PACO ROBS sahara occidental
Le Sahara occidental soulevait bien peu d'intérêt jusqu'à la découverte au début des années 60, sur son territoire de fabuleuses richesses minières, le plus important gisement de phosphates du monde, dans la région de Bu-Crâa. Ce gisement qui s'étend sur une surface de 250 km2 et dont la partie essentielle est exploitable à ciel ouvert, présente le double avantage d'un minerai extrêmement riche et d'un accès rapide vers l'océan Atlantique qui ne se trouve qu'à une centaine de kilomètres. L'exploitation a débuté en 1972, avec la création d'une société, Fos-Bu-Crâa, dans la -quelle ont investi la Banque de Paris et des Pays-Bas, la Banque Rotschild et Krupp, qui a fourni un matériel d'extraction hautement technicisé. La société emploie 2500 salariés, dont 1000 seulement travaillent dans les mines. Seule une minorité de ces ouvriers provient de la population sahraouie; les autres sont des travailleurs en provenance des Iles Canaries ou de la métropole espagnole. L'exploitation à grande échelle de ces gisements permettrait au Sahara occidental de bénéficier d'un monopole presque absolu sur le marché mondial des phosphates, effaçant le Maroc qui est aujourd'hui le principal producteur. On comprend le peu d'empressement des puissances impérialistes à favoriser l'accès à l'indépendance d'un pays qui pourrait leur faire payer alors au prix fort des décennies de colonialisme brutal et d'une misère froidement en -tretenue. Les mésaventures pétrolières de ces dernières années leur servent de leçon. Ainsi, tant les USA, premiers intéressés, que les impérialismes ouest-allemand ou
AU-DELA
français ne cachent pas leur désir de voir le Maroc s'annexer ce territoire. Mais les mines de phosphates ne sont pas la seule richesse du Sahara occidental. Au large de ses côtes, se trouvent des zones de pêche extrêmement riches que le colonialisme espagnol a bradées et abandonnées au pillage des flotilles de pêche de différents pays, De même, des forages ont démontré l'existence d'importants gisements de pétrole, délibérément sous-évalués jusqu'à présent par les grandes compagnies pétrolières chargées de la prospection. Mais leur empressement à passer des accords d'exploitation avec l'Espagne dans la dernière période en dit long sur la richesse de ces gisements, conçus jusqu' alors comme réserves stratégiques. Dernière richesse d'importance, enfin, outre des gisements de fer et d'uranium, le Sahara occidental recèle dans son sous-sol un véritable lac souterrain, immense nappe d'eau douce qui permettrait de transformer le Rio de Oro en un gigantesque jardin au milieu du désert. Il ne faut pas chercher plus loin la raison des prétentions territoriales de la Mauritanie sur cette région. Mais le Sahara occidental, outre son importance économique décisive, est aussi un enjeu politique et militaire d'autant plus important que l'accès à l'indépendance des anciennes colonies portugaises modifie profondément l'équilibre des forces en Afrique. L'impérialisme US est soucieux de renforcer sa présence dans cette région en favorisant l'an-
SAHARA OCCIDENTAL nexion du territoire par le Maroc et, subsidiairement, la Mauritanie. La constitution d'un Sahara indépendant où le F. Polisario, (Front populaire pour la libération du Sahara), soutenu par Alger, jouerait un rôle déterminant, est d'autant moins bien vue par l'impérialisme que cela pourrait remettre en jeu les bases militaires des Iles Canaries. Or, depuis la chute du régime Caetano au Portugal, les bases des Açores ne sont plus une pièce aussi sûre dans le dispositif militaire de l'OTAN. Le développement du M. P. A. I. A. C. (Mouvement pour l'auto-détermination et l'indépendarce de l'archipel des Canaries) et les liens fraternels qu'il a tissés avec le F. Polisario confirment le bien-fondé de telles inquiétudes. Enjeu de teille, le Sahara occidental est l'objet de tractations complexes et d'initiatives scabreuses dont la "marche verte" n'est que la dernière en date. Depuis un an, le colonialisme espagnol contraint de battre en retraite s'est engagé dans une politique de pseudo-décolonisation dont il est très loin de maitriser toutes les données. L'Espagne a cherché à sauvegarder l'essentiel de ses intérêts économiques et militaires dans cette région en engageant des négociations sur plusieurs fronts. Son premier objectif a visé à reculer les échéances de la décolonisation en engageant une répression brutale contre les premières actions du F. Polisario et en ouvrant le feu sur des manifestants à El Aioun en juin 70; aux dizaines de morts, aux centaines de blessés se sont ajoutés de nombreux cas de tortures. Mais la répression n'a pas réussi à entraver le développement du F. Polisario qui a tenu son congrès constitutif en août 73. La chute de la dictature de Caetano au Portugal et l'aggravation de la crise de la dictature franquiste ont forcé l'Espagne à un changement de politique auquel elle s'était refusée jusqu'alors. Le 22 août 74 elle fait connaitre son intention d'organiser un referendum qui devra décider du statut du territoire. Parallèlement, elle favorise la création du P.U. N.S. (Parti de l'union nationale sahraonie), parti légal constitué par des notables sahraouis acquis à la collaboration avec le régime franquiste, chargé d'assurer une relève néo-coloniale qui préserverait l'essentiel des intérêts de l'Espagne. Le recensement effectué par l'administration coloniale en vue du referendum évalue à 75000 personnes la population sahraouie, ce qui est extrêmement peu pour un territoire grand comme pratiquement la moitié de la France. Mais les dirigeants du F. Polisario avancent un chiffre beaucoup plus élevé de l'ordre de 250 à 300000. Il est vrai que l'écrasante majorité de la population sahraouie est composée de tribus nomades qui s'embarrassent fort peu du tracé artificiel des frontières séparant le territoire sous administration espagnole, de l'Algérie, du Maroc ou de la Mauritanie. L'essentiel de cette population nomade a d'autant mieux échappé au recensement qu'elle a souvent dû se réfugier sur les territoires voisins, chassée par la misère et le sous-développement où le colonialisme espagnol a contraint ce territoire. (1) Ces populations sont certainement prêtes à s'intégrer dans un Sahara occidental libre et indépendant, comme le montre le soutien massif qu'elles apportent au F. Polisario, contraignant même la Mauritanie à tolérer son activité sur son territoire. Les manoeuvres de l'Espagne ont tourné court avec la déconfiture spectaculaire du PUNS, qui malgré ses possibilités d'action légale, a été incapable d'enrayer le développement d'un soutien de masse au F. Polisario comme en ont témoigné les manifestations qui ont accueilli la visite de la mission de l'ONU au printemps 75. De plus, le secrétaire général du PUNS, sentant le vent tomber et l'Espagne perdre pied, a préféré gagner avec armes et bagages, notamment la caisse de l'organisation, le Maroc, et faire allégeance au régime marocain. Le F. Polisario s'affirme alors comme le représentant indiscutable du peuple sahraoui et de sa volonté de se constituer en Etat indépendant. Tant le Morehob (Mouvement des hommes bleus), que le FLU (Front de libération et d'unité), directement armés et soutenus par le régime marocain, défendent la thèse du rattachement du territoire au Maroc mais ne bénéficient d'aucune influence sérieuse dans la population sahraouie. Avec la rapide déconfiture du PUNS, l'Espagne est forcée de réajuster sa politique au cours de l'année 75. Dans la dernière période notamment, l'isolement international du régime franquiste, sa grave crise interne et l'offensive marocaine l'ont forcée à la fois à engager l'évacuation du territoire et à développer les négociations sur plusieurs fronts. L'Espagne doit renoncer à préserver certains de ses privilèges, notamment le maintien au Sahara occidental d'un important contingent militaire qui s'élevait dernièrement à 55 000 soldats et 4 500 membres de la police armée. On sait trop le rôle déterminant joué par les troupes stationnées au Maroc dans le soulèvement fasciste de juillet 36 pour ne pas comprendre l'intérêt que portait le régime au maintien outre-mer de forces armées sûres, prêtes à intervenir à nouveau comme fer de lance contre-révolutionnaire dans la péninsule. Mais l'objectif poursuivi dans les négociations actuelles, tant avec le Maroc et la Mauritanie d'une part qu'avec Alger et le F. Polisario d'autre part, se limite au maintien d'une présence militaire à El Alnoun qui servirait d'appui à la base aérienne des Canaries où sont stationnés quelques 35 000 soldats. Mais ce sont plus des raisons économiques que militaires qui ont fait basculer à plusieurs reprises et à quelques jours d'intervalle la poli-
tique franquiste. Le voyage éclair du très franquiste ministre Solis au Maroc il y a quinze jours, a conduit à l'annonce d'un accord imminent avec ce pays, alors que la reconnaissance de fait du F. Polisario comme seul représentant véritable du peuple sahraoui depuis quelques semaines annonçait une évacuation rapide du territoire par l'administration et l'armée espagnoles et la constitution d'un Etat indépendant. Mais quelques jours plus tard à peine, le voyage de Juan Carlos, chef de l'Etat par intérim à El Aloun, a renversé la vapeur et durci la position de l'Espagne vis-à-vis du Maroc, sous la pression énergique d'Alger, pression plus économique que militaire d'ailleurs. En effet, d'un côté l'Espagne cherchait par un accord avec le Maroc à maintenir une participation importante dans l'exploitation des gisements de phosphates de Bu-Crâa, dont les accords préparatoires prévoyaient qu'elle puisse s'élever à 60%. Mais, d'autre part, et la résolution d'Alger semble avoir pesé sur le gouvernement espagnol, l'Algérie est de loin le premier partenaire commercial de l'Espagne en Afrique. Selon le ministère du Commerce espagnol, en 1974, sur les 36 590 millions de pesetas exportées vers l'Afrique, près de 10000 millions correspondent aux achats de l'Algérie. De même, l'Espagne a importé d'Algérie pour plus de 20 000 millions de pesetas en pétrole presque exclusivement, sur un total de 70680 millions d'importation en provenance du continent africain. Les accords économiques avec Alger sont plus importants que ceux passés avec les USA, et le Maroc arrive très loin derrière. La détermination du gouvernement algérien s'explique aussi par des intérêts tant politiques qu'économiques. L'Algérie vise d'abord à élargir son influence politique par la constitution d'un Sahara indépendant sous l'égide du F. Polisario, à isoler le Maroc et la Mauritanie et à empêcher le renforcement de la présence politique et militaire de l'impérialisme US dans cette région. Mais l'Algérie est aussi à la recherche d'un accès à l'Atlantique qui lui permette une évacuation rapide pour les gisements de pétrole, et surtout de gaz naturel qu'elle possède dans la partie du Sahara que recouvre son territoire. La construction d'un gazoduc vers la Méditerranée est d'un coût exorbitant; et les négociations avec le Maroc pour faire passer le gazoduc sur son territoire, ce qui permettrait l'accès le plus rapide à l'Atlantique, ont tout de suite tourné court. Le Maroc, quant à lui, joue une partie tout aussi importante, sinon plus. On ne peut encore évaluer les conséquences de la décision d'Hassan Il de faire battre en retraite les 300 000 marocains de la "marche verte"'. Même si cette décision semble annoncer la possibilité d'un accord avec l'Espagne, elle
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• Atar 0. 100 200 apparait comme un échec politique pour Hassan II, une aventure qui tourne court. En effet, la "marche verte" a été conçue et organisée non pas comme un simple moyen de pression sur le gouvernement espagnol mais comme une véritable invasion qui devait permettre l'annexion immédiate du territoire par le Maroc. Une part importante des 300 000 marcheurs avait été recrutée parmi des couches précises de la population active dont on voulait les voir s'installer en qualité de nouveaux colons. De même avaient été mobilisés les techniciens spécialistes de l'exploitation des phosphates au Maroc pour assurer la relève de l'administration espagnole à Bu-Crâa, En outre, l'aventure criminelle d'Hassan II visait des objectifs politiques précis sur le plan interne : juguler l'opposition au régime qui s'est engouffrée, PC marocain en tête, dans cette croisade, reconstituant une union nationale inespérée pour un régime aussi chancelant; affermir sa base populaire, offrir une "guerre" facile à l'armée marocaine qui reste très peu sûre pour le régime. Or, sur le plan interne, l'opération de Hassan II largement inspirée et appuyée par les USA soucieux d'exploiter les difficultés internes du régime franquiste, tourne au fiasco et pourrait bien faire basculer la couronne. Ce recul est d'autant plus délicat que reste posé, outre la question du Sahara occidental sur laquelle les revendications marocaines sont absolument illégitimes (2), le problème des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla qui elles, sont parties intégrantes du territoire marocain et devraient lui être rétrocédées sur le champ. Ainsi, seule la proclamation immédiate d'un accord hispano-marocain s'accordant sur l'annexion par le Maroc du Sahara occidental pourrait sauvegarder la position de Hassan. Mais pour qu'un tel accord devienne réalité, il faudrait que le Maroc enva-
hisse le territoire: il se heurtera alors à une résistance acharnée de la majorité de la population sahraouie encadrée par le F. Polisario et soutenue par l'Algérie qui possède l'armée la plus puissante parmi les pays concernés. L'Espagne, dans l'hypothèse d'un tel accord se dépêcherait d'évacuer au plus vite le territoire, peu pressée d'engager son armée dans un conflit difficile où ses intérêts ne seraient pas directement en jeu et dont les conséquences en son sein pourraient s'avérer très préoccupantes. L'avenir du Sahara occidental repose essentiellement sur les épaules du F. Polisario. Cette organisation, dont il est difficile de cerner les contours politiques, bénéficie à l'évidence d'un appui de masse dans la population sahraouie, dont les structures sociales sont restées pré-capitalistes. Le faible prolétariat qui s'est formé dans les mine. et le sous-prolétariat urbain, frappé par un chômage dra, matique, pèsent d'un poids social trop faible aujourd'hui. La direction du F. Polisario est aux mains de la petite élite intellectuelle sahraouie qui s'est formée dans les universités espagnoles ou marocaines. Elle subit à l'évidence les pressions de la direction algérienne à laquelle elle s'identifie très largement. Il semble plus que difficile dans ces conditions qu'elle puisse conduire la lutte de libération nationale du Sahara occidental jusqu'à une totale émancipation nationale et sociale du peuple sahraoui et à la constitution d'un Etat socialiste. Mais elle peut au moins s'engager résolument dans la voie de la proclamation rapide d'un Etat indépendant. Dans cette lutte, contre les menaces militaires du Maroc, contre la possibilité d'intervention de l'armée espagnole ou une intervention directe des USA, elle doit recevoir le soutien résolu des militants révolutionnaires et de nos camarades en Espagne même, en premier lieu. C'est ainsi que l'ont compris les militants de la LCR-ETA (VI) qui font leur service militaire au Sahara occidental et fraternisent avec le F. Polisario. (1) Le Sahara occidental compte en tout et pour tout, 2 écoles secondaires et 350 chambres d'hôpital, réservées à 50% pour les colons espagnols. (2) Le Maroc en appelle aux liens existant avant la colonisation entre les tribus sahraouies et le sultan du Maroc auquel elles faisaient acte d'allégeance, d'ailleurs très symbolique.