Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE CENTRALE

L'échec de l'"intégration"

· Inprecor (première série) n° 40-41, 18 décembre 1975 · p. 49-55 · 5 158 mots

Amérique centrale El Salvador

à la répression politique contre les avant-gardes sous le prétexte justement de l'absentéisme.

La mobilité de la main d'oeuvre dans l'usine, vu le caractère illusoire de l'augmentation de l'emploi à travers le contrôle des investissements, est l'antichambre des licenciements et dans tous les cas un moyen pour augmenter l'exploitation.

La fiscalisation (paiement des contisations sociales par le biais des impôts) en l'absence d'un changement radical du système fiscal, signifie faire payer la relance des profits aux travailleurs à travers les impôts.

On fait, en outre, une référence générale aux "autres coûts" que les travailleurs devraient payer de toute façon. Non seulement les socialistes Ruffolo et Gioletti en parlent, mais également le communiste Trentin. Le refus de payer ces coûts n'est pas de la démagogie de notre part comme le font entendre les socialistes et le sous-entend le PCI. Le fait est que nous pensons qu'il est dangereux et erroné de payer ce type de coûts, et surtout de les payer en échange de la fumée du nouveau modèle de développement. Lorsque la classe ouvrière prendra la pouvoir, elle devra soumettre l'appareil de production du pays à une reconversion profonde et de processus entrainera des coûts non négligeables, coûts qui seront d'autant plus élevés si le développpement du mouvement révolutionnaire dans d'autres pays européens laissait l'Italie isolée. Alors la classe ouvrière sera d'accord pour supporter pendant un certain temps une politique d'austérité. Mais seulement en échange du renversement du régime capitaliste et du pouvoir de gérer directement les affaires du pays. NOTES: (1) Le renouvellement des contrats collectifs des principales catégories de travailleurs, qui a lieu tous les trois ans. (2) Allusions aux gouvernements régionaux dans lesquels le PCI a un poids significatif. (3) Caisse pour le Midi - organisme gouvernemental mis en place pour stimuler les investissements dans le Sud pour le développement industriel.

AMERIQUE CENTRALE

L'ECHEC

DE

L'«INTEGRA

TION»

SARA BENTON Une analyse des répercussions de l'actuelle récession capitaliste sur la conjoncture économique centre-américaine doit nécessairement partir des modifications introduites par le Marché commun centre-américain dans la structure productive de la région. Nous pourrions résumer l'essentiel de ces modifications en disant qu'à partir de 1960 se produit en Amérique Centrale une croissance industrielle dépendante, appuyée sur une extension horizontale du marché (1' "intégration" des cinq pays), qui permet aux investissements impérialistes de se placer de préférence dans le secteur de l'industrie manufacturière. A partir de 1960 ( année où le Guatemala, El Salvador, le Honduras et le Nicaragua signèrent le "Traité général d'intégration économique d'Amérique Centrale", auquel Costa Rica adhéra au milieu de 1962), le taux de croissance annuel du PNB industriel est largement supérieur au PNB global. Entre 1960 et 1968, le PNB industriel d'Amérique Centrale a cra à un taux cumugnait seulement un taux de 6,9%. La part du PNB industriel à l'intérieur du PNB global, qui était de 13,2% en 1960 est passée à 17,5% en 1970. Nonobstant, ce type de croissance industrielle ne s'appuie pas du tout sur une modification structurelle de l'économie centre américaine, et elle n'engendre aucun des effets classiques qui accompagnèrent à l'époque le processus d'industrialisation des pays impérialistes. Par ailleurs, les chiffres globaux cachent une situation de grande inégalité entre les pays. La reconversion des investissements impérialistes L'abandon relatif du secteur des matières premières qui avait été traditionnellement le champ préféré des investissements impérialistes, au bénéfice du secteur de l'industrie manufactu-

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AMERIQUE CENTRALE rière, caractérise au niveau de l'Amérique Latine la pénétration nouvelle des grands trusts internationaux. Ce phénomène général se manifeste aussi dans la région centre américaine, bien qu'avec des caractéristiques par -ticulières. En 1959, du total des investissements étrangers directs en Amérique Centrale, seulement 3, 8% étaient placés dans l'industris de transformation; en 1969 cette proportion était de déjà de 30,8%. Quant à la nationalité de ces capitaux, de 572 entreprises étrangères répertoriées dans la région, 413 - soit 72% -étaient à participation majoritaire de capital nord américain. La tendance à investir dans l'industrie manufacturière correspond non seulement aux intérêts économiques d'un fort secteur de la bourgeoisie impérialiste, mais aussi aux intérêts politiques de l'impérialisme. La montée de la lutte des classes impulsée par le triomphe de la révolution cubaine, exigeait un essai d'atténuation des contradictions sociales et de présentation du capitalisme impérialiste sous le masque plus acceptable du "développement"'. Déjà en 1960, la Charte de Punta del Este recommandait d'adopter "des plans de réforme agraire intégrale' , déclarant explicitement que de telles mesures pourraient contribuer à la "stabilité politique". De plus, on essayait de"'stimuler la croissance économique par la création de nouveaux principes de consommation et d'investissements. L'intégration des élites Malgré cela, la "modernisation' de l'économie d'Amérique Centrale en fonction des intérêts impérialistes ne s'est même pas proposée la réforme du secteur agricole. On entendait résoudre la question centrale du marché par la création d'une zone de libre échange protégée de l'extérieur par un système douanier commun et qui additionnait entre elles les petites couches consommatrices de biens manufacturés qui existaient déjà dans chacun des cinq pays. Cette vulgaire opération arithmétique montrait déjà les limites étroites de la fameuse "substitution des importations" sur laquelle s'appuyait le Marché commun. En Amérique Centrale, plus de 60% de la population active travaillent dans l'agriculture. Le secteur agricole est complétement dominé par le double problème des latifundia (très grandes propriétés rurales) et des minifundia (très petites propriétés rurales). Tandis que 80, 9% de la population rurale composés de travailleurs sans terre et de propriétaires de minifundia, s'approprient seulement 41, 5% du revenu agricole total, les 5, 3% composés des grands propriétaires fonciers, s'approprient 56,8% de ce revenu. Le revenu annuel par tête pour les travailleurs sans terre et les minifundistes varie entre 62 $ et 190 $ en 1970. Même si elle ne considère que le cas des travailleurs ruraux, cette brève description suffit à mesurer la "profondeur" d'une intégration économique qui laisse totalement en marge plus de la moitié de la population totale de l'Amérique Centrale. "Le MCCA considéré comme unité économique continue à être an marché de dimensions réduites. Et même, un petit nombre d'entreprises et souvent même une seule, suffit à fournir toute la demande centre américaine... Cela facilite les accords de cartellisation entre les entreprises avec les classiques partages de marché, les accords sur les prix, la détermination de la qualité, etc. " (1) Selon Edelberto Torres, une vision "optimiste" pourrait estimer à trois millions les consommateurs potentiels d'articles manufacturés en Amérique Centrale. (2) En 1970, la population de l'Amérique Centrale approchait les 15 millions d'habitants. En résumé, les possibilités offertes par le MCCA ne permettront rien de plus que la prolifération d'entreprises manufacturières légères, de simple transformation, qui très souvent dépassent à peine le stade artisanal. Ceci se reflète clairement dans la composition secto-• rielle du produit industriel. En 1970, 76,2% des "industries" faisaient partie du secteur 'traditionnel"', 16,0% correspondaient à la catégorie d' "intermédiaires" et 7, 8% à celle de "métal-mécaniques". (3) Augmenter les importations dans l'intention de les réduire Les activités de montage et de conditionnement, qui prédominent dans l' "industrie" centre américaine, supposent non seulement l'importation de biens d'équipements, mais aussi un pourcentage très élevé de matières premières importées. Selon le recensement industriel de 1968, dans le secteur des industries "traditionnelles", le pourcentage de matières premières importées de pays tiers (c'est-à-dire extérieurs à la région) était de 45,8%; dans le secteur des industries "'intermédiaires" de 67,5% et dans le secteur "métalmécanique" de 91,0%. Quant aux importations totales par habitants, selon les données de l'ONU, elles furent de 47 $ en 1958/59, de 59$ en 1963/64 et de 74$ en 1968/69. Ces résultats montrent que les pays d'Amérique Centrale eurent pendant les années considérées, un niveau d'importation par habitant plus grand que le reste de l'Amérique Latine et que celui de l'Afrique et de l'Asie du Sud-est. Et cela en pleine période de "substitution des importations"! Mais d'après les apologistes du MCCA, celuici a aussi pour fonction de diversifier les exportations centre-américaines. C'est avec cet argument qu'on prétendait justifier l'augmentation exagérée des importations "productives". Cependant, c'est tout le contraire dans la réaL' industrie d'Amérique Centrale n'a pas une capacité concurrentielle suffisante pour pénétrer sur les marchés extérieurs à la région.

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Dans les exportations totales de l'Amérique

Centrale, l'augmentation des biens manufacturés n'est qu'un mensonge statistique, dans la mesure où la différence qualitative entre les exportations traditionnelles et les exportations manufacturières n'est pas mentionnée. Tandis que les premières se placent sur le marché international, les secondes sont restreintes exclusivement à la région centre-américaine. Cela signifie que seules les exportations traditionnelles apportent des devises; en d'autres termes que d'elles seules dépend la possibilité d'importer. Bref, après quinze ans de "substitution des importations"', l'expansion de l'économie de l'Amérique Centrale reste dépendante des conditions fluctuantes des prix de quelques matières premières sur le marché international. Cette situation est constamment aggravée par l'évolution défavorable des termes de l'échange, qui élève sans cesse les prix des biens industriels par rapport aux matières premières. Rien que pour le Guatemala, à la suite des changements dans les prix des exportations et des importations, il y eut entre 1960 et 1970 un transfert net de revenus du Guatemala vers le reste du monde d'une valeur de 175, 6 millions de dollars, aux prix de 1960. Quant au bénéfice attendu de l'augmentation des investissements étrangers, il se produisit en Amérique Centrale un de ces phénomènes classiques qui accompagnent la pénétration des trusts monopolistiques. Cela veut dire profiter des possibilités de financement internes avant que d'apporter ses propres capitaux, Selon les calculs plutôt conservateurs de la Banque Mondiale, 33% des prêts concédés par la Banque Centre-américaine d'intégration économique, furent accordés à des entreprises étrangères. Au niveau des banques privées, tandis que les prêts accordés à de prétendues entreprises nationales ont été multipliés par deux, ceux qui étaient concédés à des entreprises étrangères étaient triplés. En outre, de plus en plus fréquemment, les capitaux étrangers ne font pas de nouveaux investissements, ils se contentent d'aquérir des entreprises sur place. En dépit des énormes difficultés pour obtenir des informations, une étude récente donne une liste de 51 entreprises guatémaltèques acquises par des capitaux nord-américains. (4) Ce que nous venons de dire du capital étranger amène immédiatement à considérer les problèmes relatifs à la balance des paiements. Pour ne pas nous attarder sur un phénomème plus que connu, nous signalerons seulement que la rétribution nette des investissements, enregistrée par le compte courant de la balance des paiements, a donné un solde négatif pour l'ensemble de l'Amérique Centrale de 11, 7 millions de dollars en 1960, de 64, 4 millions en 1965, et de 115, 4 millions en 1970. (5) Essayer de donner un chiffre approximatif du montant des gains des compagnies étrangères en Amérique Centrale est pratiquement impossible. Les multiples méthodes "techniques" utilisées par le capital pour cacher le volume de ses rapines s'y opposent. Mais selon un calcul qui s'appuie sur un échantillon de 40 entreprises étrangères, en 1970, le taux moyen de revenu brut correspondait à 29% de leur capital social. Le rapatriement déclaré des profits passa de 23, 3 millions de dollars en 1960 à 78, 6 millions en 1969. (6) Quels furent alors les objectifs atteints par le Marché commun centre-américain ?Tout simple-

La permis au capital étranger et à la bourgeoisie centre-américaine qui lui est associée de se rendre maltre d'un marché déjà existant, de disposer d'une force de travail nombreuse et bon marché, d'échapper à la majeur partie des charges fiscales existentes et par dessus tout de préserver ses investissements des pressions compétitives à l'échelle internationale, Mais les conséquences d'une opération si ingénieuse ont aiguisé dans tout l'Amérique Latine la crise chronique de la bourgeoisie. Ce sont ces conséquences-là du MCCA qui intéressent particulièrement les marxistes- révolutionnaires en Amérique CenLa crise du MCCA Le MCCA a succombé, victime du développement inégal inhérent au système sur lequel il se basait, le système capitaliste de production. Toutes les thèses sur la nécessité d'un développement intégré, d'une répartition égalitaire des charges et des bénéfices de l'intégration, restèrent lettre morte du fait de la libre circulation des capitaux à l'intérieur de la région. Ne se soumettant à aucune autre logique que celle du profit, les capitaux s'établissent là où existent les meilleures occasions de l'obtenir. Dans le cas centre-américain, ce phénomène se concrétisa dans la concentration des investissements - et en conséquence du commerce - dans les pays qui avaient un plus grand niveau de développement relatif: Guatemala et El Salvador. En 1970, le solde positif de ces deux pays pour le commerce régional fut de 50, 6 millions de dollars, pour le Honduras seul, le solde négatif fut de 21,8 millions de dollars. Et si l'on prend en compte seulement le commerce des produits manufacturés - commerce que le MCCA devait impulser - le solde négatif du Honduras s'élève à 24, 5 millions de dollars. (7) Par ailleurs, les prix des biens manufacturés à l'intérieur de la région sont considérablement plus élevés que ceux qui sont en vigueur sur le marché international. Selon le ministre hondurien Acosta, le Honduras payait entre 25 et 100% plus cher ses importations régionales de produits industriels. (8) Dans ces conditions, pourquoi payer un prix aussi élevé por

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Amerique Centrale une intégration économique qui, loin d'ouvrir les mêmes chances de "développement" pour tous et de réduire les inégalités régionales, tendait plutôt à une aggravation de la division du travail dans la région ? Le décret 97 promulgué par le gouvernement du Honduras à la fin le 1970, annulant tous les accords d'intégration, marqua la fin formelle d'une "communauté'' économique, qui, à sa guerre commerciale permanente, ajouta une guerre au fusil et au canon (la guerre entre le Honduras et El Salvador en 1969). Nonobstant, le commerce intercentre-américain se maintient, mais il maintient en même temps les mêmes tendances conflictives. A la fin de 1974, la presse centre-américaine annonçait une "croissance extraordinaire'". On y trouvait ensuite : "Le Guatemala: le pays le plus avan-

El Salvador: solde favorable avec un notable accroissement. Honduras: déficit pour la région et en général. Nicaragua: solde négatif alarmant. Costa Rica: 43 millions de déficit"'. En 1975, le commerce hondurien a continué à s'appuyer sur des traités bi-latéraux; Costa Rica et le Nicaragua ont mis en oeuvre diverses mesures protectionnistes et fermèrent y compris leurs frontières à certains produits déterminés en provenance du Guatemala et de El Salvador. En résumé, la tendance qui s'observe est à la détérioration croissante de tout cadre d'intégration. Quelles sont les implications les plus évidentes de cette crise ? La détérioration du MCCA signifie une progressive contraction du marché extérieur pour les pays d'Amérique Centrale - contraction qui tend à s'accentuer dans la mesure où la région s'ouvre de nouveau à la concurrence internationale - et aiguise les problèmes relatifs au marché interne. Pour les pays où l'immense majorité de la population active et la part fondamentale de la production se trouvent dans le secteur agricole, parler de marché interne signifie parler de la transformation de ce secteur. Il ne s'agit pas seulement du bas pouvoir d'achat de la population, mais aussi de la faible extension des relations monétaires, celles-ci étant entravées par l'auto-consommation et l'existence de modalités de rétribution en nature de la force de travail. Le coût négatif du secteur agricole Mais en plus, le secteur agricole se montre incapable de répondre avec succès à d'autres exigences du développement capitaliste. La possibilité d'importer, qui, ainsi que nous l'avons dit, dépend fondamentalement des exportations agricoles traditionnelles, souffre d'une détérioration constante. La part de l'Amérique Centrale dans le commerce mondial n'a pas cessé de diminuer. A l'exception du sucre, dont les prix ont connu un boom sans précédent, bien qu'ensuite ils eurent tendance à baisser de nouveau, les autres postes traditionnels subissent l'impact négatif de l'actuelle récession mondiale. Les exportations de café, coton, bananes et viande, si elles ont cra en termes absolus, ne suffirent pas à compenser l'augmentation des prix des importations. Pour 1974, tandis que les exportations de café s'élevèrent de 9% par rapport à l'année précédente, les importations de matières premières et de produits semi-finis augmentèrent de 62, 0%, celles de biens de consommation de 45%, celles d'énergle de 251,7%, et celles de matériaux de construction de 91, 6%. Bien sûr, les résultats de cet échange particulier se reflètent dans la balance commerciale. En 1973, le Guatemala fut le seul des pays centre-américains à enregistrer un solde positif de sa balance commerciale: 36, 9 millions de dollars. En 1974, le solde négatif du Guatemala s'éleva à 97 millions de dollars. (9) En ce qui concerne la production d'aliments bon marché, et en particulier le mats, les haricots et le riz - céréales de base dans l'alimentation populaire -, la situation est désastreuse. La détérioration progressive du secteur minifundiste, fournisseur quasi exclusif de ces produits, a engendré un manque grave. Il en résulte une montée du prix de ces céréales, que les statistiques officielles chiffrent entre 100 et 200% pour 1974. De plus, les stocks ne couvrent pas le minimum indispensable et il faut importer. C'est-à-dire qu'il faut consacrer une bonne partie des devises disponibles à l'achat de biens de de consommation ! Au début de 1975, le déficit régional des céréales en question était estimé à 33 millions de quintaux. A la fin de 1974, et en tenant compte des prix alors en vigueur, le déficit des céréales de base au Guatemala (8,8 millions de quintaux), exigeait des importations d'une valeur de 115 millions de dollars. Si au coût de ces céréales nous ajoutons celui du pétrole, le total pour ces deux postes représente environ 800 millions de dollars pour l'Amérique Centrale. Avant la baisse des prix du café, du coton et de la viande, cela signifiait que "plus de 40% de la valeur des exportations devaient être utilisés pour acheter seulement les denrées que nous venons de mentionner: céréales et pétrole. "(10) Il existe des déficits en céréales dans les pays traditionnellement producteurs. Leur rareté ne signifie pas seulement une grave atteinte au niveau de vie des grandes masses, mais aussi un rude coup aux secteurs de la bourgeoisie intéressés à l'expansion du marché interne. Quelles sont les racines fondamentales de cette situation ? Les gouvernements d'Amérique Centrale ne sont jamais à court d'un ouragan ou d'une éruption volcanique pour essayer de les expliquer. Mais ces feuilles de vigne ne peuvent cacher le degré incroyable de concentration-dispersion

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que présente la structure de la propriété rurale; le fait que plus de 52% des terres aux mains des grands latifundistes restent en friche; le surplus absolu de force de travail agricole et le chômage qui résulte de tout cela; la prédominance des méthodes extensives de culture, l'abandon financier et technique des petits producteurs, etc. Limpasse de la réforme agraire

La solution du problème agricole est une ques -tion qui concerne en même temps la bourgeoisie centre-américaine et les interêts impérialistes situés dans la région. Mais la problématique n'est pas seulement économique, elle est aussi politique et sociale. Au niveau économique, la contradiction est facilement perceptible qui oppose le secteur agricole aux autres secteurs et en particulier au secteur industriel. Mais que cette contradiction existe ne signifie pas nécessairement qu'il existe aussi deux classes séparées et également contradictoires, l'une formée par les propriétaires terriens "traditionnels", et l'autre par les différentes couches de la bourgeoisie liées au capital impérialiste industriel et financier. Cela ne signifie pas non plus que le secteur agricole fonctionne comme une structure à part, "archalque", sans liens précis avec les autres secteurs de l'économie. Au contraire, il s'agit des contradictions internes d'un capitalisme subordonné et attardé, qui reflète de façon aigue les conséquences du développement inégal de ses différents secteurs. Même alors qu'il n'existe pas encore d'informations suffisantes au niveau de l'Amérique Centrale pour analyser avec précision la composition et les relations mutuelles entre les classes dominantes, tout paralt indiquer que le modèle de croissance industrielle induit par le MCCA, ainsi que la pénétration des capitaux étrangers dans l'industrie manufacturière tendent à une plus grande interrelation entre la vieille oligarchie foncière et le capital indus -triel. L'hégémonie du capital impérialiste a effacé jusqu'aux dernières traces d'une bourgeoisie "'nationale", capable d'impulser son projet économique propre. Mais l'asphyxie chronique de l'économie de l'Amérique Centrale est insupportable, non seulement pour les intérêts impérialistes et leurs associés locaux, mais aussi pour l'ascension des différentes couches de la petite bourgeoisie dont l'avenir dépend entièrement d'une réactivation de l'économie. Au niveau politique, cette situation s'exprime dans l'approfondissement des tensions sociales, qui menacent l'existence même de l'ensemble des exploiteurs. A leur manière, les représentants de la bourgeoisie essayent de casser la contradiction à son maillon le plus faible : le secteur agricole. C'est là, la base objective des vélléités réformistes qui de manière extrêmement inégale se manifestent dans les différents pays. Si théoriquement la réforme agraire correspond aux intérêts de la bourgeoisie, en pratique intervienneni des éléments qui brisent ce schéma. Pour la bourgeoisie centre-américaine et pour l'impérialisme, il ne s'agit pas seulement de porter atteinte aux intérêts immédiats des grands propriétaires terriens. La bourgeoisie d'Amérique Latine a connu un certain nombre d'expériences précises de la dynamique que peut engendrer le seul fait de remettre partiellement en question une des formes de la propriété privée. En 1954, l'impérialisme renversa le régime de Jacobo Arbenz au Guatemala. Arbenz avait été le promoteur d'une réforme agraire dont les objectifs déclarés étaient: "liquider la propriété féodale à la campagne et les relations de production qui en découlent, pour développer la forme d'exploitation et les méthodes capitalistes de production dans l'agriculture et préparer le chemin pour l'industrialisation du Guatemala" (11). On ne devait exproprier que les terres à l'abandon et des indemnités correspondantes devaient être payées, Le motif le plus évident du coup d'Etat réactionnaire était l'expropriation des terres oisives aux mains de la United Fruit Company. Mais la raison de fond fut l'énorme agitation provoquée par la réforme agraire; l'occupation de terres déclarées 'intouchables" par la réforme; la constitution de comités agraires, représentatifs de la population rurale qui n'aceptait pas que l'expropriation s'arrête au bord des terres cultivées; de ces terres qu'eux, et non le propriétaire, avaient cultivées et fait produire depuis toujours. Une fois de plus l'histoire montre que la logique des masses ne s'accomode pas de la logique des "étapes'' Elle montre aussi qu'une fois entreprise la lutte des classes, chaque position gagnée ne peut être préservée que dans le mesure où en sont gagnées de nouvelles. L'agitation ne se réduisit pas au cadre de la campagne. Même avant la réforme agraire, le jeune mouvement ouvrier guatémaltèque avait donné des preuves d'un dynamisme impressionnant. En 10 ans seulement de légalité, 107. 000 ouvriers s'étaient groupés en une centrale syndicale unique. Avec le prolétariat, le recours à l'expropriation partielle ne tenait pas. Si la terre devait être à ceux qui la travaillent, à qui alors devaient appartenir les usines ? Aujourd'hui, il se produit un phénomène semblable au Honduras, bien qu'il ne soit pas identique. Ce pays étant la principale victime du fonctionnement du MCCA, et le pays économiquement le plus arriéré de la région, un secteur de l'armée tente de promouvoir un très modeste projet de redistribution des terres. Jour après jour, la presse de l'Amérique Centrale recueille les informations relatives à l'occupation de terres, à l'organisation croissante des

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paysans honduriens. Là encore l'agitation ne se limite pas à la campagne. Les luttes urbaines complètent le tableau d'une montée générale du mouvement de masse, qui dépasse largement les limites que l'armée entend imposer au. "changement" Comment la bourgeoisie du Honduras a-t-elle réagi en face de ce plan supposé correspondre à ses intérêts ? Le Parti national et le Parti libéral, porte-parole politiques de différentes fraction de la Fédération nationale des agriculteurs et éleveurs du Honduras (FENAGH), dirigent une virulente opposition au gouvernement militaire, opposition centrée sur la question de la réforme agraire. La FENAGH (derrière laquelle se regroupe aujourd'hui la plus grande partie de la soi-disant "initiative privée") a menacé d'une "grève générale" (!) en signe de protestation contre la réforme agraire. Les seuls appuis politiques organisés du régime militaire sont le PC et la Démocratie chrétienne, ce sont aussi les secteurs syndicaux et autres forces populaires, mais les militaires savent très bien que cet appui est une arme à double tranchant. En réalité, le seul pilier plus ou moins ferme est l'armée, Et même en son sein, la contradiction entre les jeunes officiers et la hiérarchie traditionnelle est claire. En somme, une réforme agraire qui correspond objectivement aux intérêts à long terme d'une prétendue bourgeoisie nationale, dans un pays où cette bourgeoisie n'est pas plus nationale que disposée aujourd'hui à reconnattre comme siens Au milieu d'avril 1975, le gouvernement de Costa Rica définit en quinze points sa politique agraire': les lieux communs de toujours sur la nécessité de "protéger" les petits producteurs, de les "éduquer", de "garantir'' les prix, de promouvoir des coopératives, etc. Une seule affirmation catégorique: "les forces de l'ordre réprimeront sévèrement tous ceux qui se livrent à l'agitation et encouragent les occupations de terres et autres actes d'irrespect envers la propriété privée". Les déclarations de Somoza pendant la réunion des présidents de l'Amérique Centrale, qui s'est tenue au Guatemala au début de novembre, cette année, sont suffisantes pour mesurer l'impor -tance que l'éternel dictateur nicaraguayen accorde au problème agraire: "c'est peut-être du fait que nous n'avons pas de problème agraire majeur que certains ne connaissent pas notre plan de travail en cette matière'. Au Guatemala, l'axe du "Plan national de développement" s'appuie sur la simple colonisation de terres vierges, la mise en coopératives des minifundia et l'amélioration des systèmes de commercialisation des produits agricoles. Les planificateurs guatémaltèques considèrent "qu'une réforme agraire est incompatible avec l'existence d'un Etat constitutionnel"' (12). Au Salvador il n'existe aucune réserve de terre pouvant permettre une distribution qui ne porte pas atteinte aux grands latifundistes. Bien que déjà en 1973 le président salvadorien Armando Molina déclarait:"il est indispensable de réaliser la réforme agraire pour augmenter la production et la productivité", rien de concret n'a été fait jusqu'à présent. La bourgeoisie de l'Amérique Centrale se montre absolument incapable d'impulser une transformation intérieure qui, s'appuyant sur la réforme du secteur agricole, pourrait constituer un point de départ pour une croissance économique relative. Face à la crise actuelle, tout au plus parle-t-on d'une politique "agressive" d'exportations extra-régionales. Une telle "agressivité" ne peut s'appuyer sur la capacité compétitive réelle de l' "'industrie" centre-américaine. La voie choisie semble être celle des subsides étatiques, subsides qui ne peuvent être effectifs sans augmentation de la charge fiscale pesant sur l'ensemble de la population. Devant les problèmes de la balance commerciale engendrés par la montée vertigineuse des importations que l'on voulait substituer, on fait de nouveau appel à l' "arme" de toujours : l'endettement extérieur croissant. L'ensemble des mesures économiques adoptées par les gouvernements d'Amérique Centrale dans le vain espoir de sortir de la crise, a été un stimulant de plus pour la spirale inflationniste qui se développe dans la région. Les calculs les plus conservateurs (le FMI) estiment à quelques 25% par an l'augmentation du coût de la vie. La réponse populaire ne s'est pas faite attendre: divers mouvements de masse commencent à apparaltre à nouveau sur la scène centre-américaine, en dépit du climat répressif qui règne sur la région. Les marxistes révolutionnaires doivent être par -ticulièrement attentifs à ces manifestations embryonnaires de la lutte de masse. Malgré la faiblesse de la croissance industrielle impulsée par le MCCA, et dont nous avons ébauché les grands traits au début, c'est un fait qu'aujourd'hui les sociétés d'Amérique Centrale, très fortement marquées par le poids de la question agraire, présentent un degré de complexité beaucoup plus grand que dans le passé. Même si la classe ouvrière continue à être minoritaire en face de la paysannerie, il est clair que son poids spécifique a cra, dans la même proportion que l'a fait l'industrie manufacturière; de plus, la progressive pénétration du capital dans l'agriculture en Amérique Centrale, augmente sans cesse le nombre et l'importance du prolétariat agricole. Maintenant plus que jamais, toute variante du schéma de l' "encerclement des villes par les campagnes", se révèle complètement inefficace pour répondre à l'ensemble des problèmes des sociétés de l'Amérique Centrale.

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L'inégalité entre les pays en ce qui concerne les traditions de lutte, le degré d'organisation et de conscience politique, est un fait patent en

Amérique Centrale. Cependant, de toutes parts apparaissent les signes d'une montée sensible de la lutte des masses, dont le point le plus haut se trouve aujourd'hui au Honduras.

Les marxistes révolutionnaires savent que, malgré une plus ferme disposition à lutter, le prolétariat d'Amérique Centrale ne possède pas actuellement le degré d'organisation et de conscience politique indispensables pour le combat frontal avec la bourgeoisie. Mais ils savent aussi que ce sont là des conditions qui ne s'improvisent pas. Qu'il faut que se réalise un processus d'éducation politique, qui implique qu'en partant du niveau actuel de la conscience du prolétariat urbain et rural, des paysans pauvres et d'autres secteurs populaires, pourrait se vérifier dans la pratique les transitions qui relient toujours les premières luttes à la lutte finale. Les masses s'éduquent en combattant, et cette éducation servira à l'approfondissement de leurs combats.

Elaborer une stratégie de transition est la tâche collective des marxistes révolutionnaires en Amérique Centrale. Construire le parti révotionnaire capable d'assumer cette stratégie est sans aucun doute sa tâche centrale. 18 décembre 1975 (1) LIZANO Eduardo, "'Una reflexion acerca de la integracion economica centroamericana' Guatemala 1973, p. 34. ("'Réflexion sur l'intégration économique centre-américaine"). (2) TORRES Edelberto, "Desarrollo, Integracion et dependencia en Centroamérica", 1970, p. 501 ("'Développement, intégration et dépendance en Amérique Centrale') (3) Traditionnelles : alimentation, boisson, tabacs, textiles, chaussures, etc.

Intermédiaires : papier, charbon, caoutchouc, dérivés du pétrole, etc.

Métal-mécaniques : machines, appareils électriques, équipements de transports. Les recensements enregistrent comme "industrie" tout établissement manufacturier qui compte plus de cinq ouvriers. (4) TOBIS Davis, "La Falacia de las inversiones Norteamericanas en Centroamerica", EDUCA, 1974 . (Le mensonge des investissements nord-américains en Amérique Centrale). (5) Chiffres de la SIECA dans "'El Desarrollo Integrado de Centroamerica en la présente decada"', (Le Développement intégré de l'Amérique Centrale dans la présente décade). (6) Ibid. (7) Ibid. (8) Cité par BODENHEIMER, Susan. "El Mercomun y la ayuda norteamericana'', EDUCA, 1974. (Le Marché commun et l'aide nord-américaine). (9) INFORPRESS Centroamericana. (10) Ibid. (11) Article 1 du Décret 900, "Loi de réforme agraire" (12) Prologue au "Premier plan national de développement" - 1970-75.

quatrième internationale nº22 automne 1975

Au sommaire :

Editorial: Sociaux-Démocrates et staliniens devant la crise du capitalisme

Les nôtres : Georg Junclass, par E. Mandel

Espagne : Interview d'un dirigeant de la

LCR-ETA (6)

Sur le centrisme : Le KVB (allemagne), par W. Wolf

Cuba : De l'auto-critique de 1970 à la nouvelle constitution, par L, Maitan

Mexique : Une sérieuse crise socio-économique s'annonce, par Alfonso Rios

Angola : La fin du colonialisme portugais, par C. Gabriel

Sri Lanka : Je suis un bolchévik, R. Wijeweera

Critique : Le phénomène stalinien de J. Ellenstein, par J.F. Godchau

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