Ibaule
CCOnOmiC
politique
wite
de classes
le PCI
face à la crise
E. SALVINI La situation économique italienne ne s'améliore pas, ° Non seulement la production indus -trielle est inférieure de 12 à 13% par rapport à l'année passée, mais on enregistre une aggravation par rapport aux quelques derniers mois. Dans un monde capitaliste qui ne se trouve certes pas dans une situation brillante, l'Italie maintient sa position de lanterne derrière l'Angleterre. La crise italienne Non seulement l'Italie se trouve plongée en plein dans cette crise, mais elle en voit les conséquences aggravées par les contradictions structurelles qui lui sont propres historiquement. La crise capitaliste en Italie est partilièrement aiguë. Il est presque certain que l'Italie sortira de cette crise conjoncturelle plus tard que les autres pays capitalistes et que la reprise sera de plus brève durée. ° - Voir Inprecor n° 30 du 3.7.75 - Article sur la conjoncture italienne.
Cette situation fait que, en Italie. les capitalistes ressentent particulièrement la nécessité de faire payer les coûts - extrêmement lourds - de la crise à la classe ouvrière même si les rapports de forces entre les classes ne sont pas très favorables à la bourgeoisie. Ce n'est donc pas un hasard si les problèmes économiques se trouvent encore une fois au centre de la scène politique italienne, Les échéances contractuelles (1) que les travailleurs saisissent pour lancer des luttes en défense du niveau de vie et de l'emploi y contribuent fortement, L'avance des forces de gauche lors des élections du 15 juin dernier, la crise de la Démocratie-chrétienne et de son système de pouvoir qui en a découlé au niveau local, le gouvernement Moro essouflé, étayé par le PCI parmi une éclosion de "juntes rouges"' (2), constituent le cadre politique nécessaire pour comprendre les termes du débat. Dans ce contexte, les conférences régionales sur l'emploi (Turin, Milan) et le débat ouvert par Napolitano dans Rinascita (hebdo-
madaire du PCI) ne représentent pas un fait marginal ou une manoeuvre pure et simple des réformistes, mais sont un avertissement politique très important. Par ces initiatives le PCI entend en effet poursuivre son objectif principal: le compromis historique - c'est- à-dire la participation au gouvernement avec la Démocratie-chrétienne. Cet objectif, comme les propositions économiques, n'est pas à court, mais à moyen terme. Par ces initiatives, le PCI et les bureaucraties syndicales entendent, encore plus immédiatement, constituer à l'avance une plate-forme d'accord pour les contrats; afin de réduire au minimum les luttes qui pourraient, dans une situation sociale tendue comme celle de l'Italie aujourd'hui, déboucher sur un "'combat frontal", cauchemar permanent de cet ex-parti révolutionnaire qu'est le PCI. Il est nécessaire, en conséquence, de convaincre les patrons que le PCI est un parti "sérieux", "responsable"' et qu'il n'attente pas aux principes sacrés des "droits des chefs d'entreprise" , mais il est également. sinon plus, nécessaire de convaincre les travailleurs que les recettes du PCI correspondent à leurs intérêts. De ce point de vue, il est très important d'analyser le débat qui se déroule dans Rinascita et ce qui a été dit à la conférence sur l'emploi. Les leçons du centre-gauche Au cours de ce débat, quelques unes des interventions (mais pas celles des communistes) présentent un examen critique de l'expérience du centre-gauche. Ces interventions, comme celle du socialiste Ruffolo, soulignent avec justesse qu'aujourd'hui les marges objectives pour une vaste opération réformiste, comme celle prévue par le "programme à moyen terme" du PCI, sont beaucoup plus réduites qu'elles ne l'étaient au début de l'expérience de centre-gauche. A cette époque en effet, un boom économique prolongé se trouvait à son point culminant. L'espoir sans fondement d'être arrivé à un capitalisme sans crise faisait croire que les réformes pourraient être financées sans une redistribution du revenu national, donc sans marcher sur les pieds d'aucun groupe social ou, comme on disait à l'époque, avec un "large éventail d'alliances". Si cette hypothèse s'est révélée illusoire dans les années 60, que doit-on penser d'une stratégie réformiste qui vise à des alliances encore plus larges aujourd'hui, dans une période de crise économique extrêmement grave ? Une réflexion sur le centre-gauche ne peut pas laisser de côté le problème du "lien de la balance des paiements", c'est-à-dire ce phénomène qui fait que, à peine la consommation ou les investissements (ou les deux)
augmentent-ils en Italie, la faiblesse de la base productive fait que l'on doit recourir à de plus importantes importations, créant un déficit massif de la balance commerciale, à savoir l'équilibre déjà délicat entre importations et exportations. Durant le centre-gauche, ce phénomène, auquel s'ajoute l'exportation de capitaux a été périodiquement l'occasion de "restrictions de créqui ont entrainé une diminution des investissements, une augmentation du chômage et, par là une augmentation de l'exploitation. Naturellement, ce problème se pose dans la mesure où on n'a pas l'intention de sortir du "marché libre", c'est-à-dire du marché mondial capitaliste. Evidemment, les communistes se placent au premier rang pour donner au patronat des assurances dans ce sens. Ils deviennent beaucoup moins loquaces quand il faut définir de quelle façon les réformes et le programme à moyen terme peuvent être compatibles avec l'équilibre de la balance des paiements. Ils se limitent à proposer une orientation pas très bien définie vers les "nouveaux pays en voie d'industrialisation", sans spécifier s'il s'agit de pays comme le Tchad ou le Bangla Desh, qui seraient bien contents d'importer mais qui n'ont pas de quoi payer, ou de sous-impérialismes comme l'Iran ou le Brésil, qui ont de l'argent et veulent importer - surtout des armes : est-ce autour de ce secteur que l'on veut centrer le nouveau modèle de développement? Ou bien encore, veut-on orienter le commerce extérieur vers les Etats ouvriers ? Cette solution poserait également des problèmes économiques (le manque de devises étrangères si l'on reste dans le cadre de l'économie de marché) et politiques (les rapports avec les bureaucraties au pouvoir dans ces pays), pas faciles à résoudre si l'on reste dans le cadre de l'économie de marché. Et de toutes façons, il faudrait dire ouvertement que tel est le choix que l'on veut faire, alors que, au contraire on laisse tout dans le vague dans la crainte d'épouvanter Agnelli de retour de Chine.
La ligne du PCI
On ne peut pas dire, en toute honnêteté, qu'il y ait grand chose de nouveau dans ce qu'avance le PCI. Plus précisément, il n'y a pratiquement rien de nouveau dans ce que le Parti communiste demande à la bourgeoisie; il y a par contre quelques éléments nouveaux significatifs dans ce qu'il offre en échange, à savoir la mobilité de la main d'oeuvre dans l'usine, la lutte contre l'absentéisme, la fiscalisation des charges sociales. Le nouveau ne réside donc pas dans le fumet que l'on demande, mais dans le rôti que l'on
voudrait donner. Mais n'anticipons pas : nous reviendrons sur les offres faites par les communistes. En ce qui concerne les demandes: "la lutte pour la programmation démocratique représente... un moment essentiel de son initiative. La difficulté est apparue de lier la lutte revendicative contre l'augmentation de l'exploitation et la réduction de l'emploi à l'obtention de mesures de politique économique à long terme selon la ligne directrice des réformes de structure... Il faut réaliser: le plein emploi de la force de travail, la réforme des impôts du crédit et de l'administration publique... la formation d'un réseau démocratique de distribution... la réforme urbaine... la formation d'un réseau de transports fonctionnel pour le développement économique..." Qui a dit cela ? Napolitano dans Rinascita ? Libertini à Turin ? Lama à Rimini ? Mais non, il s'agit du document préparatoire au congrès de la CGIL de 1965. Napolitano, Libertini et Lama ne disent de toutes façons rien de mieux aujourd'hui, en automne 75. Ils portent certes un peu plus d'attention à l'agriculture, à l'innovation technologique, aux exportations, mais rien de plus. Ou mieux, comme c'est d'usage en Italie, ils font quelques innovations linguistiques: au lieu des réformes de structures, on a le nouveau modèle de développement, les compatibilités, les liens et la jungle de rétribution. Il y a également, il est vrai, quelques pas encore plus à droite : le refus de la "définition d'un grand plan national' comme "voie ayant échoué dans les années 60' en faveur d' "approches partielles successives "(intervention de Di Giulio dans Rinascita, numéro 41). Mais il faut analyser avant tout non pas tant chaque proposition individuelle que la logique dans laquelle ces propositions s'intègrent, La logique du réformisme Dans un système capitaliste, les crises sont inévitables dans la mesure où elles sont provoquées par la logique même du système qui, à travers la concurrence, la recherche du profit maximum, la chute du taux de profit, a besoin de ces destructions périodiques de richesses pour pouvoir continuer à fonctionner. Il s'agit d'une des conclusions les plus significatives de l'analyse marxiste du capitalisme, confirmée par plus d'un siècle d'observations empiriques sur le fonctionnement effectif du système capitaliste. Mais les réformistes de Bernstein à Berlinguer, rejettent cette analyse, ferment les yeux sur la réalité et proposent un schéma totalement différent. Les "distorsions" du système disent-ils, aggravent les conditions des classes travailleuses. L'objecttif est donc non pas de détruire le système, mais d'en "corriger" le fonctionnement, Quand ils sont particulièrement euphoriques (ou quand ils sont placés le dos au mur par les masses) les réformistes ajoutent que, de cette façon on pose les bases pour le passage au socialisme, évidemment pacifique et démocratico-parlementaire. C'est ainsi qu'est justifiée l'alliance avec des secteurs plus ou moins larges de la bourgeoisie. d'accord pour lutter contre les "distorsions" du système, mais évidemment pas contre le système, et on finit par subordonner sa propre politique à celle de la bourgeoisie, comme le fait justement le PCI. Plus concrètement, en ce qui concerne l'Italie aujourd'hui, la logique du PCI se base sur le fait que tous les problèmes du pays sont dûs à une "distorsions" particulière, c'est-à-dire une "désaffection" du capitalisme italien envers les investissements. C'est encore une vieille thèse que le PCI a emprunté aux économistes bourgeoise de l'école keynésienne de l'immédiat après-guerre, Puisque les capitalistes italiens n'investissent pas d'eux-mêmes dans les activités productives, mais placent leur argent dans des secteurs "para-
, (immobilier, activités spéculatives, exportations de capitaux en Suisse) il est devoir du mouvement ouvrier, qui exprime de cette façon sa "'fonction nationale" de les aiguillonner, de les pousser à être des capitalistes "modernes", battant en brèche leur "arriération". En fait ce raisonnement est totalement erroné et profondément dangereux Il est erroné de considérer le capitalisme italien comme un capitalisme "jeune" qui peut encore évoluer et donc corriger ces déformations de naissance. Le capitalisme italien -comme tous les capitalismes à l'ère impérialiste - est un capitalisme "vieux", parce que le système mondial dans son ensemble est "vieux", et c'est pourquoi l'unique façon de le modifier, c'est de le détruire. En d'autres termes, une révolution démocratique-bourgeoise n'est plus possible, mais seulement une révolution socialiste. Du reste, il suffit de penser que dans la Russie de 1917 - indubitablement plus arriérée que l'Italie d'aujourd'hui - l'unique révolution possible fut justement une révolution socialiste, la même chose en Yougoslavie, en Chine, à Cuba... Ou bien le PCI pense peutêtre - comme certains bourgeois - que la révolution socialiste est bonne pour les seuls pays arriérés ? Il y a donc des raisons de caractère théoricogénéral (une théorie confirmée par un demi-siècle d'histoire) qui nous prouvent l'impos -sibilité de corriger les "distorsions" du développement capitaliste italien, y compris cette distorsion particulière qu'est la faible
propension aux investissements productifs. Encore une fois sur les investissements Mais il est nécessaire de voir encore plus concrètement pourquoi les thèses du PCI sont erronées et dangereuses. Nous n'entendons pas en effet utiliser les conceptions théoriques générales - qu'est-ce que le réformisme et qu'est-ce au contraire qu'une politique révolutionnaire - comme des formules exorcisantes, capables en elles-mêmes de faire fuir le démon de la bourgeoisie ou comme des rossignols capables d'ouvrir n'importe quelle porte. Nous sommes à ce point convaincus de la justesse de nos conceptions théoriques que nous pensons que la confrontation avec la réalité concrète fait toujours notre jeu. Le PCI dans son rôle de rebouteux veut déblayer la route pour le développement d'un capitalisme "propre", un capitalisme qui, tout en conservant le mérite le plus important pour les patrons - le profit, même "juste'' - n'aurait aucun des défauts que nous connaissons bien: chômage, bas salaires, fiscalité à la charge des travailleurs, accidents du travail, etc. Et ce qui est à la racine de tous les autres défauts du capitalisme, à savoir l'exploitation ? Sur cela, le PCI préfère se taire. Nous ne nous étendrons pas sur le fait que personne n'a jamais vu un capitalisme de ce genre, pas même en Suède. Voyons quels sont, pour le PCI, les obstacles qui barrent la route à ce futur lumineux, tellement lumineux, tout en restant capitaliste, qu'on se demande à quoi servirait le socialisme. Les obstacles ont changé avec le temps. Il y a dix ou quinze ans, c'était surtout les monopoles qui jouaient les méchants loups en empêchant le libre jeu du marché. Aujourd'hui, par contre, ce sont plutôt les couches parasitaires qui se développent sur la base de la spontanéité du marché: on parle beaucoup moins des monopoles, bien qu'il ne semble pas que, entretemps, leur force économique ait diminué. Le capital "public", c'est-à-dire le capitalisme d'Etat sous toutes ses formes, devrait jouer un rôle essentiel pour atteindre ces objectifs. La transformation devrait s'opérer par le contrôle des investissements, contrôle démocratique, parlementaire (sans oublier le "rôle essentiel" des administrations locales) et enfin syndical. Le capital public, grâce à sa demande, devrait "déplacer les intérêts", comme le dit Lama (secrétaire de la CGIL) dans une interview, des vieux secteurs vers les nouveaux secteurs que l'on veut développer. Le parlement, la région, la commune créent les prémices et veillent à ce que cela puisse arri. ver. Et voilà, Mesdames et Messieurs, le nouveau modèle de développement. C'est facile, non ? Avant de voir si ce joli jouet que le PCI appelle nouveau modèle de développement peut fonctionner, il est nécessaire de dire quelques mots sur le rôle et sur la place des investissements dans le système capitaliste (rappelons que la règle du jeu que le PCI s'est imposée est de rester dans ce système). Les investissements sont en effet un moment très important et délicat du processus capitaliste de reproduction. C'est le moment où les patrons dirigent les profits (qu'il se sont appropriés en exploitant les ouvriers) vers de nouvelles opportunités d'exploitation pour en retirer des profits encore plus grands. Il est clair que le capital se dirige vers les secteurs (pas nécessairement productifs) dans lesquels on prévoit la possibilité de réaliser un profit maximum. Pour atteindre cet objectif, le capitaliste est capable de piétiner le cadavre de sa mère, imagine-t-on qu'il se laisse arrêter par le licenciement d'un ouvrier ? La crise survient justement au moment du processus de reproduction capitaliste où, le taux de profit ayant baissé, les capitalistes n'investissent pas (voir la baisse des investissements cette année, bien supérieure à celle de la production). Ayant clarifié cela, nous avons clarifié un aspect important du problème qui nous intéresse : l'investissement est effectué par le capitaliste seulement si celui-ci y voit un "'intérêt'', c'est-à-dire la possibilité d'en retirer le profit maximum. Donc entre deux investissements possibles, le capitalisme choisira celui qui lui garantira les profits les plus gros. La décision d'investissement est étroitement liée au droit de propriété capitaliste. Un contrôle sérieux des investissements signifie donc attaque directe contre le droit capitaliste de propriété, ce qui nous satisfait. Mais les partis réformistes et la bureaucratie syndicale proposent des contrôles qui sont une plaisanterie, qui ne peuvent pas fonctionner. C'est contre cette mystification consciente que nous nous battons. En effet, de deux choses l'une : ou l'on crée de "nouveaux avantages" pour les capitalistes, afin qu'ils investissent dans les secteurs que les réformistes proposent, et alors, il n'y a besoin de mener aucune lutte pour les investissements, le stimulant des profits est suffisant;ou alors on lutte, mais en comprenant clairement que pour contrôler réellement les investissements, il faut renverser le système capitaliste. Dans la mesure où la seconde éventualité - celle de la lutte pour le pouvoir -est fermement écartée par les réformistes, il reste la première, bien connue sous le nom de politique d'incitation, bien connue et largement pratiquée en Italie et à l'étranger, partout avec des résultats lamentables. Il suffit de penser qu'en Italie cette politique a été utilisée au cours des 20 dernières années pour réaliser l'industrialisation du Mezzogiorno. Tout le monde sait comment cela s'est terminé.
Qui contrôle qui?
Pourquoi en a-t-il été ainsi?
Il y a une grande discussion à ce sujet. Certains affirment que les techniques de stimulation étaient erronées parce qu'elles favorisaient les industries très automatisées et avec peu d'ouvriers; certains disent que la faute en revient à la Cassa del Mezzogiorno (3), qui est un organisme clientélaire; certains accusent l'inefficacité et l'incompétence du ministère du Trésor et de celui de l'Industrie. Il y aura une part de vérité dans toutes ces accusations. Mais la seule vérité qui les résume toutes, c'est que les structures de l'Etat, ministères de l'Industrie et du Trésor, Instituts de prévisions à moyen terme, etc., sont des structures d'un Etat bourgeois, fonctionnelles
(même quand elles sont inefficaces comme c'est le cas) pour la domination de la bourgeoisie, ce sont des instruments de cette domination.
La soudure entre la bourgeoisie et cet appareil d'Etat a été effectuée par le DC même au niveau du personnel. Le fait que, aujourd'hui, cette soudure montre certains signes de crise (qu'il ne faut pas surestimer), que l'appareil d'Etat soit tellement en ruine qu'il ne réussisse même plus à défendre les intérêts de la bourgeoisie, ne veut pas dire qu'il soit possible d'utiliser cet appareil d'Etat dans l'intérêt des travailleurs. Ce n'est pas un révolutionnaire, mais un réformiste intelligent comme le socialiste Ruffolo qui, faisant une analyse auto-critique du centre-gauche, affirme de façon très nette l' ''incompatibilité entre ces projets de programmation généralisée et les structures de l'Etat et les intérêts des groupes sociaux parasitaires qui y sont liés. " Si les choses sont ainsi en ce qui concerne l'appareil d'Etat, parler de contrôle parlementaire est simplement ridicule. En effet, la confiance des travailleurs dans le Parlement continue à diminuer. Son prestige est dorénavant presqu'inexistant. Le PCI évidemment sans revoir sa stratégie, préfère maintenant parler en général d'"assemblées représentatives"', mettant plutôt l'accent sur les communes et les régions. Mais jusqu'à maintenant, les administrations locales n'ont pas fait beaucoup mieux que le parlement, ni du point de vue de l'efficacité ni de celui de l'honnêteté, sans parler des intérêts des travailleurs! 25.000 milliards de dettes ne sont pas une petite affaire et, en général, les résultats pour les travailleurs ne sont pas palpables, Souvent, le PCI affirme qu'une partie de ces dettes sont dues à la politique centralisatrice de l'Etat qui ne donne pas les moyens nécessaires aux communes. Ceci n'est vrai qu'en partie (cela n'est pas le cas par exemple pour les dettes de Rome, de Naples, etc.) et, dans la mesure où cela est vrai, cela prouve que les administrations locales ne comptent pas beaucoup dans la vie économique du pays. Il est vrai, au moins en général, que l'administration des communes et des régions "rouges'' a été bien meilleure que celle des partis bourgeois. Mais ceci a-t-il évité le développement de la crise économique et du chômage en Emilie et en Toscane (deux régions où le PC est dominant dans le gouvernement local -NDT)? Il est possible d'utiliser les régions et les communes conquises par la gauche le 15 juin dernier pour faire des conférences sur l'emploi, mais il n'est pas possible de s'en servir ppur résoudre le problème de l'emploi (et il est criminel de semer des illusions à se sujet). Il serait évidemment possible également d'utiliser les administrations locales de façon révolutionnaire, par exemple en réquisitionnant systématiquement les entreprises fer. mées, en appuyant les occupations de logement, etc., mais ceci amènerait rapidement à des confrontations avec l'administration centrale de l'Etat, ce que ne veulent absolument pas les réformistes. Contrôle ouvrier et contrôle syndical Si nos critiques s'arrêtaient ici, les réformistes nous accuseraient à coup sûr de négliger totalement la "nouveauté" qui caractérise, selon eux, les propositions actuelles du PCI et des syndicats, Il s'agit de la combinaison entre contrôle du haut et contôle syndical par "en bas" des choix de production qui devrait caractériser la réalisation du programme à moyen terme. A ce sujet, Lama souligne, pour les petits -bourgeois réactionnaires qui lisent_OGGI, la fin de ses illusions de jeunesse: "Nous ne croyons plus aux contes de fées, nous nous y sommes déjà brûlés quelques fois, Il y a deux ans, nous avons proposé des accords... pour les investissements au Sud et rien ne s'est passé... ces contrats sont devenus de simples morceaux de papier parce que le syndicat n'avait aucun pouvoir de contrôle sur l'exécution des engagements pris." Il s'agirait donc de ces moyens de contrôle que le syndicat demande aujourd'hui dans les plates-formes contractuelles. Mais nous ne sommes pas convaincus par la combinaison d'instruments de contrôle "du haut" et "du bas"', Nous ne sommes pas convaincus, car étant donné la structure actuelle de l'Etat, l'importance et le démantèlement du parlement, dans le meilleur des cas il n'y aurait aucun contrôle d'en haut et, plus probablement, on assisterait à un sabotage systématique du contrôle d'en bas. Nous sommes encore plus préoccupés quand nous lisons ce qu'écrit A. Reichlin, dans l'édi-
torial de Rinascita (numéro 42) : "'Nous avons devant nous un système de capitalisme monopoliste d'Etat vigoureux et bien articulé, qu'il serait tout à fait vain de penser contrôler et battre seulement "d'en bas". On a là le mépris habituel du bureaucrate pour ces ouvriers (mais également pour les employés, les techniciens et les travailleurs en général) qui ne réussiront jamais, selon lui, à contrôler le système, d'autant plus qu'il est "vigoureux et bien articulé!' . On pourrait, toujours selon Reichlin, réussir grâce à une armée de ronds de cuir composée de quelques "onorevole", accompagnés d'un certain nombre de directeurs généraux et, pourquoi pas, d'une pincée de représentants du Conseil d'Etat. La subordination du contrôle d'en bas au contrôle d'en haut doit être rejetée pour des raisons de caractère politique général (aucune dépendance par rapport aux instruments de la bourgeoisie! ). Mais si on se limite au contrôle d'en bas, il ne nous semble pas que le contrôle syndical proposé par Lama soit adapté aux objectifs qu'il se donne. Les informations que les patrons devraient donner aux syndicats sont rares et insuffisantes et, manque: à savoir le droit de veto des ouvriers sur les décisions patronales. Si les choses sont ainsi on pourrait nous demander pourquoi les patrons semblent s'opposer si férocement aux exigences syndicales, à tel point qu'ils demandent qu'elles soient retirées pour commencer les négociations. Nos critiques ne sont-elles pas les critiques habituelles des "extrémistes" qui veulent la lune alors que les patrons rendent bien compte de leurs intérêts et c'est pourquoi ils hurlent ? Disons tout d'abord que les patrons hurlent toujours contre toute intervention extérieure dans ce qu'ils considèrent la chose la plus sacrée, à savoir leur "activité de chef d'entreprise", pour des raisons de principe et assez indépendamment du dommage qu'ils craignent de subir. Si on regarde plus en détail ce que disent les patrons, on se rend compte que ce qui les préoccupe, ce ne sont pas tellement les exigences syndicales et les éléments de contrôle syndical qu'elles introduiraient, que l'utilisation que pourraient faire de ces exigences les travailleurs de certaines usines trop autonomes par rapport à la bureaucratie syndicale. Cela ressort clairement des déclarations du président de la Federmeccanica, (association des patrons de la métallurgie) Walter Mandelli, au cours d'une table ronde de IL SOLE/ 24 ORE (11.10.75). Ce qui préoccupe Mandelli ce n'est pas tant l'idée de transmettre certaines informations au syndicat, mais les "pressions, les manifestations périphériques au syndicat, y compris certaines aberrations qui sont devenues exemplaires et ont donc été imitées". Et encore plus clairement: "entre ce que dit Lama et ce qui se passe dans l'usine, il y a un abime"! Nous voudrions aussi que cet abime soit comblé: mais de façon opposée à ce que voudraient Man delli et Lama: en faisant en sorte que les directions syndicales soient sous l'étroit contrôle de la base et mettent en avant sa politique, à savoir une politique de classe. Une politique de classe qui contrôle les décisions patronales signifie le droit et la possibilité d'avoir accès à tous les documents relatifs à la gestion de l'usine, sans aucune limitation. Mais ceci n'est pas suffisant, parce qu'une grande partie des décisions d'une entreprise est déterminée par sa situation financière et on ne peut connaltre celle-ci qu'en mettant le nez dans les banques . Il est donc nécessaire d'abolir le secret bnacaire, de rendre possible pour les ouvriers d'examiner les comptes en banque de leurs patrons. Cette mesure jetterait entre autres les bases pour lutter efficacement contre la fraude fiscale d'une part et l'exportation de capitaux à l'étranger d'autre part. C'est ainsi que l'on jetterait les bases d'un véritable contrôle ouvrier des investissements. Les bases et non le contrôle lui-même qui, fondamentalement, quand il est sérieux, colncide avec le socialisme et exige donc comme prémisse la prise du pouvoir. Coûts et conséquences Naturellement la revendication de l'ouverture des livres de compte et d'abolition du secret bancaire déclencherait une résistance extrêmement vive de la part des patrons. Naturellement, pour atteindre ces objectifs, une mobilisation de masse importante, un affrontement très dur avec le patronat seraient néces -saires, affrontement qui poserait très rapidement la question du pouvoir. Les réformistes veulent éviter tous ces problèmes, les dangers et les imprévus liés à une telle orientation. Pour cela, ils proposent des objectifs illusoires et mystificateurs (contrôle sur les investissements) dans le cadre du système capitaliste, ou totalement insuffisants pour satisfaire les besoins les plus élémentaires en termes de salaire et d'emploi. En échange de ces concessions illusoires ou ridicules, ils offrent beaucoup aux patrons. Il s'agit de concessions sur trois problèmes importants: l'absentéisme, la mobilité et la "fiscalisation" (paiement des cotisations sociales par le biais des impôts). L'absentéisme, comme on le sait est dans la plupart des cas une réaction d'autodéfense des ouvriers contre la super-exploitation et les nuisances de l'usine capitaliste. De plus, en cédant sur cette question on ouvre la voie