Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUEDE

La fin d'une exception

· Inprecor (première série) n° 40-41, 18 décembre 1975 · p. 22-26 · 3 575 mots

Économie mondiale

excepulon lOAN d'une

BENNY ASMAN Lorsque paru notre dernier numéro consacré à l'économie capitaliste internationale, en juin 1975, la Suède (de même que la Norvège) commençait seulement à être affectée par la récession internationale généralisée. Pour la plupart des branches de l'économie suédoise, 1974 était encore une année de boom. La production industrielle s'était accrue de 7,4% au cours de l'année et toutes les principales entreprises tournées vers l'exportation déclarèrent à la fois de fortes augmentations des profits et des ventes. Cela contrastait fortement avec la situation des principaux pays impérialistes. Plusieurs facteurs expliquent ce caractère "exceptionnel" de l'économie suédoise, certains d'entre eux de nature structurelle, d'autres étant purement conjoncturels: 1. - L'économie suédoise est fortement tributaire des exportations, le fait que 40 à 45% de la production industrielle soient vendus sur les marchés étrangers, le démontre. Les industries tournées vers l'exportation peuvent être groupées selon deux sortes différentes de production : matières premières et produits semi-finis d'une part produits mécaniques et métaux hautement spécialisés d'autre part. Dans ces deux secteurs, la récession internationale a permis un développement favorable pour les capitalistes suédois. Il existait un manque de fer, d'acier et de pâte à papier qui avait retardé la récession en Suède. Il en est de même pour les produits hautement spécialisés des industries métallurgiques et mésuède:

caniques; le produit de ces industries avait été écoulé sur les marchés des pays dans la moins mauvaise situation conjoncturelle. Depuis la deuxième guerre mondiale, ces facteurs ont toujours réduit les hausses et les baisses de conjoncture de l'économie suédoise. 2. - Le taux d'inflation au cours de 1973 et 1974 a été l'un des plus bas des pays impérialistes (de même qu'en Allemagne et en Suisse), variant entre 7 et 9%. En 1974, les exportations se sont réparties de la manière suivante : A. E. L. E. (Association européenne de libre-échange). 22, 3% dont :

Norvège.. 10,4%

Finlande. 7,1% C.E. E. (Communauté économique européenne). 48, 0% dont :

Allemagne fédérale. . 9,8%

Grande Bretagne.. 13,2% USA/ Canada. 6,7% Autres.. 23,0% Des développements favorables aux exportations suédoises dans leur deux marchés principaux ont permis de retarder la récession en Suède. Le boom continue en Norvège a joué un rôle important qui se mesure au fait qu'en 1975, la Norvège a dépassé la Grande-Bretagne comme principal marché d'exportation de la Suède. L'évolution favorable du taux de change par rapport au

Page 23

mark allemand a aidé les capitalistes suédois à ac. croitre leur part du marché britannique rétréci au détriment de leurs concurrents principaux (l'Allemagne de l'Ouest par exemple). Ceci allant de pair avec une relative "paix du travail" permit aux capitalistes suédois de s'en tenir exactement aux dates de livraisons conformes aux contrats et leur fournit ainsi un autre avantage sur leurs concurrents au début de la récession, facteur qui joua à son tour pour la retarder. 3. - La situation du marché intérieur eut aussi son effet. Après la récession assez profonde du marché intérieur en 1971-72 (qui était déphasé par rapport à la situation internationale), la consommation privée s'est accrue vers la fin de 1973 et tout au long de 1974; ceci s'est manifesté par un accroissement de 4, 5% du produit national brut en 1974 (comparé à un accroissement de 1,7% en 1973). En 1974, une seule branche importante a été touchée de manière décisive par la récession internationale: l'industrie du bois. Près de 70% de la production de cette branche est exportée et vers la fin de 1974 un ralentissement de la construction à l'échelle internationale a plongé cette branche dans sa crise la plus sérieuse depuis 1945. Les illussion bourgeoises et les dures réalités Vers le milieu de 1974, tous les représentants de l'industrie, ainsi que les économistes bourgeois, les membres du gouvernement socialSUEDE: QUELQUES CHIFFRES DE BASE

Population (1974) : 8.177.000

Population active : 3.900.000

Répartition des emplois par secteur en %:

1970 1974

Agriculture, forêt, et pêche ... 8, 1 6,7

Mines et industries de transformation.. 28,8 29,6

Bâtiment .. 9.6 7,4

Commerce 14,4 14, 1

Transports 6,9 6,9

Banques et assurances 5, 0 5,4

Administration publ. et autres services.. 27,2 30,0 Taux de syndicalisation: 90% des travailleurs manuels sont membres de syndicats la Landsorganisationen (LO - Confédération syn dicale), et plus de 50% des employés salariés appartiennent à des syndicats qui sont membres du TCO (Organisation centrale des employés salariés)

démocrate et les représentants des syndicats posaient une grande question: la récession internationale cessera-t-elle suffisamment tôt pour permettre aux industries exportatrices suédoises de tenir jusqu'à la prochaine reprise ? Presque tous se trompèrent dans leur évaluation de la situation internationale, Vers l'automne de 1974, ils se mirent à prédire une remontée pour le début de 1975. Mais ces prédictions (partagées par nombre d'experts internationaux) se sont avérées des vues de l'esprit, En fait, la récession internationale continue, avec son déclin du commerce mondial en chiffre absolu, a maintenant touché tous les secteurs importants de l'économie suédoise, de la même manière que fut touchée l'industrie du bois dès 1974. La récession est bien arrivée, et bien plus violemment qu'elle n'était envisagée. Cela se voit à différents élé1. - Les exportations ont décrû à une vitesse accélérée au cours des trois premiers trimestres de l'année 1975. Au cours du premier trimestre elles tombèrent de 7% par rapport au premier trimestre de 1974; pour le deuxième, ce fut de 12%; et pour le troisième de 20%, Pour toute l'année 1975, le déclin s'établira de 8 à 10% pour le volume total des exportations. L'importance de ce déclin est démontrée par le fait que ce sera la première année depuis 1952 à enregistrer une réduction du volume des exportations par rapport à l'année précédente. Ceci aura comme résultat une chute d'environ 3% de la production industrielle, Le taux de croissance du PNB sera 0 (pour la première fois depuis 1951); seule la consommation intérieure qui demeure assez élevée empêchera la chute drastique des exportations de causer une baisse effective du 2, - Des manifestations de ce déclin pouvaient déjà être perçues à la fin de 1974 et au début de 1975 quand les carnets de commandes des industries commencèrent à se vider, Le deuxième trimestre de 1975 vit une réduction des nouvelles commandes pour tous les secteurs, réduction qui a continué de façon drastique, A la mi-novembre un septième de toutes les entreprises sidérurgiques et mécaniques firent savoir qu'elles préparaient l'instauration de semaines de travail réduites ou de programmes restreints pour leurs employés. Les espoirs d'une relance internationale pour le début de 1975, qui se reflétaient dans la très petite réduction de la production et en conséquence dans l'énorme accumulation de stocks, s'évanouirent durant le printemps et l'été de 1975 et il en résulta un rapide déclin de la production pendant l'automne. A son tour, ceci eut pour effet d'accroftre le chômage au cours des trois à six mois suivants. 3. - La différence des taux d'inflation entre la Suède et ses principaux partenaires commerciaux disparut pendant l'été 1975, et l'inflation suédoise s'accrut au taux annuel de 13, 9% au cours du troisième trimestre. Ceci, combiné avec la chute drastique des ventes sur les marchés

Page 24

SUEDE

SKF

Adhiere a la coltración dil primer Aniversariode la funtu de suicine y formula votos por dl évita de sus ajiliias RODAMIENTOS SKF CHILE S.A.

"SKF s' associe à la célébration du premier anniversaire de la Junte de gouvernement et formule ses voeux pour qu'elle atteigne ses objectifs " (publié dans El Mercurio à Santiago de Chile). étrangers, a obligé à reconsidérer les pronosdes profits pour les principales industries d'exportation. Chacune d'entre elles avait fait des prédictions optimistes exagérées au dé• but de 1975. Ceci vaut à la fois pour des compagnies très connues comme S. K. F., Volvo, Saab, Alfa-Laval et L. M. E. comme pour des sociétés qui ont une implantation essentiellement nationale telles que LKAB (fer), ASEA (équipement pour centrales électriques), SCA (trust de la pâte à papier). Tel est le tableau à la fin de l'automne 1975, et personne ne l'avait vu se dessiner ainsi il y a huit mois. La perduration de la récession internationale généralisée a finalement sonné le glas et balayé l'une des exceptions encore sur pied. Le déclin par secteur Le déclin s'est produit sur une période de douze mois, forçant son chemin secteur après secteur, avec un effet cumulatif en conséquence sur le marché intérieur pour les biens d'équipements. 1. - L'industrie du bois, elle a été la première branche touchée du fait du fort déclin international de la construction industrielle et su logement en 1974 et d'un déclin similaire sur le plan intérieur. En 1972 et 1973, les prix des produits du bois étaient merveilleusement forts pour les capitalistes; ils triplèrent alors. Pendant l'hiver 1974-75 il fut possible de maintenir la production à de hauts niveaux grâce au stockage spéculatif international, en particulier en Grande Bretagne. Lorsque cela s'arrêta, les exportations vers la Grande Bretagne se figèrent pratiquement en mai 1975. s'écroulèrent lourdement et tombèrent de 600 couronnes à 360 couronnes (1) par mètre cube entre septembre 1974 et septembre 1975, ce dernier prix représentant 80 couronnes par mètre cube de moins que le coût de production. La production totale tombera ainsi de 30% en 1975 et une grande partie de la production actuelle est stockée. 2. - Les exportations de matières premières (tel le minerai de fer) et de produits semi-finis (pâte à papier, papier, papier d'emballage, fer et acier), colonne vertébrale traditionnelle de l'industrie suédoise ont aussi été touchées. En ce qui concerne les matières premières, le déclin des commandes commença au cours du deuxième trimestre 1975. Les commandes pour l'industrie du papier en mai 75 chutèrent de 60% par rapport à celles de mai 74. 3. - En septembre 1975, les industries métallurgiques et mécaniques furent touchées par une baisse très rapide des commandes en provenance des marchés étrangers; elles furent aussi atteintes par le report ou l'annulation de plans d'investissements dans les précédemment mentionnés. Pendant la première moitié de 1975, ce secteur pouvait encore enregistrer un accroissement de production de 3%, comparé à la même période de 1974. Pour la seconde moitié de 1975, il connaitra une baisse. Dans la mesure où ce secteur compte pour 43 % du total des exportations, le fond de la récession n'a pas encore été atteint, et ceci, en retour, provoquera une augmentation du chômage dans ce secteur.

Force et stabilité comparées

La production industrielle totale a commencé à baisser seulement pendant la seconde moitié de 1975, ce qui aura pour résultat probable une chute annuelle de 3% au total. Selon les normes internationales, c'est une petite récession. Et, sous certains aspects, il pourrait sembler qu'il n'y a pas de réelle récession de l'économie suédoise. Le taux de chômage par exemple est bas comparativement à la moyenne internationale. En novembre, il y avait environ 70.000 chômeurs, soit à peut près 1,7% de la main d'oeuvre enregistrée par l'assurance chomage. Ce chiffre n'est pas beaucoup plus élevé que celui de 1974. Et pour la totalité de 1975, les investissements industriels augmenteront leur volume de 5 à 7%. Il existe plusieurs raisons qui expliquent ces faits apparemment paradoxaux: 1. - La situation du marché intérieur a partielle-

Page 25

ment compensé les effets des marchés exté - rieurs. La consommation privée s'est accrue de 3% pendant la première moitié de 1975, avec par exemple, une augmentation de 10% des ventes d'automobiles pendant les sept premiers mois de l'année, en comparaison avec la même période de l'année dernière.

2. - Le déclin relativement faible de la production industrielle peut être expliqué principalement par l'accumulation extraordinaire de stocks par toutes les branches des industries d'exportation. Durant le premier semestre de 1975, les stocks de produits industriels se sont accrûs de 2.500 millions de couronnes (prix de 1968) et la plupart des grandes sociétés exportatrices font maintenant des inventaires à un niveau supérieur de 20% à la normale. Cette politique a été déterminée par l'espoir qu'une relance internationale était sur le point de se produire et qu'il serait de ce fait meilleur marché de produire des stocks et d'éviter de licencier des ouvriers qui șeraient bientôt nécessaires à nouveau. Cette pratique a été fortement encouragée par un autre facteur qui est la politique économique du gouvernement socialdémocrate. 3. - Pour les sociaux-démocrates, il a été traditionnellement important de maintenir un taux de chômage bas. C'est un des mérites historiques principaux de la social-démocratie aux yeux des travailleurs. Les sociaux-démocrates ont tenté de faire cela en garantissant un soutien direct aux capitalistes, spécialement dans le secteur des exportations. Ceci s'est combiné avec de grands efforts pour retirer les ouvriers des secteurs stagnants, l'industrie textile par exemple et laisser ces industries face à leur destin. Au cours de l'année passée, l'arsenal traditionnel des subsides s'est vu augmenté d'une fournée supplémentaire de fonds. Quand toutes les grandes sociétés déclarèrent des profits extraordinaires pour l'exercice 1974, le ministre des Finances, Gunnar Sträng coupa l'herbe sous le pied aux critiques et bloqua les revendications syndicales en propo-r sant une façon de "réduire les super-profits"'. Toutes les compagnies enregistrant plus d'un million de couronnes de bénéfices devaient, proposa-t-il, être obligées de mettre de côté 15% de ces bénéfices pour un fonds spécial d'investissements. Naturellement ce plan fut salué par les capitalistes qui pouvaient ainsi éviter de payer des impôts sur cette part de leurs profits et en même temps augmenter leurs liquidités. Une grande partie de ce capital fut utilisée durant la première moitié de 1975, ce qui permet d'expliquer les investissements industriels encore assez élevés pour 1975. En octobre, quand des signes de ralentissement manifestes s'affirmèrent dans tous les secteurs principaux, le gouvernement présenta un "plan de soutien" spécial pour maintenir l'emploi. Ce soutien direct s'élève à 2 milliards de couronnes. Cette masse d'argent est répartie de la manière suivante: a. 200 millions de couronnes supplémentaires pour la constitution de stocks, plus des garanties additionnelles pour les prêts bancaires. b. Soutien spécial à la constitution de stocks dans l'industrie du bois (équivalent à 20% du stock). c. 250 millions de couronnes de réduction des impôts sur la consommation d'énergie. d. 140 millions de couronnes pour les investissements destinés à économiser l'énergie. e. 300 millions de couronnes pour accroitre les emplois de l'Etat. f. 300 millions de couronnes pour avancer les dates des investissements publics déjà planiEn automne 1975, ces trois facteurs ont retenu la chute de la production et l'augmentation du chômage. Mais cette relance sélective était fondée sur l'hypothèse que la récession internationale se terminerait beaucoup plus tôt que ce ne sera le cas en fait, Aussi, quand ces espoirs furent déçus, il y eut toute une série de rapports (en novembre et au début décembre) qui faisaient état de l'annulation, en particulier par les sociétés métallurgiques et mécaniques, des investissements prévus pour les capacités de production et de la préparation de licenciements. Prenant en compte les très hauts niveaux de capacité de production excédentaires, à la fois sur le plan national et international, il apparait peu vraisemblable que les pronostics optimistes faits par le Konjunkturinstitutet (Institut de la conjoncture) pour 1976 - un accroissement de 11% des exportations - seront réalisés. De plus, et ceci est certain, l'actuelle capacité excédentaire élevée de l'industrie suédoise (spécialement dans les secteurs de la métallurgie et de la mécanique) et les stocks extrêmement importants conduiront à une absence presque totale d'accroissement des investissements productifs en 1976. Le résultat évident de la consommation intérieure encore élevée et de la chute des exportations rapide, est un grand déficit de la balance des paiements. Le déficit était de 4, 495 millions de couronnes en 1974; pour 1975, il sera de l'ordre de 9 milliards de couronnes. Ce chiffre doit être comparé avec le pronostic le plus pessimiste qui a été formulé au début de cette année (1975): un déficit de 7 milliards de couronnes. Pour 1976 il se produira une détérioration encore plus importante de ce déficit, avec un résultat déficitaire de 20 milliards de couronnes pour 1974-76. Jusqu'à maintenant, ce déficit a été couvert par des emprunts élevés sur les marchés étrangers du crédit.

Une problème structurel à

long terme Dans la première semaine de décembre, le

Page 26

ministèré des Finances présenta son "plan de cinq ans" , c'est-à-dire, les prévisions pour 1976-80. Le but central est l'accroissement des investissements productifs dans les industries d'exportation (conduisant à un accroissement des exportations) et parallèlement, de peser sur l'augmentation de la consommation intérieure en diminuant les augmentations de salaire et en ne procédant à aucune nouvelle réforme sociale. Le déficit de la balance des paiements est censé être surmonté de cette manière. En lui-même, ce plan est une caricature et constitue l'exposé le plus clair de la rhétorique social-démocrate concernant le contrôle du développement de l'économie capitaliste. C'est un plan presque identique à celui présenté en 1970 pour la période 1971-75, qui avait comme cible principale l'élimination du déficit de la balance des paiements par l'accroissement de la compétitivité des industries d'exportation. Ce plan était si réaliste qu'il s'est achevé en produisant le plus grand déficit de la balance des paiements depuis 1945. Derrière cela se cachent quelques problèmes structurels de l'économie suédoise. Les prévisions du gouvernement sont basées sur deux hypothèses principales : 1. - Que les capitalistes des industries d'exportation sont prêts à accroitre les investissements productifs pour parer au déficit de la balance des paiements; c'est-à-dire, qu'il y aura un accroissement suffisamment rapide de la productivité et une augmentation suffisamment lente des coûts de production pour créer une expansion de la production en Suède qui permette des exportations profitables pour les capitalistes ; 2. - Que les travailleurs du secteur exportateur comme ceux du secteur de la consommation intérieure accepteront une augmentation de leur niveau de vie inférieure à celle à laquelle ils sont habitués. Ces deux hypothèses apparaissent irréalistes, parce qu'elles ne tiennent pas compte des tendances non conjoncturelles qui les sapent. D'abord, la plupart des grosses sociétés du secteur exportateur augmentent leurs investissements en dehors de la Suède plus vite que leurs investissement en Suède même. L'incertitude politique concernant les marchés étrangers, cependant, peut ralentir l'expansion de ces investissements. En 1961, les investissements directs à l'étranger se montaient à 150 millions de couronnes. Ils ont dépassé 1 milliard de couronnes chaque année depuis 1970. En 1974, ils atteignaient 2, 6 milliards de couronnes. En 1970, les compagnies suédoises employaient 180.000 personnes à l'étranger. En 1973, ce chiffre avait atteint 260. 000 pour l'ensemble des 25 plus gros investisseurs à l'étranger seulement. Des 15 plus gros investisseurs à l'étranger, tous sauf Volvo et ASEA ont plus de 50% de leurs employés à l'extérieur. Ce développement ne s'est pas accompagné d'une augmentation de l'emploi en Suède. Au contraire, le nombre de travailleurs employés dans la production industrielle a diminué. Pendant la période 1970-73 le nombre total d'heures de travail a décra de 5% dans les industries de transformation. Cette tendance a été contrée par un surcroit de productivité, mais cet accroissement a été bien inférieur à ceux enregistrés au milieu et à la fin des années 60. Ensuite, les possibilités d'étendre les exportations sur le marché mondial ont été largement surestimées. La récession internationale actuelle est considérée comme grave mais "normale", et on s'attend à ce que les affaires reprennent bientôt leur cours normal. En fait, cependant, l'expansion beaucoup plus lente du commerce international aujourd'hui, comparé avec les années 50 et 60 et l'aggravation qui en résulte dans la compétition inter-impérialiste va frapper à la fois les produits d'exportation traditionnels et les métaux spécialisés et les produits mécaniques et rendra rapidement une extension des exportations beaucoup moins probable. Enfin, la possibilité de maintenir l'augmentation des importations à un niveau inférieur à celui des exportations et par là d'éliminer le déficit de la balance des paiements est sapée par le nombre rapidement croissant d'employés des secteurs non productifs, en premier lieu le secteur appelé public. Le nombre d'employés de l'Etat et des administrations communales a augmenté de 64% entre 1969 et 1970 (passant de 420.000 à 736.000); l'augmentation annuelle moyenne pendant les années 70 a été de 43.000. Ceci doit être mis en rapport avec la diminution du nombre des employés des industries de transformation (environ 70.000 de moins entre 1965 et 1973) et de la construction 35.000 pendant la même période) Ainsi, le pronostic qui doit être fait c'est que les "plans' pour l'économie capitaliste suédoise vont échouer. Au contraire, il y aura une érosion progressive de la force du capitalisme suédois dans les prochaines années. Ni la perspective d'une croissance rapide des exportations et d'un renforcement de la position compétitive des compagnies suédoises sur le marché mondial, ni celle de voir la classe ouvrière accepter une croissance beaucoup plus lente de son niveau de vie ne se réaliseront vraisemblement. Le progrès très lent de la production industrielle et des nouveaux investissements productifs dans tous les pays impérialistes aujourd'hui et la perspective d'une remontée lente au cours des prochains six mois rendront les mesures de relance et l'aide du gouvernement à l'industrie suédoise insuffisantes. Le taux de chômage va croftre rapidement pendant les six mois à venir, spécialement dans les métaux et l'industrie mécanique. La seule branche pour laquelle il existe une perspective immédiate de montée relativement rapide des exportations est celle de l'industrie du bois, car le bâtiment commence à reprendre sur les marchés étrangers. Mais ceci ne changera en rien la tendance actuelle globale de l'économie. Le fond de la récession en Suède n'a pas encore été atteint. (1) Une couronne = 1 FF.

Une erreur sur cette page ?