboré pour coordonner le chaos financier, administratif et po-
litique du gouvernement fédéral. La couche technocratique a eu pour la première fois une responsabilité directe sur les orientations politiques du gigantesque appareil bureaucratique du gouvernement mexicain. Aujourd'hui, il est plus nécessaire que jamais pour la bourgeoisie de mettre en pratique des mesures technocratiques, en plus des mesures répressives traditionnelles pour résoudre, partiellement bien entendu, les graves problèmes nationaux. La désignation de Lopez Portillo répond à cette situation. Bien que secrétaire aux Finances depuis trois ans seulement, il s'était montré capable de s'entourer et de se faire conseiller par un des secteurs les plus habiles de la technocratie et de cette façon. il avait participé à l'élévation du prestige du "triangle de l'efficience gouvernementale" : les secrétaires aux Finances, à la Présidence et au Patrimoine national. De plus, "last but not least", ses rapports avec les agences financières et la banque internationale et nationale firent de Lopez Portillo un candidat logique bien que différent d'une certaine façon des présidents mexicains antérieurs. Mais pour imposer son choix au monde des officiels, Echeverria dut faire une manoeuvre qui est venue souligner la nature profondément anti-démocratique du régime. Moya Palencia comptait sur la force d'inertie des choix antérieurs pour obtenir la candidature. Mais le 22 septembre, avant que ne soit adopté aucun programme et bien que la veille Echeverria lui-même ait déclaré qu'au Mexique "ce sont les majorités qui décident de la succession présidentielle", l'appareil de propagande de la présidence émit la consigne : "Lopez Portillo est le bon". Aussitôt le choix présidentiel connu, les adhésions artificiellement provoquées se firent nombreuses. Mais il fut clair par la suite, que cette sélection présidentielle avait été faite sans consul-' tation même des fonctionnaires les plus proches, formellement chargés de "choisir" le candidat: les dirigeants même du PRI pour commencer et bien évidemment le successeur présumé, Moya Palencia. L'abdication de toute la direction du PRI, son remplacement par divers ministres du Cabinet les changements introduits dans celui-ci et le comportement servil des "leaders" populaires, tout cela fit voir clairement, et même de façon grotesque l'absence absolue de pouvoir de décision que même ceux qui occupent les plus hauts sommets gouvernementaux ont dans la désignation du candidat. La manifestation de la CNOP du 24 septembre qui, à ce qu'il semblait, devait servir de tribune à Moya Palencia pour le lancement de sa candidature, servit au contraire à ratifier la candidature de Lopez Portillo. Fissures prévisibles du régime Mais toute la capacité de manoeuvre du régime ne cache pas sa sclérose prononcée, son absence de souplesse réelle. Reyes Heroles, président d'un parti qui renonce est coopté au gouvernement, Munoz Ledo secrétaire au Travail et à la Prévision sociale est nommé président du PRI, Gomez Villanueva, secrétaire à la Réforme agraire est envoyé comme secrétaire général du PRI. Les dirigeants syndicaux restent, la structure demeure. Les hauts fonctionnaires sont simplement changés de poste. Ces changements, bien qu'ils ne marquent aucune modification substantielle de l'appareil témoignent cependant des fissures, frictions et conflits internes croissants. Donc. si le PRI ne mobilise pas, et comme appareil de mobilisation de masse, il est complètement mort, il est évident que Munoz Ledo et Gomez Villanueva ne le ressusciteront pas, même s'ils le voulaient et en dépit de l'énorme quantité de moyens dont ils disposent. D'autre part, le groupe qui s'est cristallisé autour de Moya n'est pas simplement un groupe de plus. Il représente la vieille couche de politiciens professionnels, la haute oligarchie de la "famille révolutionnaire!' mexicaine, il représente un centre de pouvoir qui n'est que par -tiellement supplanté par la nouvelle technocratie. Celle-ci est encore moins liée aux masses que celle-là. Quand il faudra avoir recours à la vieille démagogie populiste, il sera nécessaire de rappeler les vieux politiciens, professionnels de la tirade facile. Le PRI a démontré qu'il était une structure totalement dépendante du président surtout en ce qui concerne la question de la succession présidentielle. Le PRI a naturellement ses cliques, ses noyaux de pouvoir et ses "caudillos" qui peuvent choisir et imposer leur candidat comme député ou sénateur, mais les grandes déciimportantes et substantielles restent aux mains du président. Le PRI n'atténue en rien le présidentialisme despotique et autoritaire qui domine le régime mexicain, perspectives révolutionnaires En 1975, le prochain président du Mexique a été désigné par le doigt de l'unique et grand électeur. Mais c'est aussi en 1975 qu'est apparue clairement une nouvelle avant-garde au niveau national. Estudiantine, mais comprenant de plus en plus d'ouvriers, elle est la marque vivante du discrédit et de l'usure de l'appareil bonapartiste mexicain, Elle représente les couches de la population qui chaque fois davantage s'éloignent de la politique gouvernementale, qui cherchent une alternative indépendante. Le 14 mars, à la Cité universitaire, une partie de cette avant-garde désavoua directement Echeverria. Tout indique que son successeur n'aura pas un sort meilleur. Le crépuscule du bonapartisme mexicain a commencé irrémédiablement. Lopez Portillo n'évitera pas sa nuit.