J. HEINEN En cette "année de la femme" qui est avant tout l'année des licenciements de femmes, aujourd'hui plus que jamais, la question de l'avortement est au centre de la crise des rapports sociaux. Après les USA, après la France où le mouvement autonome des femmes avait mis ce thème à l'ordre du jour dès la fin des années 60, c'est dans le cadre de situations politiques aussi différentes que celles de l'Allemagne, de l'Italie et de la Grande-Bretagne que le problème se pose de la manière la plus aigüe. Dans ces trois pays, comme dans tous ceux où les femmes luttent pour obtenir le droit de contrô le droit de décider elles seules si elles veulent ou non des enfants, la question de l'avortement est directement liée à la crise sociale et politique qui menace le pouvoir de la bourgeoisie. Crise dont les divers facteurs varient d'importance selon les pays capitalistes mais qui tous à un degré ou à un autre, contribuent à ébranler les fondements traditionnels de la société bourgeoise, et à remettre en cause le statut de la femme en particulier. Crise idéologique touchant la famille et l'Eglise qui se traduit non seulement par une augmentation massive du nombre des divorces, mais par le fait que des couches de jeunes de plus en plus larges revendiquent leur libération sexuelle et rompent avec la morale traditionnelle, avec les notions de Devoir et Discipline telles qu'on cherche à les leur imposer. Crise économique dont les femmes sont les premières victimes, impliquant des licenciements massifs et une réduction drastique des investissements dans les secteurs sociaux tels que la santé, les écoles, les crèches, etc.
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Crise politique qui, avec l'affaiblissement des principaux partis représentant les intérêts de la bourgeoisie avancée, participe à l'émergence de courants réactionnaires et fascisants, grands défensenrs de l'Ordre et ennemis des femmes luttant pour leur émancipation. Crise du stalinisme enfin, qui, avec la faillite du réformisme, révèle les carences du mouvement ouvrier quant à la bataille à mener contre l'oppression de la femme. La crise idéologique: l' Italie En ce qui concerne la crise de la famille et la crise de confiance dans l'Eglise, l'exemple de l'Italie aujourd'hui est très explicite. Dans ce pays. où le pourcentage de femmes ayant une activité professionnelle est le plus faible d'Europe étant donné le poids qu'a encore la notion de "'femme au foyer" dans ce pays où, jusqu'il y a peu, on ne prononçait le mot "avortement" qu'en tremblant et où les 3 millions de femmes qui avortaient illégalement chaque année le faisaient dans le secret le plus absolu et dans des conditions hygiéniques déplorables, il a suffi du vote victorieux de la gauche sur la question du divorce il y a à peine un an et demi pour que soient ébranlés les uns après les autres les tabous les plus forts de la morale traditionnelle. En effet, après l'échec du referendum lancé par la Démocratie Chrétienne pour abolir la loi extrêmement restrictive sur le divorce, des milliers d'hommes et surtout de femmes ont commencé à prendre la parole et à s'organiser pour mettre à jour tous les autres aspects de la vie quotidienne qui sous-tendent l'oppression de la femme : l'absence d'éducation concernant la contraception, l'interdiction d'avorter, etc.
Pour obtenir l'abolition de la loi italienne datant de la période fasciste qui prévoit de une à cinq années de prison pour tout avortement -celui-ci étant assimilé à un assassinat - et pour protester contre l'arrestation d'Adèle Faccio, directrice à Florence d'un centre d'information sur la stérilisation et l'avortement, le Parti radical, le Parti socialiste italien et les organisations d'extrême-gauche ont lancé le printemps dernier une pétition qui a obtenu 700.000 signatures en moins de trois mois. Mais ce qu'il faut relever, c'est la mobilisation existant depuis plus d'une année dans les entreprises, dans les écoles, les quartiers, c'est la naissance de collectifs de femmes ou de groupes mixtes réclamant l'avortement libre et gratuit et les subventions étatiques nécessaires pour concrétiser cette revendication. Inquiète devant ce mouvement. la bourgeoisie italienne a cru devoir lâcher un peu de lest en faisant aboutir un projet de loi qui dormait dans les cartons depuis 71 : celui-ci rend la femme italienne égale à l'homme devant la loi. sinon devant les faits. Elle a également accepté de voter cet été - sur la proposition de "'l'Union des femmes italiennes", organisation contrôlée par le PCI - une loi permettant la création de plannings familiaux au niveau national. Une réaction immédiate s'est faite au sein du mouvement pour l'avortement libre et gratuit face à l'ambiguité de ce dernier texte. Il permet en effet d'allouer les sommes prévues à des cliniques privées au cas où la réforme du secteur hospitalier serait trop lente pour que de tels centres soient incorporés aux établissements publics. Pour empêcher toute spéculation sur la santé des femmes, de même que l'accaparement d'investissements publics par des cliniques privées. des coordinations entre les différents groupes se sont organisées au niveau des villes : elles mettent en avant une plate-forme commune exigeant que la nouvelle loi soit utilisée afin de créer des centres hospitaliers pour les femmes où celles-ci puissent exercer un contrôle sur le type d'informations qui leur est donné, ainsi que sur la qualité des soins, Ceci afin d'éviter que les trusts pharmaceutiques ne profitent de la situation. Parallèlement, les femmes pourront organiser la lutte pour le droit à l'avortement libre et gratuit dans les meilleures conditions possibles. Une première rencontre nationale de tous ces groupes a eu lieu à Bologne les 11 et 12 octobre derniers. Elle a permis aux 500 femmes présentes de faire le point sur la situation et d'échanger leurs expériences. Bien sür, cette première discussion n'a pas pu apporter une réponse à tous les problèmes qui étaient posés : comment intervenir dans les centres de consultation, dans les écoles ? Comment concilier l'autonomie du mouvement de femmes et la nécessité d'un travail permanent avec le mouvement mixte sur l'avortement ? Comment sensibiliser le mouvement ouvrier sur ces thèmes ? etc, Mais elle a permis néanmoins de définir les axes de la mobilisation dans la phase ultérieure:
- une manifestation internationale le 6 décembre à Rome;
- une journée de mobilisation nationale préalable, organisée par régions. La manifestation internationale est comprise d'une part comme un premier pas pour effectuer une jonction avec les militantes d'autres groupes autonomes de femmes et des mouve-
ments étrangers sur l'avortement; mais c'est aussi un moyen de renforcer la mobilisation en Italie en acquérant un poids politique plus grand dans la confrontation avec l'Etat bourgeois. La rapidité avec laquelle les idées reçues sur la question de la sexualité. de la famille et du statut des femmes dans la société se trouvent mises en question dans ce pays où l'emprise de l'Eglise est restée forte, montre la profondeur de la crise politique qui secoue l'Italie. Et le développement inégal et combiné permet à un mouvement relativement jeune d'intégrer les acquis et les expériences faites dans d'autres pays européens et d'attaquer les fondements de la société patriarcale avec d'autant plus de forLes effets de la crise économique: l'exemple de l'Angleterre Sans pouvoir analyser ici l'ensemble des effets de la crise économique pour les femmes, il faut dire l'importance, dans la question de l'avortement. de la politique menée par la bourgeoisie de la plupart des pays européens en matière d'investissements dans les secteurs sociaux. et dans celui de la santé en premier lieu. L'exemple de la Grande-Bretagne est le plus explicite sur ce plan étant donné l'ampleur des "coupes" sombres qui ont été effectuées par le gouvernement travailliste dans les dépenses publiques en janvier dernier: ce retour en arrière signifie une attaque directe du niveau de vie des travailleurs britanniques, qu'il s'agisse des usagers ou des employés des services publics. Quand on sait que les infirmières de ce pays ont dû lutter plusieurs mois pour voir augmenter de 38% leurs salaires qui étaient parmi les plus bas de la classe ouvrière, quand on sait que près de 30000 personnes étaient inscrites sur les listes d'attente - de plusieurs mois! - pour obtenir un lit dans les hôpitaux du nord de l'Angleterre cet été, on comprend que la lutte contre la diminution des dépenses du secteur public concerne l'ensemble des travailleurs britanniques. Et on comprend aussi le lien existant entre cette lutte et celle relative à l'avortement libre et gratuit: le nombre des avortements effectués dans les hôpitaux d'Etat est en effet passé de 67 à 51% récemment, car en général il faut attendre un mois avant de voir un médecin et il est quasiment impossible de se faire hospitaliser dans les délais nécessaires... Pendant ce temps. la médecine privée se porte bien et le gouvernement accepte de lui venir en aide restreignant encore la part dévolue au secteur public: Depuis la loi de 1967 autorisant l'avortement du -rant les 28 premières semaines de grossesse et le remboursement de celui-ci par la sécurité sociale quand il est effectué dans un hôpital d'Etat, si un pourcentage énorme de femmes a continué à avorter clandestinement dans les pires conditions depuis lors, c'est avant tout en raison de la surcharge des hôpitaux et du coût très élevé d'un avortement dans une clinique privée (prix que la majorité des travailleuses ne peut pas payer). Cependant, il ne faut pas voir dans la position réactionnaire adoptée aujourd'hui par le gouvernement sur la question de l'avortement une pure volonté de faire des économies: le coût d'un avortement - surtout par la méthode d'aspiration - n'est pas tel qu'il justifie une attaque particulière. En revanche, lorsque Wilson dit "qu'il n'est pas d'accord avec les personnes qui affirment qu'une femme devrait pouvoir revendiquer l'avortement comme un droit", il révèle sa véritable pensée. Il s'agit pour lui d'une bataille idéologique touchant au rôle de la famille, directement liée à la situation inconfortable dans laquelle se trouve le gouvernement travailliste. Celui-ci a beau se dire réformiste, il est amené par sa politique budgétaire à diminuer le nombre déjà très restreint de crèches et d'étahlissements pour vieillards, exigeant par là-même des femmes qu'elles reprennent en charge certaines tâches jusque là partiellement remplies par l'Etat. Et ce faisant, qu'elles renoncent au peu de liberté qu'elles avaient pu conquérir sur le plan matériel. Ce n'est donc pas le moment de leur accorder de nouveaux droits! Derrière les arguments spécieux du député travailliste James White qui avait proposé le printemps dernier un amendement à la loi de 1967 "afin d'empêcher les abus dans le secteur privé'' derrière les recommandations que vient de faire le comité ad hoc ou "'Select comittee" mis sur pied pour examiner la proposition de White, est évident qu'il y a la volonté de culpabiliser les femmes au maximum tout en leur faisant payer les conséquences de la crise économique sur le plan social. James White proposait de restreindre les clauses "sociales", de ne pas autoriser l'avortement au-delà de 20 semaines et d'empêcher toute "publicité" à ce sujet -interdiction d'écrire quoi que ce soit sur l'avortement! Le "Select Comittee" lui, proposa que toute femme désirant avorter soit obligée de s'inscrire à un bureau spécialisé et que le département de la Santé ait le droit d'établir des quotas pour les femmes étrangères, afin qu'elles ne soient pas acceptées dans les cliniques sans autorisation. Sans modifier fondamentalement la loi de 67. les propositions du "Select Comittee" vont néanmoins dans le sens de tous ceux qui glorifient la maternité, qui luttent farouchement contre le mouvement autonome des femmes et contre le NAC ("National Abortion Campaign", mouvement national pour l'avortement - né au printemps dernier). Le droit pour les femmes de décider librement si elles veulent ou non des enfants reste donc à conquérir, en Angleterre comme ailleurs! C'est ce qu'a compris le NAC. A travers une campagne dont l'ampleur est sans précédent dans les pays européens, il a réussi à organiser une manifestation de 25 000 personnes en
juin dernier pour battre en brèche l'amendement de James White et il y a en partie réussi puisque celui-ci n'a finalement pas été mis au vote. De plus il a organisé les 19 et 20 octobre dernier une conférence nationale regroupant 1000 délégués. Ceux-ci se sont donnés pour tâche d'effectuer la mobilisation la plus large dans tout le pays durant les mois à venir et notamment à la fin du mois de novembre quand la session parlementaire devra réélire le Select Comittee. Les délégués des 17 fédérations syndicales locales ou nationales représentées ainsi que ceux des 69 groupes locaux du NAC ont défini comme premier objectif la nécessité d'empêcher cette réélection et de populariser la revendication de l'avortement libre et gratuit adoptée cet automne par le congrès du TUC et du Parti travailliste. L'un des axes essentiels de la campagne menée par le NAC durant l'été a consisté en des interventions sur le secteur de la santé: en organisations de piquets devant les hôpitaux pour protes -ter contre la pénurie de lits et contre l attitude réactionnaire de nombreux médecins refusant de faire des avortements dans les établissements publics. L'écho de cette campagne a été très grand. Très souvent, ce sont les travailleurs et les travailleuses du secteur hospitalier eux-mêmes qui ont organisé des piquets sur l'avortement, montrant par là combien la revendication de l'avortement libre et gratuit est, pour eux liée à toutes celles touchant à leurs conditions de travail et aux besoins de la classe ouvrière dans son ensemble. La réaction relève la tête L'importance de cette double bataille est d'autant plus grande que, partout où le mouvement autonome de femmes, ou un mouvement mixte sur l'avortement se sont révélés suffisamment forts pour obliger la bourgeoisie à céder partiellement devant leurs revendications. on a vu apparaitre des associations réactionnaires. Leur nom varie, mais les buts proclamés sont identiques, qu'elles s'appellent "Laissez-les-vivre"' "Les amis du foetus" (sic!! "Oui à la vie", la "Société pour la protection des enfants non-nés" (SPUC), etc. Presque toujours, ces sociétés sont liées à la fois aux courants les plus réactionnaires de l'Eglise catholique et aux courants d'extrême-droite, xénophobes voire fascisants. Pour eux, la volonté des femmes d'être reconnues comme les égales de l'homme est une attaque directe à tous leurs schémas racistes, à leur vision hiérarchique de la société et à leur volonté de maintenir un Ordre figé. Malgré leurs déclarations outrées et leurs démonstrations souvent ridicules, il ne faut pas sous-estimer leur importance ni leur audience, y compris au sein de la classe ouvrière. La division objective du mouvement ouvrier, son absence de réponse à la question de l'émancipation des femmes, le poids de l'idéologie bourgeoise et des images qu'on a mises dans la tête des travailleurs depuis leur plus tendre enfance, la peur du matérialisme et de tout ce qui, en général, risque de mettre en question les rapports traditionnels entre les gens, tout cela fait que ces courants ont une certaine crédibilité. Leur poids varie pourtant en fonction du soutien plus ou moins grand et plus ou moins officiel qu'ils obtiennent de l'Eglise. ainsi que de la profondeur des traditions mâles-chauvines et de l'importance du courant raciste dans un pays donné. En Grande-Bretagne, le SPUC est très puissant, les manifestations réunissant jusqu'à 70 000 personnes qu'il avait réussi à organiser en 1970, de même que la manifestation plus récente de 30000 personnes en avril dernier ne sont évidemment pas uniquement formées de curés ou d'adhérents à l'organisation d'Enoch Powell.
Ice mouvement est soutenu par des couches de l'élite bourgeoise comme les médecins réactionnaires: ces derniers ont mis sur pied en septembre de cette année une conférence médicale se voulant "scientifique" sur le respect à la vie humaine, à laquelle le NAC a riposté en organisant des piquets devant l'hôpital de Birmingham où elle avait lieu. Mais il n'en reste pas moins que des couches importantes de la classe ouvrière, et notamment de femmes, sont influencées par cette association, Au point qu'elles écoutent sans sourciller des déclarations comme celle de ce député, professeur de gynécologie affirmant: "Le foetus souffre exactement comme un bébé dans son lit... La seule différence, c'est que toute tentative de crier est étouffée par l'eau dans laquelle flotte l'enfant". Qu'un tel obscurantisme puisse avoir prise sur la classe ouvrière montre d'autant plus l'importance de l'action propagandiste du NAC, de l'information, de l'éducation qui doit être faite à tous les niveaux, depuis l'école jusqu'à l'usine en passant par les syndicats. Aux Etats-Unis, une enquête récente montre que la moitié des femmes voulant avorter en 1974 n'ont pu le faire dans le cadre hospitalier vu le manque de places ; ce sont avant tout les jeunes travailleuses et les paysannes pauvres habitant des régions où l'infrastructure hospitalière est très peu développée qui subissent les conséquences de cette situation, Ce n'est donc pas étonnant si la réaction profite de cet état de fait pour reprendre du poil de la bête. L'Eglise catholique mène en effet une campagne hystérique "pour les droits du foetus", qualifiant l'avortement d'assassinat et elle a encouragé la condamnation du docteur Edelin, un noir américain chef de la clinique de gynécologie de l'hôpital de Boston, connu pour être un des deux seuls praticiens d'accord pour effectuer des avortements dans cet hôpital. Il a été accusé de meurtre, parce qu'une femme ayant avorté d'un foetus considéré comme viable, il n'avait pas tenté de le maintenir en vie. Pour -tant, ceux qui dans les rangs de l'Eglise catho-lique défendent la vie du foetus au point d'exiger des équipements hospitaliers permettant qu'un foetus de 3 à 4 mois soit maintenu artificiellement
en vie au prix de milliers de dollars -, sont les mêmes qui crachent et qui jettent des pierres Ce sont les mêmes qui, dans les Etats du sud encouragent la stérilisation forcée des noires et des femmes mexicaines afin de limiter la population de couleur.
En France, le même problème pourrait se poser. Le MLAC (Mouvement pour la libération de l'avortement et de la contraception) a perdu beaucoup de son importance après que fut passée en janvier 1975 la loi autorisant les femmes à avorter jusqu'à la dixième semaine. Depuis lors, des organisations telles que "Laissez-les-vivre' relèvent la tête. Elles tentent aujourd'hui de rendre inefficaces les acquis obtenus par le mouvement. Vu la faible prise en charge de la revendication de l'avortement libre et gratuit par les fédérations syndicales - même si grâce à l'action du MLAC celle-ci figure dans la plate-forme interconfédérale CGT-CFDT -, les réactionnaires de tout poil se sentent relativement à l'aise pour mener leur campagne. Ils se proposent "d'isoler les avorteurs de la nation en recommandant au public de s'adresser aux médecins respectant la vie humaine". Et ils veulent "provoquer d'autre part une contestation civique consistant à demander jusque devant les tribunaux le remboursement de la fraction de l'impôt et des cotisations sociales correspondant au financement de l'avortement légal'". Ce mouvement qui déclare aujourd'hui plus de 20 000 adhérents a l'intention de publier la liste des quelques 1500 médecins qui sont opposés à l'avortement. Il se vante par ailleurs d'avoir empêché, depuis sa création en 71, 5 à 6% des femmes qui voulaient avorter de le faire, ceci grâce à l'Association "SOS - futures mères" à Face à cela, la tâche des révolutionnaires n'est pas de fermer les yeux et de minimiser un tel courant, mais de tout faire pour que le mouve -ment ouvrier dans son ensemble prenne la défense du droit élémentaire - et pour l'instant combien réduit! - qui a été conquis récemment. Il faut impulser partout où c'est possible des débats et des actions montrant le lien existant entre l'exploitation et l'oppression spécifique de la femme. entre les visées réactionnaires d'une partie de la bourgeoisie et les intérêts de l'ensemble du patronat. Celui-ci est trop heureux d'avoir à sa disposition une main d'oeuvre malléable et corvéable à merci parce que non qualifiée, peu organisée dans les syndicats et presque toujours soumise à l'idée que le travail de la femme n'est qu'un travail secondaire et ne mérite qu'un salaire d'appoint. Ce qui est vrai pour la France l'est encore plus pour la Suisse. Dans ce pays, les femmes n'ont même pas encore conquis le droit d'avorter et les syndicats ne font que soutenir mollement une initiative revendiquant la liberté de l'avortement pendant les 3 premiers mois. Mais les tenants du "Oui à la vie' , eux, y ont déjà organisé un congrès mettant l'accent sur le fait que "l'avortement est un meurtre et que la déculpabilisation encourage au crime". A Genève, le MLF a occupé les lo-
MOVIMENTO
LIBERAZONE
DELLA
DONNA
caux du PDC pour le désigner "comme ennemi des femmes puisque c'est lui qui a bloqué les débats sur l'avortement lors de la dernière session des chambres" et les camarades en ont profité pour sortir sur ses presses... un bulletin sur l'avortement!
MIE CORAL ERE E.
TUTION
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CONTINUANO
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1
Mais l'impact de cette riposte sur la classe ouvrière restera très faible tant que les syndicats n'accepteront pas de participer eux-mêmes à cette lutte. Le Congrès féminin de l'Union syndicale suisse (centrale syndicale regroupant toutes les fédérations lalques) qui se tient à la fin du mois, permettra peut-être de faire un premier pas en ce sens. Si, dans ces différents pays - et on pourrait citer bien d'autres exemples -les mouvements s'acharnant à contester le droit de la femme à contrôler son propre corps ont pu se développer pareillement, c'est que l'aile de la bourgeoisie qui affiche des positions plus avancées sur la question n'a pas éprouvé le besoin d'intervenir contre ce courant réactionnaire (ou qu'elle n'en a pas les moyens). Cela prouve une chose si elle a cédé en concédant des lois plus ou moins progressistes selon les pays, ce n'est pas parce qu'elle voulait "sincèrement" la libération de la femme. C'est qu'il s'agissait pour elle d'endiguer un mouvement de radicalisation des femmes devenant dangereux; il risquait de contaminer d'autres secteurs de la population et, par sa mise en question de l'oppression de la femme et de la famille nucléaire, de mettre à nu les fondements mêmes de la société patriarcale, La politique de la bourgeoisie «progressiste» Les gouvernements qui ont fait tellement d'histoires pour accepter de diffuser la pilule et qui sont encore extrêmement réticents face à toute propagande là-dessus, n'ont pas hésité depuis des années à accorder une aide financière importante à l'Inde pour que les autorités de ce pays puissent imposer l'utilisation de la contraception aux femmes indiennes afin de limiter l'augmentation de la natalité, Au point que le docteur Allan Barnes, de la fondation Rockefeller, qui se plaint que les femmes exigent sans cesse une amélioration des moyens contraceptifs n'hésite pas à déclarer:"Si le contraceptif idéal était découvert aujourd'hui, il ne serait certainement pas introduit aux Etats-Unis, mais dans un pays comme l'Inde où il y a un marché beaucoup plus large et avide de ce genre de produit". Par contraceptif "idéal" ce monsieur veut dire bien sar un contraceptif rentable et non pas efficace comme les femmes ont le culot de le demander! Le seul problème qui importe à la bourgeoisie en ce qui concerne l'avortement, c'est moins une question économique en définitive sauf en cas de ce qu'elle appelle la "surpopulation"') qu'une question politique. A savoir le problème de la remise en cause par les femmes du statut qui est le leur dans la société. Dans des pays comme l'Espagne, le Portugal ou l'Irlande où l'influence de l'Eglise catholique reste très forte, la bourgeoisie se montre encore totalement opposée à toute libéralisation. Mais il n'est que de voir l'exemple de l'Italie, cité plus haut, pour constater qu'elle ne pourra garder cette
attitude longtemps. Dans tous les autres pays, la plupart des partis bourgeois ont compris qu'ils avaient intérêt à faire des concessions si cela pouvait éviter un approfondissement de la crise sociale. Dans ce sens, il est essentiel pour eux d'empêcher les femmes de devenir réellement autonomes : car que deviendra la famille si elles prennent conscience de leurs droits ? Et si la famille est ébranlée. que de -viendra l'ordre moral? Et que deviendra la main-d'oeuvre bon marché le jour où les femmes seront assez fortes pour exiger des salaires identiques à ceux des hommes ? La responsabilité des réformistes La position des réformistes contribue largement à empêcher cette prise de conscience chez les travailleuses car ils laissent subsister toutes les illusions parlementaristes, faisant de l'avortement un simple problème de lois. Ils ne vont ni dans le sens d'une remise en question du statut de la femme, ni de celui de la famille. La position de tous les partis communistes européens est assez explicite à ce sujet. Depuis le PCI qui, lors de la campagne sur le divorce affirmait "non, le divorce ne détruit pas la famille ! " et qui, dans sa proposition de loi sur l'avortement, admet que la femme doit être punie si elle a avorté sans faire de demande préalable... jusqu'au PCF qui a toujours refusé de soutenir le MLAC et qui déclarait encore récemment: "La famille où naissent et grandissent les futurs producteurs est un facteur indispensable de l'existence de l'humanité et de sa marche constante vers le progrès" Fondamentalement limités par une idéologie qui cherche à concilier la place traditionnelle de la femme au foyer et son droit au travail, les staliniens parlent toujours de "compensation'' pour les femmes sans jamais remettre en cause leur rôle dans la famille. En ce qui concerne l'avortement. il s'agit pour eux d'un ultime recours dont il ne faut pas abuser. En Suisse, le médecin qui, sur cette question, est le porte-parole du Parti du Travail (version helvétique du PC) affirme sans sourciller qu'il arrive à convaincre un tiers des femmes venant le consulter de garder leur enfant... Si aujourd'hui, certains représentants du Parti communiste commencent timidement à faire la critique de la structure familiale traditionnelle c'est sous la pression des revendications avancées par les mouvements autonomes des femmes auxquelles les militantes communistes sont sensibles, et afin de ne pas se couper d'une partie de leur base. C est vrai aussi pour la social-démocratie, quoique avec des nuances. Les positions du SPD Là où le petit parti socialiste italien se montre plus progressiste que le PCI parce qu'il a une carte à jouer pour regagner une certaine crédibilité la social-démocratie allemande en revanche, montre son vrai visage: celui d'un parti gouvernemental menant une politique bourgeoise et tributaire aussi bien des positions droitières de la plupart de ses députés que de celles de ses alliés bourgeois. Lors de son dernier congrès en 1973, le SPD s'était prononcé pour la liberté de l'avortement : 80% des femmes en Allemagne s'étaient en effet montrées favorables à l'abrogation définitive du paragraphe 218 de la Constitution introduit sous Bismarck et faisant de l'avortement un crime. Pour le SPD, ce n'était pas un mince argument d'un point de vue électoral, surtout qu'il s'agissait d'une réforme qui ne coûte pas cher. Malgré cela, on a vu certains de ses députés se prononcer contre la libéralisation de l'avortement au moment du vote favorable au parlement en juin 74. Et on a vu surtout la direction du parti ne pas broncher d'une oreille lorsque la Cour suprême de Karlsruhe déclara 6 mois plus tard que la nouvelle loi adoptée était inconstitutionnelle. (Même s'il est vrai que de nombreux militants de base et syndicalistes du PS descendirent spontanément dans la rue protester aux côtés de milliers d'autres nes contre ce jugement inique rendu par "La loi, c'est la loi"... et la loi est faite au nom du peuple, même si ce n'est pas ce dernier qui l'a faite ! Cette saine reflexion a sans doute amené le SPD à faire aujourd'hui une nouvelle proposition dans le cadre du débat qui va prendre au parlement sur la question de l'avortement. Pas question de revendiquer purement et simplement l'abolition du paragraphe 218 comme le demandent les groupes de femmes allemandes et le mouvement de "l'action pour l'avortement" né cet automne. Non, la solution proposée par les sociaux-démocrates (qui parait proche de la solution des délais adoptée par les députés allemands) ne change rien en fait à la situation présente. L'avortement reste un crime, il n'est pas remboursé et si le médecin que la femme va consulter refuse de lui donner une autorisation pour avorter, elle ne peut plus le faire illégalement car elle est enregistrée comme femme enceinte! Si elle le fait néanmoins. elle encourt automatiquement une condamnation. Par leurs positions, les staliniens comme les sociaux-démocrates font le jeu de la bourgeoisie réformer tenter d'intégrer tout mouvement naissant, concéder le minimum, ne rien remettre en question de fondamental. Il est évident cependant que les uns comme les autres peuvent être amenés à des tournants à gauche: face à la crise d'autorité et à la crise de la famille en particulier qui a pris une place de plus en plus importante dans la jeunesse, face à l'impact qu'a le MLF sur l'ensemble des femmes - même si pour beaucoup cela se traduit encore par une réaction de rejet - la position des
réformistes n'est guère crédible. Ils ne pourront se montrer aussi rétrogrades qu'aussi longtemps que le mouvement de radicalisation sur ces question restera marginal au mouvement ouvrier (ce qui est encore largement le cas, exception faite d'un début de modification en Grande-Bretagne, comme on l'a vu plus haut). L'importance des mobilisations à venir Il devient dès lors essentiel que les révolutionnaires, partout où ils sont présents soient non seulement actifs dans les campagnes à mener pour l'obtention ou la défense du droit à l'avortement libre et gratuit, mais qu'ils axent leur intervention en direction du mouvement ouvrier. Les exemples donnés plus haut de la radicalisation des travailleuses montrent qu'une jonction commence à être possible entre ce dernier et le mouvement autonome de femmes, jusqu'ici majoritairement composé de travailleuses intellectuelles - pour la plupart inorganisées, étudiantes ou femmes d'origine bourgeoise qui s'étaient radicalisées à partir de mai 68. Et cette jonction s'avère possible même aux USA où la lutte de classe est à un niveau très bas, même en Italie où le phallocratisme dominant est un obstacle encore plus grand qu'ailleurs à la prise de conscience des femmes de la classe ouvrière. Le succès fantastique de la grève des femmes islandaises le 24 octobre - qui a été suivie à 95% par les salariées et soutenue massivement par les femmes au foyer - est un signe de plus de la capacité des travailleuses à s'organiser pour refuser de continuer à être celles qu'on opprime et qu'on exploite le plus. En paralysant totalement l'activité des postes, des banques et de la plupart des bureaux, elles ont fait la preuve de leur force. Les nombreux groupes femmes d'entreprise qui sont nés récemment en France montrent aussi que ce qu'on appelle le "MLF" a un visage beaucoup plus complexe qu'il y a un ou deux ans. Souvent apparus pendant ou après des luttes menées sur des revendications immédiates par l'ensemble des travailleurs, ces groupes femrnes existent aujourd'hui parce que, pendant la lutte précisément, les femmes ont pris conscience des problèmes spécifiques qui sont les leurs, notamment en constatant que c'était toujours elles qui devaient quitter les assemblées générales pour s'occuper des enfants sous prétexte qu'il n'y avait pas de crèche. Et l'inégalité entre un gréviste homme et une gréviste femme subsistait dans le simple fait que c'était toujours les hommes qui s'exprimaient. En s'organisant entre elles pour essayer de rompre avec cet état de chose, elles ont de fait rejoint les rangs du mouvement autonome, même si elles re se reconnaissent pas dans le sigle "MLF" Les femmes qui militent dans ces groupes voient . bien la nécessité d'obliger le syndicat à prendre position sur tous les problèmes aui les touchent.
Et c'est d'elles que dépendra en grande partie son refus ou son acceptation de s'engager activement dans la bataille sur l'avortement. Mais cela dépendra tout autant de la capacité qu'auront les organisations révolutionnaires -et les marxistes-révolutionnaires en particulierde construire un mouvement fort sur l'avortement. Un mouvement représentatif de toutes les couches sociales exploitées et opprimées, où les organisations ouvrières seront représentées, mais un mouvement qui soit capable aussi d'intégrer toutes celles et tous ceux qui, bien que n'étant pas organisés, sont néanmoins sensibilisés sur cette question et prêts à militer pour faire reculer la bourgeoisie. C'est dans ce sens que vont nos camarades de I'IMG en Grande-Bretagne qui ont su, par leur travail impulser la création de dizaines de groupes du NAC et de sa coordination centrale. De même que nos camarades italiens des GCR dont l'activité dans les collectifs féminins et dans les groupes mixtes sur l'avortement a pour beaucoup contribué à réaliser le début de centralisation du mouvement évoqué plus haut. En Allemagne, où la naissance du mouvement est récente, tout reste à faire pour lui donner une ampleur telle qu'il oblige le gouvernement Schmidt et le Parlement à céder devant ses reven: dications. Mais la manifestation qui a eu lieu à Francfort le 26 octobre, si elle n'a réuni que 5 à 6000 personnes, ce qui est insuffisant, est un premier pas dans ce sens. Il s'agit maintenant de consolider la campagne en gagnant des groupes de femmes et des groupes syndicaux à la perspective de cette lutte afin de faire céder les députés au moment du débat parlementaire et de redonner confiance à toutes celles qui avaient eu tendance à se décourager après le jugement de Karlsruhe. Il faut leur montrer que la lutte doit et peut continuer sur tous les autres terrains relatifs à l'oppression de la femme. C'est sur cette même voie que doivent s'engager les marxistes révolutionnaires dans tous les pays, en avançant systématiquement leurs propres revendications pour faire progresser le débat, mais en étant attentifs au fait que le nouvel aspect de la radicalisation qui s'opère sur le thème de l'oppression de la femme, et plus particulièrement de l'avortement, permet précisément aujourd'hui que ces questions recommencent à être discutées et prises en charge par le mouvement ouvrier. Dans ce sens, la manifestation internationale organisée par la coordination italienne, et prévue à Rome pour le 6 décembre, sera le lieu d'une rencontre internationale pour des délégations de tous les mouvements européens qui luttent pour la liberté de l'avortement, elle devrait permettre de définir la possibilité d'actions communes ultérieurement.