Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PCI-PCF

Une nouvelle carte du néo-réformisme

· Inprecor (première série) n° 39, 5 décembre 1975 · p. 20-24 · 3 404 mots

Italie France Portugal Argentine et Chili

LA DECLARATION COMMUNE une nouvelle carte du néo réformisme

P.C.I-P.C.F/

LIVIO MAITAN Georges Marchais La déclaration commune du PCI et du PCF du 13 novembre passé, dont personne ne peut nier l'importance, a été inspirée, en premier lieu par des motifs politico-tactiques internes au mouvement communiste international. Il ne fait aucun doute que, dans la perspective de la conférence européenne des Partis communistes, Berlinguer et Marchais ont voulu préciser davantage leurs positions, clarifiant à l'avance le fait que leur orientation actuelle ne pourra en tout cas pas être influencée par d'éventuel-

ENRICO BERLiNgUEr les résolutions de la conférence (ou d'éventuelles réticences ou ambiguités d'un texte de compromis). Une telle précision était d'autant plus nécessaire que, il y a quelques mois, la "Pravda"', reprenant une interprétation du léninisme que les dirigeants du PC italien et du PC français avaient immédiatement rejetée, avait fait savoir indirectement que Brejnev et compagnie considéraient non sans préoccupation l'évolution des plus grands partis communistes du monde capitaliste. Le fait que la déclaration du 13 novembre

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soit faite sous une forme aussi compromettante de la part d'un PCF qui, traditionnellement avait pris ses distances plus prudemment par rapport aux soviétiques et qu'elle fasse suite à la déclaration Berlinguer-Carillo de juillet dernier. indique que, désormais s'est constitué un pôle des PC d'Europe occidentale, décidés à faire valoir une autonomie politique et théorique toujours plus grande. Soit dit entre parenthèses, au même moment le PC britannique donnait un autre motif de mécontentement au PCUS en prenant formellement position en faveur des opposants frappés par la répression bureaucratique en URSS. Dans un commentaire publié dans "Le Monde", Alberto Jacoviello, rédacteur en chef de l'"Unità", organe officiel du PCI, n'a pas hésité à affirmer explicitament "Les divergences entre les deux forces communistes d'Europe occidentale n'avaient pas peu contribué jusqu'à présent au maintien d'une hégémonie extérieure. La brèche se referme". Un «accord sur les problèmes essentiels» Deuxièmement, les signataires de la déclaration avaient des raisons plus particulières pour célébrer solennellement leur "accord sur les problèmes essentiels" (pour reprendre le grand titre de l'"Humanité"'. Berlinguer préfère évidemment se garantir contre les risques de rappels plus ou moins explicites à l'orthodoxie de la part du parti frère français et d'être donc à l'abri de toute utilisation interne de ces critiques éventuelles. Marchais, menacé par la remontée du Parti socialiste, a encore plus besoin d'une caution influente. Il a besoin de ne pas s'entendre opposer les orientations des camarades italiens. Il a besoin de combiner des positions tactiques conjoncturellement plus dures et en apparence plus intransigeantes, affirmation toujours plus explicite de la "cohérence démocratique", du caractère organique de ses choix tactiques. Mais il ne fait aucun doute que c'est la situation actuelle en Europe capitaliste qui a principalement stimulé cette déclaration. Les dirigeants des PC n'utilisent plus les catégories de situation pré-révolutionnaire ou révolutionnaire (c'est un autre signe de décadence théorique et de régression politique). Ils ne peuvent cependant pas ignorer la réalité d'une crise qui bouleverse de nombreux pays du continent et qui "touche tous les aspects de la vie économique, sociale, politique, morale et culturelle". Ils ne peuvent ignorer que des couches toujours plus larges de la classe ouvrière se posent non seulement des problèmes d'orientation politique et tactique immédiats, mais également des problèmes de fond de la lutte pour le passage au socialisme. Les évènements portugais des derniers mois ont fait exploser cette exigence de façon péremptoire. La déclaration du 13 novembre se veut une réponse à ces besoins. Certes, les idées et les indications qu'elle contient ne représentent pas une nouveauté substantielle par rapport aux textes approuvés séparément par les deux partis. Mais il est important que certaines positions soient réaffirmées maintenant de façon plus explicite et conjointement, non pas dans des documents portés à la connaissance des militants et des observateurs intéressés, mais dans un document destiné à avoir un large écho international, Il est important que le PCF ait surmonté les derniers obstacles, se décidant à tirer toutes les implications d'une conception qu'il avait, par le passé cherché à masquer derrière les rideaux de fumée de rappels stéréotypés à l'orthodoxie. La déclaration se veut donc une espèce de carte de la stratégie des partis communistes en Europe occidentale. Disons même la carte d'un néo-réformisme qui, malgré les proclamations de nouveauté et d'originalité, reprend tous les concepts essentiels parfois même la terminologie de la social-démocratie de la II° Internationale. Le titre de l'article déjà cité de Jacoviello:"A la recherche d'un socialisme possible" est en lui-même indicatif de l'inspiration réformiste et gradualiste du document (1), Un document réformiste et gradualiste Le document part de la constation de la "crise qui frappe le système capitaliste dans son ensemble et qui affecte tous les rapports économiques à l'échelle mondiale". Il n'en conclut pas que la rupture du cadre du système et le renversement d'un mécanisme économique basé sur l'exploitation et le profit sont la condition pour sortir de l'impasse, mais que la "classe ouvrière et les masses populaires peuvent, par la lutte, imposer de nouvelles conquêtes. ouvrir la voie à un nouveau progrès social et démocratique' et que le PCI et le PCF. tandis qu'ils "mènent la lutte pour les intérêts immédiats des travailleurs et des masses populaires, agissent en même temps pour une politique de réformes démocratiques profondes qui permettent de résoudre les graves problèmes économiques sociaux et politiques de leur pays", La perspective donc, n'est pas celle d'une lutte pour le socialisme, mais d'une lutte pour une démocratie "avancée' dans laquelle des réformes seraient réalisées. On pourrait, à ce sujet, poser une simple question aux bureaucrates : Y-a-t-il une contradiction énorme entre le fait que, il y a plus d'un demi-siècle, au moment de leur fondation, le PCI et le PCF mettaient à l'ordre du jour une révolution socialiste et le fait que, aujourd hui, dans un contexte de crise bien plus profonde du système à l'échelle mondiale et en particulier en Europe, ils parlent de façon générale de réformes démocratiques et n'avancent pas comme objectif, dans cette phase, le renversement du capitalisme ? Afin d'enlever tous les doutes sur leur rupture avec les "vieilles" conceptions et avec les "vieux" schémas, le PCI et le PCF précisent: "Communistes italiens et français considèrent que la

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ANALYSE marche au socialisme et l'édification de la société socialiste qu'ils proposent comme perspective dans leurs pays respectifs, doivent se réaliser dans le cadre d'une démocratisation continue de la vie économique, sociale et poli -tique. Le socialisme constitue un stade supérieur de la démocratie et de la liberté, la démo -cratie poussée jusqu'au bout". Le saut qualitatif de la rupture révolutionnaire, la destruc -tion de l'appareil d'Etat de la classe dominante disparaissent totalement. Le passage au socialisme est conçu comme un processus de transformation graduelle dans le cadre "démocratique' pré-existant rempli progressivement de divers contenus. Bernstein et les autres classiques du socialisme réformiste : voici les vrais précurseurs de cette prétendue "nouveauté"'! Pour sa part, lePCI avait eu la possibilité d'exposer une énième fois la conception qui inspire la déclaration dans une récente polémique contre la "Pravda"': "Le fait nouveau et essentiel que Zadorov ne voit pas - écrit dans le n° 4l de "Rinascita"' Luciano Gruppi, spécialiste en polémique idéologique et membre de la délégation du PCI lors de la rencontre avec le PCF - c'est que nous ne nous trouvons pas seulement face, mais dans une démocratie parlementaire qui n'existerait pas si elle n'avait pas été conquise et défendue par une lutte des forces démocratiques dans laquelle la classe ouvrière et ses partis ont eu un rôle prédominant. La critique du marxisme à la démocratie bourgeoise et au parlementarisme ne tombe pas, mais la tâche d'en surmonter les limites et les vices se pose comme une tâche dans le cadre de ces institutions, pour les lier au peuple, aux travailleurs, de façon nouvelle, pour enrichir compléter et renforcer la démocratie, en dépassant ses limites actuelles, en l articulant autour d'institutions décentrées à la base, en lui donnant de nouveaux contenus économiques et sociaux". Il n'y a pas plus clair! La déclaration va dans le même sens quand, précisant une nouvelle fois, elle affirme que la transformation politique et sociale prévue" exige l'existence d'institutions démocratiques pleinement représentatives de la souveraineté populaire, la garantie et l'extension de leurs pouvoirs le libre exercice du suffrage universel, direct et proportionnel. C'est dans ce cadre que les deux partis - qui ont toujours respecté et respecteront toujours le verdict du suffrage universel - conçoivent l'accession des classes laborieuses à la direction de l'Etat... Leur attitude n'est pas tactique mais découle de leur analyse des conditions matérielles et historiques de leurs pays respectifs, de leur réflexion sur l'ensemble de l'expérience internationale". A la sauce de la collaboration de classes La différence des formations politiques dans les deux pays dans la phase actuelle a empêché les dirigeants du PCI et du PCF d'utiliser des formules ponctuelles en ce qui concerne le problème des alliances nécessaires pour développer leur stratégie et, avant tout, pour débloquer la situation actuelle. C'est pourquoi la déclaration, après avoir rappelé la nécessité de mobiliser la majorité du peuple autour de la classe ouvrière, reprend la conception selon laquelle l' "ennemie principal" de la classe ouvrière ne serait pas le capital en tant que tel, mais le capital monopolistique et elle en tire la nécessité d'une "libre différentes forces sociales et politiques, dans laquelle la classe ouvrière unie doit affirmer son aptitude à exercer son rôle dirigeant". Au-delà du caractère prudent de la formule, c'est une politique de collaboration avec la bourgeoisie ou, pour le moins, avec des secteurs de la bourgeoisie. L'orientation actuelle du PCI, basée sur la perspective d'un compromis historique qui inclut la démocratie-chrétienne elle-même, est une confirmation non équivoque du contenu des formules utilisées. Le rappel de la "coexistence pacifique" comme "un terrain plus favorable à la lutte contre l'impérialisme, pour la démocratie et le socialisme (2), et l'affirmation de l'exigence d'une "démocratisation des orientations et du fonctionnement de la C.E. E. en faveur de la constitution d'une Europe démocratique. pacifique et indépendante' constituent une espèce de couronnement de la stratégie réformiste des deux partis. Il ne fait aucun doute que, en ce qui concerne le Marché commun et ses institutions, c'est une fois de plus le PCF qui s'est adapté, après des hésitations et réticences non négligeables, à la plus grande cohérence du PCI. Que la démocratisation des institutions communautaires soit une perspective non moins fumeuse et utopique que celle du fameux "contrôle démocratique' sur les monopoles, c'est une autre histoire. C'est une histoire qui concerne plus généralement la perspective de la déclaration commune. Contrairement à Jacoviello qui, comme nous l'avons vu, parle de "socialisme possible" la stratégie mise en avant se fonde sur des présupposés que l'expérience historique - le Chili, et proportionnellement également le Portugal, -a montré concrètement dépourvus de tout fondement. Les articles de Berlinguer dans "Rinascita" lendemain du renversement du gouvernement d'Unité populaire, sont peut-être le document le plus explicite à ce sujet. L'idée non exprimée - ou exprimée de façon allusive - est que l'Unité populaire a commis des erreurs maximalistes et sectaires portant préjudice à la réalisation d'alliances plus larges. L'idée énoncée clairement est qu'une majorité électorale n'est pas suffisante et qu'il est nécessaire de chercher à établir des alliances et convergences également avec les forces restées en dehors de l'éventuel bloc électoral victorieux (au Chili, comme en Italie, cela signifie rechercher une collaboration systématique avec la dé-

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mocratie-chrétienne). Il est à peine besoin de rappeler que, en ce qui concerne le Portugal, la déclaration est prudente dans ses formulations mais sous-entend un jugement que le PCI a exprimé ouvertement et à plusieurs reprises, à savoir que le PCP a commis des erreurs de sectarisme et d'aventurisme. La première réalité que les néo-réformistes tendent à ignorer c'est que l'interférence de l'impérialisme est une donnée non éliminable, même lorsque les rapports de force empêchent une intervention directe. Il est tout à fait illusoire de penser que des concessions plus ou moins concrètes puissent amener les impérialistes à accepter la perspective d'une évolution pacifique, à respecter les règles d'un jeu démocratique abstrait. Il ne sert pas à grand chose non plus de prendre des positions comme celle prise récemment par le PCI minimisant la signification de prises de position de Washington hostiles à toute participation du PCI au gouvernement (ou pire, présentant sous un jour complètement faux le voyage d'une délégation parlementaire italienne aux Etats-Unis) (3). La seconde réalité est que, dans une période de crise profonde du système et quand se créent des situations comme celle du Chili de 1971 à 1973 ou celle du Portugal aujourd'hui, il est impossible d'éviter que ne se forme une cristallisation des forces conservatrices et réactionnaires et il sera extrêmement difficile, même si possible dans l'abstrait, d'éviter que cette cristallisation n'implique des couches petites-bourgeoises, destinées à faire en premier les frais d'une situation de crise prolongée. L'expérience chilienne a montré exactement le contraire de ce que prétendent les bureaucrates néo-réformistes : Allende et le PC chilien se sont placés sur le terrain des concessions continuelles, ils n'ont pas voulu imposer une solution radicale, révolutionnaire des problèmes, et ils ont vu s'accroître progressivement l'hostilité, non seulement de la grande bourgeoisie, mais également de couches consistantes de la moyenne et de la petite bourgeoisie. Un développement analogue se dessine au Portugal. Croire que dans des situations similaires la lutte de classes puisse être canalisée dans le lit des institutions démocratiques bourgeoises est une illusion désastreuse: les épreuves de force sont inévitables. sur tous les plans, et les rapports de forces dans l'action, dans la mobilisation directe sont décisifs. Si au Portugal on n'a pas assisté à l'issue chilienne, et si il est peu probable qu'une telle issue se concrétise à court terme, ce n'est pas parce que le processus portugais a été plus modéré, ou plus équilibré, ou parce que les gouvernements qui se sont succédé après la chute de Caetano ont été moins "'maximalistes" que le gouver -nement Allende et ont mené une politique d'alliance plus sage (on pourrait plutôt dire le contraire), mais parce que le processus de désagrégation de l'appareil d'Etat a été beaucoup plus profond, investissant même totalement l'appareil militaire, et parce que les masses ont réussi à exprimer, plus qu'au Chili, des embryons de double pouvoir. En réalité, après l'exemple chilien, l'exemple portugais montre l'inconsistance fondamentale de la stratégie mise en avant par le PCI et le PCF. Le présupposé qui veut que, avec une ligne comme celle suggérée par la plate-forme les problèmes de la lutte pour la transition au socialisme peuvent se poser en termes différents non seulement de la révolution russe de 1917, mais également du Portugal de 1975 est radicalement faux. Dans la mesure où se produisent des crises révolutionnaires, les mécanismes "normaux", les structures démocratiques bourgeoises sautent ou ont tendance à sauter et les exigences de la lutte de la classe ouvrière ne peuvent pas être satisfaites, même partiellement, par une perspective politique qui ne dépasse pas le cadre du système. La déclaration commune ne fait même pas allusion aux problèmes cruciaux, non pas d'un développement politique conçu comme possible dans l'abstrait, mais d'un processus révolutionnaire concret comme celui du Portugal d'aujourd'hui et de l'Espagne de demain, Dans la mesure où les deux partis se sont occupés, à d'autres occasions, des organismes nés, par exemple des luttes de 1969 en Italie ou lorsqu'ils ont fixé leur orientation par rapport à l'armée, ils ont conçus ces organismes potentiels de double pouvoir comme des instruments auxiliaires de la démocratie bourgeoise et ont donné comme objectif une "démocratisation" de l'appareil militaire en termes assez semblables à ceux utilisés par les communistes chiliens qui, jusqu'au dernier moment, ont continué à diffuser des illusions sur l'armée et à donner toute la couverture possible à ceux qui préparaient le coup et la répression sanglante. L'attitude du PC portugais constitue dans un certain sens une vérification de l'inconsistance des positions du PCI et du PCF. Aujourd'hui le PCP ne signerait pas un texte comme la déclaration commune et nous n'excluons pas qu'il saisisse l'occasion pour exprimer, sur les problèmes posés par la déclaration elle-même. un point de vue différent (il l'a fort probablement déjà fait de façon interne). Ces positions particulières sont peut-être dues à un stalinisme inguérissable ? Une réponse affirmative serait pour le moins unilatérale. Que le PCP ait un appareil moins exposé aux vicissitudes de la déstalinisation et qu'il ait maintenu envers la bureaucratie soviétique une position de plus grande orthodoxie est hors de question. Mais ceci n'est pas le facteur qui détermine la spécificité de sa position. Il ne faut pas oublier que, après le 25 avril, le parti a multiplié ses adhérents et est aujourd'hui composé, en large majorité, de militants et de cadres intermédiaires que le vieil appareil n'a pas eu le temps d'assimiler par une éducation stalinienne systématique, Ces mili-

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tants et ces cadres sont entrés dans le parti, non parce qu'il était stalinien ou partisan d'une politique de collaboration de classes, mais parce qu'il leur apparaissait comme le parti qui avait lutté le plus efficacement et le plus systématiquement contre la dictature et comme l'instrument le plus crédible pour une bataille anticapitaliste. Ceux-ci non seulement subissent quotidiennement les énormes pressions d'une crise révolutionnaire, mais ils véhiculent ces pressions à tous les niveaux du parti. En deuxième lieu, spécialement après les élections, le PCP s'est trouvé pris entre deux feux: d'un côté un fort parti socialiste, de l'autre une extrême-gauche qui, malgré ses divisions et son inconsistance stratégique et tactique, constitue une force consistante avec un impact croissant dans des secteurs importants du prolétariat. Dans un tel contexte, face aux problèmes qui se posent non pas dans des débats théoriques mais dans la réalité quotidienne, si le PCP se limitait à des réponses du type de celles de la déclaration commune, il risquerait d'être complètement hors de course, de se couvrir de ridicule et de faciliter des opérations qui se retournerait rapidement contre lui. C'est pourquoi il a été et il est contraint d'osciller, d'assumer des positions éclectiques, de combiner des formules radicales et des proclamations "révolutionnaires" avec le dessein stratégique formulé sous la dictature et pendant toute une phase du nouveau régime, et qui n'est pas qualitativement différent de la stratégie du PCI, du PCF et même du PCUS. En conclusion, les conceptions synthétisées dans la déclaration commune ne satisfont pas en fait les exigences qui ont inspiré cette déclaration. Dans une situation pré-révolutionnaire ou révolutionnaire, comme celles qui existent ou peuvent exister à brève échéance dans des pays d'Europe capitaliste, la stratégir réformiste-gradualiste est simplement inap -plicable, elle ne peut que condamner à une profonde stérilité les partis qui la suivent, aussi étendue que soit leur influence parmi les masses; et donc, de fait, ouvrir la voie à des contre-offensives réactionnaires. Au lieu de se laisser aller à des proclamations sur l'"originalité'' ou la "nouveauté' de leurs déclarations, les bureaucrates feraient mieux de réfléchir un peu plus sur les expériences historiques, anciennes et nouvelles et d'en tirer des conclusions plus adéquates. Il n'y a aucune raison d'expérer qu'ils le fassent. Peut-on exclure que la stratégie néo-réformiste puisse trouver une application dans un contexte différent ? Non, on ne peut pas exclure a priori que, dans un pays ou un autre, après avoir remporté des succès consistants pour surmonter la crise, la bourgeoisie, afin de consolider la situation et d'aller au-delà de réajustements éphémères, envisage des opérations réformistes dans lesquelles une place pourrait être réservée aux partis communistes. Mais, indépendamment de la probabilité de cette variante, une telle traduction en pratique de la stratégie néo-réformiste serait, dans ce cas, une contribution directe à la restabilisation du système à un équilibre sur de nouvelles bases. Bien autre chose qu'une préparation au passage au socialisme! 21 novembre 1975 (1) 'Le socialisme possible"'est le titre d'un petit livre écrit il y a des années par le socialiste italien Antonio Giolitti, sorti du PCI en 1956 sur des positions de droite et devenu par la suite partisan ouvert des conceptions et orientations réformistes. (2) Il y a là une légère différence entre le texte français et le texte italien. Le premier dit: "un terrain plus favorable", le second: "le terrain le plus favorable". (3) Les membres communistes de la délégation ont parlé de rapports positifs entre les représentants "démocratiques" de l'Italie et des Etats-Unis donnant en plus des assurances sur la volonté du PCI d'agir en faveur de la stabilité internationale.

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