P. SALAMA & A. LIND
On pourrait citer - pour le plaisir - les prévisions économiques erronées faites
Plus intéressantes sont les constatations faites par par ceux qui nous gouvernent.
le journal économique Expansion : "Les performances de la France en 1974 (au niveau de la rentabilité des entreprises - NdA) ne sont rien d'autres que les derniers soubresauts d'un moribond qui voit ses camarades frappés avant lui... les indica - tions dont on dispose pour le premier semestre 1975 semblent confirmer ce juge-
Plus inquiétantes sont également les dernières déclarations de Ceyrac (président du patronat) dans le même numéro de ce journal : "Aujourd'hui, l'Europe subit choc sur choc. Un boxeur qui encaisse des coups sans en rendre ne tient pas 15 rounds. Il faut donc repartir de l'avant. Cela ne se fera pas en douceur, sans affrontement politique" (p. 191).
C'est clair et logique. Ces discours constituent les premières menaces conscientes d'une bourgeoisie qui s'apprête à affronter une aggravation de longue durée de la si-
C'est parce que la crise que traverse le Capital est tuation économique et politique.
profonde, même si les premiers symptômes sont encore timides, même si une légère reprise est prévisible dans les mois prochains, que la bourgeoisie tente de se doter des moyens politiques conséquents pour l'affronter. Cette crise résulte de l'épuisement lent puis brutal de l'action des facteurs qui contrecarrent la baisse tendancielle du taux de profit. C'est ce que nous allons montrer dans la première partie
Parce que cette crise n'est pas passagère, l'action de l'Etat revêt de cet article.
C'est pourquoi nous montrerons, dans la deuxième partie, une certaine importance.
comment l'Etat tente d'utiliser la crise pour modifier l'appareil productif, augmenter le taux d'exploitation, redresser le taux de profit de telle sorte que soient garanties de manière durable les conditions pour que le système capitaliste se reproduise
Mais nous montrerons également comment l'Etat est contraint - devant en tant que tel.
l'ampleur soudaine de la crise et les dangers politiques qu'elle suscite - de parer au plus pressé, de lancer un plan de relance.
Le crise vient de loin
L'INSEE a produit récemment une série d'études
(2) : une hausse très forte de la composition orqui jettent un éclairage nouveau sur l'évolution ganique du capital; une augmentation substantielde la rentabilité de l'économie et de ses princile de l'endettement et donc un alourdissement des charges financières des entreprises; un partapaux secteurs, sur les modifications substantielles qu'a connues l'appareil productif depuis une ge des revenus entre profits et salaires en faveur dizaine d'années (1).
des travailleurs depuis peu, c'est-à-dire un ralentissement contraint du taux d'exploitation.
Cette baisse du taux de profit entraîne une mise
Ce sont ces études qui expliquent le diagnostic que nous avons énoncé. Il s'agit d'une crise tyen sommeil partielle et une destruction du capipique de suraccumulation du capital telle qu'on tal (capacité de production oisive, faillites nomn'en avait pas vu depuis la guerre. Le taux de breuses) de plus en plus importante, un chômage profit baisse sous l'effet de plusieurs facteurs croissant et une tentative de dévaloriser la for-
ce de travail. C'est ce que nous allons voir. 1. La hausse de la composition organique... L'entrée de la France dans le Marché Commun en 1959 a imposé au capital de profondes mutations que seul un bonaparte (de Gaulle) pouvait imposer à une classe ouvrière hostile. Parallèlement à l'allongement de la semaine de travail (qui atteint son pic en 1963 avec 47,2 heures) se produit une forte élévation de la composition organique du capital. Cette hausse peut être décelée dans l'augmentation du "capital fixe productif brut par tête". Ce dernier croit au rythme annuel de 3, 4% entre 1950 et 1957, puis passe à 5, 3% l'an de 1957 à 1964, pour sauter à 7% l'an de 1964 à 1973 (3). De 1964 à 1973 le "capital fixe productif brut par tête" croit deux fois plus vite que de 1950 à 1957 ! Cette hausse accélérée de la composition organique du capital trouve son origine dans la volonté des capitalistes d'accroître leur compétitivité sur l'arène internationale et donc d'abaisser les coûts. Très vite, cependant, une hausse de la composition organique va se traduire par une efficacité de plus en plus faible. La "productivité du capital" - c'est-à-dire le rapport entre la production totale et le "capital' engagé - va très vite commencer à décroitre. Elle augmente de 0,7% par an entre 1957 et 1964, elle baisse de 1% l'an de 1964 à 1973 (fig. l). Certes, la progression ou la baisse secteur par secteur est inégale, comme nous le verrons. Mais elle traduit les difficultés accrues que rencontre le capital dans sa recherche de profit. En effet, si parallèlement à cette hausse de la composition organique du capital, la productivité par heure travaillée voit sa croissance s'accélérer - elle passe de 4,7% par an de 1961 à 1967 à 5,7% par an de 1967 à 1971. - l'effet total de cette hausse ajouté à celui de la baisse de la "productivité du capital" est de moins en moins positif. La "productivité totale du travail et du capital' passe en effet d'un taux de croissance annuel de 3,5% de 1957 à 1964 à 3% l'an de 1964 à 1973. La hausse accélérée de la composition organique du capital commence à susciter des effets contraires à ceux espérés par les capitalistes. L'efficacité baisse, ce qui fait dire à l'auteur de l'étude citée : "Tout semble s'être passé de telle façon qu'en moyenne un effort supplémentaire d'investissement par rapport aux années antérieures n'a donné aucun bénéfice marginal d'efficacité" (Sautter, p. 10). Il faut se garder de confondre efficacité et taux de profit. Mais la baisse de l'un indique des problèmes croissants en ce qui concerne l'autre. Parce que la suraccumulation se dessine, se précise, elle menace le taux de profit. C'est ce que nous allons plus précisément voir. 2.... et ses effets sur le taux de profit L'année 1964 constitue un tournant pour la "productivité du capital' . Mais ce n'est qu'à partir de 1969 que le taux de rémunération brut du capital commence à décliner (fig. 2). De 1964 à 1969, la baisse de la productivité du capital - interrompue de 1968 à 1969 (4) - voit son action négative sur le taux de rémunération du capital contrecarrée par deux facteurs. Jusqu'en 196869, les capitalistes arrivent en effet, d'une part, à s'octroyer une part plus importante du gâteau, accentuant ainsi les inégalités sociales et la hausse du taux d'exploitation, d'autre part, à jouer sur les prix de telle sorte que les prix des marchandises qu'ils produisent croissent plus vite que les prix des biens d'équipement (fig. 2). La baisse du taux de rémunération du capital à partir de 1969 résulte donc de l'action négative de la hausse accélérée de la composition organique du capital depuis 1964 et de l'épuisement de l'action positive des deux facteurs cités. D'un côté, il est de plus en plus difficile pour le capital de s'octroyer une part croissante dans le partage du revenu entre profits et salaires. Ce par -tage s'effectue de plus en plus au détriment des capitalistes (5), résultat de Mai 1968 et de la combativité maintenue de la classe ouvrière. La hausse du taux d'exploitation est donc freinée par la résistance des travailleurs et n'exerce donc plus une force suffisante pour contrecarrer l'effet négatif de la hausse de la composition organique du capital. D'un autre côté la hausse des prix relatifs de la valeur ajoutée par rapport aux biens d'équipement n'est plus suffisante. L'action positive de ces deux tacteurs s'épuise. taux de rémunération brut du capital baisse de ce fait à partir de 1969. Cette baisse annonce des difficultés accrues pour le capital, difficultés se traduisant aujourd'hui par la crise ouverte. Par ailleurs, il faut souligner que l'effort de modernisation a conduit les capitalistes à emprunter davantage (6). Le taux d'auto-financement baisse. L'endettement s'accroit. Selon Entreprise (N° 1009), le rapport de l'endettement à long et moyen terme sur les capitaux propres passe de 0,34 en 1963 à 0,61 en 1972. A cette augmentation des dettes correspond une augmentation des charges de la dette. Les charges financières par unité produite croissent, limitant ainsi les possibilités d'auto-financement et rendent plus difficiles les conditions de reproduction du capital pour les petites entreprises, pour les grandes dans certains secteurs (7). On comprend dès lors que l'Etat se soit donné pour objectif d'alléger les charges pesant sur le taux de profit des entreprises en diminuant la charge que représente les impôts et en accroissant les subventions (fig. 4). Les diverses mesures fiscales prises par les gouvernements successifs - dont la suppression en 1968 des versements forfaitaires sur les salaires - ont fait chuter les charges fiscales par unité produite dans la presque totalité des secteurs. On comprend également que l'Etat ait tenté de redresser la situation en ce qui concerne le partage profit-salaires
"en montrant l'exemple", par son refus d'augmenter les salaires (grèves des PTT de 1974, de Renault, etc.). C'est un point sur lequel nous reviendrons. 3. En guise de synthèse On peut calculer divers indicateurs qui donnent une idée de la suraccumulation latente, puis présente avec le développement de la crise. L'INSEE calcul ce qu'il appelle le surplus réel des entreprises non agricoles (fig. 3) (8). Cet indice est orienté vers la baisse. Le surplus réel reçoit 4 affectations (fig. 4), Il va d'abord servir à payer l'accroissement de la masse salariale dû à la hausse des salaires sur une année et à la variation de l'emploi, puis il financera les impôts nets de subventions, les charges diverses, et enfin le résidu constituera le revenu net du capital (intérêts, dividendes, épar gne brute des sociétés). On constate - comme nous l'avons déjà noté -que le coût de la force de travail croft, que les impôts nets de subventions diminuent (sauf en 1972), que le revenu net du capital baisse à par -tir de 1969-70. On peut déduire de ces indications plusieurs taux de rentabilité. Il suffit de mettre au numérateur le revenu net du capital - avec ou sans impôt - et au dénominateur le capital fixe productif net On constate ainsi que le taux de rentabilité réel avant impôt (au prix de 1959) décrott depuis 1964, que le même taux après impôt ne décroft qu'à partir de 1969-70. L'évolution divergente de ces deux taux de profit de 1964 à 1969-70 montre l'efficacité de la politique gouvernementale de réduction fiscale, mais aussi ses limites. Elle indique surtout la voie vers laquelle s'engagera l'Etat, voie confirmée par les réductions fiscales du plan de relance de 1975. Dans la mesure où cette intervention de l'Etat est de plus en plus sélective, il est intéressant de faire rapidement une analyse sectorielle de l'évolution des rentabilités nominales et de l'efficacité de chaque secteur. Le taux de rentabilité nominale tient compte de l'évolution des prix, tant des biens d'équipement (au dénominateur) que des marchandises produites (au numérateur). De 1959 à 1969, cinq secteurs ont à la fois un taux de rentabilité nominale et une efficacité (évolution de la productivité du capital et du travail) supérieurs à la moyenne. Ces cinq secteurs sont : l'automobile, la construction mécanique, la chimie, la construction électrique et l'habillement (9). Ces cinq secteurs sont ceux qui ont connu la plus forte croissance, ont le plus développé leurs exportations, ont connu les hausses de prix les plus lentes et ont, malgré la hausse de leur composition organique, créé le plus d'emploi. Ces cinq secteurs constituent les secteurs moteurs de l'économie. La crise atteint aujourd'hui l'ensemble des secteurs, mais terme (?) elle devrait renforcer le poids relatif de ces cinq secteurs, d'un côté grâce au processus même de la crise (seuls les plus forts peuvent résister ou, du moins, plus facilement récupérer et se nourrir de la crise) et, de l'autre côté, grâce à l'intervention de l'Etat. C'est ce que nous allons maintenant voir. La crise et la politique de l'Etat La crise, larvée depuis plusieurs années, ouverte récemment, de suraccumulation du capital exige une intervention croissante - tant qualitative que quantitative - de l'appareil d'Etat au niveau économique. La crise reflète la nécessité pour le capital - et donc pour l'Etat - de réorganiser fondamentalement les conditions de production et les rapports d'exploitation. Mais cette intervention croissante de l'Etat - en période de crise - dépend plus particulièrement des capacités qui lui sont offertes au niveau politique. "Capitaliste collectif en idée" (Engels), donc garant de la reproduction des rapports de production, l'Etat doit favoriser tel secteur au détriment de tel autre (10). D'où ses mesures d'assainissement et les faillites nombreuses qui les accompagne. Cette fonction de valorisation du capital au détriment d'autres capitaux rétrécit la base sociale sur laquelle il repose, d'autant qu'affectant le mouvement ouvrier, elle est de nature à renfocer sa combativité et sa détermination. Le rétrécissement de la base sociale, l'exacerbation de la lutte des classes expliquent pourquoi l'Etat tente de se doter d'un appareil répressif puissant, légal et illégal, expliquent au niveau économique ses difficultés d'opérer nettement des choix et fondent sa politique louvoyante. 1. Jusqu'au plan de relance de septembre 1975 Avant le plan de relance, la politique de l'Etat a consisté, d'un côté, à freiner l'inflation (restriction de crédit) pour ne pas défavoriser la compétitivité des entreprises françaises, de l'autre côté à permettre que se développe le chômage. Ont le plus pâti de cette politique, les entreprises dont la rentabilité nominale était la plus faible, Pour les 10 premiers mois de 1975, les faillites et mises en liquidation judiciaires se sont accrues de 25% par rapport à la même période de 1974! Cette politique visait à renforcer les secteurs moteurs. Elle avait pour fonction de réduire la masse salariale versée par les entreprises et d'améliorer ainsi leurs conditions de rentabilité déjà bien compromises. D'un côté, l'Etat favorisait l'extension du chômage (lois nombreuses sur le chômage visant à inciter les entreprises à réaménager les conditions de travail et à licencier, faillites de nombreuses entreprises), de l'autre - par sa politique salariale dans le secteur public et nationalisé - l'Etat incitait les entreprises à ne pas céder aux exigences ouvrières, A cette politique de réduction de la masse salariale (chômage
et salaire) s'ajoutait une politique d'aide directe aux secteurs moteurs de l'économie et aux secteurs tels que l'énergie, la sidérurgie. Cette politique sélective visant à redresser les taux de profits de certains secteurs, à détruire partiellement le capital d'autres, devait très vite rencontrer des limites tant au niveau économique que politique. Le ralentissement de la demande due à la progression modérée de la masse salariale (11), l'accroissement de l'épargne - dans un contexte mondial récessionniste - devaient très vite accroitre les capacités de production oisives, gonfler les stocks d'invendus et donc aggraver les conditions de rentabilité des industries de biens de consommation durables et non durables déjà bien compromises. Le non relais du côté des exportations (maintien de la récession allemande) s'ajoutant aux charges financières (endettement) alourdies; et à l'accroissement considérable des capacités de production oisives, devaient très vite inciter les capitalistes à restreindre leurs commandes de biens d'équipement, propulsant ainsi la crise en amont et l'aggravant. Du côté social et politique, l'aggravation des conditions de travail et de vie de la classe ouvrière, le gonflement vertigineux du chômage, le maintien de la combativité des travailleurs, la pénétration des marxistes-révolutionnaires dans les usines et la propagation de leurs mots d'ordre, devaient très vite susciter des dangers réels pour le gouvernement. Ces deux facteurs, aggravation de la situation économique, menaces sur le front social et politique, expliquent le virage tardif, mais préventif de Giscard. 2. Le plan de relance et la relance La conjoncture économique française est entrée depuis l'été dans une phase de stabilisation. La crise semble avoir atteint un plancher. Ce plancher est bas puisque l'indice de la production industrielle en août 1975 était de 14,7% inférieur à celui d'août 1974. Les capacités oisives varient entre 20 et 40% selon les secteurs. Le volume de l'investissement productif a baissé de 8 à 10% pour l'ensemble de 1975. Le chômage a dépassé officiellement le million (1, 5 million en réalité), le chômage partiel s'est multiplié, seule la hausse des prix s'est ralentie (plus 0,7% en août, plus 0,8% en septembre et 0,8% en octobre). Le plan de relance va inverser les priorités. L'objectif officiel est de sortir de la crise, de freiner le développement du chômage, quitte à ce que la hausse des prix s'accélère. A la différence des plans allemand et américain, le plan de relance ne privilégie pas la relance de la consommation, mais se donne pour objectif d'apporter des ballons d'oxigène aux entreprises les plus touchées par la crise: bâtiment, travaux publics, biens de consommation durables, à travers l'amélioration des conditions de crédit. Les commandes de l'Etat et les grands travaux publics se chiffrent ainsi à une quinzaine de milliards. A ces commandes de l'Etat, il faut ajouter un report fiscal de 9, 6 milliards (!) Ce report fiscal est en fait sélectif, puisqu'il ne concerne que les entreprises qui avaient réalisé un bénéfice, c'est-à-dire les plus grosses, et n'est de ce fait d'aucune utilité pour les "canards boiteux" atteints par la crise. L'effet du plan de relance ne peut être immédiat, et de surcroit, il ne peut être que faible. L'aide apportée à la consommation des ménages (5 milliards), le crédit à la consommation à moindre coût, voient leurs effets atténués par l'accroissement de l'épargne de précaution. Cette dernière révèle la crainte des travailleurs de se trouver au chômage, et explique pour l'Allemagne la faible efficacité de ses plans de relance. Les grands travaux de l'Etat n'auront d'effet sur la reprise de l'activité économique que vers février-mars. Le report d'impôts des sociétés n'est pas de nature à améliorer suffisamment la rentabilité des entreprises, d'autant que l'accroissement de la demande (interne et étrangère) ne se manifeste que faiblement, sauf pour quelques secteurs (autos, équipements ménagers) (12). On peut donc déduire que l'accroissement de l'investissement attendu ne peut être que faible et que les capitalistes préféreront utiliser d'abord leurs capacités de production oisives. On peut déduire également que le chômage, loin d'être résorbé, va continuer à augmenter puis se stabilisera à un niveau élevé pendant plusieurs mois. Par contre, la nécessité pour les entreprises de reconstituer leurs marges bénéficiaires, les incitera vraisemblablement à hausser davantage leurs prix. Cette accélération légère de l'inflation rongera la compétitivité des entreprises à l'heure où précisément un début de reprise, même faible, suscitera un gonflement des importations. Au total, le plan de relance se greffe sur une situation économique insuffisamment saine pour le Capital. C'est ce qui explique sa faible efficacité prévisible. C'est parce que le taux de profit baisse pour les raisons que nous avons indiquées, que la reprise ne sera vraisemblablement que modérée et de courte durée. Le plan de relance, à ce titre, ainsi que les diverses mesures prises antérieurement tant au niveau des salaires que des subventions aux entreprises (Citroën) ne sont donc que des indices de la politique gouvernementale à venir. La crise vient de loin. Son dépassement néces -site qu'au-delà des réductions fiscales consenties, des subventions apportées, une destruction partielle du capital puisse avoir lieu, qu'une dévalorisation du travail puisse s'effectuer. Il devient de plus en plus vital pour le Capital de trouver, vite, les moyens de hausser suffisamment le taux d'exploitation. C'est pourquoi, la crise actuelle, malgré la reprise, est de nature à poser très vite de graves problèmes au niveau social et politique.
(1) Les études faites par l'Institut des statistiques sont utiles à plus d'un titre, quand bien même les indicateurs économiques qu'elles forgent ne correspondent pas à ceux qu'utilisent les marxistes. Il ne faut pas en effet oublier que si la bourgeoisie a besoin d'indices, de chiffres pour tromper la classe ouvrière (l'indice des prix par exemple), elle a besoin également de connaltre suffisamment la réalité concrète, ne serait-ce que pour agir sur elle. (2) Le taux de profit est le rapport entre la plus-value (pl) et le capital variable (v) plus le capital constant (c). Il peut s'écrire: p1/v/ 1+ c/v où pl/v est le taux d'exploitation et c/v est la composition organique du capital. (3) Cf. "L'efficacité et la rentabilité de l'économie française de 1954 à 1974". Ch. Sautter, Eco. et Stat. Série E, juin 1975. (1) La "productivité du capital" croit sensiblement de 1968 à 1969. En effet, la hausse des salaires - suite aux Accords de Grenelle - se traduit par une hausse des coûts et agit défavorablement sur le taux de profit, mais conduit également à une utilisation plus intensive du capital mis antérieurement en sommeil (capacités oisives) et agit par conséquent favorablement sur la "productivité du capital" et sur le taux de profit. (5) Ce serait une erreur de croire qu'un par -tage du revenu plus favorable aux salariés puisse signifier nécessairement une baisse du taux d'exploitation. Dans les salaires sont en effet comptabilisés les travailleurs improductifs, alors qu'en fait ces derniers sont payés sur de la plus-value (sur ce point voir l'article de Langston dans "Inprecor" de juin 1975, et notre livre "Un procès de sous-développement"', Maspéro, 2° Edition, 2° chapitre). Il faut ajouter que l'évolution défavorable du partage profit-salaire pour les capitalistes les conduit d'un côté à résister aux augmentations de salaire, de l'autre, surtout à "dégraisser'' (sic) leurs usines en réduisant au maximum les faux frais constitués par les travailleurs improductifs. (6) Les diverses facilités d'emprunt, à des taux relativement bas compte tenu de l'accélération de la hausse des prix, constitue une manière pour le capital de payer moins cher les biens d'équipement et redresse ainsi le taux de profit. A l'inverse, pour les travailleurs qui prêtent de l'argent (dépots en banque, etc.), les taux d'intérêt versés ne compensent pas la hausse des prix. A ce titre, le slogan publicitaire des banques pourrait être: "Pour être moins volés, prêtez de l'argent"... (7) L'emprunt, compte tenue de l'inflation, agit favorablement sur le taux de profit. Mais, à terme, et en raison de l'augmentation croissante de l'endettement, il agit défavorablement sur le taux de profit net. Ainsi, aux USA, l'endettement des entreprises par rapport aux bénéfices nets ajustés a été multiplié par 2 de 1969 à 1974 et par 1,7 de 1972 à 1974. (The falling share of profits. Brooking papers on Economic activity, N°1). (8) Le surplus réel est obtenu de la manière suivante: on retranche de la valeur ajoutée brute (en francs constants de 1959) le coût de renouvellement du capital égal aux amortissements économiques en francs de 1959 et le "coût de renouvellement du travail est égal au produit des effectifs de l'année considérée par le coût moyen en francs 1959 d'une personne employée durant l'année précédente". Pour plus de détails, voir Sautter, op. cit, (9) Inversement, sept secteurs ont une rentabilité et une efficaité inférieure à la moyenne. Il s'agit des industries alimentaires, du verre, des métaux non ferreux, du textile, des matériaux de construction, du cuir et du papier. (10) Pour plus de détails sur l'intervention de l'Etat en période de crise, nous ne saurions que trop recommander la lecture du recueil d'articles paru dans "L'Etat contemporain et le marxisme" publié par C, E. P. chez Maspéro (1975). (11) La politique salariale du gouvernement n'a guère eu de succès auprès des capitalistes. Ceux-ci ont concédé des augmentations de salaires réels substantielles. Ces augmentations reflètent le degré de combativité de la classe ouvrière. C'est ce qui explique que la masse salariale ait légèrement progressé. (12) L'indice de la construction automobile de 4,9% entre juin et juillet-août. La reprise dans ce secteur devrait se confirmer, mais à partir d'un niveau de la production faible. Par contre, la machine-outil n'a vu en octobre aucune reprise de son activité, de même la chimie, Depuis octobre semble apparaitre une légère reprise technique dans la sidérurgie.
(Voir les graphiques de cet article page suivante)
108
105
104
102
100
98
95
1959 venue de de
Gaulle au pouvoir
28
27
26
25
24
23
14.
13
12
11
10
1959 en % de la valeur ajoutée brute au prix de 1959
FIG. 3
50
40
30
1964
1954
1959
12 productivité du capital
64
60
61
62
63 lères manifestations de la combativité de la classe ouvrière :
grève des mineurs de
1963
Source : INSEE, série E N° 27 :"Fresque historique...
(la caractérisation des dates par des évènements en %
FIG. 2 part de la rémunération brute du capital fixe dans la valeur ajoutée
63
60
61
62
64
65
Source
: Fresque historique du système productif
Série EN ° 27 INSEE.
évolution du surplus réel
(entreprises non agricoles)
1974
1969
FIG. 1
(indice 100 en 1959)
prix relatifs de la valeur ajoutée et du capital
70
65
66
67
69 crise ouverte de Mai 68 sont de nous - P.S.).
taux de rémunération brute du capital
66
70
67
68
69
FIG. 4 en % du surplus réel
60
50 impôts nets de subventions
40
30 revenu net du capital
20 -
10
1954
1959
Source: Sautter, op. cit.
71
72
71
Répartition du surplus réel
(entreprises non agricoles)
augmentation du coût du travail divers
1964
1969
1974