Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Au bord du gouffre

· Inprecor (première série) n° 40-41, 18 décembre 1975 · p. 27-36 · 6 820 mots

Grande-Bretagne Économie mondiale

granie-bretagne:

(a) Chiffres pas totalement comparables vu les bases différentes de calcul.

du gouffre

Les indices actuels de la crise économique de l'impérialisme britannique sont extrêmement simples, La production industrielle ayant baissé de 8% au cours de l'année passée se trouve maintenant à un niveau inférieur à celui de 1970. La productivité a baissé de 4,4% en une année. L'inflation se développe au rythme de 26%. Il y a 1.125,000 chômeurs (5% de la population active);

R.F. A + France Italie Grande-Bretagne - 5% En bref, bien que la baisse de la production et du taux de croissance du chômage ralentisse, pour pratiquement tous les autres indicateurs, la position du capitalisme britannique est la pire de toute l'Europe occidentale. Mais l'état de l'économie britannique est tel que les chiffres concernant l'inflation, le chômage, la production industrielle ou la balance des paiements ne sant plus les indicateurs cruciaux. Ils ne représentent que les symptômes d'une crise bien plus profonde des profits et du taux d'exploitation, au bord

ALAN JONES

(fermé jusqu'à nouvel ordre)

Production

Prix industrielle

3%

4, 3%

5%

+

+ 10,0%

2%

5%

5%

8, 0%

5, 8%

+ 13, 0%

4, 4%

CLOSED

UNTIL FURTHER NOTICE le déficit de la balance des paiements était de 3 milliards 660 millions de livres et atteindra 1 milliard 500 millions à 2milliards de livres cette année. Comparée à ses concurrents d'Europe occidentale, la situation de l'impérialisme britannique est la suivante (novembre - chiffres rapportés à une base annuelle) : Chômage (a) Commerce extérieur

(exportations en % des importations) 115,0% 85, 6% 101,0% 85,0% dont les ramifications se font sentir dans toute l'organisation de l'économie. C'est ce qui a provoqué une situation où, comme l'explique un des principaux organes théoriques de la bourgeoisie, The Economist: "Au cours des deux dernières années le système financier britannique s'est trouvé au bord de l'effondrement'' (29 novembre 1975). C'est à ce niveau qu'il faut chercher les éléments fondamentaux de la crise et de sa solu-

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1.LA CRISE DES PROFITS

La principale cause spécifique de la gravité exceptionnelle de la crise de l'impérialisme britannique réside dans le fait que la classe ouvrière britannique n'a pas souffert de défaite qualitative depuis plus de 40 années - depuis l'issue des crises de 1926 et 1931 (1). En conséquence, l'impérialisme britannique ne réalisa pas l'énorme augmentation du taux de profit qui se développa dans le reste de l'Europe occidentale et au Japon sous les conditions du fascisme et/ou de l'occupation nazie. Dans la période d'après-guerre les conditions de plein emploi, l'expansion numérique du prolétariat et le développement des organisations et de l'activité de la classe ouvrière ont empêché toute amélioration significative de la situation de la classe dominante. Le résultat d'une accumulation capitaliste dans des conditions défavorables de rapports de forces entre les classes a été de produire un déclin du taux de profit sans précédent dans l'histoire (excepté en Allemagne après la première guerre mondiale). Bien qu'il soit extrêmement difficile de mesurer ce déclin en chiffres exacts, toutes les enquêtes révèlent la sérieuse tendance à la baisse (2). Et ceci malgré des concessions extraordinaires faites dans le domaine fiscal pour alléger cette tendance. Même les conclusions les plus extrêmes en ce qui concerne les chiffres absolus s'accordent pour dire que la part des profits dans l'économie a approximativement baissé de moitié dans la période allant du début des années 50 au début des années 70 (3), et que le taux de profit est tombé à peu près dans les mêmes proportions. Les chiffres après déduction des impôts présentent une image plus complexe mais l'indication générale va dans le sens d'un déclin entre 1/4 et 1/2. Le tableau qui suit représente probablement le meilleur calcul de la chute du taux de profit jusqu'au début des années 70 (en tenant compte qu'il y a un plus grand accord sur la tendance que sur les chiffres absolus) : Taux de rendement de toutes les sociétés britanniques avant et après impôts ( en %):

Avant (a) Après (b) 1956 15,6 13, 0 1957 14,4 12,6 1958 13,9 13,1 1959 15,0 14,7 1960 15,7 15,2 1961 13,5 13, 6 1962 12,3 12,6 1963 13,4 13,7 1964 13,5 13, 6 1965 12,7 14,6 1966 10,7 11,4 1967 11,1 12,4 1968 10,8 12,4 1969 8, 6 10,4 1970 6, 6 8, 9 1971 6, 4 9,8

1972 6,4 9,8 (a) Calculés moins la réévaluation des stocks et l'amortissement du capital en % de la valeur totale du capital net au coût de remplacement courant. (b) Calculés moins la réévaluation des stocks, l'amortissement du capital et les impôts sur le revenu et la fortune, plus l'aide aux investissements entendue comme taux de rendement sur la valeur totale du capital net au coût de remplacement. (Burgess and Webb: Lloyds Bank Review, avril 1974). Cependant, en plus de ce déclin historique général, il est clair qu'un processus extrêmement rapide de déclin a commencé après 1972. Bien que les calculs pour cette période soient rendus plus difficiles du fait du taux d'inflation accéléré -qui pose un problème pour estimer la réévaluation des stocks - la tendance générale est néanmoins claire. En tenant compte des impôts, de la réappréciation des stocks et du paiement des intérêts, les profits ont baissé de 42, 5% au cours de 1973, arrivant à 37% de leur niveau de 1963. Diminués du taux d'augmentation de l'indice des prix de détails, pris comme mesure grossière de l'inflation, les profits après déduction des impôts étaient en 1973, 42,5% plus bas qu'en 1972 et 79% plus bas qu'en 1963. Les estimations de ces baisses par rapport au développement global de l'économie varient quelque peu (en fonction de la base de calcul), mais elles indiquent toutes un déclin général d'au moins la moitié. En bref, entre le début des années 50 et le début des années 70, la part des profits dans le PNB et le taux de profit ont baissé d'approximativement la moitié avant déduction des impôts et peut-être d'un quart à la moitié après déduction des impôts. Dans la période 1973-74, une nouvelle baisse de un tiers à la moitié se produisit, avec une chute correspondante du taux de profit. Telle est l'ampleur de la crise des profits qui afflige aujourd'hui le capitalisme britannique. La crise du financement La conséquence d'un tel déclin du taux de profit est que tout chute de la production plonge le secteur privé dans un endettement extraordinaire. A nouveau les chiffres exacts sont masqués par les innombrables méthodes de calcul, mais les proportions qualitatives sont claires : Total du Capital des Sociétés industrielles et commerciales britanniques (en millions de £): 1971 (a) 1972 (b) 1973 (c) 1974 (c)

+ 32 + 215 - 539 - 3649 (a) Bank of England Quaterly Bulletin - juin 73 (b) Bank of England Quaterly Bulletin - mars 75

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(c) Bank of England Quaterly Bulletin - sept. 75 (Les chiffres ne sont pas exactement comparables vu les révisions de méthodes de calcul et les problèmes concernant la revalorisation des stocks, mais ils indiquent une tendance claire). Si l'on considère les mêmes chiffres de façon plus détaillée, la tendance est encore plus nette : Total du capital des sociétés industrielles et commerciales (en millions de £) : 1972 2ème trimestre + 62

3ème trimestre +134 4ème trimestre +245 1973 ler trimestre - 19

2ème trimestre +15 3ème trimestre - 190 4ème trimestre - 345 1974 ler trimestre - 744

2ème trimestre - 1101 3ème trimestre - 1069 4ème trimestre - 735 1975 ler trimestre - 349 (Bank of England Quaterly Bulletin, sept, 1975) On voit facilement d'après ces chiffres que l'industrie britannique a connu un déficit extraordinaire au cours de 1974. De plus, le redressement au dernier trimestre 1974 et au premier trimestre de 1975 ne réflète pas une amélioration de la situation fondamentale, mais simplement le degré de réduction des stocks et la suppression des investissements. Au cours de cette période, la formation du capital intérieur brut a baissé de 850 millions de livres, passant de 2, 060 milliards à 1,210 milliard de livres par C'est ce déficit gigantesque, qui se montera à environ 5 à 6 milliards de livres pour la période 1973-75 (environ six fois le déficit de la période de récession de 1969-71), qui entraîne une véritable révolution dans l'équilibre interne de l'économe capitaliste britannique. La crise des relations entre les secteurs industriel et financier Afin de comprendre la crise structurelle actuelle de l'économie britannique, il est nécessaire de saisir que les relations entre le capital financier et le capital industriel en Grande-Bretagne sont radicalement différentes des autres pays d'Europe occidentale. Premièrement, à cause de leur orientation vers les opérations extérieures, les banques britanniques extrêmement puissantes ne financent que de façon très limitée l'industrie en Grande-Bretagne. Environ 70% du financement extérieur des sociétés en Grande-Bretagne viennent de la Bourse et seulement 30% des banques, proportion qui est approximativement l'inverse de la plupart des pays européens. Il n'y a pas d'équivalent britannique des holdings de la Deutsche

Bank, Dresdner Bank ou Commerzbank d'Allemagne occidentale; de la Compagnie financière de Suez ou de la Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas en France; de la Société Générale ou du groupe Bruxelles-Lambert en Belgique, etc. Cependant les déficits financiers de la dimension de ceux de 1973-74 tarissent virtuellement la Bourse comme source de fonds. Au cours des 32 mois précédant janvier 1975, la valeur des actions tomba de 73%. Cette chute fut plus rapide même que celle qui survint au début de l'effondrement des années 30. Elle signifie que la valeur des actions en termes réels est tombée à un niveau inférieur à celui de 1940 - au moment où l'armée allemande atteignait la Manche! Il y a plusieurs moyens de calculer cet effondrement du marché des valeurs, mais ils montrent tous la même tendance dramatique: si l'on tient compte des actions et obligations seulement, la chute a été de plus de 90% en 3 ans, de 640 millions de livres en 1972 à 137 millions en 1973 et 43 millions en 1974. Si l'on prend les chiffres nets et que l'on inclut les formes de financement du capital autres que les actions et obligations, l'apport total des émissions sur le marché des capitaux se monte à 333 millions de livres en 1972, 56 millions de livres en 1973 et moins 14 millions de livres durant les ll premiers Le premier résultat inévitable de l'effondrement simultané des fonds propres et de ceux provenant du marché boursier a été un endettement fantastique des industries envers les banques. Au deuxième trimestre 1974, les sociétés industrielles et commerciales avaient besoin d'emprunter un total de l milliard 510 millions de livres, contre seulement 44l millions une année plus tôt. Environ 1 milliard 33 millions furent fournis par des prêts des banques (comparé aux prêts bancaires de 585 millions de livres au même trimestre de 1974). Le montant des intérêts versés par les sociétés au second trimestre de 1974 s'élève à 1 milliard 74 millions de livres, contre 774 millions de livres un an plus tôt, Si l'on considère 1974 dans son ensemble, les crédits alloués aux industries de transformation se montèrent à 2 milliards 700 millions de livres - une augmentation de 41%. Si l'on prend les avoirs de l'industrie dans son ensemble, le pourcentage des emprunts bancaires s'est accra de 12% en 1971 à 32% en 1973. Le déficit extraordinaire créé par la chute du taux de profit de l'industrie britannique a donc créé une crise aigue de l'organisation financière interne de l'économie. Les sommes impliquées sont énormes selon tous les critères; mais, de plus, les institutions financières britanniques ne sont pas orientées vers un financement à long terme de l'industrie, Les énormes déficits sont donc financés premièrement par des emprunts

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à court terme, ce qui est évidemment intenable pour une longue période. Avec des déficits de cette ampleur, les possibilités de remboursement ne sont pas toujours bonnes. Ceci a été totalement confirmé en 1975 quand des entreprises importantes, comme Brtitish Leyland, Chrysler, Alfred Herbert, suivirent Court Line, G. Stribbe et London Indemnity and General Assurance jusqu'au bord de la faillite. C'est en fait ce dernier processus qui indique le second changement important qui doit survenir dans les relations entre les différents secteurs de l'économie. Alors que ce sont les banques qui subirent les premières tensions de l'effondrement des profits en 1973-75, il est tout à fait clair que cette situation ne peut pas se maintenir pour une période de temps prolongée. Les sommes actue liement impliquées (sans garantie de rembour -sement) dépasse les capacités des banques. C'est cette situation intolérable qui a déjà stimulé la grande crise du soi-disant système bancaire secondaire (malgré le nom modeste, il couvrait en fait des opérations très importantes, représentant un cinquième des avances des principales banques)et qui a maintenant placé les institutions financières de premier rang elles-mêmes sous une énorme pression. C'est dans ce sens que l'on peut dire que le développement de la chute des profits affecte toute l'organisation interne de l'économie. La chute du taux de profit crée d'énormes déficits financiers. Les déficits renversent les formes traditionnelles de financement et amène l'industrie à compter de façon sans précédent sur les institutions financières. Ces institutions sont incapables de supporter la tension - en particulier quand, comme nous le verrons ci-dessus, ceci s'ajoute à un fort accroissement des emprunts pour les dépenses publiques - et se tourne vers l'Etat qui, comme nous le verrons, occupe une place centrale dans l'économie, hors de toute proportion avec tout ce qui a été vu dans le passé. La seule issue pour les capitalistes est claire. Le taux de profit doit être augmenté de façon formidable, ce qui ne peut être réalisé, vu l'état actuel de stagnation de l'accumulation, qu'en coupant les salaires réels de la classe ouvrière. Parallèlement, une nouvelle forme de relations entre le capital d'Etat et le capital financier doit être développée. Toute la situation pousse dans le sens d'un assaut contre la classe ouvrière et d'un changement vers de nouvelles relations entre le capital industriel, financier et d'Etat. La seule question qui demeure pour la bourgeoisie, c'est comment, dans quelles conditions politiques et dans quelle forme_cette transformation doit-elle être opérée.

II. LES EFFETS

La croissance du secteur étatique Dans les conditions d'effondrement des taux de profit qui prédomine dans l'économie britannique, il est tout à fait évident que le secteur capitaliste privé de l'économie ne peut guère soutenir un niveau de production constant, encore moins une réelle croissance. Avant tout, les investissements sont insuffisants pour entreprendre une sérieuse expansion de la production. une comparaison internationale en termes d'investissements totaux montre clairement la situation: Investissements en % du PIB de 1960 à 1972:

Japon 30 - 35 R.F. A. 23 - 27 France 20 - 26 Grande Br. 16 - 18 (The Economist, 31 mars 1973). La situation des investissements industriels privés est encore pire. Depuis le milieu des années 60, les investissements industriels ont connu un déclin preque permanent. En 196ó, ils représentaient 8% du PNB. Ils passèrent à 7,8% en 1967, 5,7% en 1970 et 3,2% en 1973. Tout au long de 1975 les investissements ont baissé fortement et de façon continue; la baisse fut 8% au premier trimestre, 7% au second et 6% au troisième. Les investissements totaux dans l'industrie ont baissé de 10% par rapport à la même période de 1974. Dans un contexte de baisse de la consommation ouvrière et de baisse du commerce mondial, le résultat de cette baisse des investissements est que seule une large expansion du secteur d'Etat empêche l'économie de piquer du nez. Les estimations suivantes - certainement super-optimistes - faites par l'Institut national pour la recherche économique et sociale (National Institute for Economic and Social Research -NIESR) montrent clairement la situation : Prévisions de changement de % dans les composantes du P.I. B.

4° trim. 1975 4° trim. 1976 par rapport à par rapport à 4° trim. 1974 4° trim. 1975 Dépense des consommateurs - 3,2 - 0,4 Autorités publiques 4, 4 + 2,2 Investissements fixes bruts 6,1 - 0,6 Exportations 1,7 + Importations - 8,4 + 3, 6 P. I. B. - 2,1 + 1,9 (Prévisions de l'Institut national de recherche économiques et sociale - août 1975). Déjà, de même que dans tous les Etats capitalistes, les dépenses du secteur public en GrandeBretagne ont augmenté presque sans interruption dans la période d'après-guerre. Dans une récente étude, Barratt-Brown a fait le calcul suivant: Dépenses publiques en % du P.N. B. : 1948 1953 1958 1968 40,2 44,5 40, 6 (a) 52,1

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(a) Cette baisse est presqu'entièrement due à la réduction des armements à la fin de la guerre de Corée. (Barratt-Brown, From Labourism to Socialism, page 78). Cependant, au cours de la période qui a suivi la présente récession, un développement sur une échelle totalement différente a commencé. Les dépenses de l'Etat en 1974 ont augmenté à 57% du revenu national et pour 1975, le niveau prévu est de 60% (The Economist, 19 avril 1975). Comme toute tentative visant à financer cela par les impôts déprimerait encore plus tous les autres éléments de l'économie, le résultat est une augmentation qualitative du déficit budgétaire de l'Etat. (Ce déficit représentait 6,9% du PNB en 1973, 9,8% en 1974 et atteindra probablement 12 à 13% en 1975). En bref, simplement pour empêcher le chômage de dépasser le million et demi et pour maintenir la chute de la production industrielle à 8% l'an, il est nécesaire d'avoir un déficit budgétaire supérieur à 1/10è de l'économie et qui dépasse de trois à quatre fois le niveau des investissements industriels! Les possibilités de sortir de cette situation sans changement qualitatif dans l'économie sont nuls, Toute tentative de financer ce déficit en imprimant simplement de l'argent ferait percer le plafond à l'inflation dont le taux est déjà de 25% cette année. Emprunter des fonds pour le financer - la politique actuelle du gouvernement -maintient les taux d'intérêt ‹actuellement, le taux minimum de prêt est de 11,5%) à des niveaux qui à la fois épuisent les fonds pour l'industrie et présentent un obstacle immense à toute augmentation des investissements et au financement des exportations, même lors d'une relance économique. Cependant, toute réduction du déficit signifie à la fois le démantèlement de secteurs entiers de "l'Etat providence" et permettre au chômage d'augmenter au-delà du million et demi où il se trouve actuellement, De plus, dans les conditions actuelles de baisse des profits, il n'y a aucune garantie que ces mesures produisent une relance sérieuse de la production sans une augmentation supérieure de l'exploitation et une baisse des salaires réels -avec toutes les conséquences qu'entrainerait une confrontation avec la classe ouvrière. Mais ceci est la seule perspective sérieuse pour la bourgeoisie; elle fournit l'arrière plan des mesures actuelles de Healey (Chancelier de l'Echiquier = ministre des Finances). Les mesures Healey-Wilson Bien que quelques sociaux-démocrates de gauche séniles aient pu avoir l'illusion qu'il existait une. solution capitaliste à la crise, autre qu'une attaque contre la classe ouvrière, la bourgeoisie elle-même n'a pas de telles illusions. The Economist , qui représente les secteurs dominants du capital industriel, parle carrément: "La Grande-Bretagne ne peut pas avoir un taux de croissance plus rapide tant qu'elle ne consacre pas 5 à 10% de plus du PNB à des investissements risqués, et elle n'obtiendra pas ceci, tant que 5 à 10% du PNB ne prendront pas la forme de récompense pour des investissements risqués. Les étrangers écoutent avec étonnement les politiciens britanniques, les commentateurs, le NEDDY ( Conseil national de développement économique) et même des personnalités de l' "establishment" prétendre que cela peut vraiment être fait par d'autres moyens, comme par exemple la mise sur pied de nouvelles banques d'investissements pour fournir des prêts qui ne seront probablement jamais remboursés... Cette schizophrénie n'est pas compatible avec le maintien d'un système de marché. Les prochains mois peuvent être la dernière chance du capitalisme britannique de commencer à se sortir de l'abime. " (The Economist, 29 novembre 1975). Le débat au sein de la classe dominante sur comment réussir un changement dans les ressources pour alléger la crise capitaliste aux frais de la classe ouvrière prit un aspect particulièrement aigu par suite de la sévère défaite subie par la bourgeoisie avec la chute du gouvernement Heath. La réponse qui avait les faveurs des secteurs de la bourgeoisie étroitement liés au capital financier (Sir Keith Joseph, principal "théoricien" de la direction Thatcher du Parti conservateur; Samuel Brittan, économiste influent du Financial Times; l'Institut pour les affaires économiques, etc.) était d'élever le chômage en coupant de façon drastique les dépenses publiques à un point tel que cela briserait la combativité ouvrière. Le problème, là, était que personne ne pouvait prédire à l'avance quel serait le niveau de chômage nécessaire, Le niveau de 1 million n'était certainement pas suffisant, et on craignait qu'il ne soit nécessaire d'aller jusqu'à 2 millions, certains parlaient même de 3 millions. Une telle augmentation était inacceptable pour les principaux représentants du capital - à la fois parce que cela impliquerait une récession si profonde que la Grande-Bretagne ne serait pas capable de profiter de la moindre relance dans l'économie mondiale, et parce que cela renverserait d'un coup toute la situation politique d'après-guerre et pourrait créer une ouvrière incontrôlable. La deuxième réponse - celle qui fut adoptée -était de permettre à l'inflation d'atteindre un nouveau plafond, de couper les salaires réels par la mise en place d'une politique des revenus et de retarder les coupes les plus sévères dans les dépenses publiques pendant une certaine période afin d'empêcher un déclin encore plus précipité de la production. Alors qu'aucune mesure ne fut pris au printemps (afin d'écarter toute menace d'un mauvais résultat lors du referendum sur le Marché commun), l'inflation commença dès cette période à réduire le niveau de vie des travailleurs. Les effets des succès antérieurs de la classe ouvrière dans l'élévation de son niveau de vie et la baisse de ce niveau

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« Pour relancer l'économie de vie sous l'impact de l'inflation apparaissent | clairement dans les chiffres suivants:

NAP

1973

1973

Oct.

105

Les conséquences sont tout aussi claires depuis l'imposition de la limite de 6 livres pour les augmentations de salaires au mois de juillet dernier.

Le volume des ventes du commerce de détail, qui représentent environ la moitié des ventes de sur une base capitaliste, il faut éliminer la

UNE majorité des gains réalisés par la classe ouvrière depuis 1945

Indice des salaires réels - janvier 1974 = 100

1974

Oct. Dec. Fév. Avr. Juin Août. Oct, Déc Fév. Avr. Juin

1974

Déc.

Fév. Avr. Juin Août Oct. Déc.

106

(Labour Research, septembre 1975).

1975 1975 Fév. Avr. Juin 106 106 108 106 103 consommation et constituent l'indicateur le plus clair des changements dans le niveau de vie, est tombé de 3, 1% entre le second et le troisième trimestre de cette année. Le déclin ultérieur des salaires réels, pour lequel les estimations varient

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SOLA MINERS

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Centre les 2, 5% prévus officiellement et le pour -centage plus réaliste de 4,5/6% (Labour Research septembre 1974), dépendra de la baisse exacte du taux d'inflation. Les attaques contre I"Etat providence» Le deuxième round des attaques contre la classe ouvrière se centre sur les réductions des dépenses publiques de 1' "Etat providence". Le budget d'avril 1975 faisait déjà des coupures dans le programme de dépenses publiques de 1976-77 de 1,5% dans les dépenses courantes et de 10% dans les dépenses de capital, se montant à £1, 100 milliard aux prix actuels. En plus de cela le gou -vernement prépare une nouvelle tournée de réductions qui se monteront probablement à £1, 5 Pour les prévisions à plus long terme il apparait probable que l'on n'envisage aucune augmentation des dépenses en 1976-78. Il est impossible d'expliquer ici en détail ce que ces réductions signifieront pour l' "Etat providence", mais il vaut la peine de noter les principales conclusions d'une récente étude d'ensemble. ("Cutting the Welfare State - Who Profits ?" -"Réductions de l' "Etat providence" - Qui en profite ?", publiée par le Counter Information Ser -vice et le National Community Development Project. Les données exposées ci-dessous viennent de cette étude à moins qu'il ne soit précisé autrea) La santé La situation des hôpitaux est déjà aujourd'hui ef-

Trois quarts des lits d'hôpitaux en Grande-Bretagne se trouvent dans des hôpitaux construits avant 1918, et seulement 41 des 2 300 hôpitaux que compte le pays (2%) ont été construits après 1945. La situation des hôpitaux psychiatriques est encore pire : les deux-tiers furent construits avant 1891. Malgré cela le programme de capital pour des constructions d'hôpitaux doit être réduit de la façon suivante: 1972-73 1973-74 1974-75 1975-76 1976-77 1972-73 1973-74 1974-75 1975-76 1976-77 £362m £355m £286m £308m £284m (Labour Research, décembre 1975) Ceci implique une réduction de 29% entre 197273 et 1976-77. Avec les réductions du nombre d'infirmières et des autres catégories de personnel qui ont déjà lieu, cela signifie un service de santé encore plus inadapté et il y a déjà des listes d'attente de, par exemple, 4 mois pour une hystérectomie, 12 mois pour la gynécologie générale, 18 mois pour les amygdales, etc.. Une possibilité sérieuse existe aujourd'hui de la création d'un service médical à deux classes, avec un secteur privé efficace pour la bourgeoisie et les "classes moyennes' et un service de charité bricolé pour la classe ouvrière. b) Le logement Les dépenses pour les logements prévues dans le budget doivent être réduites de £ 571 millions durant 1975-76 et à £ 230 millions d'ici c) Education Les dépenses effectives de 930 millions de £ en 1972-73 tomberont à £ 629 millions en 1974-75. Tout cela s'ajoute à une série d'autres coupures à une vaste échelle. Par exemple, l'aide des autorités locales aux transports locaux va passer de £ 123 millions à £ 91 millions cette année; les dépenses effectives pour la Sécurité Sociale seront coupées de 38% entre 1974 et 75.

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III. LES PERSPECTIVES

Malgré la baisse sévère du niveau de vie de la classe ouvrière, l'ampleur de la récession est telle que les profits, les investissements et la production continuent à décliner. Pour les profits, certain allégement se fait jour grâce aux réductions des salaires réels, mais la tendance est toujours à la baisse. Dans ces conditions les investissements sont dans le creux de la vague, Dans le secteur vital des machines-outils certaines entreprises n'utilisent que 30% de leur capacité de production. En général, les nouvelles commandes dans la métallurgie étaient à un niveau inférieur de 20% aux plus hauts niveaux de 1974, et atteignaient un niveau pres -qu'égal à celui de 1972, avec une nouvelle chute de 3 à 4% attendue pour 1976. Le Département de l'Industrie estime que les investissements dans l'industrie manufacturière dans leur ensemble vont baisser de 11,5% en 1975 et de 5% supplémentaires en 1976. Cela signifierait que dans le dernier trimestre de 1975, les investissements dans l'industrie manufacturière seraient de 17, 5% inférieurs en termes réels à ceux du 4° trimestre de 1974. (Financial Times, 7 octobre 1975). La chute des investissements affecte une économie dans laquelle la production industrielle est déjà à un niveau inférieur à celui de 1970. Production industrielle (1970 = 100):

Toute Industrie l'industrie manufacturière 1974 3° trim. 108,4 109,9

4° trim. 105,3 106,1 1975 1° trim. 104,4 105,7

2° trim. 100,1 100,2 juin 99,9 99,6 juil. 100,0 100, 3 août 99,1 99,4 (Financial Times, 11 octobre 1975). Ce tableau sous-estime largement la baisse dans des secteurs-clés. En septembre, la production de l'acier avait baissé de 25% par rapport aux niveaux les plus élevés des premiers neuf mois de 1973. Même en 1974, la production dans le secteur de la construction était déjà inférieur de 2% par rapport au niveau atteint en 1970, les mises en chantier de maisons privées étant passées de 215.000 en 1973 à 105.000 en 1974; la construction dans le secteur public avait baissé de 20%. Les nouvelles commandes dans la construction ont baissé de 25% en 1974 par rapport à 1973 et baissèrent de 6% supplémentaires cette année. Le résultat en est que, en automne 1975, environ 171.000 travailleurs de la construction étaient au chômage, un septième de la force de travail totale employée dans ce secteur. Dans l'industrie automobile, en plus de la crise de British Leyland, Chrysler G. B., qui est en faillite, projetait 1l jours de travail au cours des deux mois précédents Noël, sur son meilleur modèle du point de vue des ventes, Avenger. Le résultat de cette dépression dans la production et les investissements est que, même après les mesures de Healey, les prévisions bourgeoises sur les perspectives économiques sont toutes très sombres. Nous donnons ci-dessous les trois prévisions concernant le cours de l'économie dans l'année à venir faites par les instituts les plus influents. Prévisions d'évolution en % - année 1976 par rapport à 1975:

NIESR LBSR P&D Consommation des autorités publiques + 2,2 + 2, 5 + 2,8 Exportations + 1,7 + 3, 5 3,8 Stocks (en millions de £) année 1976 - 172 - 119 + 20 PIB, après ajustement aux coûts des facteurs + 0,3 + 1,4 + 1,4 Inflation 10,0 15, 4 15,5 Balances des paiements - 1976 - 2509 - 1131 - 1600 NIESR - National Institute of Economic and Social Research LBS - London Business School P&D - Philipps and Drew (The Times, 4 décembre 1975). Alors que la sévérité particulière et surtout la longévité de la récession en Grande-Bretagne est inacceptable pour la classe dominante et la force à chercher une nouvelle issue en attaquant les masses, elle place également la classe ouvrière dans une situation radicalement nouvelle par rapport à toutes son expérience de l'après-guerre. On a déjà souligné les effets des réductions du niveau de vie et des attaques contre l'"'Etat providence". Mais l'effet le plus dramatique de tous est la fin de la situation de plein emploi qui existait depuis 1945. Les implications de ce fait - tant que le capitalisme existera, la classe ouvrière ne connaitra plus les conditions d'emploi qui ont façonné toute son expérience d'après-guerre - n'ont pas encore été totalement comprises par le mouvement ouvrier. Au cours de la décade 1965-75, la bourgeoisie par suite d'efforts considérables réussit à augmenter le taux de croissance de la productivité dans l'industrie manufacturière de 4% par an comparé à 3% au cours de la décade précédente. (Ceci fut le seul réel succès de la bourgeoisie durant cette période; et il faut quand même noter que ce chiffre de 4% est bas comparé aux 6% de moyenne pour l'Allemagne Fédérale, l'Italie et la France). Cependant la production industrielle n'augmenta que de 15% durant cette décade. industriel baissa de 14% durant cette décade. Le plein emploi relatif ne fut maintenu que par l'expansion de l'emploi non-industriel

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par rapport à l'emploi industriel. Ceci se développa à un rythme bien plus rapide en Grande-

Bretagne qu'ailleurs. De plus, la large majorité de cette augmentation se produisit dans le secteur public, avec seulement 7% d'augmentation des emplois dans le secteur des services (avant tout privé), mais avec une augmentation de 14% de l'emploi dans les services du gouvernement central et une augmentation de 53% de l'emploi dans les administrations locales. (Sunday Times, 2 novembre 1975). Ceci fut le corollaire social, en termes de composition de la classe ouvrière, du large accroissement du secteur étatique. Mais une fois que le secteur public est bloqué, tout le mécanisme ne peut plus fonctionner. Toute attaque contre la classe ouvrière doit tenter d'amener une augmentation de la productivité supérieure aux 4% de la dernière décade; mais avec un taux de croissance de la production industrielle de l à 2%, cela signifie que le chômage industriel doit augmenter encore plus rapidement. Cependant, les coupures dans le secteur étatique signifient que le secteur qui avait absorbé le chômage par le passé est maintenant bloqué. L'unique perspective est celle d'une croissance permanente et aigue du taux de chômage. Dans son budget, Healy affirme que le sommet du chômage serait un million selon les chiffres officiels; mais ce chiffre est déjà dépassé, et cet hiver il augmenta le chiffre à 1,2 million pour cet hiver et 1,5 million pour l'hiver 1975-76. Le Financial Times (16 juin 1975) affirme que, déjà en juillet, les estimations sur lesquelles le Trésor se fondait étaient de 1,5 à 2 millions de chômeurs. Les dernières estimations de Philipps and Drew vont jusqu'à deux millions. Le secteur de recherche du syndicat ASTMS a prédit 2, 25 millions bien que cela soit probablement exagéré. Les estinations les plus probables semblent être de l'ordre de 1,5 à 2 millions, avec la possibilité de voir ce chiffre augmenter si la relance de l'économie mondiale est retardée et si le gouvernement fait des coupes supplémentaires dans les dépenses publiques. Mais si une discussion est encore possible sur le niveau qu'atteindra le chômage, deux choses sont néanmoins claires. Premièrement, si le niveau de chômage atieint 1,5 million dans les statistiques officielles, cela signifie un niveau réel de chômage de 2 à 2, 5 millions, ce qui frappera avec des effets dévastateurs les couches les plus opprimées et affectera des secteurs de la force de travail qui n'ont encore jamais connu le chômage (4). Deuxièmement, il n'y a aucune perspective claire d'une réduction sérieuse de ce niveau. Le mouvement ouvrier britannique n'a pas encore vraiment saisi les implications de cette situation. Dans l'après-guerre, la classe ouvrière a fait au pire l'expérience de quelques crises cycliques de chômage. Une baisse du niveau de vie réel a toujours été suivie par un retour au plein emploi relatif. Aujourd'hui, cependant, la situation est radicalement différente. Les conditions mêmes qui font baissé le niveau de vie des travailleurs -- une augmentation du taux d'exploitation grâce aux mesures Healey Wilson doublée d'une croissance de la productivité - ne permettront pas de surmonter le chômage mais provoqueront même une exacerbation du chômage. Pour parler en termes quantitatifs : sans une politique qui commence à attaquer radicalement la domination capitaliste de l'économie, le chômage en GrandeBretagne ne retombera probablement jamais en-dessous de un million. La réaction de la classe ouvrière face à cette situation - une baisse de la combativité ou une remontée des luttes à un niveau programmatique qualitativement supérieur qui aborde la question générale de l'organisation de l'économie - sera déterminante pour le développement à moyen terme de la situation en GrandeBretagne, Mais à ce point, l'analyse purement économique s'arrête. La sortie de l'économie de l'impasse ne dépend pas d'éléments purement économiques, mais de la conscience de classe, du rapport de forces entre les classes, de la politique. Vu les rapports de forces entre les classes, le capitalisme britannique ne peut pas sérieusement se relever de la récession. Même une application réussie des mesures Healy-Wilson permettrait simplement à l'économie de se stabiliser à un niveau de 1,5 million de chômeurs, un taux d'inflation de 10 à 15%, une chute de 3 à 5% du niveau de vie des travailleurs, une baisse de 10% de la production industrielle et un taux d'investissements inférieur à celui de 1970, Cela ne laisserait pas de place à la guérison économique du capitalisme britannique. Pour relancer sérieusement l'économie sur une base capitaliste, il faut des mesures bien plus fondamentales : l'élimination de la plus grande partie des gains économiques réalisés par la classe ouvrière depuis 1945, C'est sur cette voie que la bourgeoisie britannique vient de s'engager. Son succès signifierait un changement radical des rapports de forces au détriment de la classe ouvrière. La défaite de la bourgeoisie plongerait la GrandeBretagne dans la crise économique la plus profonde connue par un pays impérialiste depuis 1929. Les forces économiques ont placé la lutte de classes en Grande-Bretagne à un tournant. C'est la lutte de classes et son orientation politique qui décideront de l'issue. 8 décembre 1975: (1) Voir E. Mandel, Late Capitalism, (New Left Books) p. 179 séq. de même que toute une série d'études empiriques dont : British Capitalism : Workers and the Profits Squeeze

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de Glyn et Sutcliffe est la plus connue. Différentes tentatives ont été faites pour réfuter ce point de vue ; notamment dans "Class Struggle and the Rate of Profit" (New left Review, juillet 1973) et P. Bullock et D. Yaffe dans "Inflation, the Crisis and the Post-War Boom (Revolutionary Communist, novembre 1975). Cependant, malgré le fait que les travaux de Yaffe représentent la contribution la plus significative à l'économie marxiste actuellement produite en Grande-Bretagne, théoriquement, Yaffe et Bullock commettent malheureusement deux erreurs méthodologiques fondamentales. Premièrement, dans leur appréciation correcte de la vérité historique que c'est la croissance de la composition organique du capital et non pas le déclin du taux d'exploitation qui cause la chute du taux de profit, ils ne réussissent pas à saisir le fait que, au moment du début de la crise conjoncturelle, notamment quand le processus d'accumulation chancelle, il est tout à fait possible, et même inévitable, que des luttes directes contre le taux d'exploitation soient la cause du déclenchement de la crise ouverte. Yaffe et Bullock sont coupables de "réductionnisme" quand ils confondent les déterminants en dernière analyse du déclin du taux de profit avec les causes concrètes d'une crise particulière. Deuxièmement, autre exemple d'une méthode "réductionniste", Yaffe confond la question du développement du capitalisme en général avec la question du développement d'une économie particulière. Le développement du capitalisme dans son ensemble détermine le développement de tout capitalisme en par -ticulier, mais le développement d'un capitalisme particulier n'est pas réductible au développement du capitalisme dans son ensemble. (Par exemple, voir l'analyse classique de Trotsky de pourquoi la combinaison des éléments de la crise de 1929 a produit une crise largement spécifique du capitalisme allemand). Il n'y a rien du tout de contradictoire à comprendre que, en dernière analyse, la raison du déclin du taux de profit réside dans les changements dans la composition organique du capital et à comprendre que, dans un capitalisme particulier, à un moment donné, l'élément dominant dans la crise est joué par une lutte directe entre la classe ouvrière et la bourgeoisie sur le taux de plus-value. Que ceci soit ou non le cas ne peut pas être déterminé par une référence au développement du capital en général, mais seulement pas une enquête sur la combinaison spécifique de cette crise dans le cas d'un capitalisme particulier. Sur cette question Glyn et Sutcliffe en particulier, ont apporté une réelle contribution.

(2) Il est bien connu que les bourgeois ne calculent pas le taux de profit en termes marxistes. Cependant, de grandes difficultés, en particulier dans le cas d'une forte inflation, à calculer le "taux de profit'' même en termes capitalistes. Cela dépend, entre autres choses, si le calcul est fait avant ou après déduction des impôts; de la manière dont l'aide de l'Etat à l'industrie s'équilibre avec l'imposition; sur la base de quelle réévaluation des stocks il est calculé; si la réévaluation des stocks est incluse; si le taux est calculé sur la base d'un coût historique ou du coût de remplacement;; de comment sont traitées les industries nationalisées, dont le taux de profit est déterminé largement politiquement, etc... Ces différences permettent de comprendre les divergences entre les six principales études du taux de profit du capitalisme britannique faites période : Glyn et Sutcliffe, Hugues, "Profit Trends and Price Controls, Profitability of British Manufacturing Industry, Lloyd's Bank Review, Juillet 1973; Kin: "Profit Crisis that isn't" Guardian, 14 novembre 1973; Burgess and Webb : "'The Profits of British Industry", Lloyd Bank's Review, avril 1974; Merret and Sykes : "How to avoid a liquidity Crisis", The Economist, Supplément, 3 août 1974; plus une série d'articles par les mêmes auteurs au cours de l'été 1974 (notamment dans Financial Times, 30 septembre 1974). Pour montrer le caractère significatif de ces différentes méthodes de calcul, on peut simplement noter que pour une seule année, 1969, le calcul des chiffres du taux de profit selon les différentes méthodes donna des estimations aussi différentes que 16,8% (Burgess and Webb) et 4,7% (Glyn and Sutcliffe). (3) Stuart Holland affirme dans The Socialist Challenge que les principaux monopoles anglais sont en position de régler leur taux de profit (p. 55) et qu'il n'existe pas de crise des profits. Il vaut la peine de relever cet "argument" du fait que pas un seul chiffre n'est produit dans un livre de 400 pages pour l'appuyer! Et ceci malgré le fait que des centaines de pages ont été écrites sur la question du taux de profit en Grande-Bretagne au cours des cinq dernières années et qu'elles prouvent toutes exactement le contraire de ce qu'affirme ce livre. (4) Comme d'habitude, le chômage frappe plus fort les travailleurs les plus opprimés. Le chomage parmi les travailleurs immigrés a augmenté presque deux fois plus vite que la moyenne nationale. A l'autre bout de l'échelle, cependant, le chômage a touché des groupes qui ne l'avaient pratiquement jamais connu. En septembre, par exemple, 5.200 enseignants étaient inscrits comme demandeurs d'emploi (Financial Times, 14 octobre 1975).

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